008 - Partie 1 - Chapitre 8 : Retrouvailles


ATTENTION


Ce chapitre comprend des scènes destinées à un public adulte.
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LaPorte, le 24 septembre 1917
Deux jours plus tôt, à Chicago, Albert avait reçu plusieurs lettres, de Candy et Terry d'abord et d'Alistair ensuite. Alexandra l'avait accompagné à Chicago, sachant qu'il aurait besoin de son aide pour annoncer cette nouvelle à sa famille. La veille au soir, il avait informé Archibald, lui remettant une lettre de la part d'Alistair et avait écrit à la tante Elroy ainsi qu'aux parents d'Alistair et d'Archie. Il s'attendait à des journées épuisantes afin d'expliquer et défendre le choix qu'avait fait Alistair de rester en France avec sa jeune épouse jusqu'à la fin du conflit.

Annie et Archie avaient éprouvé une violente émotion doublée d'une joie immense en apprenant la nouvelle et ils avaient lu avec grand plaisir la lettre d'Alistair. Ils furent saisis d'inquiétude en pensant à la réaction de Patty. Alexandra leur confia une partie de ce qu'elle savait et les assura qu'elle ferait le nécessaire mais elle demanda à Annie de rendre visite à son amie dès que possible pour s'assurer qu'elle allait bien. Cela ne posa aucun problème à la jeune femme qui gagnait de plus en plus en assurance et en force intérieure. Ils se réjouirent tous ensemble des deux mariages qui avaient été célébrés à Paris, souhaitant par la pensée tout le bonheur du monde aux jeunes mariés, avec toutefois, une pensée particulière pour Candy et Alistair.

Albert et Alexandra étaient ensuite partis pour LaPorte où ils résideraient chez Tom et Patty qui les avaient invités. Ce matin-là, Albert s'était éclipsé avec Tom, prétextant une promenade à cheval et il lui annonça la nouvelle du "retour d'Alistair", de son mariage avant de lui tendre une lettre que ce dernier lui avait écrite.


"Paris le 14 septembre 1917

Très cher Tom,

J'imagine à quel point la nouvelle de ma réapparition a dû te surprendre mais je souhaite surtout que tu n'éprouves aucune crainte me concernant.
Je n'oublierai jamais ces merveilleux moments que nous avions passés en ta compagnie notamment durant ce fameux rodéo qu'Anthony a gagné si mes souvenirs sont bons. Il t'aimait beaucoup, lui aussi.

J'ai demandé à Albert qu'il te donne cette lettre avant de prévenir Patty que je suis vivant. Parce que je veux que tu sois à ses côtés à ce moment-là. Il t'a peut-être expliqué que j'ai souffert d'amnésie et... pendant deux ans je n'ai pas su qui j'étais, ce qui explique ces années de silence.
On m'a trouvé blessé sur une plage et c'est seulement là que commençait ma "nouvelle" vie. Entre-temps, je suis devenu ambulancier sur le front et cette vie me plaît. Je ne me bats peut-être plus mais ça ne me manque pas. J'ai découvert qu'aider les blessés, comme le fait Candy, est bien plus utile à tous ces hommes ; d'autant que je suis l'un de leurs meilleurs pilotes d'ambulance !

C'est avec une joie immense que j'ai appris que tu avais épousé Patty et que vous attendiez un bébé pour bientôt. C'est une merveilleuse nouvelle... Je ne sais pas vraiment comment te le dire mais je sais aujourd'hui qu'elle doit être très heureuse à tes côtés. Bien plus heureuse que si elle était restée avec moi. Je suis un être inconstant, imprévisible et j'ai la bougeotte... j'ai toujours été comme ça. Et même si ça peut amuser mon entourage, tu dois savoir maintenant que ce n'est pas du tout ce dont a besoin Patty.

Je n'aurais pas pu lui apporter la sécurité et la stabilité indispensables à son bonheur. Et je suis sûr qu'elle le sait également. En tout cas, maintenant elle doit en être certaine. D'ailleurs, je veux que tu n'hésites pas à lui montrer cette lettre si tu penses que cela peut être utile.

Patty est une fille merveilleuse, dotée d'immenses qualités de cœur et d'une grande générosité. Mais si j'éprouverai toujours beaucoup d'affection pour elle, je sais aujourd'hui que nous avons tous les deux changé. Nous avons traversé des épreuves chacun de notre côté et nous avons grandi.
J'ai compris que même si je l'aimais, je n'aurais jamais été capable d'aller contre ma nature pour être le mari qu'elle aurait mérité. Je suis donc extrêmement heureux qu'elle t'ait choisi toi, si l'on peut parler ainsi.
Je sais qu'elle ne pouvait pas espérer mieux, ni meilleur mari que toi. Et j'en suis tellement heureux pour vous deux. Vraiment.

Il faut que tu saches aussi une dernière chose, pendant le temps où j'étais amnésique, j'ai été soigné par une infirmière au dévouement extraordinaire. J'ai par la suite travaillé avec elle sur le front. En retrouvant ma mémoire et Candy, j'ai appris qu'elles avaient fait leurs études ensemble et qu'elles étaient amies.
Le problème qui m'a rongé en retrouvant mes souvenirs a été de découvrir que l'homme qui était fou amoureux de cette infirmière avait autrefois eu une fiancée qui s'appelait Patty. S'il est vrai que nous n'étions pas officiellement fiancés, je retrouvais son souvenir et je découvrais la culpabilité... j'étais coupable d'en aimer une autre et j'ai eu très peur de retrouver mon ancienne vie et d'avoir un choix cornélien à faire.

Candy a été formidable, tu sais. D'abord parce qu'elle ne m'a pas accablé, et ensuite parce qu'elle m'a laissé libre de mes choix et de mes décisions. Quand elle m'a appris que Patty s'était marié avec toi, j'ai été très heureux pour vous deux, mais je dois bien l'avouer, j'ai également ressenti un réel soulagement.

J'ai épousé Flanny, c'est son nom, hier soir. Juste avant que Candy et Terry ne convolent eux aussi. Et je suis extrêmement heureux. Tout comme vous avez dû l'être lorsque vous vous êtes mariés Patty et toi.
Je serai désolé d'apprendre que la nouvelle de ma réapparition puisse devenir un problème entre vous deux c'est pourquoi j'ai voulu t'écrire. Je veux que tu saches que je bénis votre union et que je suis sincèrement persuadé que tu es l'homme qui peut réellement la rendre heureuse.

Je vous embrasse tous les deux ou plutôt tous les trois !

Alistair Cornwell"

Tom resta interdit à la lecture de la lettre d'Alistair. Au tout début, quand Albert lui avait annoncé la nouvelle, il n'avait éprouvé que de la peur. La peur de perdre sa femme, son bébé, et le bonheur qu'ils avaient patiemment construit tous les deux depuis quelques mois.
Mais les mots d'Alistair venaient de le rassurer. Il se rappela qu'un jour, Patty lui avait dit, à demi-mot, qu'elle était heureuse d'avoir eu la possibilité de faire sa connaissance, de l'épouser et qu'elle ne pensait pas qu'elle aurait connu autant de bonheur avec Alistair.

