009 - Partie 1 - Chapitre 9 : A l'aube d'une nouvelle ère



ATTENTION

Ce chapitre comprend des scènes destinées à un public adulte.
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Memphis, le 30 août 1918


Terry poursuivait sa tournée avec un succès grandissant. Les représentations du Songe d'une Nuit d'Été attiraient un public croissant et la tournée s'annonçait bien.
Ce soir-là, Terry rentra directement à l'hôtel et eut la surprise d'y trouver une lettre de Candy. Éléonore les lui réexpédiait toujours immédiatement. Il grimpa dans sa chambre et se jeta sur son lit pour savourer la lettre de celle qui lui manquait terriblement.


"Paris, le 17 août 1918,

Mon tendre amour,

Je suis heureuse aujourd'hui, tu n'imagines pas à quel point. Il fait beau, je suis dans la cour de l'hôpital et les nouvelles sont bonnes. Les allemands reculent vraiment beaucoup et c'est très bon signe, cette fois. Il faut croire que l'arrivée des américains a été décisive.
Mais aujourd'hui, je n'arrête pas de penser à toi. L'an passé, à la même époque tu te préparais à me faire la plus belle surprise de ma vie. Et puis je passais du temps avec Flanny et Alistair ; ces derniers temps, je vois moins Alistair car le front s'éloigne mais il garde le moral. Ceci dit, je me rends bien compte à quel point Flanny et leur petite Abigaïl lui manquent. Décidément, je n'aurai vu aucun des derniers-nés de la famille André ! Enfin, je finirai bien par rencontrer tout ce petit monde !
Dans un mois, ce sera notre anniversaire de mariage et nous ne le fêterons même pas ensemble mais ce n'est pas grave parce que j'ai deux magnifiques nouvelles à t'annoncer ! La première c'est que je serai de retour à New-York à la fin du mois de novembre. Et il n'est pas question que je reparte !
C'est une merveilleuse nouvelle, n'est-ce pas ? Tu en as la primeur et je te laisse l'annoncer à tout le monde. Je compte bien leur écrire mais j'attendrai d'être sûre que tu as d'abord reçu ma lettre. Tout ça, parce que j'ai une autre nouvelle à t'annoncer et c'est ce qui explique mon retour prochain.
J'aurai tant aimé voir ton visage quand tu le sauras mais j'ai bien peur de devoir me contenter de te l'annoncer par courrier : je viens de découvrir que tu vas bientôt devenir papa car je suis enceinte de trois mois. Oui, tu m'as bien lue Terry... Il y a dans mon ventre un petit être qui grandit, un petit souvenir de Londres que tu m'as laissé, je crois !
J'aimerais être sûre que tu es heureux, que ça te fait plaisir au moins autant qu'à moi. Je tiens déjà à lui ou elle plus qu'à moi-même, je ferai tout pour protéger cette petite vie qui me remplit déjà le cœur de bonheur. C'est un petit bout de toi que je garde au plus profond de moi. Tu me manques, Terry, aujourd'hui plus que jamais. Il me tarde de te retrouver.
Je t'embrasse de toutes mes forces et de tout mon cœur.

Ta petite femme qui t'aime plus que tout,
Candy"


Terry était bouleversé de joie. Il aurait voulu pouvoir tout quitter dans l'instant pour aller la retrouver à Paris. Elle allait rentrer... et elle attendait un enfant, leur bébé. Une énorme bouffée d'amour lui envahit le cœur et il prit le téléphone près de son lit pour appeler sa mère.

  • Allo ? répondit la voix mélodieuse d'Éléonore.
  • Maman ? C'est moi, c'est Terry ! Écoute... je sais qu'il est tard, mais j'ai deux merveilleuses nouvelles à t'annoncer alors assieds-toi.
  • Je suis déjà assise et épuisée par ma journée, Terry, alors va à l'essentiel, si tu veux me faire plaisir.
  • Candy rentre fin novembre à New-York et tu seras grand mère dans six mois, c'est assez essentiel ou tu veux plus de détails ? répondit-il avec un sourire qui s'entendait jusqu'à New-York.
  • Terry, je... c'est... mais..., fut tout ce qu'elle réussit à dire.
  • Je sais maman, c'est fantastique et je suis très heureux. Vraiment très heureux. Même si je crève d'envie d'aller la rechercher maintenant. Excuse-moi encore de t'avoir réveillée si tard. Bonne nuit, maman, je t'aime !
  • Je t'aime aussi mon fils, et je suis tellement heureuse pour vous deux ! Bonne nuit mon chéri !

Il raccrocha et passa un autre appel à Los Angeles.

  • Allo ? demanda la chaude voix à l'accent latin d'Alexandra.
  • Bonjour, Alexandra, c'est Terry à l'appareil.
  • Bonjour Terry ! Comment allez-vous ?
  • Je vais bien, je vais même très bien. Est-ce qu'Albert est là, s'il vous plait ?
  • Non, il est sorti mais il peut vous rappeler quelque part ?
  • Non, Alexandra, c'est inutile, vous lui annoncerez la nouvelle vous-même : Candy rentrera fin novembre à New-York et... elle est enceinte !
  • Terry, c'est merveilleux, répondit-elle sur un ton emphatique, je suis tellement heureuse pour vous, vous allez enfin pouvoir vivre tous les deux... tous les trois devrais-je dire !
  • Moi aussi, je suis heureux Alexandra. Écoutez, ici il est tard alors je vais vous laisser et me reposer. Merci encore à vous et... à bientôt, à très bientôt.
  • A bientôt, Terry, je vous promets de tout dire à Albert dès qu'il arrivera. Vous savez, il sera ravi d'une pareille nouvelle.

*****

Paris, le 12 septembre 1918
Candy avait reçu la lettre de Terry dans le courant de l'après-midi mais elle dut attendre la fin de son service pour pouvoir la lire. Elle s'était isolée dans la cour et assise sur l'un des bancs, à l'abri des platanes.

