006 - Partie 1 - Chapitre 6 : Fin d'été à Paris


Paris, le 12 septembre 1917
Candy avait fini son service et se dirigeait vers la salle des infirmières où elle retrouva Claudine, une jeune infirmière française, toujours optimiste et efficace.
  • Bonjour Candy ! Dis donc, tu as de la chance de n'être pas de service cette semaine ! Tu sais quoi ? La rumeur est confirmée et toi et moi pourrons y assister ! On ne nous a pas prévenus plus tôt pour nous faire une surprise ! dit-elle joyeusement.
  • Mais de quoi parles-tu ? demanda Candy intriguée.
  • Et bien de la venue d'Éléonore Baker, la grande actrice américaine ! Figure-toi que demain soir et après-demain soir, nous aurons du théâtre à l'hôpital. Une pièce en anglais et une autre en français ! C'est tellement formidable. Jamais je n'aurais imaginé la voir ! Et d'aussi près ! Je suis si contente !

Candy pâlit légèrement. Elle s'excusa auprès de son amie et s'enfuit dans les escaliers. Elle jaillit dans la cour de l'hôpital devant lequel se garaient les ambulances.
Elle s'avança jusqu'à la grille et appuya sa tête en fermant les yeux contre les barreaux, complètement essoufflée. Elle se sentait oppressée et avait l'impression que son cœur voulait jaillir de sa poitrine. Elle ne savait même pas si elle devait rire ou pleurer, si elle devait espérer ou pas... Éléonore serait là demain... Et Terry lui avait dit qu'il travaillait avec elle...
Elle n'arrivait pas à reprendre son souffle, son cœur était complètement affolé et une boule lui étreignait la poitrine. Demain ! Éléonore serait là demain !
  • Candy, quelque chose ne va pas ? demanda Arthur, l'un des ambulanciers qui l'avait vue sortir alors qu'il nettoyait son ambulance.
  • Non, ce n'est rien ! dit-elle avant de se retourner, j'ai juste reçu une bonne nouvelle, ajouta-t-elle avec un petit sourire, retrouvant finalement la maîtrise de sa respiration.
  • Tu es sûre ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
  • Oui, je t'assure ! J'avais trop chaud et j'ai eu besoin de prendre l'air et maintenant, ça va mieux, dit-elle avec un sourire et un calme feints.
  • Tu as terminé ton service ? Moi, je commence le mien.
  • Oui, écoute, c'est vraiment gentil de t'inquiéter pour moi mais j'allais sortir, dit-elle avec le ton rassurant dont elle usait souvent avec ses patients.
  • Alors, bonne promenade, à bientôt Candy, dit-il en la saluant de la main alors qu'il retournait vers son véhicule.

Candy sortit du bâtiment marcha au milieu des platanes en direction de l'avenue Charles de Gaulle. Elle était de repos pour les cinq prochains jours. Elle avait tout d'abord refusé mais le chef du service lui avait imposé de prendre ces cinq jours car elle ne l'avait pas fait depuis près de sept semaines. En dépit de ses vives protestations, il lui avait rétorqué qu'il avait besoin de personnel au mieux de sa forme en chirurgie et que cette mesure était obligatoire ! Elle avait donc tout son temps devant elle pour plusieurs jours.

La nouvelle de Claudine l'avait mise dans un état de nervosité incroyable. Elle avait envie de courir, de grimper aux arbres et sauter de branche en branche pour évacuer toute l'énergie qu'elle sentait bouillonner en elle. La décharge d'adrénaline provoquée par la phrase de Claudine l'avait complètement retournée. Au point d'en oublier totalement Alistair et Flanny, ce qu'elle regretta aussitôt.

"Flanny, Alistair... De toute façon, il est temps qu'ils prennent en main leur destinée. Quand je les vois ensemble, je suis sûre qu'ils s'aiment incroyablement. Alexandra m'a écrit qu'elle préviendrait Tom avant d'en parler à Patty mais qu'elle ne le ferait que lorsqu'Alistair donnerait son accord.
Tu es géniale, Alexandra, merci de m'avoir permis de rassurer Alistair, merci aussi de prendre soin de Tom et de Patty. Il faudra que je te l'écrive et que je dise encore une fois à Albert combien sa femme est merveilleuse ! Quand je pense qu'Eléonore est peut-être déjà à Paris... et si Terry...
Non, ne pense pas à ça ! se morigéna-t-elle. Tu seras déçue s'il n'est pas là. Tu vas rentrer dans ta chambre, Candy. Après une bonne douche, tes idées seront plus claires. Tu écriras à Albert et Alexandra et ensuite, tu retourneras voir Flanny et Alistair ! "

Elle fit alors demi-tour et reprit la direction de l'hôpital. Une heure plus tard, elle était apaisée. Elle avait pris une douche et terminé sa lettre pour Alexandra. Elle fermait l'enveloppe quand on frappa à sa porte.
  • Oui, entrez ! répondit-elle en se levant.
  • Candy ? demanda Claudine. Excuse-moi de te déranger, mais je viens de recevoir un appel de l'accueil et quelqu'un te demande en bas, chez le concierge.
  • On t'a dit de quoi il s'agissait ? demanda Candy intriguée.
  • Non, rien de plus, bon j'y vais... je retourne à mes patients ! Passe une bonne soirée, dit Claudine gaiement en s'éloignant dans le couloir.

Candy sentit son cœur s'affoler à nouveau et un nœud se forma dans son ventre. En essayant de conserver son calme, elle ferma sa porte et descendit vers l'entrée de l'hôpital. En arrivant, elle ne vit personne et frappa à la vitre du concierge.
  • Bonjour Candy ! dit ce dernier, en arrivant derrière elle ce qui la fit sursauter violemment. Oh pardon, je vois que je vous ai fait peur !
  • Ce n'est rien, répondit Candy, la main toujours posée sur la poitrine. Vous m'avez un peu surprise !
  • Vous allez bien ? demanda-t-il avec un grand sourire. Si vous me permettez, cette robe vous va mieux que votre uniforme habituel. Manuela ! cria-t-il à la porte de sa loge pour appeler sa femme. Viens voir Candy, comme elle est jolie !
  • Mais, ne la dérangez pas, voyons ! protesta Candy en souriant.
  • Candy ! dit Manuela en sortant de chez eux. Vous êtes ravissante ! C'est bien que vous sortiez un peu, ça fait trop longtemps que vous n'aviez pas quitté votre travail. Il faut prendre des couleurs et vous amuser, ma fille !

Candy se mit à rire en écoutant le bavardage joyeux des concierges de l'hôpital. Ils étaient tous les deux simples et généreux et Candy avait très vite gagné leur affection. Elle retrouvait en eux la simplicité et la bienveillance qu'elle avait toujours connu à la maison Pony et elle leur rendait visite régulièrement.
  • Dites-moi, demanda Candy, on est venu me dire que quelqu'un m'attendait ici ? C'était encore une plaisanterie des ambulanciers ?
  • Non, non, dit Manuela. Pas du tout. Le beau jeune homme américain m'a dit qu'il vous attendrait dehors devant la grille, il voulait marcher sous les platanes. C'est de ma faute, je ne pensais pas qu'on vous trouverait aussi vite, alors je lui ai dit que ça pourrait être long...
  • Ne vous inquiétez pas, Manuela, répondit Candy, je vais le trouver.

Candy sentait son cœur battre avec une vigueur nouvelle et une boule d'angoisse gonfla dans sa poitrine, l'empêchant de respirer profondément.
  • Il bat si fort que tout l'hôpital doit m'entendre, s'invectiva-t-elle. Allez Candy, calme-toi et respire.

Elle sortit dans l'avenue cherchant quel "beau jeune homme américain" avait bien pu venu la voir.

*****

Terry l'avait aperçue de loin, elle était sous le porche et discutait avec la concierge et celui qui devait être son mari. Elle se tenait de dos. Ses cheveux n'étaient retenus que par un ruban simplement noué autour de sa tête et cascadaient le long de son dos, jusqu'à la taille. Ils étaient beaucoup plus longs qu'autrefois mais ils brillaient des mêmes reflets d'or. Il mourrait d'envie d'y glisser ses doigts depuis des années.

Elle portait une longue robe crème aux manches évasées, brodée de rubans verts qui lui rappelait beaucoup celle qu'elle portait, ce fameux jour de l'an 1912, quand il l'avait vue pour la première fois, sur le bateau.
Sa silhouette semblait plus fine mais il n'en eut la certitude que lorsqu'elle se retourna pour se diriger vers la grille. Elle avait changé et il en eut le souffle coupé.
La jeune fille candide et malicieuse était devenue une jeune femme gracieuse dont la beauté irradiait dans ce corps aux courbes devenues si féminines, si désirables. Elle sortit de l'hôpital et se dirigea vers l'allée centrale, bordée de platanes. Il la fixait intensément pour graver à jamais dans sa mémoire cet instant dont il avait tant rêvé.

Il s'était figé sur place en l'apercevant. L'angoisse étreignait sa poitrine et le trac le submergea avec une violence bien plus dévastatrice que ce qu'il avait jamais éprouvé avant d'entrer sur scène.
Une foule de souvenirs l'envahit et il prit subitement conscience de tous les changements qui s'étaient opérés en elle durant toutes les années de leur séparation. Il était tombé amoureux d'elle cinq ans plus tôt et il retomba immédiatement amoureux de la jeune femme qui s'avançait dans l'avenue ombrée de platanes.

Quand elle le vit, elle se figea subitement à son tour et porta des mains tremblantes devant sa bouche. Un flot de larmes silencieuses se déversa sur les joues de la jeune femme.

Il s'était dirigé vers elle avec un sourire timide et s'arrêta à quelques pas, tout autant bouleversé par l'émotion. Ils s'étaient écrit de nombreuses fois depuis le mois de mai dernier et pourtant, l'intimité née dans leurs lettres semblait s'être envolée. Comme un nouveau départ, tout restait à reconstruire.
Après quelques instants de silence, il se décida à parler et choisit les mots de Shakespeare.

  • "Semblable à un acteur imparfait qui, en scène
    est jeté par sa timidité hors de son rôle,
    ou à un être en délire qui, emporté par trop de frénésie,
    sent son cœur s’affaiblir par l’excès de la force ;

    J’oublie, par manque de confiance,
    de parler exactement suivant les formes prescrites par le rite de séduction,
    et je semble défaillir sous la force de mon amour,
    accablé de tout le poids de sa puissance.

    Oh ! que mes écrits soient donc les éloquents et muets interprètes
    de mon cœur qui te parle 
    ils plaident mieux pour mon amour
    et méritent plus d’égards que cette langue qui en a déjà trop dit.

    Oh ! apprends à lire ce que mon amour silencieux a écrit :
    il appartient à l’esprit sublime de l’amour d’entendre avec les yeux."

Candy sentait les larmes couler sur ses joues sans pouvoir les arrêter. Terry était là, face à elle, vêtu d'un élégant costume noir et d'une simple chemise blanche. Sa beauté virile éclatait plus encore que dans ses souvenirs. Il était tellement plus mûr, plus séduisant, plus sûr de lui et plus masculin que jamais. Mais surtout, il était là. Devant elle. A Paris. Récitant du Shakespeare, rien que pour elle.
La beauté de ce sonnet la remuait totalement. Elle aurait voulu se jeter dans ses bras mais n'osa pas un geste vers cet homme qui l'intimidait et la bouleversait totalement.
  • Tu ressembles énormément à une jeune fille que j'ai rencontré un soir de janvier sur un bateau qui partait pour l'Angleterre, dit-il d'une voix étranglée par l'émotion. Mais par je ne sais quel prodige, tu es devenue une jeune femme encore plus belle et plus inoubliable que dans mes souvenirs.