  • Albert... demanda-t-il finalement, pensez-vous qu'il y ait encore un risque que je perde ma femme ?
  • Perdre Patty ? Ah non, je ne crois pas non ! dit énergiquement Albert. Mais c'est autre chose à laquelle il va falloir faire face, Tom. Je... L'histoire d'Alistair et Patty s'est terminée brutalement et elle en a beaucoup souffert, tu le sais... Je crois qu'elle éprouve beaucoup de culpabilité vis à vis d'Alistair, en fait.
  • De la culpabilité ? Mais pourquoi ? demanda Tom, surpris.
  • Parce qu'elle est vivante, parce qu'elle est heureuse et... amoureuse, dit Albert avec un sourire. Elle a du comprendre maintenant que tu la rends bien plus heureuse que ne l'aurait fait Alistair et ça n'a pas du aider à diminuer son sentiment de culpabilité. Tu sais... elle vit avec le sentiment qu'elle doit son bonheur à la mort d'Alistair, et son cœur doit lui chuchoter que c'est injuste.
  • Je ne me suis rendu compte de rien... marmonna Tom. Je ne m'étais pas aperçu qu'elle se sentait coupable d'être... Tu penses vraiment ce que tu viens de me dire, Albert ?
  • Oui, je le pense... Candy également et Alexandra aussi.
  • Elle est en train d'annoncer la nouvelle à Patty, demanda-t-il soudain inquiet ?
  • Non, Tom, ne t'inquiète pas. Nous pensons tous qu'il faut que tu sois à ses côtés quand elle l'apprendra, dit Albert rassurant. C'est pour ça que je voulais t'en parler avant. Et apparemment, les grands esprits se rencontrent puisque Candy et Alistair ont pensé la même chose.
  • Sa lettre est... je ne m'y attendais pas, il faut bien le dire mais... En fait j'ai eu soudain très peur et sa lettre m'a rassuré. Je sens qu'il n'est pas une menace même si c'est ce que j'ai crains au tout début. Vous aviez raison de vouloir m'en parler avant. Merci, Albert.
  • Ne t'inquiète pas Tom, sois présent pour Patty, c'est ce dont elle aura besoin, de ta présence.
  • Comment croyez-vous qu'elle va réagir ? demanda Tom pensif.
  • Je ne sais pas, Tom... dit Albert doucement. Mal je pense... j'imagine que des sentiments contradictoires vont la traverser... la colère du gâchis, de la peine inutile et puis... et puis viendra la peur. La peur de le revoir, la peur de te perdre... Mais ce qui dominera au final sera l'instinct de protection pour son enfant et pour toi... Voilà ce que je pense.
    Elle t'aime infiniment, sa vie auprès de toi est équilibrée, rassurante et elle n'a pas à s'inquiéter pour l'avenir... c'est ce qu'elle attendait, ce qu'elle désirait... Elle est enceinte et tu as pu t'apercevoir à quel point elle rayonne à l'idée de fonder une famille, votre famille ! Et puis, elle n'est pas devenue institutrice pour rien, tu sais...
  • C'est à se demander si vous ne la connaissez pas mieux que moi, grommela Tom.
  • Ne dis pas ça, Tom ! dit Albert en riant. J'ai connu la perte d'êtres chers quand j'étais jeune et j'ai également été amnésique alors... tout cela m'est presque trop familier, c'est tout. Et j'avoue que Candy m'a écrit aussi et elle m'a donné quelques pistes très utiles !
  • Bon d'accord, si c'est Candy, alors je ne serai pas jaloux... dit Tom en se redressant avec un sourire. Vous venez ? demanda-t-il à Albert. Cela ne sert à rien de repousser l'échéance. Je suis prêt.
  • Vous êtes un type bien, Tom, dit Albert en lui tapotant l'épaule.

Quand ils arrivèrent à la maison, ils trouvèrent Alexandra et Patty au salon en train de prendre le thé.

  • Alors vous voilà enfin ! dit Alexandra en se levant pour prendre le bras d'Albert avec affection. Nous nous demandions si vous n'aviez pas décidé de vous enfuir et d'abandonner vos pauvres femmes enceintes et incapables de vous courir après !

Albert la serra contre lui avec un grand sourire. D'un regard, il lui fit comprendre que Tom était prêt. Ce dernier s'approcha de Patty et l'embrassa avec ferveur ce qui fit rougir la jeune femme qui baissa les yeux et piqua du nez dans sa tasse de thé.
Tom s'était assis près d'elle et Alexandra prit une chaise à côté de Patty alors qu'Albert lui faisait face.

  • J'ai plusieurs bonnes nouvelles à t'annoncer, Patty, dit Albert avec un sourire. Tu sais que Terry partait en tournée en France pour jouer pour les soldats, n'est-ce pas ?
  • Oui, bien sûr, dit Patty gaiement. Pour les soldats et pas du tout pour Candy. Et comme Candy et lui n'avaient pas recommencé à s'écrire, j'imagine qu'ils se sont pas revus !
  • Subtile façon de me demander d'aller droit au but, Patty ! Alors oui, ils se sont revus et... en vérité, ils ont fait mieux que ça, il se sont mariés ! Le quatorze septembre à minuit dix si j'ai bien compris ! dit Albert. Mais elle a promis de nous écrire à tous et de nous raconter ça plus en détail.
  • C'est formidable ! dit Patty. Je suis tellement contente pour eux, elle n'arrivait pas à l'oublier et... ce qui arrive à Candy est merveilleux ! Je suis vraiment heureuse pour elle ! s'exclama-t-elle. Est-ce que ça veut dire qu'elle va bientôt rentrer ?
  • Non, je ne crois pas, dit Albert en souriant, tu la connais, n'est-ce pas ? Elle ne partira que si la guerre se termine ou... je ne devrais pas le dire mais... si Terry réussit à la faire tomber enceinte, les français seront bien obligés de nous la rendre.
  • C'est élégant ça, monsieur André ! répondit Patty en rougissant et en essayant de ne pas sourire. Allez au coin !
  • Vous avez raison, Patty, renchérit Alexandra. Albert m'avait accoutumée à plus d'élégance !

Ils éclatèrent de rire quand Albert feignit de se lever avec un air penaud. Mais il se rassit et Alexandra prit la main de Patty avant de s'adresser à elle.

  • Il y a autre chose, Patty, dit-elle de sa voix douce et chaleureuse. Leurs témoins étaient une amie de Candy, infirmière elle aussi, d'ailleurs elles on fait leurs études ensemble à Chicago et... et un patient de Candy.
    Ce patient, c'est quelqu'un qui avait un problème d'amnésie, tout comme Albert. Après un accident il y a deux ans, il a perdu la mémoire. On l'a retrouvé gravement blessé sur une plage française. Il n'a commencé à recouvrer la mémoire qu'à la suite d'une seconde blessure. Et c'est à ce moment-là que Candy s'est occupée de ses soins.
    Il est toujours blessé et soigné à l'hôpital mais ses jours ne sont absolument pas en danger. Candy souhaitait t'en parler mais elle a préféré attendre qu'il ait retrouvé tous ses souvenirs et sa mémoire avant que tu ne l'apprennes, et puis son métier l'oblige à un devoir de discrétion et elle se devait d'avoir l'accord de son patient.