"Memphis, le 30 août 1918

Ma petite femme adorée,

J'aurais pu attendre demain pour répondre à ta lettre que j'ai reçu ce soir mais je suis trop heureux. J'espère en tout cas que ma lettre t'arrivera avant notre anniversaire de mariage. Je jouerai à Dallas ce soir-là mais... à partir de minuit, je ne serai plus qu'à toi par la pensée. Je n'oublie pas ces merveilleux moments avec toi à Paris, ni ceux que nous avons passés à Londres.

Quant à ce que tu viens de m'apprendre... et bien, je suis pour ainsi dire furieux ! Furieux de n'avoir pas été à tes côtés pour te dire tout le bonheur que j'éprouve. Mais je suis également furieux de ne pas t'avoir près de moi dès maintenant. J'ai encore du mal à réaliser ce qui nous arrive mais je me sens vraiment heureux. Je veux que tu me promettes de faire encore plus attention à toi, parce que je ne veux pas que tu t'abîmes la santé en travaillant trop.
Et pas d'objection, madame Grandchester !

Je t'aime chaque jour un peu plus, mon ange. Il me tarde de te retrouver... et de faire la connaissance de ce merveilleux bébé que tu m'as fabriqué. Merci à toi, mon amour. Merci de ton courage et de ta force, merci de m'aimer, et merci de ce fabuleux cadeau que tu m'offres. Si tu savais... je crève d'envie de prendre le premier bateau et de te ramener avec moi mais tu ne me laisserais pas faire, n'est-ce-pas ?

En tout cas, je ne manquerai pas l'arrivée de ton bateau, tu peux en être sûre et... il me tarde que ma tournée se termine, à ce moment-là, je n'aurai plus que quelques jours à t'attendre. Revenez-moi vite, tous les deux, vous me manquez. Mais toi surtout... ton sourire, ton rire, tes mains autour de mon cou, ton regard qui prend cette teinte si profonde quand tu es dans mes bras. Tout de toi me manque.
Je t'embrasse de tout mon cœur. Je t'aime. Infiniment.

Terry"


Candy serra la lettre de son mari sur son cœur avec émotion. Quand elle avait lu qu'il était furieux, son cœur s'était serré mais elle avait vite compris, dans la suite de sa lettre, que c'était une de ces fameuses plaisanteries dont il était coutumier.

"Il faudra être plus gentil avec ta maman, petit bébé ! pensa-t-elle en posant une main sur son ventre. En revanche, je t'autorise à faire enrager ton papa ! Enfin, un tout petit peu seulement parce qu'il est formidable ton papa, et parce que je l'aime à la folie."

Elle se mit à rire doucement en songeant à l'avenir qui l'attendait avec Terry et leur bébé.

  • Fais attention, Candy, si on te surprenait à rire toute seule, tu pourrais passer pour une folle !

Elle se retourna brusquement et découvrit Alistair qui se pencha pour la prendre dans ses bras et l'embrasser affectueusement.

  • Alistair ! Je suis contente de te voir en pleine forme ! Mais qu'est-ce que tu fais ici ? Tu as des congés ?
  • Oui et... j'ai aussi demandé à être affecté ici. De toute façon, ça les arrange parce qu'ils souhaitent que je participe à la formation des volontaires. J'en ai assez de... ces horreurs et... je me rends compte que j'ai peur. Peur de ne pas revoir Flanny et de ne jamais connaître ma fille.
  • Tu as des nouvelles récentes d'Abigaïl et de Flanny ?
  • Oui, tout se passe bien, ne t'inquiète pas pour elles. En revanche, j'ai appris de la bouche de notre cher ami le médecin en chef de cet hôpital que tu rentrais à New-York en novembre !
  • Oh Alistair, il n'avait pas le droit ! Je voulais te l'annoncer, moi-même !
  • Tu sais, ça n'est pas de sa faute, il pensait que nous nous étions vus depuis que tu l'avais appris. Alors, ça fait quel effet d'attendre un bébé de l'homme qu'on aime ?
  • C'est... commença-t-elle avant de se tourner vers lui.

Elle le regarda avec tendresse et il vit ses yeux s'humidifier avant qu'elle ne baisse la tête.

  • Je suis extrêmement heureuse, dit-elle doucement, et Terry aussi mais... j'ai peur, Alistair. Je n'ai jamais su ce que c'était d'avoir une mère et... j'ai peur de ne pas savoir comment faire.
  • Candy ! Allons, lui dit-il doucement. Allons... Tu passes du rire aux larmes, tu es bien enceinte ! Mais... Concernant tes capacités à devenir mère, moi, je crois le contraire justement. Tu sais ce que c'est que de grandir sans mère alors... tu es la mieux placée pour savoir ce qu'il faut apporter à un enfant et comment le rendre heureux.
  • Je ne sais pas Alistair, je ne sais pas...

Il la prit dans ses bras et lui embrassa les cheveux.
  • Candy... c'est à cause de cette guerre. Elle nous rend tous pessimistes mais... il ne faut pas. Ce bébé représente l'avenir et l'espoir. Un réel espoir.
    Et... quand on pense à tous ces hommes si jeunes qui sont morts dans cette guerre, il en faudra encore beaucoup des bébés. Tu es la fille la plus généreuse, la plus altruiste et la plus aimante que je connaisse. Je sais que tu seras la meilleure des mères... Je n'ai pas le moindre doute là-dessus, Candy. On ne peut pas avoir été orpheline, s'être occupée d'orphelins sans savoir de quoi ont besoin les enfants. Et tu le sais mieux que personne, Candy.
  • Merci, Alistair. Merci... Je suis contente que tu sois là. C'est un peu dur d'être seule ces derniers temps, tu sais. Depuis le départ de Flanny, j'ai l'impression que tout est plus dur...
  • Je vais rester là, petite Candy. Je m'occuperai bien de toi et puis, tu sais, je n'en suis pas à ma première grossesse ! dit-il en riant.

Elle rit avec lui et ils passèrent le reste de la soirée ensemble.