Elle ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Il s'avançait vers elle maintenant.
Quand il fut enfin à quelques pas, Candy se jeta dans ses bras. Elle enfouit son visage contre sa poitrine avant d'éclater en profonds sanglots. Elle avait passé les bras autour de sa taille et se serrait contre lui de toutes ses forces.
Terry la gardait tout contre lui, caressant son dos et sa longue chevelure, aussi indomptable que la jeune fille qu'elle avait été. Malgré lui, il sentit à son tour les larmes monter et il ferma les yeux sous le coup de l'émotion.

Elle était enfin dans ses bras, les courbes de son corps si menu collé au sien. Le rêve d'une vie qui prenait finalement forme. Sentir enfin sa chaleur, son parfum après toutes ces années était un bouleversement total. Une intense vague de joie cascadait de son cœur pour irradier dans son âme et son corps, le laissant sans voix un long moment. Il se pencha vers elle, caressant et embrassant les douces et capricieuses boucles blondes dont il avait tant rêvé.
  • Candy, mon amour, ma vie, je suis tellement désolé de t'avoir tant fait souffrir, je te demande pardon, dit-il dans un murmure près de son oreille. Je n'aurai jamais assez d'une vie pour réparer tout le mal que je t'ai fait. Pardonne-moi, mon ange, pardonne-moi... Tu as toujours été la seule et je n'ai jamais su te le dire.
  • Terry... répondit-elle doucement en levant vers lui ses grands yeux émeraude.
  • Pardonne-moi, je t'en supplie, murmura-t-il sans la quitter des yeux.
  • Terry, je n'ai rien à te pardonner, c'est... ce sont de tristes événements qui nous ont séparés, et qui nous ont fait souffrir. Tous les deux. Aujourd'hui tu es avec moi et... c'est un si merveilleux cadeau que nous fait le destin, que rien d'autre n'importe. Je n'ai rien à te pardonner que tu n'aies d'abord à me pardonner, Terry.

Candy avait les sens retournés, sa voix s'était enrouée au fur et à mesure de sa longue tirade. Mais il était enfin auprès d'elle, la serrant dans ses bras et elle le trouva encore plus séduisant qu'autrefois. En voyant les larmes sur son visage, elle leva les mains pour lui essuyer les joues. Elle n'existait plus que dans son regard bleu-vert tandis qu'il la dévorait des yeux.
Son cœur battait la chamade et le ballet des mains de Terry sur son dos déclenchait en elle un torrent de sensations voluptueuses et inconnues. Ses mains glissèrent du visage au torse de Terry et elle découvrit avec surprise que son cœur battait au moins aussi vite que le sien. Quand il prit son visage dans ses mains, elle crut défaillir.

"Mon Dieu, pensa-t-elle, je réagis à ses mots, à ses yeux, à ses mains comme si mon corps et mon cœur implosaient. Terry, mon amour, je ne savais même pas qu'on pouvait éprouver ça... Tu vas m'embrasser enfin, après tout ce temps, toutes ces années, toute cette attente..."

Elle le regarda en rougissant alors qu'il se penchait vers elle pour l'embrasser. Terry posa ses lèvres sur les siennes avec une extrême douceur. Des flashes de souvenirs de ce merveilleux été en Écosse lui revenaient à l'esprit. Cette fois, il était certain qu'elle ne le giflerait pas.
Il caressait les lèvres de Candy par de tendres baisers, goûtant la douceur de ses lèvres. Un feu d'artifice explosa dans sa poitrine portant les battements de son cœur à un rythme insoutenable.

Il crut l'entendre soupirer alors qu'elle entrouvrait les lèvres pour mieux s'offrir à son baiser. Il envahit alors sa bouche consentante d'une profonde caresse de la langue, possédant son souffle comme il aurait voulu la posséder, elle. Ses mains caressaient son dos, ses hanches, ses épaules, son cou et le corps de Candy semblait inconsciemment lui répondre.
C'est alors qu'il lâcha les lèvres de Candy et enfouit sa bouche dans son cou, embrassant et respirant sa peau pour la toute première fois, retrouvant la douce odeur de lavande qu'elle portait toujours. Le gémissement qui s'échappa alors de la gorge de Candy le ramena douloureusement à la réalité.
  • Candy, murmura-t-il à son oreille, si je ne m'arrête pas maintenant j'ai peur de ne plus être capable de me maîtriser. Je t'aime tant, mon amour...

Candy rouvrit les yeux et lui adressa un sourire extraordinaire. Elle avait le souffle court et une légère rougeur donnait à son visage un charme provocant, qui faisait ressortir ses tâches de rousseur.
L'espace d'un instant, ils s'étaient retrouvés hors du temps, très loin du monde qui les entourait et la réalité reprenait peu à peu pied autour d'eux.
  • Je crois que j'ai du mal à réaliser ce qui m'arrive mais je suis sûre de n'avoir jamais été aussi heureuse de toute ma vie, Terry.
  • Moi aussi, je suis heureux, Candy, dit Terry en la serrant contre lui avec vigueur, et j'ai l'impression que mon cœur va exploser.
  • Je devrais t'en vouloir, de ne pas m'avoir prévenue que tu venais en France, lui dit-elle d'une voix douce. J'ai manqué m'évanouir tout-à-l'heure, en apprenant que ta maman jouait demain soir à l'hôpital... et mon cœur a failli lâcher quand je me suis rappelée que tu m'avais dit que tu travaillais avec elle. Je me suis interdit de penser que tu serais peut-être là aussi !

Il la regardait en souriant, la gardant serrée contre lui. Il n'arrivait plus à la quitter de yeux, retrouvant le plaisir de la contempler et la joie nouvelle et intense de la tenir ainsi tout contre lui.
  • Si je t'en avais parlé, ça n'aurait plus été une surprise. Et puis c'est le seul moyen qu'on ait trouvé pour que je puisse te revoir sans attendre la fin de la guerre. Nous allons rester cinq jours à Paris, avant de partir donner quelques représentations sur le front. Ensuite, nous revenons à Paris pour quatre jours et nous repartirons...
  • Alors tu vas rester ici plusieurs jours ? demanda-t-elle avec stupéfaction.
  • Pas assez, si tu veux mon avis. Candy, je... Tu vas sûrement me trouver brusque ou... Mais dans les lettres que je t'ai adressées, je... Je t'avais promis de te le demander de vive voix : Candy, mon amour, acceptes-tu de devenir ma femme ? dit-il en prenant sa main gauche dans les siennes.

Leurs yeux étaient rivés l'un à l'autre et Candy ne prit pas longtemps pour lui répondre.
  • Terry ! Je... je... ma réponse est oui ! Tu le sais... t'épouser ferait de moi la plus heureuse des femmes, alors bien sûr que j'accepte ! dit-elle en laissant couler des larmes de joie.

C'est alors qu'elle sentit qu'il glissait un anneau à son doigt. En baissant les yeux, elle découvrit à travers ses larmes, une magnifique émeraude qui ornait l'annulaire de sa main gauche. Elle pleurait toujours quand elle releva la tête vers lui.
  • Terry, elle est magnifique, dit Candy. Je ne sais pas quoi dire !
  • Alors, ne dis rien mon amour, murmura-t-il en embrassant ses larmes. T'avoir entendue me répondre oui me suffit amplement. Je voulais une émeraude parce qu'elle avait la couleur de tes yeux mais je me rends compte maintenant que sa beauté est bien plus pâle que celle de ton regard.
    Mais elle symbolise aussi la renaissance, l'espoir et l'amour fidèle, ce qui est parfait pour nous. Je t'aime, Candy et... c'est peut-être prématuré, j'aurais pu attendre pour cela. J'aurais pu préparer une jolie soirée romantique mais... le temps nous est compté et le destin nous a déjà joué bien trop de ses tours. Je ne veux plus prendre le risque d'être séparé de toi. Plus jamais.
  • Terry... c'est... Je... c'est parfait comme ça et je...
  • Chut, mon ange, ne dis rien de plus. Est-ce que tu es disponible pour passer le reste de ta journée avec moi ?
  • Oui ! répondit-elle avec un plaisir évident. Bien sûr que oui.
  • Tu m'en vois ravi alors. Tu veux prendre un manteau ou bien je peux t'enlever dès maintenant ?
  • Il faut que je prenne un châle mais... avant que je ne te suive, viens avec moi ! dit-elle en l'entraînant par la main en direction de l'hôpital. J'allais voir quelqu'un avant que tu n'arrives.
  • Candy, mais !... Qu'est-ce que tu fais ! dit-il en retrouvant avec bonheur son caractère impulsif et plein de gaieté.

Candy restait telle qu'il l'avait connue bien des années plus tôt. Impétueuse et incroyablement gaie.
  • Je... Mais tu ne changeras jamais, ajouta-t-il en riant ! Candy, attends, on n'est pas obligés d'y aller en courant et qui plus est, je ne suis pas persuadé que tes patients aient très envie de me voir.
  • Celui-là, si ! dit Candy avec un mystérieux sourire.

Il la suivit jusqu'au troisième étage et traversa avec elle ce qui lui parut être un labyrinthe de couloirs avant qu'elle ne s'arrête devant une porte à laquelle elle frappa doucement.
  • Entrez, cria une voix masculine.

Candy se tourna vers Terry en lui adressant un merveilleux sourire qui le ravit de bonheur.
  • Viens, maintenant, dit-elle en l'entrainant par la main à l'intérieur de la chambre lumineuse.

Il y avait trois personnes qui se tournèrent vers eux lorsqu'ils entrèrent. Une jeune femme occupait le lit et le bandage de sa jambe lui interdisait apparemment de se lever. Il sembla à Terry qu'il avait déjà vu son visage. Deux hommes étaient assis à ses côtés, un prêtre et un jeune homme au visage blessé que Terry finit par reconnaître avec un air ébahi : il s'agissait d'Alistair, que tout le monde croyait mort !
  • Oh, mon père, vous êtes là ! s'exclama Candy en s'adressant au prêtre qu'elle salua affectueusement.
  • J'ai l'impression que vous avez fait du beau travail, Candy ! répondit-il de son bienveillant sourire. Justement, nous avions besoin de deux personnes ! Mais peut-être daignerez-vous nous présenter votre ami, qui semble profondément abasourdi de nous voir !
  • Pardonnez-moi, dit Terry en regardant le prêtre, je suis Terrence Grandchester.
  • Terry, je suis vraiment heureux de te revoir ! dit Alistair en donnant à Terry, qui n'en revenait pas, une généreuse accolade. Mon Père, Flanny, je vous présente l'homme grâce à qui j'ai piloté mon premier avion ! ajouta-t-il en riant aux éclats. Enfin son avion, que j'ai misérablement détruit.
  • Je n'arrive pas y croire ! balbutia Terry en observant Alistair avec émotion.

Candy regardait les deux hommes avec un œil attendri. Terry qui avait toujours été gêné par les démonstrations d'affection d'Alistair et Alistair... qui semblait déborder d'une gaieté retrouvée.
  • Vous arrivez à point nommé ! reprit Alistair. Je ne sais pas par quel miracle Terry est ici mais asseyez-vous tous les deux ! Il faut que je vous annonce quelque chose...