Patty avait dangereusement pâli en écoutant les paroles d'Alexandra.

  • Ce patient... c'est... c'est... dit-elle d'une voix étranglée. Ne me dites pas que c'est...
  • Si, Patty, répondit Albert, c'est bien d'Alistair qu'il s'agit. Il vient de retrouver la mémoire et c'est pour cela que nous n'avons pas eu de nouvelles jusqu'à présent. Il m'a écrit et m'a demandé de te remettre cette lettre le jour où je t'apprendrai la vérité. Il a également souhaité que Tom soit à tes côtés pour t'aider à traverser ce difficile moment.

Il ne savait pas si elle avait entendu la fin de sa phrase. Elle avait pris la lettre d'une main tremblante et Albert vit des larmes silencieuses couler sur ses joues sans s'arrêter. Elle déchira l'enveloppe sur laquelle Alistair avait inscrit son nom et déplia fébrilement la lettre d'Alistair.

"Paris, le 14 septembre 1917

Ma très chère Patricia,

Cela fait très longtemps maintenant que je n'ai pas écrit ces mots et ce n'est pas sans une certaine émotion que je le fais aujourd'hui. Je regrette infiniment la peine que la nouvelle de ma "réapparition" va te causer. Tu as du tellement souffrir déjà et je ne fais que réveiller des souffrances qui appartenaient au passé. Tout comme moi qui n'appartiens plus qu'à ton passé.
Lorsque mon avion a été abattu, j'ai du dériver pendant des heures dans la mer et c'est sur une plage assez éloignée du lieu de l'accident que j'ai été trouvé. Malheureusement j'étais amnésique et personne ne pouvait m'aider. On m'a dit d'attendre... que la mémoire pourrait peut-être me revenir.

Mais il a fallu que je sois blessé une deuxième fois... oh pas très gravement mais j'ai reçu un coup à la tête. A l'hôpital, en rencontrant mon infirmière, la mémoire a commencé à me revenir par bribes jusqu'à ce que je me rappelle de Candy ! Et puis... grâce à elle, j'ai retrouvé ma mémoire bien plus vite.
Elle m'a appris que tu avais épousé Tom et que vous attendiez un bébé pour décembre. C'est merveilleux, Patty ! Je suis vraiment ravi pour vous deux. Tom est un garçon formidable ! Il t'a dit qu'il était ami avec mon cousin Anthony ? C'est grâce à Candy et Anthony que je l'ai rencontré. C'était avant de partir pour l'Angleterre mais je me souviens très bien du type formidable qu'est Tom Stevens.

Je suis sûr qu'il t'apporte tout ce dont tu rêvais et que tu es la plus heureuse des femmes avec lui. Ces dernières années m'ont beaucoup appris sur moi... à défaut de savoir qui j'étais, je redécouvrais mon caractère, mes qualités et... mes défauts. Et je sais désormais que je n'aurai jamais été en mesure de t'apporter le bonheur que tu méritais et que tu dois éprouver aux côtés de Tom. Je n'aurais jamais su te donner une vie stable et équilibrée comme lui peut le faire.

Mais Candy m'a dit combien tu étais heureuse avec lui et c'est le plus important. Surtout, ma chère Patty, ne te sens jamais coupable d'être heureuse ! Tu es une fille merveilleuse et tu mérites vraiment tout ce qui t'arrive, je le sais.

Je dois également t'annoncer autre chose. Après mon premier séjour à l'hôpital, j'ai choisi de m'engager comme ambulancier auprès de l'Ambulance Américaine à Paris. L'hôpital où travaille Candy est en fait notre base principale mais je ne l'avais pas croisée car je conduisais une ambulance chirurgicale près du front depuis de nombreux mois.
En France, j'ai été soigné par une infirmière avec qui j'ai travaillé par la suite sur le front. C'est une amie de Candy d'ailleurs, elles ont fait leurs études ensemble jusqu'à ce que Flanny quitte Chicago pour le front.

Flanny est une fille formidable et, alors que j'étais encore amnésique, je suis tombé amoureux d'elle. Elle n'a jamais voulu rien savoir de mes sentiments tant que je ne saurai pas qui j'étais. Depuis, j'ai recouvré la mémoire et bien entendu, je me suis souvenu de toi que j'avais tant aimée. Mais le temps avait passé et tu me croyais mort. Candy m'a alors appris tout ce que je ne savais pas et notamment, elle m'a dit que tu étais mariée.

Te sachant heureuse de ton côté, j'ai alors pris la décision de demander à Flanny de m'épouser et elle a accepté. Je suis heureux ici avec elle. Elle va rester encore un peu à l'hôpital avec Candy car elle a été un peu plus grièvement blessée que moi. Ensuite, nous reprendrons notre travail ici au moins jusqu'à la fin de la guerre. Sauf si un imprévu se produisait entre temps.

Sache que je vais bien et surtout n'oublie pas d'être heureuse de de profiter de la vie.
Prends bien soin de toi et de ton bébé.
Je vous embrasse tous les trois.

Alistair"


Patty était abasourdie, elle n'avait pas cessé de pleurer en lisant la lettre d'Alistair.

  • Il est vivant et marié ! dit-elle finalement d'une toute petite voix.
  • Comment te sens-tu, Patty ? demanda doucement Alexandra en posant une main sur son bras tout en la regardant attentivement.
  • Vous allez me trouver... bien égoïste ! Mais je me sens soulagée, dit-elle dans un souffle en baissant la tête tout en gardant les yeux fermés.
  • Tu n'es pas égoïste, Patty, dit Albert. Tu as le droit d'être heureuse qu'il soit vivant et d'être heureuse de ton mariage avec Tom, c'est ce qu'Alistair souhaite.

Tom s'assit à côté d'elle et la serra contre lui.

  • Patty écoute-moi, murmura-t-il, tu n'as rien à craindre de personne. Personne ne te juge non plus, bien au contraire. Je suis heureux de sentir ton amour et je suis très fier de mon épouse. Aujourd'hui j'ai découvert que je n'aurai plus jamais aucune raison d'être jaloux d'Alistair. Il m'a également écrit une lettre tu sais, lis-la s'il te plaît, lui dit-il en lui tendant le courrier que lui avais remis Albert un peu plus tôt.
  • Attends, Patty, dit Albert en se levant avec un petit sourire. Nous allons vous laisser tous les deux et aller nous promener mais avant... je veux que tu saches que tu n'as aucune culpabilité à éprouver. Tu vas avoir un bébé avec l'homme que tu aimes et cela ravit tout le monde, y compris Alistair.
  • Merci Albert. Tu oublies mes parents... eux ne sont pas ravis, dit-elle avec une grimace. Mais ça m'est égal puisque moi je le suis !
  • Alors, tout est parfait, Patty, dit Alexandra en se penchant pour l'embrasser.

Ils sortirent et se dirigèrent vers la rivière qui passait un peu plus bas.

  • Tu penses que ça va aller ? demanda Alexandra quand ils furent assez éloignés.
  • Je crois qu'on a été bien plus inquiets que nécessaire... dit Albert avec un sourire en coin. La lettre d'Alistair a suffi pour la décharger de tout le poids de la culpabilité qu'elle éprouvait. C'est comme si tout ce qui lui pesait depuis la mort d'Alistair avait été balayé en un instant.
  • Alors tout est bien qui finit bien ! répondit Alexandra.
  • J'en ai bien l'impression, ma chérie, dit Albert. Tant que ma tante ne le sait pas encore, en tout cas !