*****

Paris, le 11 novembre 1918
Il était onze heures et onze minutes quand les cloches se mirent à carillonner dans toute la ville. L'armistice avait été signé ce matin et la fin des combats venait d'être officiellement annoncée.
Les cris de joie résonnaient dans tout l'hôpital et Candy sourit à la vue du bonheur sincère qui se lisait sur tous les visages. Elle retourna dans la salle des infirmières, qui était vide et s'assit près de la fenêtre, le visage au soleil. Elle posa une main sur son ventre et ferma les yeux.

"Nous allons rentrer, mon bébé ! pensa-t-elle. Pour de bon, et sans regrets. Après toi, c'est la meilleure nouvelle de l'année, tu sais. Les choses vont bien se passer maintenant."

  • Quelque chose ne va pas, Candy ? demanda le médecin-chef Jones qui s'était inquiété en la voyant les yeux fermés, la main posée sur le ventre.
  • Non, docteur, tout va bien, répondit-elle avec un grand sourire. Tout va vraiment très bien. C'est enfin une bonne nouvelle, n'est-ce pas ?
  • Oui, dit-il en s'asseyant. Oui, je le crois.
  • Vous n'avez pas l'air très convaincu, demanda-t-elle intriguée.

Elle avait vu cet homme se battre contre la mort comme un enragé pendant de longs mois. Elle savait que sa femme était infirmière quelque part sur le front italien mais il s'épanchait très peu. Le voir assis près d'elle avec cet air de profonde lassitude était pour elle une nouveauté pour un homme qu'elle n'avait jamais vu baisser les bras. Il releva la tête et regarda par la fenêtre. Elle vit alors qu'il avait les yeux humides et elle en fut profondément secouée.

  • Ils ont attaqué quand même, Candy... dit-il avec un regard lointain et un air abattu. Ce matin... des hommes ont encore été blessés, d'autres ont été tués... des deux côtés. Les généraux savaient mais ils ont attaqué quand même. Comme si ça ne suffisait pas... comme si toute cette boucherie n'avait pas assez duré, comme si...
  • Docteur Jones, s'il vous plait... dit Candy très doucement, en posant une main sur la sienne. Ne craquez pas maintenant, pas maintenant. Je sais ce que vous avez fait, ce que vous avez vu... je sais à quel point vous vous êtes battu, tous les jours. Tous les gens qui ont approché ce conflit éprouvent la même peine. Je sais que nous n'oublierons pas... Même si les visages de ceux dont nous avons oublié le nom reviennent nous hanter, nous n'oublierons jamais ce qu'ils ont vécu et enduré pour cette horreur de conflit.
    Quand je suis devenue infirmière, j'idéalisais complètement ce métier. Je l'idéalise toujours mais j'ai fini par comprendre qu'on ne peut pas l'exercer sans une volonté inébranlable. Avec vous, j'ai appris à me battre, même contre l'impuissance, le manque de moyens, de personnel et la grandeur de la bêtise humaine quand il s'agit de guerre. Mais plus que tout autre, vous m'avez donné la rage de vaincre.
    Je me bats avec mes petits moyens d'infirmière et d'être humain mais vous m'avez donné une volonté de soigner qui ne me quittera jamais. Vous avez été plus qu'un exemple pour moi, vous étiez... une locomotive !
    Oh bien sûr, je vous ai détesté au début, je vous trouvais si intransigeant... et puis un jour, j'ai compris vos motivations, enfin je crois. Depuis ce moment, je n'ai plus eu en tête que de suivre votre exemple... vous avez sauvé plus de vies avec vos deux mains qu'il ne me sera jamais possible d'en faire le compte.
  • Candy, je... vous me comparez à une locomotive ! dit-il en commençant à rire.
  • Excusez-moi, docteur Jones, dit-elle en baissant la tête, un peu honteuse.

Le rire du docteur se transforma en fou rire qui finit par gagner Candy. Le docteur Duval et Nathalie qui entraient dans la pièce furent surpris de les trouver pleurant de rire.

  • Vous croyez que c'est le surmenage ? demanda Nathalie avec un air amusé.
  • De la part de deux bourreaux de travail comme eux, ça ne me surprendrait pas beaucoup ! répondit le docteur Duval avec un rire.
  • Bon, je crois qu'on ne tirera rien de bon de ces deux-là, dit-elle en quittant la pièce.
  • Et moi, je vais aller faire le tour des salles voir si personne ne s'est blessé dans un accès d'euphorie, dit-il à Nathalie en sortant avec elle.

Candy et le médecin-chef eurent besoin de plusieurs minutes pour retrouver leur souffle sans éclater de rire à nouveau.

  • Merci Candy, dit-il plus sérieusement en essuyant les larmes de ses yeux. Ça faisait longtemps que je n'avais pas ri comme ça. Mais ne me parlez plus jamais de train ! dit-il en se levant avec un clin d'œil à son attention.
  • Je vous le promets, docteur ! dit-elle avec un grand sourire en se levant à son tour.
  • Au fait, Candy... je voulais vous dire, on m'a confirmé que votre bateau partirait bien de Southampton le 21 novembre, vous partirez d'ici dans huit jours. Ah, et puisque les circonstances m'y autorisent, je vais faire démobiliser votre cousin Alistair. Je tiens à ce qu'il vous accompagne.
  • Docteur Jones, s'il vous plait, demanda-t-elle soudain. Je me demandais... et vous ? Que comptez-vous faire ?
  • Je vais rester ici jusqu'à ce qu'on ferme cet hôpital, je crois. De toute façon, ma femme travaille dans un des hôpitaux de base en Italie, elle ne sera pas démobilisée tout de suite non plus. Et puis au fond, je me demande si je ne suis pas un peu comme un capitaine de bateau... je ne pourrai pas quitter le navire en laissant quelqu'un derrière moi. Donc, je reste.
  • Vous êtes un grand médecin, vous savez ? dit-elle avec un immense sourire.
  • Pas seulement un chirurgien ? dit-il avec un sourire en coin. Si je me rappelle une de nos premières disputes, vous m'aviez...
  • Oubliez ça tout de suite ! dit-elle en rougissant. J'avais tort ! Et depuis j'ai complètement revu mon opinion sur vous.
  • Ne le répétez à personne, mais... ce jour-là, vous aviez raison. J'avais un peu oublié qui j'étais en arrivant ici et vous m'avez aidé à m'en rappeler. Aujourd'hui aussi, d'ailleurs.