Il s'assit près de Flanny et lui prit la main en attendant que les jeunes gens, aussi surpris l'un que l'autre, ne se soient assis à leur tour.
  • Candy... commença Alistair. Hier, tu as quitté la pièce un peu précipitamment et... je sais que tu as deviné que je mourrais d'amour pour Flanny et ce... depuis longtemps maintenant.
    Aujourd'hui, je sais qui je suis et je me rappelle de tout ce qu'a été ma vie. Et grâce à toi, Candy, je sais aussi que je suis libre de tout engagement. Alors... j'ai demandé à Flanny de m'épouser et, comme elle a accepté, j'ai demandé à notre cher abbé s'il était d'accord pour nous marier et il était en train de me dire que nous aurions besoin de deux témoins quand vous êtes entrés.
  • Ce n'est pas tout, Alistair, répondit l'abbé Klein, vous êtes tous deux américains et vous devez obtenir l'autorisation de votre ambassade.
  • Ils l'auront demain midi, dit Terry en prenant la main de Candy qu'il serra tendrement. Alistair, si j'ai bien tout compris, tu me demandes d'être témoin à ton mariage et c'est avec un grand honneur que je l'accepte.
    Et, mon père, ajouta Terry en se tournant vers l'abbé Klein, si vous êtes d'accord, j'aimerais que vous célébriez également mon mariage avec Candy. J'ai rendez-vous demain matin avec l'ambassadeur et il doit me signer tous les documents et autorisations nécessaires.
    Alistair, si tu te sens en forme pour faire le mur de cet hôpital, tu pourrais m'accompagner ! Et accepter à ton tour d'être mon témoin.
  • Flanny, il faudra que tu me donnes tes papiers, dit Alistair en se tournant vers Flanny qui semblait complètement dépassée par les événements. Et Terry, il va sans dire que j'accepte à mon tour d'être ton témoin !

Candy aussi avait perdu toute capacité de parler et l'abbé éclata soudain de rire.
  • Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, mon père, dit soudain Flanny.
  • Moi non plus, dit Candy qui ne réalisait toujours pas l'ampleur et la tournure que prenaient les évènements.
  • Ah vous ne voyez pas ? dit l'abbé. Dans la totalité de cet hôpital et ce, depuis le début de la guerre, je n'ai connu que deux infirmières ayant assez de caractère pour ne jamais laisser un homme réussir à les faire taire. A part ces deux hommes-là apparemment, puisque vous êtes toutes deux sans voix ! Je comprends pourquoi vous les aimez : ils réussissent à vous tenir tête et à vous imposer leur volonté ! dit-il en riant de plus belle, aussitôt rejoint par les deux garçons.
  • Mais enfin, pas du tout ! s'exclama Candy, ce qui fit redoubler les rires des garçons.

Candy regarda Flanny qui haussa les épaules avant de se mettre à rire à son tour. Candy n'en revenait pas, Flanny était en train de rire ! Tout comme Terry et Alistair, deux hommes qu'elle avait cru perdre... ils étaient tous les deux près d'elle et riaient aux éclats. La joie finit par la gagner et elle se mit à rire à son tour.

Terry n'avait pas lâché la main de Candy, la serrant dans la sienne, entremêlant ses doigts aux siens dans une tendre étreinte. Il avait la sensation qu'ils communiquaient presque ainsi. Il la regarda rire avec émotion, retrouvant un son qu'il n'avait plus entendu depuis longtemps, se rappelant que, même à New-York, elle n'avait jamais semblé aussi détendue ni aussi gaie.
  • Mon père, demanda Terry, redevenu sérieux, croyez-vous qu'il serait envisageable d'imaginer organiser la cérémonie demain soir après la représentation ?
  • Les cérémonies, Terry, renchérit Alistair, pas la, les ! Au pluriel ! Mais... Quelle représentation ? De quelle représentation est-ce que tu parles ?
  • J'ai bien peur qu'Eléonore Baker n'assiste à ton mariage, Alistair Cornwell, dit Candy avec malice. Demain, elle jouera une pièce de théâtre ici même dans l'hôpital.
  • Et toi aussi, tu joues dans la pièce, Terry ? demanda Alistair, de plus en plus étonné. Non mais tu te rends compte de la chance que tu as ! C'est la plus grande actrice de tous les temps ! J'ai collectionné les photos et les articles d'elle quand j'étais jeune ! Nous étions tous fous d'elle ! Terry, tu nous la présenteras ?
  • Alistair ! le sermonna Candy. Tu pourrais te tenir, quand même, surtout en présence de Flanny !
  • Ne t'en fais pas, Candy, répondit Flanny avec un sourire. Au fond, je le comprends, imaginer croiser la grande Éléonore Baker, c'est... c'est fantastique. C'est la seule actrice que j'avais vu jouer autrefois et... elle m'avait bouleversée. C'est vraiment une comédienne fantastique.
  • Éléonore est ma mère, dit Terry en baissant la tête. Elle ne peut le dire ou le montrer en public de peur de porter préjudice à mon père, à son nom. Mais je serai ravi de vous présenter ma mère d'autant qu'elle ne voudra pas rater ces deux mariages, ajouta-t-il en regardant Candy avec tendresse.
  • Ta... ta mère !?! Eléonore Baker est ta mère ? Mais... Et toi, tu le savais, bien sûr ! dit Alistair avec un faux air de reproche à l'attention de Candy.
  • Elle l'a toujours su, répondit Terry en regardant son ami. Depuis le Collège Saint-Paul, avant même notre séjour en Écosse. Et non seulement elle le savait mais si j'ai d'aussi bons rapports avec ma mère aujourd'hui, c'est entièrement et uniquement grâce à Candy.
  • Bon... écoutez mes enfants, dit l'abbé en se levant, je fais peut-être n'importe quoi mais j'accepte vos demandes respectives et je vous réserve ma soirée de demain ! Et la chapelle ! dit-il en sortant. Mais maintenant, je dois aller réviser ! Je n'ai pas célébré de mariage depuis au moins trois ans et là... deux d'un coup. Et n'oubliez pas ce que je vous ai dit, Alistair !

Il ferma la porte et les jeunes gens restèrent silencieux un instant après son départ.
  • Candy... dit subitement Alistair, je crois qu'il est temps que toute la famille sache que je suis vivant, pas seulement Albert. Et je veux également qu'ils sachent aussi que Flanny sera ma femme quand je rentrerai à Chicago. Et qu'elle m'accompagnera.
  • Je préviendrai Albert, dit-elle doucement. N'aie rien à craindre de lui, ni d'Alexandra... je sais qu'ils feront les choses au mieux.
  • Sois-en certain, Alistair, renchérit Terry. Il n'y a personne d'autre qu'eux qui puisse mieux s'acquitter de cette tâche.
  • Merci, Candy, dit doucement Flanny. Pour tout et aussi... Pour mes parents, je veux dire... Alistair m'a raconté qu'il les avait rencontrés avec toi.
  • Ne dis plus rien, Flanny, dit Candy en se levant et en s'approchant d'elle pour prendre sa main. Il y a quelques temps, j'ai gagné une amie ; aujourd'hui, je gagne une sœur et j'en suis ravie.
  • Bien, les filles, dit Alistair en se levant à son tour. Je crois que Terry et Candy ont des choses à se dire en privé et moi, j'aimerais bien parler à Flanny sans compter que j'ai du courrier à faire, alors... du balai vous deux !
  • C'est parfait pour moi ! dit Terry en entrainant Candy sans lui laisser le temps de protester. On se voit demain matin à neuf heures, Alistair. Je passerai te prendre, l'ambassade n'est pas très loin. Et demain midi, nous aurons tous les papiers nécessaires.
  • A tout-à-l'heure, Flanny ! dit Candy en se laissant entrainer dans le couloir.

Terry referma la porte et la regarda intensément.
  • Si je veux te sortir de ce labyrinthe, je vais de quel côté ? demanda-t-il à Candy.
  • Viens, dit-elle en l'entrainant vers le fond du couloir. On va où ?
  • Allons nous balader, dit Terry. Ensuite, nous dînerons avec ma mère, si tu le veux bien.
  • D'accord, dit Candy en riant, mais laisse-moi d'abord prendre un châle.
  • Tu es sûre que la sortie est par là ?

Elle l'entraîna en souriant le long d'un autre couloir interminable et lui demanda d'attendre à la porte de l'étage où étaient logées les infirmières.
  • Alors, je ne pourrais même pas voir ta chambre ? demanda Terry avec un sourire malicieux qui la fit rougir.
  • Les hommes sont interdits à partir d'ici, monsieur Grandchester, alors ne bougez surtout pas de là ! dit-elle en disparaissant dans le couloir.
  • Eh ! Je ne suis pas n'importe quel homme, je suis ton fiancé !
  • Pas d'exception, pas de privilèges, monsieur Grandchester ! dit-elle en souriant avant de s'éclipser dans le couloir.

Elle revint quelques secondes plus tard et ils dévalèrent l'escalier main dans la main, se dirigeant vers la sortie de l'hôpital.
Arrivés dans la rue, Terry passa son bras autour des épaules de Candy et l'entraina vers l'automobile qui lui avait été prêtée par l'hôtel pour les quelques jours qu'il passerait à Paris.
Ils étaient presque arrivés à la voiture quand Terry s'arrêta pour l'attirer contre lui. Il l'embrassa à nouveau, retrouvant le délice qu'il avait éprouvé tout-à-l'heure dans cette même avenue. Candy avait noué ses bras autour de son cou et s'accrochait à lui, répondant à son baiser avec un abandon qui le bouleversa totalement. Il se détacha d'elle doucement, déposant un dernier baiser sur ses lèvres avant de l'entraîner vers la voiture dont il lui ouvrit la porte.
Il contourna la voiture pour venir s'installer au volant et il vit qu'elle le regardait attentivement.
  • Toi, tu m'as tout l'air d'avoir une question à me poser, dit-il en démarrant la voiture avant de déboiter sur la route.
  • Je peux savoir où tu as prévu m'emmener, exactement ? demanda-t-elle avec un sourire intrigué.
  • Aux Tuileries, mon ange. J'ai besoin de passer un peu de temps avec toi et nous en avions parlés si je me souviens bien. Ensuite, nous irons retrouver ma mère pour dîner, l'hôtel est sur la place de la Concorde, c'est tout près. Et ce soir... je te ramènerai ici pour mieux pouvoir t'enlever demain soir, si tu le veux bien. Tu travailles demain ?
  • Non, je suis en congés forcés pour les cinq prochains jours, figure-toi. Remarque, si je me suis plainte au début, je dois dire que maintenant je trouve que ça tombe merveilleusement bien.

Terry se mit à rire aux éclats tout en conduisant vers l'avenue qui les ramènerait vers Paris.
  • Pourquoi tu ris comme ça ? demanda-t-elle intriguée. Qu'est-ce que j'ai encore dit ?
  • Rien, mon ange, ce n'est pas toi... Je pensais à Albert et je me disais qu'il était vraiment très fort ! Il sait toujours quoi faire pour obtenir ce qu'il veut ! répondit Terry avec un sourire malicieux.
  • Mais... parce que tu crois que si je suis en congés, c'est à sa demande ? Tu crois qu'il a osé ? Mais que je suis bête, bien sûr qu'il a osé ! J'ai vraiment l'impression d'être le dindon de la farce moi aujourd'hui ! répondit-elle en faisant mine de bouder tandis qu'il prenait sa main pour l'embrasser.

Terry riait toujours en prenant la direction de la Porte Maillot. Candy profita du court trajet pour s'abreuver d'images de Paris. Les Champs-Élysées et la Concorde arrivèrent bientôt et Terry se gara près du parc. Elle descendit de voiture en même temps que lui.
  • Tu pourrais au moins me laisser le temps de faire preuve de galanterie et attendre que je t'ouvre la porte, jeune indépendante ! lui dit il avec un sourire en lui offrant son bras.
  • Tu es déjà bien assez galant comme cela Terry, répondit-elle avec un sourire mutin. Et moi... j'ai plus besoin de ta tendresse et de ton amour que de ta galanterie, ajouta-t-elle doucement.