*****

Southampton le 2 octobre 1917
Le bateau quittait le port et Terry regardait pensivement s'éloigner l'Angleterre.
La tristesse semblait l'envahir au fur et à mesure que la terre s'éloignait et Éléonore posa une main sur son épaule en le serrant légèrement. Il était plus grand qu'elle depuis longtemps, mais il restait son enfant malgré tout.

  • Même si je l'avais enlevée, elle serait repartie ! dit-il avec un rictus cynique.
  • Je sais qu'elle te manque, Terry, murmura sa mère. Mais qui sait, elle sera peut-être bientôt obligée de rentrer.

Il tourna la tête vers elle en soulevant un sourcil interrogateur.

  • Elle est devenue ta femme, Terry... il se pourrait qu'elle tombe enceinte tu sais... dit-elle en regardant au loin.
  • Je ne crois pas... dit-il doucement. Nous... Je... Enfin, pas cette fois. Elle m'a dit que ce n'était pas la bonne période, voilà tout. Écoute, maman, excuse-moi mais... je crois que j'ai un peu de mal à avoir ce genre de conversation avec toi.
  • Pardonne-moi, Terry. Je me suis prise à rêver tout haut, je n'aurais pas du.
  • Je ne t'en veux, pas maman. Ne t'excuse pas pour ça. C'est juste que c'est...

Comme elle ne répondait pas, il se tourna vers elle et la serra contre lui.

  • Tu es une mère formidable. Merci, maman. Merci d'avoir fait tout ça, pour moi, pour elle, pour nous aussi. Je ne crois pas que je serais marié à Candy si tu n'avais pas mis en place cette tournée. Alors, encore merci, merci, merci.
  • Terry... murmura-t-elle avec des larmes dans la voix. Tu es mon seul enfant, mon seul amour. Ton bonheur est la seule chose qui m'importe et... ta femme est merveilleuse. Je ne regretterai jamais ce voyage. Je suis fière de toi, de ce que tu fais de ta vie, de tes choix... et je suis fière de ton mariage anticonformiste au beau milieu de la nuit dans la chapelle d'un lycée parisien transformé en hôpital !

Ils rirent tous les deux du résumé comique qu'elle avait fait de la situation mais le regard de Terry se perdit à nouveau sur l'océan.
Ils restèrent silencieux quelques instants, observant la terre qui s'éloignait doucement.

  • Elle me manque tellement déjà, souffla-t-il tristement. C'est sur un bateau que je l'ai rencontrée la première fois. Nous allions à Southampton. C'est de ce même port que je l'ai perdue une première fois en quittant l'Angleterre. Tout ici me parle d'elle, du bonheur qu'elle m'apporte. J'entends son rire, sa voix qui m'appelle dans la brume... Je la vois partout mais je rêve tout le temps...
  • N'aie plus peur de la perdre, mon chéri. Elle n'est pas prête à te laisser sortir de sa vie maintenant, c'est la seule chose à laquelle tu doives penser et te raccrocher. Je sais à quel point elle t'aime, Terry, cela se voit tellement et... n'oublie jamais que depuis des années, tu es sa raison de vivre, son espoir, son rêve d'avenir.

Il la regarda attentivement avant de reporter son regard sur l'étendue bleue qui grandissait sous ses yeux.

  • Merci, maman. Merci pour ces paroles apaisantes. Je crois que je vais rester un peu seul, j'ai besoin de réfléchir, dit-il doucement.
  • A tout-à-l'heure Terry, répondit-elle en posant la main sur son épaule avec un sourire empreint d'amour. Je retourne dans ma cabine.

Il lui sourit à son tour et la regarda s'éloigner pour rejoindre les interminables couloirs du bateau. Il regarda la mer un long moment avant de sortir son harmonica. Il joua cet air écossais qu'il avait joué à Candy autrefois, "Auld Lang Syne", ce message d'au revoir aux jours passés, aux jours heureux.
Il retourna ensuite dans sa cabine et commença une lettre pour Candy. Cette fois, il repartait tellement plus riche qu'il y a cinq ans, plus riche de souvenirs d'elle, avec elle...

Il avait emporté les premières lettres que lui avait écrites celle qui était désormais sa femme. Il sourit en regardant son alliance, ils étaient mariés maintenant... mais la douleur de l'avoir laissée en France encombrait son cœur.

*****

New-York, le lundi 15 avril 1918

En fin d'après-midi, Terry se gara devant la maison de Riverdale et gravit rapidement les marches qui le menaient à la maison.

Il retrouva Albert et Alexandra dans le petit salon. Ils étaient venus avec la petite Cristina, née deux mois auparavant. Quelques semaines plus tôt, Alistair avait écrit à Albert, lui demandant de prendre soin de Flanny qui allait être rapatriée aux États-Unis du fait de sa grossesse avancée. Quant à lui, il continuait à travailler sur le front conduisant des ambulances pour la Croix-Rouge.

Candy travaillait toujours à l'Hôpital de Neuilly et les bombardements sur Paris le mois dernier avaient fait craindre le pire à sa famille mais elle leur adressait régulièrement de bonnes nouvelles, évitant de trop parler de la dure réalité de son travail à l'hôpital.

Les représentations du Songe d'une Nuit d'Été s'étaient terminés une semaine plus tôt et une tournée débuterait en juin à travers les États-Unis pour se terminer en octobre. Terry avait prévu de remuer ciel et terre pour passer quelques jours en mai auprès de Candy mais les récents combats près de Paris compliquaient passablement son voyage.

  • Alors Terry ? Des nouvelles ? demanda Albert aussitôt qu'il entra dans la pièce.
  • Pas mieux, répondit Terry en soupirant. J'ai l'autorisation d'aller jusqu'en Angleterre, du fait de ma double nationalité, mais au-delà, rien n'est prévu pour les civils...
  • Donnez-vous rendez-vous à Londres, dit doucement Alexandra. Je sais que certains permissionnaires s'y rendent, alors... peut-être que Candy en aurait la possibilité.
  • Envoie-lui un télégramme demain, dit Albert, ça lui laissera le temps de s'organiser.
  • Tu crois vraiment que cela serait possible ? demanda Terry avec un air quelque peu abattu.
  • Tu ne perds rien à essayer, et puis... demain, nous verrons Flanny et elle sera sûrement à même de t'en dire un peu plus, dit Albert d'un ton qui se voulait rassurant.
  • J'espère... dit Terry en se prenant la tête dans les mains.
  • Allons Terry, reprit Albert, gardez le sourire ! Si ce n'est pas pour nous, faites le pour elle.
  • Excusez-moi, Albert et vous aussi Alexandra, je suis vraiment d'une piètre compagnie en ce moment. Cette guerre qui n'en finit pas, c'est...
  • Ce n'est rien, Terry, dit doucement Alexandra, je comprends votre frustration mais gardez l'espoir, je vous en prie. Les choses évoluent vous savez et il faut y croire.