Il se dirigeait vers la sortie en la laissant interloquée mais se retourna vers elle.

  • Dites-moi... vous résiderez à New-York, c'est bien ça ?
  • Oui, c'est bien ça, docteur. C'est une ville que je ne connais pas bien mais j'apprendrai.
  • Je ne sais pas combien de temps je resterai encore ici mais... me permettrez-vous de venir vous saluer quand ma femme et moi rentrerons ?
  • Bien sûr, docteur, ça me ferait très plaisir. Je vous laisserai mon adresse. Et merci à vous.
  • J'aurai sûrement besoin d'une bonne équipe d'infirmières à New-York à mon retour, pensez-y je viendrai peut-être vous proposer du travail !

Il sortit de la pièce avec un sourire et elle resta silencieuse. Le docteur Alfred Jones, le patron du service de chirurgie, auprès de qui elle avait tant travaillé et tant appris, venait de lui faire un énorme compliment. Ils avaient passé ensemble de longues heures en salle d'opération et ils avaient formé une équipe efficace, n'épargnant ni leur temps, ni leur dévouement.

*****

New-York, vendredi 29 novembre 1918
Terry était sur le quai, face à la mer, les yeux perdus sur l'horizon. Aujourd'hui, il était venu en avance. Il voulait voir le bateau apparaître à l'horizon, le regarder s'approcher doucement. Un étrange et profonde joie l'habitait depuis la nuit dernière. Les minutes qui s'égrenaient bien trop doucement avaient porté sa tension nerveuse à son paroxysme. Pourtant, pour ce qu'il estimait être la première fois de sa vie, il éprouvait un étrange sentiment de paix, de soulagement.

Si la guerre était terminée, la sienne aussi venait de prendre fin... après une si longue séparation, il allait enfin retrouver Candy et ils ne se perdraient plus. Leur vie à deux allait enfin pouvoir commencer.

"Presque sept ans depuis que je l'ai rencontrée... pensa-t-il. Il y a six ans, je débarquai ici sans elle, pour me faire une nouvelle vie. Et il y a quatre ans, je la perdais pour ce que je croyais être toujours. Six longues années après Saint-Paul, je vais enfin l'avoir à mes côtés... "

Quand le paquebot apparut finalement au large, il sut avec certitude qu'elle était là, qu'elle arrivait et qu'elle allait bien. Une étrange sensation l'habitait, comme lorsqu'elle était près de lui. L'assurance qu'ils communiquaient même en silence, dans un accord parfait.

Il regarda le bateau s'approcher en silence, le cœur battant. Il ne vit même pas la foule qui s'agglutinait sur le quai, les ambulances qui s'approchaient. Comme pour Flanny, ce bateau était un navire-hôpital qui rapatriait des blessés, invalides et mutilés de guerre. Il y avait très peu de passagers, essentiellement des soldats qui étaient évacués des hôpitaux de base depuis l'arrière du front.
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Le bateau était maintenant tout proche et il sentait son cœur au bord de l'explosion. Il sursauta violemment quand une main se posa sur son épaule.

  • Terry ? Tu vas bien ? demanda Albert. On t'a appelé, mais tu ne nous a pas entendus...
  • Excuse-moi, Albert, je crois que j'étais perdu dans mes pensées, je ne vous ai pas entendus arriver.

Ils étaient tous venus, Alexandra qui tenait Cristina par la main, Archie, Annie et leurs deux enfants, Adrian et leur petite dernière, Claire. Il y avait aussi Flanny, qui semblait anxieuse et Albert avait pris la petite Abigaïl dans ses bras. Terry salua tout le monde avec affection et retourna près d'Albert, le regard fixé sur le bateau qui était maintenant arrimé au quai.

  • Elle arrive, dit doucement Albert. Elle rentre enfin.
  • Elle va bien, murmura Terry. Je le sens, elle va très bien.

Albert lui lança un regard en coin et sourit. Il constatait une fois de plus la singularité du lien qui unissait Candy et Terry. Il se retourna vers le bateau et observa qu'on approchait les passerelles et les ambulances. Terry se dirigea vers le petit groupe et conseilla à Alexandra et Annie d'emmener les enfants à l'autre bout du quai d'où ils verraient mieux l'ensemble du bateau.

Elles comprirent son attention et détournèrent l'attention des enfants avec habileté en les entrainant avec elles afin qu'ils ne voient pas les blessés.
Un cordon de sécurité avait été mis en place autour des passerelles de débarquement pour permettre au personnel médical de travailler avec efficacité. Une cohorte de blessés commença alors à descendre la passerelle. Terry prit alors la main de Flanny et l'entraina avec lui, laissant Albert avec Abigaïl et Archie avec Claire.

  • Viens, on va les chercher maintenant, dit-il à la jeune infirmière.

Ils s'approchèrent des passerelles, cherchant du regard Alistair et Candy, qui n'apparaissaient toujours pas. C'est alors qu'il aperçut Alistair qui marchait devant Candy. Il portait un sac, la valise de Candy et guidait un blessé dont les yeux étaient bandés. Quand ils atteignirent la passerelle il se tourna vers Candy qui lui répondit par un signe de tête. Elle aidait un jeune homme, blessé à la jambe, à descendre la passerelle. Terry la regarda attentivement, elle était focalisée sur son "patient" et faisait attention à chaque endroit où il posait les pieds. Il la dévora des yeux, ses cheveux blonds, ses gestes... Elle était toujours aussi lumineuse et il eut la sensation de retomber profondément amoureux d'elle.
En arrivant sur le quai, elle posa machinalement une main sur son ventre et il se sentit bouleversé par la réalité de sa grossesse. Sa silhouette s'était arrondie même si on le devinait à peine sous son manteau et il la voyait faire ce geste pour la toute première fois. Leurs regards se croisèrent finalement mais Alistair et elle durent traverser le long couloir de sécurité mis en place avant de pouvoir finalement retrouver leurs conjoints respectifs.