Il entoura ses épaules de son bras et déposa un baiser sur son front en souriant.
  • Viens, mon ange, je voudrais me promener dans ces allées avec toi. Et puis... il y a plein de choses dont je voudrais te parler... Nom de nom ! s'exclama-t-il en voyant les statues du parc entourées de sac de sable en guise de protection contre les bombardements. J'ai presque failli oublier qu'il y avait la guerre... Je ne m'attendais pas à trouver le jardin comme ça, dans un tel état !
  • Allons, plutôt par là, dit Candy en l'entrainant vers une contre-allée qui menait à la fontaine centrale.

S'il retrouvait les jardins qu'il avait arpentés avec tant de plaisir quelques années plus tôt, la guerre leur avait ôté une partie de leur magie d'antan et l'entretien des espaces verts avait été quelque peu délaissé.
Il entraîna Candy vers un banc où ils s'assirent. Il prit la main de sa fiancée en se tournant vers elle.
  • Candy, il y a tant de choses que je souhaite te dire... ton amour est un cadeau, une bénédiction que je ne suis pas sûr de mériter. Tout ce que je peux dire c'est que je n'ai jamais réussi à t'oublier. Quand tu as quitté New-York, cette nuit horrible d'il y a trois ans, tu as emporté mon cœur. En vérité, il t'a toujours appartenu.
    Je sais que je t'avais promis d'être heureux mais je n'ai jamais réussi.
    Découvrir que tu m'aimais toujours a été une joie immense, c'était une renaissance. Alors, merci à toi, mon amour, merci de m'aimer toujours malgré les souffrances que je t'ai fait endurer. Je ne te mérite pas, t'en rends-tu seulement compte ?
  • Ne dis pas que tu ne me mérites pas, Terry, murmura-t-elle, ne dis pas ça. Je ne suis pas si bonne et généreuse que tu le crois. Et moi non plus, je n'ai pas tenu ma promesse, je...
  • Chut ! lui dit-il doucement. Tu as montré plus de force et de courage que moi, je le sais. Je le sais parce que je l'ai vu... Quand j'ai quitté la troupe Stratford après ton départ de New-York, c'est parce que la douleur était trop forte, j'avais présumé de mes forces... J'ai fui New-York et je suis devenu alcoolique, mon errance m'a mené à Chicago mais j'avais tellement sombré dans l'alcool que je n'ai jamais osé aller te voir...
    Albert m'a trouvé, il m'a secoué et m'a emmené avec lui. Je t'ai observée de loin ce jour-là, tu t'occupais d'enfants dans une toute petite clinique de Chicago. Tu étais si pleine de vie, si gaie et tellement souriante... il m'a dit comment tu t'étais battue malgré la cabale montée contre toi... Tu m'as donné une leçon ce jour-là et ça m'a poussé à me battre moi aussi. Je suis reparti vers la gare, plein de bonnes résolutions. Mais... j'avais encore une fois présumé de mes forces.
    J'étais à peine arrivé à Pittsburgh que la seule idée de devoir retrouver Suzanne m'a fait perdre tout mon courage. Je suis descendu du train et je me suis saoulé dans le premier bar que j'ai trouvé... C'est à ce moment-là que j'ai commencé à jouer pour une petite troupe de théâtre ambulante complètement minable... mais minable, je l'étais encore plus. Lamentable, même.
    Si tu m'avais vu, tu aurais eu honte de moi... j'étais une véritable épave mais... un jour que nous jouions dans une petite ville qui s'appelait Rockstown, j'ai eu une hallucination. Une sorte de vision qui m'a complètement réveillé et sorti de mon hébétitude. C'est à ce moment-là que j'ai repris ma vie en main et que j'ai fait face à mes responsabilités.
    Et cette vision, c'était toi Candy... Toi qui m'apparaissait tel un ange venu me rechercher au fin fond de l'enfer. Tu pleurais de honte en voyant ma déchéance... Cela m'a complètement dégrisé. Puis, quand j'ai recommencé à jouer comme l'acteur que j'étais supposé être, ta vision m'a souri... tu vois bien, Candy, c'est toi qui m'as sauvé, comme toujours... tu seras toujours mon ange blond. Tu ne m'as jamais quitté.
  • Alors elle avait raison, dit doucement Candy en souriant, tu m'as vue à Rockstown.
  • Qu'est-ce que tu veux dire ? répondit Terry en la regardant fixement dans les yeux.
  • J'étais bien là, Terry, tu n'as pas halluciné. Moi qui, bien égoïstement, ne pensait qu'à ma peine, j'ai cru que je devenais folle en te voyant tituber sur scène. Je n'avais même pas imaginé que notre séparation ait pu te faire souffrir autant... Je t'imaginais heureux auprès de Suzanne.
    Découvrir que tu étais malheureux m'a déchiré le cœur. Je ne pleurais pas de honte ce jour-là, Terry. Je pleurais de chagrin. Je crois que je t'ai conjuré de te reprendre avec toute la force de mon âme. Et tout d'un coup, tu es redevenu cet acteur passionné et passionnant que j'avais tant applaudi à Chicago ; à ce moment-là, j'ai su que tu rentrerais à New-York pour redevenir l'acteur formidable que tu es et que tu retournerais auprès de Suzanne.
    Alors, quand les lumières se sont éteintes, je me suis éclipsée... je ne voulais pas réveiller la souffrance dans ton cœur. Et à peine arrivée dans la rue, une voix m'a appelée... C'était ta mère, elle avait abandonné sa tournée pour te retrouver et te suivre... sans jamais oser t'approcher...
    Nous avons parlé de toi et elle m'a dit que, si tu t'étais remis à jouer si bien, c'est parce que tu m'avais vue. Mais je ne l'ai pas crue...
    Elle m'a dit aussi que tu avais du comprendre que j'étais la femme que tu aimais. Je n'ai rien répondu parce que je t'aimais toujours et que la situation m'était très difficile. Et puis je savais que plus rien ne serait possible entre nous, alors...
  • Ainsi, vous étiez là toutes les deux... dit Terry en se laissant aller sur le banc. Je n'en reviens pas qu'elle ne m'en ait jamais parlé. Et vous êtes restées en contact après ça ?
  • Nous nous écrivions de temps à autre. Tu sais, ce qui nous a réunies, c'est que nous t'aimions énormément, Terry, dit Candy en posant la tête sur son épaule et en se blottissant contre lui. Non, je ne devrais pas utiliser le passé... En fait, nous t'aimons énormément... ajouta-t-elle avec un petit rire.
  • Toutes ces années sans toi depuis mon départ de Londres ont eu un goût très amer, Candy... depuis le premier instant, depuis le moment où j'ai embarqué en direction de l'Amérique.
  • Tu sais... je t'ai suivi ce jour-là, jusqu'au bateau... mais je suis arrivée trop tard. J'ai crié ton nom mais ton bateau s'éloignait déjà vers l'horizon, dit Candy. Ensuite, j'ai quitté le Collège et je suis repartie pour la maison de Pony et quand j'y suis arrivée, tu venais juste de repartir. La tasse dans laquelle tu avais bu ton café était encore chaude et... j'ai trouvé les traces de tes pas sur ma colline, mais une fois encore, je t'avais manqué de peu.
    Et puis il y a eu Chicago, où j'ai à peine eu l'occasion de t'apercevoir et... New-York... je ne veux plus que ça se produise, Terry, je ne veux plus te perdre. J'ai tellement peur que le destin nous joue encore un de ses sales tours...
  • Nous serons ensemble pour l'affronter, désormais. Ensemble et mariés, mon amour. Ce sera plus difficile de réussir à nous séparer désormais. Et puis, j'ai trop souffert de vivre sans toi pour risquer de te perdre encore, mon ange.

Il la serra avec vigueur dans ses bras, gardant le silence un court instant. Puis il se recula légèrement tout en la regardant avec intensité avant d'embrasser Candy avec une infinie tendresse.
A nouveau, elle se sentit fondre sous les baisers sensuels de Terry, son corps s'éveillait en une multitudes de sensations plus étourdissantes les unes que les autres.
Elle répondit à ses lèvres et prit cette fois l'initiative d'approfondir leur baiser tout en le laissant affoler ses sens alors qu'il caressait sa langue de la sienne. Elle sentait son corps réagir et répondre aux caresses de Terry, reconnaissant le désir affolant qu'elle avait déjà éprouvé tout-à-l'heure.
Elle passa ses bras autour du cou de Terry, glissant ses doigts dans ses longs cheveux bruns en gémissant doucement. Il lâcha brusquement sa bouche tout en la gardant dans ses bras et inspira profondément en fermant les yeux pour retrouver un semblant de sang-froid avant de poser la tête sur son épaule.
  • Candy, mon amour, tu me rends fou et... même si j'adore ça, j'ai peur de perdre tout sens des convenances si je continue à t'embrasser ainsi.

Elle le serra contre elle avec force, réprimant les désirs étranges et inconnus qui l'avaient envahie et sa propre envie de prolonger leurs baisers. Lorsqu'il se redressa, elle vit dans ses yeux une lueur de désir qu'elle ne lui connaissait pas et qui fit réagir son ventre en la submergeant d'un plaisir nouveau.
  • Candy... demain soir, tu deviendras ma femme. Et après ça, plus personne ne pourra essayer de nous séparer, tu peux en être sûre, murmura-t-il d'une voix rauque en caressant sa joue.
  • Je ferai pâlir la mère supérieure si elle m'entendait, mais il me tarde d'être à demain soir, dit-elle en rougissant légèrement et en baissant les yeux.
  • Viens ! dit-il en riant avant de se lever et de lui tendre la main. Oublions la mère supérieure, il est bientôt huit heures et maman va nous attendre si nous tardons trop. Et je deviens fou près de toi.
  • Je suis vraiment heureuse de la revoir, dit-elle en serrant tendrement la main de Terry dans la sienne.
  • Vous êtes quand même deux belles cachotières toutes les deux, quand je pense que vous étiez à Rockston et que je n'en ai jamais rien su !

*****

Quand la voiture s'arrêta devant l'hôtel, un portier se précipita pour lui ouvrir la porte avec déférence. Terry la rejoint et posa une main dans son dos pour l'entrainer vers l'hôtel tandis qu'un voiturier démarrait la voiture pour aller la garer.

Éléonore descendait l'escalier qui menait dans le hall quand elle vit le jeune couple entrer dans l'hôtel. Candy semblait époustouflée par le décor et les marbres dorés du Crillon. Éléonore sourit en les voyant, elle n'avait aucun doute sur le fait qu'ils étaient heureux. L'amour qui les unissait irradiait de leurs sourires.
Elle les rejoint rapidement et les deux femmes se serrèrent dans les bras l'une de l'autre avec une affection qui émut infiniment Terry.
  • Chère Candy, pardonnez ma familiarité quelque peu excessive, mais vous illuminez ma vie de maman. Merci, mon enfant, merci pour tout l'amour et le bonheur que vous apportez à mon fils.

Candy se mit à pleurer en écoutant les paroles de la mère de Terry. Éléonore la prit à nouveau dans ses bras et la serra contre elle avec une douceur et une affection toutes maternelles qui manquaient tant à Candy.
  • Ne pleurez pas, Candy, murmura-t-elle à son oreille. C'est au bonheur qui vous attend qu'il faut penser désormais.
    J'ai vécu séparée de mon fils pendant de trop longues années et... c'est vous qui me l'avez rendu. Aujourd'hui il s'apprête à me donner la plus merveilleuse des filles et la meilleure des femmes dont j'aurai pu rêver pour lui. Vous me faites le plus beau des cadeaux. C'est moi qui devrais pleurer, pas vous.
  • Éléonore, dit Candy en levant vers elle un regard empreint d'affection profonde. Je vous l'avais dit, en Écosse, il y a bien longtemps... si j'avais eu une mère, j'aurais souhaité qu'elle soit comme vous. Je vous remercie d'être là pour moi, près de moi.
  • Je suis tellement heureuse, Candy, dit Éléonore avec un généreux sourire. C'est un immense bonheur de vous voir tous les deux ensemble, ajouta-t-elle. Mais venez, dit-elle, en entrainant Terry et Candy, vous avez maigri tous les deux et ce soir, nous allons festoyer tous les trois. J'ai demandé à ce que nous soyons servis dans ma suite afin que nous puissions être tranquilles.