*****

New-York, mardi 16 avril 1918
Flanny était un peu inquiète, son ventre commençait à lui peser et elle se fatiguait rapidement. Mais elle avait tenu à aider les infirmières qui rapatriaient les premiers blessés américains du front.

Ces hommes avaient tous été gravement blessés et avaient été démobilisés. Elle avait tout essayé pour ne pas avoir à retourner aux États-Unis mais Candy et Alistair avaient beaucoup insisté et les combats qui s'étaient rapproché de Paris avaient fini par leur donner raison.

Le port de New-York était à l'horizon et ils débarqueraient dans quelques heures à peine. Mais elle craignait ce qui l'attendait en Amérique. Candy et Alistair lui avaient parlé d'Albert et de ses qualités mais jamais personne n'avait pris soin d'elle et elle ne pouvait pas dépendre de sa belle-famille. Elle avait prévu de se trouver un petit appartement qu'elle louerait, elle avait quelques économies et elle pourrait vivre jusqu'à ce que le bébé ait quelques mois. Ensuite, elle aviserait, avec son expérience elle trouverait facilement du travail et pourrait gagner de quoi faire garder son bébé jusqu'au retour d'Alistair.

*****


Terry avait pris la direction du port au volant de la grande Ford qu'il avait récemment achetée. Albert, Alexandra et la petite Cristina étaient du voyage également. La petite semblait profondément endormie dans les bras de son père qui se targuait d'être le seul à pouvoir la calmer.

Le bateau de Flanny devait arriver dans l'heure qui suivait, ils avaient appelés le port régulièrement afin de savoir l'heure précise d'arrivée du navire et ne pas attendre trop longtemps sur le quai.

Quand ils arrivèrent sur le port, les passerelles du bateau étaient presque prêtes pour permettre le débarquement des passagers. Il y avait de nombreuses ambulances et transports de la Croix-Rouge et Terry fut traversé par ses souvenirs de Paris. Devant l'hôpital où Candy travaillait, il y avait toujours de nombreuses ambulances et ils se souvenait aussi de celles qu'il avait vues près du front. En comparaison, les ambulances de New-York paraissaient n'avoir jamais servi.

Ils se tenaient un peu à l'écart et restaient loin de la foule mais pouvaient voir parfaitement les passerelles. Quand les passagers purent enfin débarquer, ils découvrirent la longue cohorte des premiers blessés qui revenaient du front. L'horreur de ce conflit, à laquelle Candy était confrontée chaque jour leur sauta au visage. Les larmes coulèrent des yeux d'Alexandra mais Albert s'en rendit compte aussitôt.

  • Ne pleure pas, Alexandra, dit-il doucement. Pense uniquement que ce qu'ils ont envie de voir sur ton magnifique visage, c'est un beau sourire. Pense à tout le plaisir qu'ils en auront. Et puis, pense à Candy. C'est peut-être elle qui les a soignés et si c'est le cas, elle a du leur sourire tous les jours. Nous sommes fiers d'elle et fiers d'eux. Ils doivent le sentir. Ce n'est pas la pitié et la peine que nous devons leur montrer, nous devons leur témoigner notre fierté. Ce ne sont pas eux, ni leurs blessures qui sont stupides, c'est cette guerre et ce qu'elle leur a fait. Alors pense à Candy et à la façon dont elle aurait agi.

Terry sourit pensivement en écoutant Albert. Oui, ils étaient tous fiers de Candy. Ils avaient tous vu sa générosité et son dévouement à l'œuvre.

Mais le temps s'écoulait lentement et le conflit n'en finissait pas ; elle lui manquait terriblement. Seraient-ils donc toujours condamnés à vivre loin l'un de l'autre ?
C'est alors qu'il aperçut Flanny qui descendait avec précaution la passerelle. Il se tourna alors vers Albert.

  • Je la vois ! Je vais la chercher et je la ramène ici, dit-il en se dirigeant à grandes enjambées vers la passerelle.

Il joua des coudes et finit par arriver devant la passerelle au moment où elle posait le premier pied par terre.

  • Terry ! s'exclama-t-elle avec un sourire. Ce n'est pas vous que je pensais trouver mais ça me fait plaisir de vous voir. Je vais pouvoir vous faire payer tout ce que Candy nous a fait endurer depuis que vous êtes parti. Donnez-moi votre bras, voulez-vous ? Et aidez-moi à sortir de là !

Il se mit à rire en écoutant son ton péremptoire.

  • Mais bien sûr ! dit-il en riant. Maintenant, je me souviens où je vous ai vue pour la première fois. C'est vous qui m'aviez fichu à la porte de l'hôpital à Chicago !

Il la précédait légèrement pour lui ouvrir le passage, et ils sortirent habilement de la foule qui se pressait sur le quai.

  • J'avoue n'avoir pas été très aimable, ce jour-là. Mais Candy était impossible ! D'ailleurs elle l'est toujours, même si maintenant je la comprends mieux. Elle m'a dit de vous embrasser si je vous voyais d'ailleurs mais... je me contenterai de vous le dire, si vous le voulez bien.

Terry avait souri avec émotion à l'évocation de Candy et il rit à la dernière remarque de Flanny.

  • Vous avez raison, elle est impossible, dit-il. Mais vous n'êtes pas mal non plus ! Et méfiez-vous de moi aussi ! Mais, dites-moi, comment va-t-elle ? demanda-t-il plus sérieusement. Je veux dire, comment va-t-elle vraiment ?
  • Vous lui manquez terriblement mais sinon elle va bien. Elle est toujours d'une insupportable bonne humeur, mais vous la connaissez... et puis ça fait du bien à tout le monde, surtout aux patients, répondit-elle avec un sourire. Elle est formidable avec eux mais ne lui répétez pas que j'ai dit ça ! Et si vous en avez la possibilité, allez la voir !
  • Justement, je... dit-il en s'arrêtant. Pensez-vous qu'il serait possible pour Candy de passer sa permission à Londres.
  • Bien sûr que c'est possible, c'est même une destination prisée en ces temps de conflit. Alistair m'y a emmenée en janvier dernier alors, vous voyez... c'est tout-à-fait possible. Il faut juste qu'elle s'y prenne à l'avance pour faire une demande.
  • Vous venez de me rendre heureux, Flanny, dit Terry avec un sourire. Venez, je vais vous présenter certains membres de votre belle-famille, et puis nous irons chez moi tous ensemble. Alors, le grand blond là-bas, c'est Albert, le chef de famille et le frère de Candy, le meilleur de tous. Dans ses bras, c'est sa fille la petite Cristina, et la jolie brune à côté, sa femme, Alexandra. Et ce sont les seuls que vous verrez aujourd'hui mais croyez-moi, c'est bien suffisant. Le frère d'Alistair et sa femme nous rejoindrons après-demain et ce sont des gens bien eux aussi, vous verrez, Flanny. Les autres, vous les rencontrerez plus tard mais vous aurez Albert et Archie à vos côtés. Quant à leurs femmes, elles sont adorables. Vous devriez bien vous entendre !
  • Vous m'avez convaincue ! dit Flanny en fronçant les sourcils tout en se retenant de sourire. Vous êtes aussi impossible que Candy ! Vous êtes vous seulement demandé si je n'avais pas prévu autre chose ?
  • Ca m'est égal, nous avons tous fait une promesse à Candy et Alistair et il est hors de question de ne pas la tenir !