Terry la reçut enfin dans ses bras et le monde extérieur cessa d'exister. Elle l'enlaçait par le cou et se serrait contre lui avec force. Il retrouvait ses grands yeux d'émeraude qui brillaient d'une multitude de paillettes et il l'embrassa longuement. Reprenant conscience de la foule qui l'entourait, il l'entraina finalement vers un endroit du quai où ils seraient plus tranquilles. Il finit par s'arrêter et se tourna vers elle pour l'attirer contre lui tout en posant une main sur son ventre.

  • Nous sommes très contents de te voir, papa, murmura-t-elle doucement en caressant les mèches brunes de Terry.

Il prit alors son visage entre ses mains et lui donna un baiser profond et intime, sans aucun respect des convenances, et sans se préoccuper du fait qu'ils se trouvaient en public. Elle s'accrocha à lui, se rendant complètement à l'amour qui l'inondait pour la première fois depuis plusieurs mois et rendit son baiser à son mari avec toute la passion qui l'animait.

  • Si tu n'arrêtes pas de m'embrasser comme ça, murmura-t-il finalement dans son cou, on risque de nous arrêter pour attentat à la pudeur.
  • Je m'en moque, répondit-elle à mi-voix, tu m'as tellement manqué que tout le reste m'est bien égal. Et puis j'embrasse mon mari si j'en ai envie, ajouta-t-elle avant de se lever sur la pointe des pieds pour déposer un léger baiser sur sa bouche.

Terry la gardait serrée contre lui, retrouvant avec délices la douceur et la chaleur de sa peau, le plaisir de passer ses doigts dans ses cheveux. Elle souriait et rayonnait de bonheur.

  • Si je ne te lâche pas pour que tu puisses dire bonjour à ta famille, ils vont me le faire payer pendant des mois, dit-il finalement avec un sourire.
  • Quel est le programme de la journée ? demanda-t-elle en lui rendant son sourire.
  • Alors, tu dis bonjour à ta famille, on déjeune tous avec ma mère et après on fera ce que tu voudras, tu décideras. Mais profites-en bien parce que ce soir, je t'emmène chez nous et je t'y enferme à tout jamais.
  • A tout jamais ! Alors ça, nous verrons !... commença-t-elle du ton belliqueux qu'il adorait chez elle.
  • Ne discute pas maintenant et viens, dit-il en l'entrainant vers le petit groupe après l'avoir encore embrassée. Tu m'as horriblement manqué, mon ange, ajouta-t-il en entourant sa taille. On fera ce que tu veux, tu le sais bien, non ?
  • De toute façon, ce que je veux, c'est rester avec toi. Et... chez nous.

Il rit doucement et lui embrassa la tempe tout en approchant du petit groupe formé par la famille de Candy. Albert les regarda s'approcher avec les larmes aux yeux. Ils avaient l'air tellement heureux. Candy irradiait d'un bonheur qu'il n'avait pas vu chez elle depuis des années. Elle avait si peu changé... sa silhouette semblait plus généreuse mais son épais manteau dissimulait assez bien sa grossesse.


"Il était temps, Terry. Il était temps... Prenez bien soin de Candy, surtout. Elle vous aime tant ! Elle a besoin de vous et de votre amour. Cela fait bien trop longtemps maintenant qu'elle a arrêté de vivre."


Quelques instants plus tôt, Alistair était accouru vers eux, le saluant avec une grande affection avant de prendre dans ses bras, la petite Abigaïl, émerveillé d'avoir pu créer une si petite chose. Puis il rendit la petite à sa mère et regarda en direction d'Archie et tous deux pleurèrent dans les bras l'un de l'autre. Annie pleurait également à chaudes larmes sous les yeux étonnés du petit Adrian qui rencontrait son oncle pour la première fois. Alistair fit la connaissance de son neveu et de sa nièce ainsi que d'Alexandra et de sa toute jeune cousine, Cristina.
Pendant ce temps, Terry et Candy s'étaient rapprochés et Albert s'était avancé vers eux pour recevoir dans ses bras une Candy en larmes.

  • Tu es bien plus jolie quand tu souris que quand tu pleures, tu sais ? dit-il finalement avec un sourire.
  • Je sais, mais je te signale que toi aussi tu pleures, répondit-elle pleurant et riant à la fois. C'est bon de te retrouver, Albert ! Tu m'as tant manqué... Mais dis-moi, elle est où ta petite merveille ?
  • En train d'essayer d'attraper les lunettes d'Alistair, j'en ai peur, dit-il en lui montrant la petite tête blonde dans les bras d'Alexandra.
  • Annie ! s'écria la jeune femme en voyant son amie s'approcher d'elle avant de se jeter dans ses bras en larmes. Annie, ne pleure pas !
  • C'est trop de joie à la fois, Candy ! J'ai fait des progrès pour me prendre en main mais il ne faut pas exagérer, non plus, répondit-elle d'une petite voix.

Candy s'approcha d'Adrian qui la salua poliment avant d'éclater de rire sous les embrassades et les chatouilles de sa tante. Elle salua finalement Archie et découvrit dans ses bras la petite Claire qui ressemblait comme deux gouttes d'eau à sa maman.

  • Tu as encore bien travaillé, toi ! lui dit-elle en souriant à la petite fille qui ouvrait sur elle de grands yeux bleus. C'est le portrait d'Annie, la même en tout petit ! Elle est magnifique !
  • Si elle pouvait avoir le caractère doux de sa mère, ça aurait été parfait ! dit-il en regardant sa fille avec dévotion, mais j'ai peur qu'elle ait hérité de mon caractère têtu et obtus !