Candy fut abasourdie en découvrant le luxueux décor de la suite qu'occupait Éléonore et elle laissa son regard se perdre sur la vue magnifique de Paris qui se déroulait sous ses yeux. Elle revint vite à la réalité en sentant Terry déposer un baiser sur sa tempe avant de l'entrainer vers la table.
Un serveur venait d'entrer et leur servit les entrées et ressortit de la suite, non sans avoir laissé à Éléonore un bouton d'appel pour la suite du service.
  • Je suis impressionnée par l'endroit, dit Candy. C'est tellement...
  • Je sais ce que vous devez penser, dit Éléonore. Cet endroit est magnifique mais c'est surtout une débauche de luxe alors qu'à quelques dizaines de kilomètres d'ici, des hommes vivent et meurent dans des circonstances effroyables.
  • La ligne de front s'éloigne, murmura Candy en détournant la tête. C'est bien ce que vous faites, je veux dire, d'aller jouer pour eux. Ça leur permet d'oublier l'horreur et chaque minute de bonheur que vous leur donnerez aura pour eux la valeur d'un trésor.
  • Merci, dit Éléonore en serrant la main de Candy, mais le dévouement et la générosité dont vous faites preuve sont mille fois plus admirables, Candy. Et surtout, c'est bien plus utile, aussi.
  • Ne dites pas ça, si je soigne les corps, vous apportez la joie à leur esprit. Et pour eux, c'est tout aussi précieux, croyez-moi !
  • Candy, dit Éléonore, vous êtes vraiment une jeune femme adorable et...
  • Et tu vas pouvoir devenir sa mère dès demain soir ! coupa Terry avec un regard intense en direction de Candy, tout en lui prenant la main.
  • Terry, tu as une manière d'annoncer cela quelque peu cavalière ! Je ne te félicite pas ! dit Candy en rougissant avant de se tourner vers Éléonore qui lui souriait.
    Je crois que je n'ai toujours pas réalisé ce qui s'est passé cet après-midi, ajouta-t-elle à l'attention de l'actrice, d'abord, j'apprends que vous jouez demain à l'hôpital... ce qui m'a déjà passablement remuée mais deux heures plus tard, je tombe sur Terry dans la rue et je découvre qu'après votre représentation, deux mariages seront célébrés à la chapelle de l'hôpital, dont le mien... avec Terry. En vérité, j'ai l'impression de vivre dans un songe mais je ne veux surtout pas me réveiller. C'est le rêve de ma vie qui prend forme et je me sens heureuse comme jamais.
  • Mes enfants, dit Éléonore en versant des larmes d'émotion, vous allez faire de moi la plus heureuse de toutes les mères. Mais... vous avez bien dit deux mariages ?
  • Oui, alors ça, c'est une autre histoire, commença Terry. Figure-toi que lorsque j'ai retrouvé Candy elle m'a entraîné vers l'hôpital avec un grand sourire en me disant que j'allais rencontrer l'un de ses patients... Bref, tu sais aussi que le frère d'Archibald, Alistair a été tué en 1915. Enfin... son avion a été abattu mais on n'a jamais retrouvé son corps.
    Et bien, le patient qu'elle m'a emmené voir... c'était Alistair ! Et il va épouser une infirmière dont il est fou amoureux depuis deux ans. Apparemment Albert est au courant...
  • Alistair est l'ancien fiancé de Patty, c'est bien ça ? demanda Éléonore Et il va se marier ?
  • Oui, c'est bien ça, répondit Candy, intriguée.
  • Et bien, c'est une bonne chose, dit Éléonore avec un sourire. J'ai rencontré Patty à Chicago pour le mariage d'Albert. C'est une jeune femme adorable au cœur généreux, Candy, un peu comme vous. Un jour, Alexandra et moi l'avons trouvée pleurant dans le jardin et elle nous a parlé d'Alistair. Elle culpabilisait beaucoup d'être aussi heureuse et... je ne sais pas trop comment vous dire ça, mais... elle nous a dit qu'elle culpabilisait d'autant plus qu'elle était heureuse d'avoir épousé Tom et qu'ils étaient vraiment faits l'un pour l'autre. Et puis il était difficile pour elle était d'être heureuse avec Tom à Lakewood alors que c'était la demeure d'Alistair.
  • Pour Tom aussi, ça devait être difficile, dit Terry avec un air sombre.

Éléonore sourit à son fils.
  • Tu confonds avec tes propres sentiments, Terry, dit-elle. Il n'a pas du tout aimé la maison de Lakewood, voyez-vous Candy... En dépit du merveilleux tableau qui vous représente avec Albert et Archibald, cette maison était aussi celle d'Anthony dont les roses sont magnifiques, notamment celles qui portent votre nom, Candy. Mais j'ai bien peur que Terry se soit senti bien seul là-bas, d'autant que nous venions d'apprendre que vous étiez en France.
  • Terry... demanda Candy émue. Tu aurais du m'en parler.

Elle posa une main sur la sienne, et lui fit son plus éblouissant sourire.
  • Est qu'est-ce que cela aurait changé ? répondit simplement Terry. Je sais que ma réaction était stupide mais, à ma décharge, je venais d'apprendre que tu étais partie pour l'Europe et je n'étais pas au mieux de ma forme...
  • Je vais te le dire en présence de ta mère, alors. Comme ça tu ne pourras plus jamais l'oublier, dit Candy très doucement. Anthony et ses cousins m'ont permis alors que j'avais douze ans, de trouver un peu de réconfort dans mon quotidien.
    Si Anthony et moi nous sommes aimés, c'était un amour d'enfance, à peine d'adolescence... Et nous ne nous sommes jamais embrassés non plus. Quand Anthony est mort, j'en ai souffert... beaucoup souffert... jusqu'à ce qu'Albert m'envoie en Angleterre, au Collège Saint-Paul.
    Là-bas j'y ai fait la connaissance d'un jeune homme imprévisible et totalement rebelle qui m'a beaucoup troublée, au point que je voyais même son visage dans ma soupe au réfectoire ! ajouta-t-elle avec un petit rire. Bref, j'ai... si on peut dire "sympathisé" avec lui et plus tard, dans l'année, j'ai vécu un merveilleux et inoubliable été en Écosse avec ce jeune homme impétueux.
    Ce garçon m'a permis de dépasser mes craintes passées, mon chagrin et de me tourner enfin vers l'avenir. Ce jour-là, au bord du lac, il m'a guérie de mes cauchemars et... j'ai repris confiance.
    Ce n'est qu'en rentrant à Londres que j'ai fini par comprendre que j'étais tombée follement amoureuse de lui. Cet amour-là, je n'ai pas pu le reconnaître plus tôt parce que je l'éprouvais pour la première fois.
    Et cela n'avait rien à voir avec ce que j'avais éprouvé pour Anthony. Cet amour que j'éprouvais pour toi, Terry, était plus fort, plus dévastateur peut-être, et même, totalement envahissant et cela m'effrayait beaucoup, tu n'imagines pas à quel point.
    Seulement, je t'ai perdu une première fois et pourtant mon amour pour toi n'a fait que croître malgré l'absence. Et quand je t'ai perdu une seconde fois, et alors que je pensais cette séparation définitive, j'ai souffert bien plus que lorsque j'ai perdu Anthony. Et cette fois, personne ne semblait pouvoir me guérir.
    Voilà une des raisons qui m'a poussée à venir ici. Je pensais qu'à défaut d'être utile en Amérique, ici je pourrais soigner des personnes qui souffraient énormément. Et j'aurais oublié ma propre peine, si futile à côté de leurs douleurs.
    Parce que la vérité c'est que je t'aime, que je n'ai jamais cessé de t'aimer et que la force de ce sentiment dépasse complétement l'entendement. Tu m'as bien comprise ? Je t'aime, Terry.
    Et ce que ressent Patty, je le comprends parfaitement car moi aussi j'ai culpabilisé... Parce que si je suis venue en Angleterre et si j'ai pu te rencontrer, c'est parce qu'Anthony est mort.

Terry et sa mère étaient bouleversés par la confession de Candy.
  • Terry, dit Éléonore, c'est la plus belle déclaration d'amour que j'ai pu entendre de toute ma vie. Si tu n'épouses pas cette femme, je te tue de mes propres mains, termina-t-elle avec force.

Terry sourit à sa remarque avec un certain contentement dans le regard.
  • N'aie aucune crainte, maman, dit-il en serrant la main de Candy. Pour tout te dire, si à Londres nous avions eu quelques années de plus, je l'aurais emmenée avec moi. Mais... nous étions trop jeunes. Candy a été un cadeau du ciel, depuis le tout premier instant. Et je l'ai toujours su.
  • Bon... au lieu d'essayer de me faire pleurer, dit Candy d'une petite voix, on pourrait peut-être commencer à manger...
  • Vous avez raison, Candy, dit Éléonore. Bon appétit à tous les deux, ajouta-t-elle en français.

Alors que le serveur sortait après leur avoir apporté leurs plats, Candy s'adressa à Éléonore
  • J'aimerais que vous me tutoyez, dit-elle avec un sourire, comme vous le faites avec Terry. Et puis... demain j'aimerais que vous me conseilliez pendant que Terry sera à l'ambassade.
  • Alors ça, ce sera avec le plus grand plaisir et nous nous retrouverons tous pour déjeuner, après votre visite à l'ambassade ! Mais si je te tutoie, Candy, tu devras en faire de même, comme le fait Terry avec moi ! Maintenant, mangez tous les deux, dit-elle avec autorité.

Le reste du repas se passa dans la détente et les rires et il était plus de onze heures quand Terry se leva pour raccompagner Candy à l'Hôpital.
Alors que le voiturier arrêtait l'automobile de Terry devant le porche, le groom se précipita pour leur ouvrir les portes. Terry démarra la voiture et remonta bientôt les Champs Elysées en direction de Neuilly-sur-Seine.
  • Je n'ai pas la moindre envie de te ramener là-bas, tu sais ? grommela-t-il subitement. Mais je me targuais de galanterie tout-à-l'heure et... et puis je suis censé te traiter avec respect et honneur. Cependant, je dois bien t'avouer que je n'ai aucune envie d'être un homme sérieux, ce soir.

Candy posa sa main sur le bras de Terry en un geste qu'elle voulait apaisant.
  • Terry... ce soir, je suis sur un nuage. Et demain, je vivrai le rêve de toute une vie en t'épousant. Nous avons été séparés tant d'années qu'une seule petite journée ne nous sera pas fatale. Cependant, je dois bien avouer que je ne réalise pas vraiment ce qui m'arrive. Je sais seulement que je suis très heureuse, et si c'est un rêve, alors je souhaite ne jamais me réveiller.