Il partit d'un grand éclat de rire et entraina Flanny vers Albert qui s'approchait d'eux.

  • Flanny, je suis heureux de vous rencontrer, dit Albert en s'avançant vers eux avec un grand sourire. Je suis William Albert André, l'oncle d'Alistair mais vous ferez comme tout le monde, vous m'appellerez Albert ! La petite crevette endormie dans mes bras est ma fille, Cristina et voici mon épouse, Alexandra. Je suis heureux de vous souhaiter la bienvenue dans la famille ! dit-il en se penchant vers elle pour lui embrasser le front.

Alexandra la serra dans ses bras avec toute sa chaleur latine.

  • Flanny, je suis contente de vous rencontrer. Cela fait si longtemps que Candy me parle de vous que j'avais vraiment hâte de vous connaître. En fait, je crois qu'elle m'a parlé de vous lors de notre deuxième rencontre et... je suis impressionnée de faire enfin votre connaissance.

Flanny était muette et abasourdie. Elle s'était attendue à beaucoup de choses, mais sûrement pas à ça. Elles avaient souvent discuté ces derniers temps, avec Candy. Et Flanny lui avait raconté sa grande solitude alors qu'elle avait une famille.
Si Candy lui avait beaucoup parlé d'Albert, elle ne s'attendait cependant pas à trouver une telle chaleur et une telle décontraction de la part du représentant d'une des plus riches familles de Chicago.

  • Merci, dit Flanny d'une voix très douce. Merci beaucoup. Vraiment, je ne m'attendais pas à un tel accueil. Écoutez, je vous remercie d'être tous venus mais...
  • Ah, non, non non ! dit Albert. Moi, je ne veux pas de problèmes avec Candy et Alistair alors oubliez tout de suite ce que vous alliez dire ! Si vous êtes ici, c'est parce que vous n'avez pas réussi à les empêcher de vous faire embarquer. Ne croyez surtout pas que je puisse faire mieux que vous contre ces deux-là ! Je suis peut-être le chef de famille mais je n'ai pas ce pouvoir sur eux, sinon ils seraient encore à Chicago, pour être totalement franc. Alors vous venez avec nous ! Et on ne discute pas, jeune fille !

Terry souriait en ouvrant la voiture pour les laisser monter. Elle n'avait aucune chance contre Albert !

*****

Londres, le 4 mai 1918
Lorsque Candy arriva à Piccadilly, son cœur battait la chamade. Elle était en congés pour la première fois depuis longtemps, depuis son mariage en fait. Et elle resterait dix jours à Londres, dix jours qu'elle devait passer avec Terry. Il lui avait donné rendez-vous à l'Hôtel Ritz où une suite était réservée à leur nom. Il pensait y être dans la matinée mais rien ne pouvait garantir que son bateau arriverait à l'heure prévue.

Il était dix-sept heures quand elle arriva devant le porche de l'hôtel. Elle devait voyager dans son uniforme de la Croix-Rouge à l'aller et au retour et le portier de l'hôtel, intrigué, se précipita pour prendre sa valise et l'accompagner à l'intérieur de l'hôtel.

Quand elle déclina son identité, le concierge la fit conduire à sa suite non sans lui avoir discrètement notifié la profonde admiration qu'il avait pour le travail qu'elle faisait et pour la famille Grandchester. Il lui apprit également que son mari n'était pas encore arrivé et elle le remercia avant de se laisser guider vers sa chambre. Tant de déférence la surprenait beaucoup.

Elle découvrit une suite presqu'aussi luxueuse que celle qu'ils avaient partagée à Paris. Elle rangea ses affaires et prit la décision de prendre un bain pour se détendre. Après tout, elle n'avait pas eu l'occasion d'en prendre un depuis son séjour au Crillon. Les douches de l'hôpital étaient certes très fonctionnelles mais elles étaient bien moins agréables.

Terry arriva une heure plus tard et fut chaleureusement salué par le concierge qui se rappelait l'avoir rencontré quelques années plus tôt.

  • S'il vous plaît, demanda discrètement Terry, je ne voudrais pas que ma venue ici puisse porter un quelconque préjudice à la réputation de mon père.
  • Je comprends, my Lord, répondit-il à mi-voix. Vous pouvez bien entendu compter sur l'extrême discrétion de notre maison, monsieur.
  • Merci. Mon épouse est arrivée ? demanda alors Terry avec un sourire.
  • Il y a une heure, my Lord.

Il appela immédiatement un groom qui conduisit Terry à sa suite. Après lui avoir laissé un pourboire, Terry ferma la porte en se demandant où Candy avait pu se cacher.
Quand il l'entendit chantonner dans la salle de bains, il frémit et ferma les yeux de plaisir. Il glissa un œil par la porte entrouverte et la découvrit dans la baignoire. Il se débarrassa aussitôt de sa veste et retira son gilet. Il frappa à la porte et Candy poussa un petit cri de surprise quand il entra.

Elle rougit violemment en le voyant apparaître, il s'approchait d'elle lentement, tout en retirant sa cravate. Leurs yeux étaient rivés l'un à l'autre et elle ne réussit pas à prononcer une parole. Il enleva rapidement sa chemise et se débarrassa de son pantalon et de ses derniers sous-vêtements avant de la rejoindre dans la baignoire immense.
Elle se serra contre lui avec vigueur et il lui prit la bouche avec une passion dévorante parce que contenue depuis trop longtemps.
Elle enroula ses bras et ses jambes autour de lui et, sentant le désir qu'il avait d'elle, elle prit l'initiative de s'asseoir sur lui dans un mouvement qui les laissa sans souffle. Il la serra contre lui et l'empêcha de bouger. La bouche de Terry errait dans son cou et près de son oreille.

  • Doucement ma chérie, murmura-t-il dans un souffle. Tu es censée faire attention à toi, mon ange.
  • Terry, je veux bouger ! Maintenant ! gémit-elle avant de recommencer à l'embrasser.

Il ne résista pas à sa supplique et répondit avec vigueur aux caresses de sa femme. Ils firent l'amour comme des affamés, comme des désespérés. L'absence avait créé entre eux une vive tension sexuelle qui se libéra avec violence, les menant au paroxysme du plaisir avec une intensité et une rapidité dont ils ne se seraient pas crus capables un instant auparavant.
Quand ils retrouvèrent leur souffle, ils étaient toujours intimement enlacés et Terry commença à lui caresser le dos avec une infinie douceur. Il la garda serrée contre lui un long moment avant de se détacher d'elle.

  • Terry, tu m'as tellement manqué, finit-elle par dire avec le merveilleux sourire qu'elle lui réservait.
  • A moi aussi, tu m'as manqué, ma chérie.

Il l'embrassa tendrement avant de se lever de la baignoire et de la soulever dans ses bras. Il la reposa sur le sol et attrapa un peignoir dont il l'habilla avec une lueur de regret dans les yeux. Il enfila un peignoir à son tour et l'entraina hors de la salle de bains.
Ils s'allongèrent sur le lit, tendrement enlacés et y restèrent longuement, se caressant et se murmurant toutes les promesses et paroles d'amour dont ils avaient été sevrés depuis leur mariage.