Candy éclata de rire et se tourna alors vers Alexandra qui l'attrapa alors de son bras libre et les deux jeunes femmes s'embrassèrent tendrement. Cristina se rappela à elles en attrapant les boucles de Candy. Elle rit aux éclats en jouant avec les boucles généreuses des cheveux de sa tante. Candy fut émue aux larmes en constatant à quel point elle ressemblait à son père.

  • Elle te ressemble un peu, tu ne trouves pas ? demanda Alexandra de sa voix chaleureuse.
  • Elle a les yeux de son père, dit Candy avec un sourire.
  • Oui mais elle a au moins autant de caractère que toi ! dit Alexandra en riant.
  • C'est parce que Candy et Albert sont de fortes têtes et des rebelles invétérés, dit Terry en passant un bras autour de la taille de sa femme. Tu n'avais aucune chance, Alexandra !
  • Ça te va bien de dire ça, toi ! répondit Candy sur un ton railleur. Bon Alistair, tu veux bien lâcher Flanny et Abigaïl que je puisse les embrasser, ajouta-t-elle d'un ton sévère.
  • Dis-moi, Albert, tu crois que je pourrais réussir un jour à faire preuve d'autorité sur mes enfants alors que je n'en ai aucune sur ma femme ? demanda Terry sur le ton de la plaisanterie.

Ils éclatèrent tous de rire à sa remarque et Candy se retourna prête à rétorquer. Elle se trouva face au regard de son mari et se sentit fondre. Elle commençait à reconnaître chacune de ses expressions et ce qu'elle lisait dans ses yeux exprimait son amour profond pour elle.
Elle lui sourit en rougissant et se tourna vers Flanny. Les deux jeunes femmes se tombèrent dans les bras en souriant et pleurant tout à la fois.

  • Je crois au contraire que tu sais parfaitement comment la faire taire, murmura Albert à Terry avec un sourire complice qui fit rire Terry.
  • Comment ça se passe, là-bas ? demanda doucement Flanny à Candy.
  • Ils se sont battus jusqu'au bout... souffla Candy avec des larmes plein les yeux. Il y a encore beaucoup de travail, comme tu peux le voir, ajouta-t-elle avec un signe de tête pour les blessés sur le quai, mais ce ne sera plus pareil, maintenant. Le travail ne sera bientôt plus que du rapatriement.

Les deux jeunes femmes se serrèrent les mains avec une profonde émotion, partageant en un regard une grande complicité, née de longues heures passées à lutter ensemble pour la survie de leurs patients blessés sur le front.
Alistair, qui avait entendu leur conversation s'approcha d'elles avec un grand sourire.

  • Dites-moi, les filles, je connais bien votre sens du dévouement mais j'aimerais bien... qu'on passe à autre chose, vous voulez bien ? Au moins pour quelques jours. Et, ma chère Candy, je voudrais te présenter Abigaïl Marie Cornwell, je viens seulement de la rencontrer mais je crois que c'est la plus belle chose que j'aie jamais vue et que j'aie jamais faite en ce monde.

Le petit groupe semblait nager dans la joie et les plaisanteries allaient bon train. Terry avait repris possession de la taille de sa femme et la serrait contre lui avec douceur ne perdant pas une occasion pour lui démontrer son amour par une multitude de gestes d'affection tendres et attentionnés. Ils se dirigèrent tous vers les voitures et prirent la direction de la maison d'Éléonore, qui les attendait avec impatience.

*****

Candy sortait de la voiture quand elle vit la mère de Terry sortir sur le perron et se précipiter vers elle.

  • Ma chérie, dit-elle en serrant Candy contre elle, te voilà enfin ! Merci, Candy, merci de tout le bonheur que tu me donnes.
  • Merci de votre affection, Éléonore, répondit Candy les larmes aux yeux. Pardonnez-moi mais je crois que je vous aime trop pour réussir à vous tutoyer. Il va encore falloir me laisser du temps ! En revanche vous... continuez à me tutoyer, s'il vous plait.
  • C'est entendu, répondit-elle en la tenant à bout de bras pour mieux la regarder. Tu es tellement belle, tellement ravissante ! Encore un peu trop maigre, mais nous allons vite arranger ça, ma fille.

Tous les André étaient descendus de voiture et avaient assisté avec émotion, tout comme Terry, à la scène de retrouvailles entre Candy et sa belle-mère. Les deux femmes aux magnifiques cheveux blonds qu'ils avaient devant eux se ressemblaient beaucoup : solitaires et courageuses, fortes, belles et indépendantes... l'amour qui les réunissait était sincère et profond.

"Merci pour elle, Éléonore, pensa Albert. Vous m'avez aidé à faire son bonheur et je sais que vous continuerez à remplir ce rôle bien mieux que sa propre mère n'a pu le faire."

Éléonore se tourna vers Terry qui se tenait à quelques pas et lui tendit le bras pour l'enlacer sans toutefois lâcher Candy.

  • Bonjour, mon fils, dit-elle en déposant un tendre baiser sur sa joue. Prends soin de Candy pendant que j'accueille nos invités, tu veux bien ?

Elle n'attendait pas de réponse et se retourna vers le petit groupe et embrassa chaleureusement Alistair accompagné de Flanny et d'Abigaïl avant de se tourner vers les autres membres de la famille.

  • Viens, murmura Terry à Candy, il fait plus chaud à l'intérieur et ça fait longtemps que tu es dehors.
  • Terry, je ne suis pas malade ! répondit Candy en souriant. Je suis juste enceinte !

Mais elle le suivit à l'intérieur sans protester et il l'aida à retirer son manteau noir. Elle portait une longue robe vert sombre, en laine d'Écosse. La robe était cintrée sous la poitrine et ne gênait pas son ventre.
Il l'entraina dans une petite pièce qui se révéla être une bibliothèque dont il ferma la porte. Il attira Candy vers le canapé et s'agenouilla devant elle quand elle s'assit. Il pouvait maintenant deviner son ventre arrondi et il posa ses mains dessus en regardant Candy avec une infinie tendresse. Elle l'attira vers elle et lui fit poser la tête sur son ventre. Elle sentait le bébé bouger et espérait qu'il le sente ou qu'il l'entende.