Ils venaient de passer la porte Maillot et Terry finit par s'arrêter au coin de l'avenue du Roule, quelques centaines de mètres avant l'hôpital.
Terry attrapa le bras de Candy pour l'empêcher de sortir tout en l'attirant vers lui par les épaules. Il se pencha vers elle et embrassa ses yeux, le bout de son nez, avant de glisser sur sa joue et de descendre dans son cou. Candy soupira de bien-être et glissa un bras autour de son cou, quand il remonta pour embrasser ses lèvres. Elle caressa ses cheveux bruns avant d'agripper sa nuque. Il déposait de doux baisers humides sur chacune d'entre elles, obligeant Candy à entrouvrir la bouche. Il l'embrassa alors avec plus de passion, glissant sa langue contre celle de la jeune femme, donnant à leur baiser une intimité plus profonde. Il sentait le corps de Candy frémir et réagir sous ses mains, elle se cambrait sous ses caresses et le simple fait de la sentir libre de tout corset, donnait à leur étreinte une dimension érotique qui manqua lui faire perdre la tête.
  • Candy, pardonne-moi, dit-il en se rejetant sur son siège la tête penchée en arrière, gardant les yeux fermés. Il faut que je me contrôle, je fais n'importe quoi.
  • Ce n'était pas n'importe quoi, Terry ! dit-elle en caressant sa joue, écartant de son autre main les mèches qui tombaient sur son front. Je t'aime, ajouta-t-elle simplement. Depuis que je suis ici, j'ai appris qu'il fallait profiter de chaque instant, de chaque jour. Et c'est ce que je fais.
  • Moi aussi, mon ange, je t'aime... comme un désespéré, finit-il par dire en la regardant intensément. Allons-y, dit-il en sortant de la voiture avant de faire le tour pour lui ouvrir la porte.

Cette fois, elle l'attendit pour descendre de voiture et profita du bonheur d'avoir Terry pour prendre soin d'elle et la couvrir d'attentions.
  • Il ne sera pas dit que je me suis comporté comme un vaurien avec toi. Maintenant, viens, mon ange, nous allons marcher jusque là-bas, j'ai envie de retarder un peu le moment de te quitter.

Ils firent quelques pas, main dans la main mais Terry lâcha bientôt la main de Candy pour l'attraper par les épaules et la serrer contre lui tout en continuant à marcher.
  • Albert m'a dit de te dire qu'il bénissait notre union, tu sais. Il a écrit une lettre, en sa qualité de tuteur légal, pour que me soit donnée l'autorisation de t'épouser, dit Terry. Sa seule condition était que tu sois d'accord.
  • Il a toujours été le meilleur des frères pour moi. Je craignais qu'il reste seul et.. j'ai été très contente qu'il rencontre Alexandra à Los Angeles, dit elle en souriant.
  • Ils ont l'air très heureux, c'est vrai... Candy, je... reprit-il après un silence. Je ne sais même pas comment... me pardonnes-tu de ne pas t'avoir écrit plus tôt ? Je n'ai pas d'excuse mais j'étais en tournée et j'avais peur... peur que tu aies refait ta vie ou que tu aies trop souffert pour pouvoir m'aimer encore, peur que tu m'en veuilles de ne pas t'avoir rattrapée ce soir-là, peur de te perdre ou de t'avoir perdue définitivement...
  • Terry, je ne t'en voudrais jamais. Je sais déjà tout cela, tu me l'as écrit. Nous avions peur tous les deux et c'est compréhensible. Pense uniquement à notre présent et au merveilleux avenir qui nous attend et que je t'aime à la folie, dit elle en s'arrêtant pour lui faire face. Désormais le passé n'existe plus et nous avons l'avenir devant nous.

Il la serra contre lui et lui adressa un tendre sourire.
  • Tu es un ange, dit-il. Mon ange. Mais puisque tu parles de notre avenir, il faut que je te dise autre chose. Ces derniers temps, à New-York, j'ai cherché une maison pour nous. Et je l'ai trouvée... Elle est située dans un quartier qui s'appelle Riverdale et il y a un immense jardin tout autour. Il y a même une petite colline avec un chêne sur lequel nous pourrons grimper tous les deux !
  • Tu as vraiment fait ça ? demanda-t-elle ravie.
  • Je suis loin d'avoir terminé de l'aménager mais elle t'attend... tout comme moi, répondit-il avant de la serrer contre lui, plongeant le nez dans ses boucles blondes, humant leur parfum.

Ils reprirent leur marche vers l'hôpital et restèrent enlacés. Terry s'arrêta devant la grille de l'hôpital avant de la regarder tendrement.
  • Dors bien ma jolie Tâches de Son, dit-il en caressant sa joue tout en la maintenant contre lui. J'espère que je vais envahir tous tes rêves ce soir, termina-t-il en déposant un baiser appuyé sur son front à la peau d'albâtre.
  • De toute façon, on se voit demain matin, dit-elle avec un mystérieux sourire. Je t'aime, dit-elle en se dressant sur la pointe des pieds pour déposer un rapide baiser sur les lèvres de Terry, avant de rentrer dans l'hôpital.

Il la suivit des yeux jusqu'à ce qu'elle entre dans le bâtiment, non sans qu'elle lui ait envoyé un dernier baiser du bout des doigts.
Terry resta encore quelques secondes et repartit le cœur léger jusqu'à sa voiture.
Candy grimpa les étages à toute vitesse et se glissa jusqu'à la chambre de Flanny pour découvrir que cette dernière ne dormait pas.

  • Entre, Candy, lui dit-elle doucement. J'avais besoin de te parler et j'ai un service à te demander.
  • Tout ce que tu veux, Flanny, répondit Candy. Mais d'abord, dis-moi comment tu vas ?
  • Physiquement, je vais bien, dit Flanny. Et j'ai le droit depuis ce soir, de me déplacer en fauteuil roulant alors il y a du progrès ! Mais émotionnellement... je ne sais plus très bien quoi penser...
  • Moi non plus mais... pas pour ce qui vous concerne. Flanny, tu aimes Alistair, c'est évident. Lui aussi t'aime sincèrement et tu n'as aucune question à te poser. La seule chose dont je sois sûre, c'est qu'il faut que tu vives cet amour. Ce soir... j'ai eu une autre confirmation de ce que je savais déjà. Patty se sentira heureuse et, mieux encore, elle sera soulagée d'apprendre qu'Alistair est vivant et qu'il est heureux avec toi.
  • Tu en es vraiment sûre ? demanda-t-elle péniblement.
  • Cet après-midi, j'en avais la certitude et ce soir j'en ai eu la confirmation, alors oui, j'en suis sûre. Mais écoute-moi Flanny. Maintenant il faut s'occuper de toi, et demain je te trouverai une jolie robe pour ton mariage et je veux que tu me donnes ta taille exacte pour que je ne fasse pas de bêtises.
  • Candy ! s'exclama Flanny les larmes aux yeux. Justement... C'est ce que je voulais te demander.
  • Tu vois... ce n'était pas nécessaire puisque c'est déjà prévu. Mais je vais te laisser et je veux que tu me promettes de te reposer et de dormir, d'accord ?
  • D'accord mais toi ? Tu ne m'as rien dit et... ce garçon, Terry, c'est bien celui qui était venu pour te voir à l'Hôpital Sainte Joanna ? Je regrette, tu sais... à l'époque, je... je ne savais pas. Je... je l'ai mis à la porte et je ne vous ai vraiment pas aidés...
  • Tu ne pouvais pas savoir et je ne t'en ai jamais voulu. Maintenant dors ! Et... je vais très bien ! répondit-elle avec un radieux sourire. Je ne pourrais pas être plus heureuse.

Candy ferma doucement la porte mais ne s'arrêta pas chez Alistair. Il n'avait pas besoin d'elle de toute façon.
Elle retourna dans sa chambre et s'endormit rapidement malgré l'excitation qu'elle ressentait. La fatigue qu'elle avait accumulée ces dernières semaines lui permit de dormir d'un sommeil de plomb jusqu'au petit matin. Elle finissait sa toilette lorsque Nathalie entra dans la chambre pour se coucher après sa garde de nuit.
  • Nathalie, je sais que tu es fatiguée, dit-elle rapidement. Mais ce soir je veux que tu sois en forme ! J'ai un secret à t'avouer : mon fiancé est à Paris et ce soir, après la représentation, l'abbé Klein a accepté de nous marier dans la chapelle de l'hôpital. Alors tu te débrouilleras comme tu veux, mais j'aimerais vraiment que tu y assistes en tant que témoin pour moi.
  • Candy, je suis trop fatiguée pour te dire que je trouve ça fantastique. Je suis de repos demain soir, je reprends la journée ensuite, alors je serai à tes côtés avec grand plaisir. Maintenant, bonne nuit, dit-elle en s'écroulant sur le lit après avoir rapidement ôté son uniforme.
  • Bonne nuit, Nathalie, dit doucement Candy, avant de s'éclipser de leur chambre.

Elle se rendit dans la salle de repos des infirmières pour écrire à Albert une longue lettre et lui parler des derniers événements survenus pour elle et Alistair.

*****

A huit heures trente, elle passa dans la chambre de Flanny pour lui tenir compagnie avant d'être rejointe par Alistair qui l'embrassa affectueusement.
  • J'ai obtenu une permission exceptionnelle pour aller à l'ambassade, dit Alistair. Comme ça tu n'auras pas besoin de couvrir mon escapade, dit-il à Candy. Mais je dois revenir pour quinze heures. Quant à vous, vous avez la journée pour vous préparer, Mesdemoiselles ! Candy, cela t'ennuierait d'aider Flanny, s'il te plaît ?
  • C'est déjà prévu, Alistair, dit Candy avec un doux sourire. J'ai toutes les informations nécessaires pour trouver tout ce dont elle pourrait avoir besoin. Alors... tu n'as pas à t'inquiéter ! Mais tu devrais te préparer, Terry t'a dit qu'il passerait dans un quart d'heure, ajouta-t-elle en jetant un rapide coup d'œil à sa montre.
  • Ne t'inquiète pas, j'ai tout ce qu'il me faut. Flanny et moi sommes majeurs donc il n'y aura pas de problème et le médecin m'a fait un certificat expliquant que j'avais été victime d'amnésie et que je venais seulement de retrouver mon identité, confirmée par un membre de ma famille puisque tu as fait le nécessaire il y a quelques jours. Merci, Candy.
  • Tu n'as pas à me remercier, te savoir vivant était déjà un merveilleux cadeau en soi, répondit Candy. Et c'est Albert qui a du faire le nécessaire, officiellement du moins.
  • Va chercher tes affaires, dit Flanny à l'attention d'Alistair. Ensuite vous descendrez tous les deux pour aller attendre Terry.

Alistair s'exécuta non sans avoir embrassé tendrement Flanny et ils descendirent vers la grille de l'hôpital pour attendre Terry. Ils n'eurent pas à attendre bien longtemps et Candy eut la surprise de voir Éléonore descendre de la voiture.
  • Candy ! dit-elle en serrant la jeune fille dans ses bras. Nous allons avoir une journée chargée alors tu vas aller chercher les mensurations de ton amie pour que nous puissions aussi faire le nécessaire pour elle, tu es d'accord ?
  • Je les ai déjà, Éléonore, dit Candy pendant que les deux garçons plaisantaient.
  • C'est parfait, répondit Éléonore, alors je vais vous accompagner parce que j'ai l'impression que ma visite à l'ambassade pourrait encore faciliter les choses. Ensuite nous laisserons ces messieurs s'occuper de leurs affaires et nous les retrouverons pour déjeuner. Terry, allons-y ! dit-elle énergiquement.
  • Maman, on n'est pas en retard, lui répondit Terry. D'abord, je voudrais te présenter Alistair Cornwell qui se trouve être un de tes admirateurs. Et ensuite, j'aimerais bien dire bonjour à ma fiancée !