  • Une fois de plus, je n'ai pas été très tendre avec toi, dit-il en déposant de doux baisers sur son front et ses cheveux.
  • Tu parles de ton débarquement intempestif dans ma baignoire ? répondit-elle avec un sourire coquin qui le fit fondre.
  • Tu le sais très bien, Candy. Je parle de la manière dont nous avons fait l'amour tout-à-l'heure.
  • C'est étrange que tu me dises cela parce que figure-toi qu'il me semblait avoir éprouvé un plaisir intense, tout-à-l'heure, dit-elle en rougissant légèrement.

Il rit et se redressa pour la maintenir au-dessous de lui. Il détaillait chaque trait de son visage avec gourmandise et elle l'entoura lascivement de ses bras, caressant ses longs cheveux bruns avec une infinie douceur et une grande tendresse. Il l'embrassa très doucement et il sentit ses lèvres s'ouvrir en réponse à son baiser. Il retrouvait enfin le plaisir de l'avoir avec lui, goûtant chaque centimètre carré de sa peau. Il était décidé à prendre son temps cette fois, savourant chaque seconde d'intimité avec elle.

*****

Les journées qu'ils passèrent ensemble à Londres furent pour eux un moyen de renouer avec leur passé. Ils passèrent devant le Collège Royal de Saint-Paul. Ils se retournèrent au Blue River Zoo, se remémorant leurs souvenirs d'adolescence.
Il lui fit visiter Londres, prenant le temps de lui montrer tout ce qu'elle n'avait jamais vraiment eu l'occasion de visiter. Ils se promenèrent à Hyde Park puis au Saint James Park, où il lui fit danser une valse, pour 'commémorer le Festival de Mai de l'année 1912' lui avait-il dit.

Il l'emmena également visiter le musée de Madame Tussauds où elle frémit d'horreur devant certaines statues de cire. En se retournant un peu trop vivement, elle se retrouva face à une statue impressionnante et se jeta dans les bras de Terry en sursautant. Il la serra contre lui avec tendresse.

  • En Écosse, tu t'étais jetée dans mes bras comme ça, lui murmura-t-il, tu avais eu peur d'une armure si je me souviens bien à moins que ce ne soit pour avoir le bonheur de te serrer contre moi.
  • Terry ! dit-elle en fronçant les sourcils. C'est toi qui m'avais fait peur à dessein, tu le sais très bien ! Et puis, je sais bien que tu l'avais fait exprès.
  • J'avoue, dit-il en la maintenant contre lui, un grand sourire aux lèvres. Je l'avais fait exprès et je ne l'ai pas regretté puisque tu t'es effectivement précipitée dans mes bras ! C'était un après-midi exceptionnel et inoubliable. A part la visite d'Elisa, bien sûr.
  • Ne parlons pas d'elle, veux-tu ? dit-elle en l'entrainant par la main vers la sortie.

Il rentrèrent à l'hôtel en calèche et elle se blottit contre lui pour profiter de la fin de journée et de l'air doux qui soufflait sur un Londres ensoleillé en ce jour de mai.

  • Terry, dit Candy redevenue sérieuse, as-tu eu des nouvelles de ton père depuis que tu as quitté le Collège Saint-Paul ?
  • Non Candy, mais pourquoi cette question ? demanda-t-il intrigué.
  • Parce que tu ne parles jamais de lui et nous sommes à Londres alors...
  • Nous nous sommes quittés en très mauvais termes lui et moi, coupa-t-il d'un ton contrarié, retrouvant un air sombre qu'elle lui avait vu si souvent autrefois.
    Mais pour être honnête, je pensais qu'il aurait essayé de me faire revenir. Écoute Candy, lui dit-il plus gentiment, je sais que tu souhaites arranger la situation mais les choses sont bien comme elles sont. La famille Grandchester a un rang à tenir ici, en Angleterre et... je ne suis qu'un mouton noir pour eux. Un acteur ! Tu n'imagines même pas le déshonneur que ce serait pour lui d'apprendre ce que je suis devenu et comment je gagne ma vie.
  • Tu te trompes, Terry, dit-elle doucement. J'ai rencontré ton père après ton départ du Collège et il m'a paru...
  • Quoi ? Tu as rencontré mon père ? dit-il surpris.
  • Oui, Terry. Il est venu au collège après avoir reçu une lettre d'Elisa qui lui disait que tu étais parti à cause d'une fille de basse condition, en l'occurrence... moi. Il a demandé à la mère supérieure si elle savait où tu étais parti et j'ai donc été convoquée pour que je leur dise où tu te trouvais mais je ne le savais pas.
  • Mais cette peste d'Elisa n'en avait pas déjà assez fait ?!? Je n'en reviens pas ! Décidément, il vaut mieux que je ne croise plus jamais ces Legrand ou ça va très très mal se terminer...
  • Attends, Terry, ce n'est pas tout et peu importe les Legrand... Comme la mère supérieure n'avait pu t'empêcher de partir, il lui a alors annoncé, devant moi, qu'il retirait toutes ses financements du Collège et ça devait être grave car la mère supérieure m'a parue catastrophée par la nouvelle.
  • Tu m'excuseras mais je ne vais pas la prendre en pitié... elle a été trop intransigeante et si elle avait accepté de m'écouter, ça ne serait pas arrivé, dit-il contrarié par les souvenirs qui resurgissaient.
  • Peut-être mais moi, j'ai trouvé ça injuste ! Et puis j'ai eu peur que ton père ne t'empêche de vivre ta vie alors j'ai couru pour lui parler. Et comme il a refusé de m'écouter, j'ai sauté sur son fiacre pour l'obliger à m'écouter.

Il la regarda, ébahi, et éclata de rire.

  • J'aurais aimé voir ça, dit-il en riant aux éclats. Toi, agrippée à la voiture du duc, le harcelant pour qu'il te parle. C'est trop drôle ! Décidément, mon amour, tu es merveilleuse !
  • Ça n'est pas drôle, Terry ! dit-elle en se retenant de rire avec lui. Il s'est finalement arrêté et nous avons fini par avoir une vraie conversation. Je lui ai parlé de toi, de ta grande solitude, de ton envie de vivre libre et je lui ai montré la lettre que tu m'avais laissée.
    Nous avons parlé de ta mère aussi et de vos rapports tendus et... il a compris que tu voulais être maître de ta destinée, Terry. Il m'a promis de respecter ton choix avant de me raccompagner à Saint-Paul. J'ai appris un peu plus tard qu'il était revenu sur sa décision concernant le collège.
    Je pense que s'il n'a pas cherché à te rattraper c'est justement parce qu'il a été touché par ce que je lui ai appris à ton sujet... il a préféré respecter ton choix, ta volonté et ce que tu étais et, d'après moi, s'il l'a fait c'est parce qu'il t'aime, Terry.
    Et je suis persuadée qu'il doit être très fier de ce que tu es devenu. Mais s'il est aussi orgueilleux que toi, je ne suis pas surprise qu'il n'ait pas essayé de te recontacter depuis.

Terry avait légèrement pâli en l'écoutant, il avait détourné le regard et semblait perdu dans de sombres et tristes pensées. Il restait silencieux et Candy lui prit la main.