  • Tu as vraiment très faim ou c'est le bébé qui bouge ? demanda-t-il doucement.

Elle rit doucement avant de lui répondre.
  • C'est le bébé qui bouge, mais j'ai aussi très faim si tu veux tout savoir.
  • J'aurais tant voulu être là quand tu l'as appris, dit-il en fermant les yeux.
  • Et moi, j'aurais voulu voir ton visage quand tu l'as su, répondit-elle en caressant ses cheveux. Alors, on est à égalité mais on se rattrapera avec le prochain !

Il se releva et s'assit près d'elle. Il prit son visage dans ses mains et caressa ses joues, son cou avant de plonger les doigts dans ses cheveux pour l'attirer vers lui. Il embrassa ses lèvres avec de multiples baisers humides, cherchant sa langue avec la sienne. Elle se plaqua contre lui et ouvrit la bouche en poussant un sourd gémissement, savourant leur baiser.
Candy le repoussa doucement mais prit les mains de Terry dans les siennes et elle baissa la tête en fermant les yeux, pour reprendre son souffle en tentant de faire taire son désir.

  • Nous devons rejoindre les autres, Terry.

Il poussa à son tour un profond soupir avant de se lever et ils rejoignirent leur famille, ils étaient encore tous dans le hall à retirer leurs manteaux.

*****

Le repas se déroula gaiement et au moment du dessert, Albert demanda à Candy ce qu'elle voulait faire les prochaines semaines ainsi que pour les fêtes de fin d'année.

  • Et bien... je n'y ai pas vraiment réfléchi, dit-elle pensive. Il faudra que j'aille voir Mademoiselle Pony et Sœur Maria à l'orphelinat et aussi Patty et Tom... Quant aux fêtes, je... je ne sais pas quels sont vos projets mais j'aimerais que nous nous retrouvions tous à LaPorte pour le réveillon. Nous pourrions relouer la maison que tu avais trouvée, Annie ; comme ça, nous pourrions loger tout le monde et... ça me ferait plaisir, mais je comprendrais que vous ayez déjà d'autres projets.
  • Nous t'attendions pour faire des projets, dit Annie en souriant et... si tout le monde est d'accord, je serais ravie de m'occuper de louer la maison... et du reste, d'ailleurs.
  • Qu'en penses-tu, Flanny ? demanda Alistair.
  • Ça me plairait beaucoup, dit-elle avec un sourire. Mais... et tes parents.
  • Ils peuvent très bien venir avec nous, affirma Annie. Mais nous pourrions aussi les retrouver le lendemain à Lakewood.
  • Alors faisons ça, dit Albert. Nous passerons le réveillon à la maison Pony et nous déjeunerons à Lakewood pour fêter Noël avec les Brighton et le reste de la famille. Oh, et puis les enfants de Pony viendront avec nous, dit Albert. C'est une bonne idée et une perspective qui me réjouit d'avance, dit-il en imaginant la tête de la tante Elroy.
  • Tu as tout mon soutien, ajouta Candy avec malice en devinant ses pensées.

Le frère et la sœur se regardèrent avec une tendre complicité. Albert était heureux de la retrouver. Alexandra secoua la tête en levant les yeux au ciel alors que Terry s'amusait de les voir comploter.

  • Ah pour faire des mauvais coups, vous deux, vous vous entendez toujours comme larrons en foire ! C'est invraisemblable ! dit Alexandra en riant.
  • Moi, je trouve ça très amusant aussi, dit Alistair en souriant. Avec tout ce que la tante Elroy nous a fait endurer pendant notre enfance ! Et puis, c'est pas méchant ! Quoi de plus généreux que de recevoir des orphelins à Noël !
  • C'est vrai qu'elle nous en a fait voir, dit Archie. Et puis elle passera un réveillon tranquille ! Elle pourra bien faire un effort le jour de Noël ! Le contraire ne serait pas très catholique !

Ils éclatèrent tous de rire à la dernière remarque d'Archie.

  • Candy... dit Alistair, nous aimerions nous rendre à LaPorte avec toi, Flanny et moi. Enfin, je ne sais pas quand tu comptais y aller, mais...

Candy se tourna alors vers Terry qui lui répondit par un sourire nonchalant.

  • On fait ce que tu veux, je te l'ai déjà dit, répondit-il en la regardant tendrement.
  • On pourrait partir d'ici deux ou trois jours, dit Candy en souriant. Qu'en penses-tu ?
  • C'est parfait pour moi ! dit Alistair. Rassure-moi, Archie, tu ne repars pas demain pour Chicago ?
  • Et bien, je pensais t'emmener, figure-toi, dit Archie avec un sourire. Non, rassure-toi, nous avions prévu de partir après-demain, ça vous va ?
  • C'est parfait, dit Candy avec un sourire. Et vous avez prévu quoi, cet après-midi ?
  • Moi, j'aimerais bien aller faire du patin à glace, Tante Candy, dit Adrian en souriant.
  • C'est une idée formidable ! répondit Candy avec un grand sourire. J''en ai très envie moi aussi mais je n'ai pas le droit à cause de mon ventre. Mais j'ai une bien meilleure idée, qu'est-ce que tu dirais d'aller faire un bonhomme de neige dans le jardin à la place ?
  • Tu sais en faire ? demanda-t-il avec un sourire.
  • Ah pour ça, oui, mon petit gars ! Bon d'accord, ceux de ta mère étaient toujours plus jolis que les miens mais je me défendais bien quand même !
  • Tu crois qu'on peut y aller ?
  • Je crois qu'il faudrait d'abord que tu demandes l'autorisation à Éléonore parce que c'est dans son jardin que nous allons le faire, et ensuite à ton papa et à ta maman parce qu'ils avaient peut-être prévu autre chose. Mais s'ils sont d'accord, on y va !
  • Moi, je suis d'accord, dit Éléonore, je propose même un concours, j'ai très envie de faire un bonhomme de neige moi aussi ! Après tout, il faut que je m'entraîne ! dit-elle en souriant à Candy.
  • Maman, s'il te plaît ! Tu veux bien, dis ? demanda Adrian avec un sourire charmeur.