Sur ces mots, il entraina Candy à l'écart pour la prendre dans ses bras avant de l'embrasser avec toute la pudeur dont était capable son cœur torturé par des années de manque. Candy sentait son propre cœur faire des bonds dans sa poitrine. Pendant ce temps-là, Alistair se confondait en compliments à l'attention d'Éléonore, la remerciant de tout ce qu'elle faisait pour Flanny.
  • Rassure-moi, murmura Terry à l'oreille de Candy, tu es toujours d'accord pour m'épouser ce soir ?
  • Grand idiot, répondit-elle en l'embrassant, si tu crois que tu vas te débarrasser de moi aussi simplement que ça, tu te trompes lourdement ! Je t'aime Terry et je te veux pour mari.
  • J'en suis heureux... dit-il avec un immense sourire. Alors, on peut y aller maintenant.

Ils partirent en direction de l'ambassade américaine à Paris et y furent accueillis par William Sharp qui fut enchanté de faire la connaissance d'Éléonore. Son intervention facilita les choses et Éléonore finit par emmener Candy dans un salon du Crillon où des couturiers les attendaient et papillonnaient sous les yeux ébahis de la jeune femme.

Malgré les véhémentes protestations de Candy, Éléonore n'eut aucun mal à imposer sa volonté, prétextant qu'Albert aurait fait bien pire et qu'on ne se mariait qu'une seule fois.
Candy se rendit à ses arguments et trouva une robe de dentelle et satin moiré qui serait parfaite pour Flanny juste avant qu'Eléonore ne lui présente une merveille de soie brodée qu'elle avait fait mettre de côté pour Candy.
Elles eurent terminé avant l'heure du déjeuner et retournèrent prendre le thé dans la suite d'Eléonore.
  • Je suis ravie de nos emplettes, commença Eléonore. Mais je suis surtout ravie de pouvoir faire tout cela pour vous deux, Candy.
  • Je ne sais comment vous remercier, Eléonore, répondit la jeune femme. Vous avez dépensé une fortune aujourd'hui, j'en suis certaine et...
  • Candy ! Nous en avons déjà discuté et je me contente de suivre les recommandations d'Alexandra et d'Albert. Non sans plaisir, je te l'accorde et en y mettant ma petite touche personnelle, c'est vrai aussi. Mais parlons d'autre chose, comment se sent la future mariée aujourd'hui ?
  • Je crois que je ne comprends plus grand chose et je me contente de suivre le train en marche... Tout cela est si inattendu, votre présence ici, Terry... Après toutes ces années, tout ce temps passé à essayer de l'oublier... Ce n'est pas habituel chez moi mais pourtant, je me sens vraiment perdue. J'ai passé des années à lutter et... aujourd'hui... Alistair, Terry... tout le monde semble trouver cela parfaitement naturel et normal mais moi, j'ai encore du mal à réaliser que je ne rêve pas.
Eléonore prit la main de la jeune femme dans la sienne et la serra tendrement.
  • Terry et toi avez eu votre compte de souffrances, Candy. Il était temps que cela cesse. Si vous êtes heureux, alors c'est le plus important. Contentez-vous de savourer chaque minute de ce bonheur, vous y avez droit. Tous les deux.
  • Merci... répondit Candy qui avait les larmes aux yeux.

Sa voix s'étrangla dans sa gorge et la jeune fille fondit en larmes. Eléonore se précipita vers elle pour la serrer dans ses bras et la bercer contre elle.
  • Candy... mon enfant... Allons, c'est terminé. Le cauchemar est terminé.
  • Je suis navrée, balbutia Candy entre deux sanglots. Je crois que... que j'ai les nerfs qui lâchent.
  • Alors, pleure, ma petite chérie. Pleure une bonne fois et ça ira mieux ensuite.

Candy pleura de longues minutes dans les bras d'Eléonore. L'étreinte maternelle lui apporta le réconfort dont elle avait besoin et elle finit par s'essuyer les yeux sous le regard attendri et ému d'Eléonore.
  • C'est la première fois, murmura Candy, les yeux baissés. La première fois de ma vie que je découvre à quoi peut ressembler l'amour d'une mère... Terry a de la chance de vous avoir.

Eléonore sourit doucement, émue et attendrie par l'aveu de la jeune femme.
  • Et Terry a de la chance de t'avoir, Candy. Mais... Oh, Candy, je ne sais même pas comment aborder le sujet. C'est le rôle d'une maman, normalement et...
  • Et je n'en ai pas, souffla Candy. Vous êtes pour moi ce qui ressemble le plus à une mère. Autrefois, j'ai rêvé que ma mère me recherche, qu'elle me retrouve... Comme vous avez retrouvé Terry, j'ai espéré retrouver ma mère un jour... Mais... soit elle ne me cherche pas, soit elle est déjà morte et je ne le sais même pas...
  • As-tu déjà envisagé de faire des recherches, Candy ?
  • Non. Je pense que c'est inutile... ou impossible. Annie et moi avons été trouvées le même jour à la Maison Pony. Et aucun indice ne pouvait nous rapprocher de nos mères... Et pourquoi toutes les deux ? Etait-ce seulement le hasard, nous ne le saurons jamais. Il y avait une lettre pour Annie... une lettre de sa maman qui disait qu'elle était trop pauvre pour continuer à s'en occuper. Quant à moi... le panier dans lequel j'ai été trouvé contenait seulement une poupée qui portait le nom de Candy brodé sur le devant. Nous ne savons rien d'autre.
  • Je suis désolée, Candy. Je ne voulais pas te rappeler ces tristes moments.
  • Oh, ils ne sont pas tristes, je ne m'en souviens pas. Mon enfance à la Maison Pony a été entourée de bonheur, de joie et d'amour. Nous formions une famille. Et puis j'ai été adoptée par les André et ma vie a considérablement changé.
  • Oui, cela se sent dans tes paroles, et dans celles d'Annie, ton amie. Mais elle a été adoptée beaucoup plus jeune et elle a finalement connu l'amour d'un foyer. Candy, je... ce que je voulais dire tout-à-l'heure c'est que si tu éprouves le besoin de te confier à moi ou de me poser des questions ou si tu as besoin de quoi que ce soit, n'oublie pas que je suis là. Je ne suis sûrement pas la meilleure des mères mais je serai honorée de jouer ce rôle pour toi... Si, tu le souhaites, bien entendu.
  • Merci, Eléonore. Merci, infiniment, répondit la jeune femme avec émotion, je ne l'oublierai pas. Votre présence ici représente déjà tellement, vous savez...
  • Candy, j'imagine très bien l'impatience de Terry mais... aurais-tu préféré attendre et organiser ton mariage en présence de ta famille ?
  • Bien sûr, j'aurais aimé qu'ils soient tous présents, répondit-elle après un petit temps de réflexion. Seulement... je ne veux pas attendre. J'ai l'impression de conjurer le sort qui s'acharne sur Terry et moi en l'épousant aussi rapidement.

Elle regarda Eléonore et un grand sourire éclaira son visage quand elle reprit la parole.
  • Et puis, se marier à Paris, il n'y a pas plus romantique que cela, non ?

Eléonore éclata de rire et serra une nouvelle fois la jeune fille contre elle.
  • Tu as raison, Candy. Tu feras pâlir de jalousie toutes les américaines ! Se marier en France, à Paris et au beau milieu d'un conflit mondial, quoi de plus romantique !

Elles devisèrent joyeusement quelques instants et furent rejointes par Alistair et Terry qui riaient aux éclats en entrant dans la pièce.

*****

Après le repas, Éléonore demanda à Terry de ramener Candy et Alistair à l'hôpital car ils devaient répéter la pièce qu'ils joueraient le soir-même.

Une des grandes salles de l'hôpital avait été aménagée pour l'occasion et la représentation commencerait à la nuit tombée, vers vingt-et-une heures. Ils y répéteraient durant tout l'après-midi.

Candy passa l'après-midi dans la cour, poussant le fauteuil de Flanny, Alistair à ses côtés. La journée était belle et le soleil brillait mais les grands platanes leur épargnaient la chaleur de cet après-midi de septembre. Un vent léger rafraichissait le fond de l'air.

En fin d'après-midi, on livra à Candy les robes de mariées qu'elles avaient choisies avec Éléonore ainsi qu'une multitude d'accessoires comme autant d'attentions qui l'émurent infiniment.

Nathalie, qui était maintenant bien réveillée, avait proposé de les aider à se changer après la fin du spectacle et elles se préparaient toutes deux pour assister à la pièce de ce soir, un vaudeville de Feydeau.
Candy commençait à bien se débrouiller en français mais sa compréhension n'était pas toujours parfaite et Flanny lui avait promis de lui expliquer les subtilités de la pièce.

*****

Les patients rirent beaucoup pendant la représentation qui s'acheva sous un tonnerre d'applaudissements. Candy avait été époustouflée de les voir jouer d'aussi près, dans un français si parfait. Et pour la première fois, elle découvrait en Terry un acteur de comédie aussi époustouflant que lorsqu'il la faisait pleurer dans les tragédies qu'il jouait habituellement.
Éléonore était parfaite également. Son charisme, la force et la qualité de son jeu lui donnaient une dimension exceptionnelle, elle semblait irradier sous les projecteurs.

Pendant les applaudissements, Nathalie vint chercher les jeunes femmes et les emmena en direction d'une petite pièce du rez-de-chaussée où elles seraient tranquilles pour se préparer. Il était vingt-trois heures passées et Candy venait de terminer la coiffure de Flanny lorsqu'Éléonore frappa doucement avant d'entrer.
  • On dirait que vous êtes pratiquement prêtes ! Vous êtes ravissantes mais... permettez moi de rajouter quelque chose... dit-elle en ouvrant une trousse qu'elle avait apportée.

Elle sortit de sa trousse un étrange pain noir qu'elle brossa avant d'en appliquer sur les cils des jeunes filles. En un geste rapide et efficace, elle illumina leurs visages d'un peu de poudre déposée avec discrétion. Pour finir, elle déposa quelques gouttes d'Eau de Guerlain derrière les oreilles des deux jeunes filles.
  • Maintenant vous êtes parfaites, toutes les deux, dit-elle en souriant. J'ai l'impression que nous allons pouvoir y aller. Mais avant... Flanny, il y a quelqu'un qui n'est pas là ce soir parce qu'il craignait de brusquer Alistair. Il mourrait d'envie de venir et j'ai bien l'impression qu'il va regretter amèrement de n'être pas venu. Mais je sais que je ne vais pas trop m'avancer en parlant en son nom ce soir.
    Il s'agit d'un homme dont le nom est William Albert André, mais tout le monde l'appelle Albert. Il est le frère de Candy mais également l'oncle d'Alistair. Avant tout, il est le chef de la famille André et c'est un être formidable.
    S'il avait été présent ce soir, il vous aurait souhaité la bienvenue dans la famille. Et puis il vous aurait sûrement donné ceci, dit-elle en déposant une enveloppe sur les genoux de Flanny. Avec ce document, dès que vous pourrez quitter cet hôpital, vous irez passer quelques nuits à l'Hôtel de Crillon. Je veux que vous considériez ce séjour comme une sorte de voyage de noces, tout y est prévu pour que vous y passiez des moments de rêve avec votre mari. Ne rougissez pas, Flanny, profitez seulement de ce cadeau le moment venu et n'en parlons plus.
    Maintenant, à toi Candy... cela fait longtemps que nous nous connaissons et tu vas enfin réaliser mon vœu le plus cher. Après m'avoir rendu mon fils, ce soir, tu deviens officiellement ma fille. Et tu n'imagines même pas à quel point je suis heureuse de le voir t'épouser toi. Tu étais celle qu'il aimait et... désormais, tout est pour le mieux.
    Soyez heureux tous les deux, profitez de chaque instant que la vie vous offre et n'oubliez jamais combien vous vous aimez, c'est tout ce que je demande. Albert aussi d'ailleurs, il me l'a dit avant mon départ. Il m'a également demandé de vous répéter cette phrase mot pour mot : "Souviens-toi que tu es plus jolie quand tu souris !".