  • Terry, regarde-moi s'il te plait, dit-elle doucement. Je sais que tu as envie de te mettre en colère contre moi mais je ne veux pas que tu t'isoles ! Nous avons vécu de si merveilleux moments jusque là tous les deux. Terry, tu n'es plus seul, nous sommes deux désormais. Terry, s'il te plait !

Il se tourna vers elle et la regarda intensément.

  • C'est plus fort que toi, hein ? dit-il, grinçant. Tu ne peux pas t'empêcher de t'occuper des problèmes des autres, n'est-ce-pas ?
  • Tu ne lui as pas non plus annoncé que tu étais marié, j'imagine ? demanda-t-elle.
  • Non, Candy et je ne le ferais pas. Écoute-moi, mon cœur, dit-il soudain radouci, mon père et moi avons toujours eu des rapports difficiles et la situation est bien plus complexe que tu ne l'imagines, un jour je te raconterais tout mais pas maintenant... Pour l'instant, je n'ai pas envie de gâcher les moments de bonheur que nous passons ensemble, d'accord ?

Il ponctua sa phrase d'un baiser profond qui laissa Candy sans voix. Quand il se redressa, elle retrouva dans les yeux de Terry le regard doux et tendre qu'il avait toujours eu pour elle depuis leurs retrouvailles.

  • Je crois que je viens de trouver un moyen de te faire taire, lui dit-il avec un sourire. Je t'aime, Candy, tu m'entends. Je t'aime depuis si longtemps que je veux que nous gardions des souvenirs fabuleux de ces quelques jours, est-ce que tu me comprends ? Alors nous ne parlerons pas de mon père avant que je ne sois prêt pour ça, d'accord ?
  • C'est promis, lui dit-elle en caressant sa joue avec douceur. Je t'aime, Terry.
  • Voudrais-tu que nous allions dîner au restaurant, ce soir ? demanda-t-il tendrement.

Elle se blottit dans les bras de son mari avant de lui répondre.

  • Non, Terry, ce soir, je préfère que nous dînions à l'hôtel, que tu me joues encore un petit air d'harmonica et...
  • Et ? demanda-t-il doucement.
  • Et j'ai très envie que tu me fasses l'amour, murmura-t-elle à l'oreille de Terry de façon à ce qu'il soit le seul à l'entendre.

Il la serra contre lui avec force et ferma les yeux, brutalement assailli par le violent désir que les paroles de sa femme réveillèrent en lui.

  • J'adore quand tu me parles comme ça, mon ange. Mais tu prends des risques, tu sais ? murmura-t-il à son tour pour elle seule.
  • Non, tu ne feras rien en public, parce que tu m'aimes, dit-elle tout doucement.

Il éclata de rire et resserra son étreinte autour d'elle. Elle s'agrippa à lui et ils restèrent enlacés jusqu'à ce que la calèche les dépose devant l'hôtel.

*****

Paris, le vendredi 16 août 1918
Candy était épuisée ce soir-là, cela faisait 14 heures qu'elle était en chirurgie et il y avait encore du travail. Les derniers mois avaient été éreintants pour les équipes médicales car si les Alliés avaient remporté de nombreuses batailles, le flot de blessés ne discontinuait pas. 

Candy avait désormais la responsabilité du service de chirurgie et supervisait la formation active des infirmières de l'Hôpital Américain. Quand à la fin de l'intervention, elle s'écroula subitement alors qu'elle nettoyait les instruments, elle fut immédiatement prise en charge par ses collègues affolées.

Elle se réveilla environ une heure plus tard dans une chambre particulière. Le docteur Jones était auprès d'elle et la regardait d'un drôle d'air.

  • Vous auriez du m'en parler, Candy. Je vous aurai épargné de si longues journées de travail, dit-il d'un ton bourru. Vous nous avez fait peur figurez-vous... avec cette épidémie de grippe en plus... Mais bon, vous allez bien et vous n'avez pas la grippe. Je vous mets donc en repos forcé pour les deux prochains jours et ensuite on avisera.
  • Mais enfin, docteur... que voulez-vous dire ? De quoi aurais-je donc du vous parler, je ne comprends pas ? demanda-t-elle en essayant de se lever.
  • Candy recouchez-vous ! ordonna-t-il de son ton sévère.

Elle obtempéra aussitôt et il s'assit près d'elle.

  • Vous voulez dire que vous ne saviez pas ? demanda-t-il en fronçant les sourcils. Je vous avouerai que ce n'est pas le genre de diagnostic que j'ai l'habitude de faire mais... après Flanny, maintenant vous. Je vais finir par croire que c'est un nouveau genre d'épidémie.
  • Vous voulez dire que... que... bafouilla-t-elle.
  • Oui, Candy, vous êtes enceinte et... compte tenu de mes constatations et de la date de vos derniers congés, je dirais que vous êtes enceinte de trois mois ! Et vous ne le saviez vraiment pas ?
  • Oh, mon Dieu ! s'exclama-t-elle en posant les mains sur sa bouche.
  • J'ai bien peur que Dieu n'y soit pour rien ! dit-il en riant. Personnellement, ça me désole parce que je vais encore perdre une excellente infirmière mais... je vous félicite quand même ! En ces temps de guerre, c'est ce que j'appelle une bonne nouvelle. Maintenant, vous avez beaucoup travaillé ces derniers jours et je veux que vous restiez ici jusqu'à lundi. Je vous autorise seulement à vous asseoir dans la cour et pas question de resquiller, c'est moi qui suis de garde ce week-end ! Et puis ça vous laissera le temps d'écrire à votre mari et à votre famille et, pendant que vous y êtes, annoncez leur que vous rentrez chez vous fin novembre ! Et maintenant dormez, il est tard.
  • Merci, docteur, répondit-elle doucement avec un merveilleux sourire.

Il sortit de la chambre de la jeune femme et reprit son service. Candy resta dans son lit les yeux grands ouverts et elle posa les mains sur son ventre. Elle aurait du s'en apercevoir, elle aurait du le sentir et pourtant elle avait occulté tous les signes. Elle ressentait si cruellement l'absence de Terry qu'elle s'échinait au travail ne gardant qu'un peu de temps libre pour écrire et pour lire et relire les merveilleuses lettres qu'il lui envoyait.

Dans son ventre grandissait l'enfant de Terry. Une bouffée de joie l'envahit brusquement et son instinct maternel s'éveilla avec vigueur. Elle protègerait ce bébé plus encore qu'elle-même, ferait attention de manger mieux et de travailler un peu moins et puis... en novembre elle rentrerait à New-York, elle rentrerait chez elle. Et elle découvrirait enfin cette magnifique maison dont elle n'avait vu qu'une photo que Terry lui avait donnée lors de leur séjour à Londres.

Terry... leur premier anniversaire de mariage aura lieu dans un mois mais il ne serait pas auprès d'elle. Elle soupira longuement : durant leur première année de mariage ils n'avaient passé ensemble que quatorze petits jours. A Paris d'abord et puis à Londres.
Londres... c'était là-bas que ce bébé avait été conçu, le bébé de l'amour. Elle s'endormit le sourire aux lèvres, en pensant à Terry et au petit être qui grandissait en son sein.

*****

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