Les trois femmes se tenaient par la main, partageant une réelle complicité devant les heureux événements qui s'annonçaient. L'abbé Klein vint les trouver pour leur dire que tout était prêt, il commencerait par la cérémonie d'Alistair et de Flanny car le médecin-chef était présent et il exigeait que les patients, même jeunes mariés, aient regagné leur chambres respectives au plus tôt.
  • Quel rabat-joie ! murmura Candy.
  • Candy ! dit Flanny en souriant. Tu sais très bien qu'il a raison, nous ne sommes pas encore guéris et tant que nous restons ses patients...
  • D'accord, d'accord, je me rends ! dit Candy en poussant le fauteuil de Flanny en direction de la chapelle. Si en plus, tu te mets de son côté !

Quand elles arrivèrent, elles eurent la surprise de trouver dans la salle, des collègues de Candy, Flanny et Alistair qui voulaient partager ce moment de bonheur avec eux. Le médecin-chef, qui était de garde ce soir-là, était là aussi, un grand sourire aux lèvres. Flanny insista pour se lever et se marier debout.

*****

D'abord, Terry ne vit pas Candy et puis il l'aperçut enfin, juste derrière sa mère. Il eut une pensée pour son ami Albert, qui aurait tant aimé être présent et qui lui avait donné la main de la personne qu'il aimait le plus au monde.

"Je te promets de prendre soin d'elle, pensa-t-il pour Albert, je te promets de l'aimer, de l'adorer et de la rendre heureuse. Je l'aime tant... depuis si longtemps."

C'est seulement quand sa mère s'écarta qu'il put réellement la voir. Elle portait une robe fourreau en soie blanche dont la simplicité et l'élégance lui ressemblait. Le bustier ajusté était brodé d'une fine dentelle qui couvrait également ses épaules et ses bras par de longues manches évasées soulignant sa fine silhouette. Ses cheveux aux reflets d'or étaient rassemblés en longues anglaises derrière sa tête.
Quand il aperçut son bouquet de lys blancs, il fut touché qu'elle ait choisi ces fleurs qu'il aimait tant plutôt que les roses, qu'Anthony chérissait. Mais ce qui le bouleversa le plus fut la timidité qu'elle affichait, gardant ses yeux rivés au sol. Elle ne releva les yeux qu'en arrivant à quelques mètres de lui et il fut complètement retourné par sa fragilité et par l'amour qu'il put lire dans son regard.

Il était tard, ce soir du treize septembre, lorsqu'Alistair et Flanny échangèrent leurs vœux devant les bravos de l'assemblée. Terry, qui avait joué le rôle de témoin pour Alistair avait eu du mal à se concentrer, tant la présence de Candy, dans sa ravissante robe de mariée, l'avait subjugué. C'est à peine s'il se rendit compte de ce qu'on lui demanda, quand arriva son tour de se placer devant l'autel.
Éléonore demanda à prendre la parole avant que ne débute la seconde cérémonie.

  • Je suis désolée d'interrompre les réjouissances mais il il y a quelqu'un qui m'a transmis une lettre qu'il voulait que je vous lise. La première partie de cette lettre s'adresse à Alistair, car il ne savait pas encore pour Flanny, et encore moins que tu l'épouserais, mais je suis sûr qu'il fera le nécessaire très bientôt.
    Quant à la seconde partie, c'est à Candy et Terry qu'elle est destinée et l'auteur de cette lettre est William Albert André.

Elle déplia une feuille qu'elle commença à lire de sa voix haute et claire.

  • "Bonjour Alistair, 

    J'imagine que tu as du être surpris d'apprendre que ton grand-oncle William et ton ami Albert n'étaient qu'une seule et même personne. Mais tu m'as assez connu pour savoir que nous partageons bien plus qu'un lien familial. Je n'ai pas oublié ton amitié et ton aide alors que j'étais moi-même atteint d'amnésie.

    Et, pour les souvenirs plus légers, je n'ai pas oublié non plus ta méthode très particulière pour m'aider à retrouver la mémoire ! Je te promets de ne pas utiliser ce marteau sur toi ! 
    Tout ce que je peux dire, c'est que je comprends ce que tu as traversé, ce que tu as dû éprouver... Sache que je respecterai toujours les choix que tu feras pour ton avenir et que tu demeures mon neveu, quoi qu'il advienne. Nous tenons tous à toi.

    J'ai failli venir te voir, espérant t'apporter mon aide à mon tour. Mais on m'a fait comprendre que c'était Candy qui m'avait aidé et qu'étant auprès de toi, elle serait la plus capable de t'apporter un réel soutien. Et je sais également qu'il te faudra du temps pour pouvoir faire le lien entre ta vie d'amnésique et ta vie d'autrefois. Mais n'oublie jamais que tu pourras toujours compter sur moi, même à distance et quels que soient tes choix. Fais ce qui te semble être le mieux pour toi, c'est la seule chose qui importe vraiment.

    Mais en fait, j'aurais peut-être dû venir quand même étant donné que je suis sûr que Terry va trouver le moyen d'épouser Candy à Paris. Même si j'ai une totale confiance en lui et que je sais pertinemment qu'il fera son bonheur. Avant cela, j'ai des choses à dire à ces jeunes gens.

    Terry, je vais d'abord me permettre de te faire une confidence, j'ai passé beaucoup de temps avec Candy ces dernières années et elle n'a jamais été capable de t'oublier. D'abord parce qu'elle a toujours remercié le ciel des moments de bonheur inoubliables passés à tes côtés, mais surtout parce que tu es toujours resté dans son cœur. Et malgré les moments terribles durant lesquels vous avez été séparés, il n'y a jamais eu de place pour qui que ce soit d'autre. Chaque jour qui passait, elle pensait à toi. 

    Terry, Candy, il y a cinq ans de cela, j'ai commis une terrible erreur. Je vous ai laissés seuls, persuadé que tout se passerait bien pour vous deux, puisque vous vous aimiez. Peut-être était-il trop tôt, mais mon absence vous a amenés à vivre des situations difficiles. Il aura fallu bien des épreuves et bien des années pour que vous puissiez vous retrouver mais je suis heureux que cette époque soit finalement révolue.

    Terry, en ma qualité de tuteur légal de Candy, je te donne cette femme en mariage. Elle m'est très précieuse alors prends bien soin d'elle. Je te la confie sans crainte ni aucune réserve parce que je sais que votre union est la consécration d'un amour extraordinairement pur, sincère, profond et partagé depuis longtemps. Je n'aurai qu'une recommandation, Terry, qu'une demande à te, ou plutôt à vous formuler à tous deux : soyez heureux, mes enfants !

    Et Candy, s'il te plaît, arrête de pleurer ! Tu sais bien que tu es tellement plus jolie quand tu souris, cela fait déjà bien longtemps que je te le dis. J'aurais aimé être là avec vous tous mais on en reparlera quand vous rentrerez. 

    Je t'aime petite sœur alors sois heureuse et profite de ce moment de joie que la vie vous offre à tous deux. Il était grand temps.
    Je vous embrasse tous et je vous aime.

    Albert"

Alistair et Candy avaient ri à l'évocation du "marteau" créé par Alistair pour "aider" Albert à retrouver la mémoire. Et tout le monde avait de nouveau ri en écoutant les mots d'Albert enjoignant Candy à ne pas pleurer. Elle était effectivement en train de verser quelques larmes.
Mais Terry était auprès d'elle, lui serrant les mains avec une infinie tendresse, ne quittant pas son regard, comme s'il avait voulu lui communiquer toute sa force et son amour.
Quand Éléonore eut terminé sa lecture, elle invita l'abbé à procéder à la cérémonie.

A compter de cet instant précis, le quatorze septembre 1917, à minuit passé de quelques minutes, le monde extérieur cessa d'exister pour Candy et Terry, c'est à peine s'ils entendirent le discours du prêtre. Terry ne lâcha le regard de Candy que pour prendre les alliances que lui tendait Alistair.
L'amour qu'il éprouvait pour la jeune femme l'emplissait d'une joie intense et sereine. Elle le regardait avec confiance mais il pouvait deviner sa fragilité et la tension qui l'habitait. Il se fit la promesse de la protéger et de prendre soin d'elle envers et contre tout. Et contre tous s'il le fallait.

Les deux jeunes gens prononcèrent leurs vœux d'une voix à peine audible pour le reste de l'assistance et leurs mains tremblaient légèrement quand ils se passèrent leurs anneaux. Le reste de la cérémonie continua à se dérouler dans une brume sonore et visuelle pour tous les deux jusqu'à ce que le prêtre autorise Terry à embrasser la mariée.
Il souleva avec émotion le voile de Candy avant de prendre son visage dans ses mains. Il l'embrassa avec toute la réserve dont il était capable en ce moment précis, conscient de tous les regards braqués sur eux. Quand il la relâcha, il fut totalement remué par le sourire lumineux que lui adressait celle qui était désormais sa femme.

C'est le moment que choisit le médecin-chef pour inviter Alistair et Flanny à regagner leurs chambres respectives, veillant lui-même à ce que ses ordres soient respectés à la lettre.
Il félicita chaleureusement Candy et Terry avant de s'éclipser avec ses malades.

Éléonore prit Terry et Candy dans ses bras en souriant.
  • Maintenant tous les deux, vous allez prendre la voiture qui vous attend dehors. Je vous ai réservé une suite à l'hôtel et vous y trouverez tout ce dont vous pouvez avoir besoin pour les quelques prochains jours, j'y ai veillé. Quant à moi, je range toutes les affaires de Candy avec Nathalie et le chauffeur reviendra me chercher dès qu'il vous aura déposés. Candy, je te le confie jusqu'à demain quatorze heures. Allons je ne veux plus vous voir ni vous entendre : filez vite !

Terry entraina sa femme rougissante sans lui laisser le temps de protester. Ils grimpèrent dans la voiture qui les attendait pour les conduire à la place de la Concorde. Il passa son bras autour des épaules de sa femme et elle posa la tête sur son épaule, entremêlant ses doigts à ceux de Terry.
  • Plus rien ni personne ne nous séparera désormais, murmura Terry d'une voix très basse, le regard fixé sur leurs mains jointes et leurs alliances.

Candy serra la main de Terry en souriant doucement, le regard lointain.
  • A quoi penses-tu ? lui demanda-t-il doucement.

Elle se tourna vers lui et le regarda attentivement, le regard chargé d'émotion.
  • A toi, répondit-elle simplement. Au passé aussi... j'ai encore tant de mal à réaliser que tout ce qui arrive est réel... D'abord tes lettres, ton amour pour moi, ta présence ici et... et notre mariage... C'est tellement surréaliste pour moi que j'ai du mal à croire que... que je ne rêve pas.

Il inspira profondément et la regarda avec émotion.
  • Candy, mon amour... Tu ne rêves pas, ni moi non plus. Te perdre a été une souffrance de chaque instant tout au long de ces années. Et voilà qu'au moment précis où je te parle tout est terminé, presque oublié. Il n'y a plus de souffrance. Moi non plus, je n'arrive pas à croire qu'un tel bonheur soit possible. Et pourtant, nous sommes là tous les deux, ensemble et... et tu es ma femme. Il n'y a plus que cela qui compte.

Il la serra un peu plus fort et embrassa les boucles dorées de ses cheveux, respirant leur doux parfum de miel. Ils restèrent assis en silence jusqu'à l'hôtel, profitant de ces moments de tendresse qui leur étaient enfin accordés après tant d'années de séparation.


*****

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