Elle se tourna vers Archie, qui acquiesça avec un sourire.

  • Je peux venir, moi aussi ? demanda Alistair à Adrian.
  • Oh oui ! dit le petit garçon en éclatant de rire.
  • Je ne te demande pas de participer mon cher Archie, j'imagine que tu ne sais plus comment on fait ! dit Alistair en riant.
  • Ah tu crois ? répondit Archie sur un ton de défi. Et bien nous allons voir ça !

*****

Une demi-heure plus tard, ils étaient tous bien couverts et rivalisaient pour faire chacun le plus joli bonhomme de neige, Adrian avait finalement choisi de faire équipe avec Candy mais également avec Éléonore. Terry les observait depuis la terrasse, s'étant autoproclamé membre du jury final malgré les protestations des garçons qui l'accusaient d'être à la fois juge et partie. Adrian exultait de joie et il paraissait découvrir une nouvelle facette de son père que la présence d'Alistair semblait faire rajeunir.
Terry fut rapidement rejoint par Albert qui avait laissé les trois femmes qui pouponnaient au salon en buvant du thé devant la baie vitrée.

  • Tu ne participes pas ? demanda Albert avec un sourire.
  • J'ai décrété que je faisais partie du jury, répondit-il en riant, d'ailleurs tu serais bien avisé de me rejoindre parce qu'on m'accuse d'être de parti pris.
  • Parce que tu crois vraiment que c'est mieux ! lui cria Alistair. Avec vous deux, on peut être sûrs que c'est Candy qui va gagner. Mais c'est pas grave, on demandera aux filles leur avis aussi !

Adrian éclata de rire et paraissait prendre un immense plaisir à cette activité "familiale".

  • Tu te sens comment, maintenant ? demanda Albert à mi-voix.
  • Je profite ! Je la regarde vivre, rire, jouer et je profite ! répondit-il avec un grand sourire. Je ne suis pas sûr d'avoir vraiment réalisé qu'elle va rester là, avec moi... mais... je me sens heureux. Très heureux, tout simplement.
    C'est un sentiment nouveau pour moi alors j'essaye d'en savourer chaque minute, pour ne jamais oublier à quel point le bonheur peut être simple. Tout comme je n'oublierai pas non plus comme la route a été longue et difficile pour en arriver là.
  • Ce n'est que le début du bonheur, Terry, dit-il en regardant Adrian. Attends d'être père et tu comprendras à quel point les choses changent. En mieux.
  • Je crois que c'est en voyant son ventre que j'ai commencé à véritablement en prendre conscience, dit-il en ne quittant pas Candy des yeux. Je suis retombé amoureux d'elle, tout-à-l'heure, ajouta-t-il avec un sourire. C'est encore pire qu'avant... je... je l'aime comme un fou.

Albert posa une main amicale sur l'épaule de Terry qu'il serra très amicalement.
Quand les bonshommes de neige furent terminés, Terry appela Adrian et lui demanda lequel de tous, il préférait. Le petit garçon prit le temps d'observer les quatre bonhommes de neige sous toutes les coutures. Puis il revint vers Terry pour lui répondre à l'oreille qu'il préférait celui de son père.

  • Alors le président du jury a choisi, dit Terry à voix haute en se relevant. C'est Archie qui l'emporte !

Éléonore et Candy éclatèrent de rire en voyant l'air consterné d'Alistair et le regard ému d'Archie.

  • Mon fils, tu as un goût très sûr ! dit ce dernier en prenant le petit garçon dans ses bras et en l'embrassant sous ses cris de plaisir et ses éclats de rire.
  • C'est bon, je m'incline ! dit Alistair mais on en reparlera quand Abigaïl aura deux ans !

Terry s'approcha des deux femmes et leur tendit le bras pour les ramener sur la terrasse. Éléonore avait les joues rouges et les yeux brillants. Terry ne se rappelait pas l'avoir déjà vue aussi heureuse et détendue.

  • Vous devriez peut-être rentrer chez vous, maintenant, dit-elle au jeune couple. Ce serait bête que Candy ne voit pas sa maison de jour, pour la première fois.
  • Oh oui, Terry, je veux la voir ! C'est loin d'ici ?
  • Non ma chérie, pas très loin, nous y allons dès que tu le souhaites.

Ils retournèrent dans la maison et se dirent tous au revoir, les André retournant à leur hôtel tandis que Candy et Terry prenaient la route de Riverdale, au nord-ouest de l'île de Manhattan.

Ils longèrent l'Hudson avant d'arriver dans le quartier de Riverdale où Candy découvrit de grandes maisons victoriennes possédant toutes d'immenses jardins recouverts de neige. Après avoir roulé sur l'avenue de l'Indépendance, Terry tourna dans une impasse et s'arrêta au bout de celle-ci. Candy était émerveillée par ce qu'elle voyait et ce qu'elle découvrait.

A flanc de colline, avec une vue sur l'Hudson, se trouvait une ravissante maison victorienne, blanche, avec des volets bleus, entourée d'un parc planté de grands arbres. Candy descendit de voiture sans avoir pu prononcer une parole mais son regard et son sourire étaient éloquents. Terry se sentit rassuré par le plaisir qu'elle affichait, il avait tant craint de la décevoir par son choix.
Il lui tendit alors la main pour l'inviter à avancer vers leur maison. Elle prit la main de son mari qu'elle serra vigoureusement.

  • Attends, Terry, je veux la regarder encore, lui dit-elle avec émotion.
  • Elle te plaît vraiment ?
  • Infiniment. Elle est tellement mieux que sur la photo ! Et... Immense ! Je n'aurai jamais soupçonné qu'un endroit comme celui-là puisse exister si près de New-York...
  • Mais nous sommes toujours à New-York, mon ange ! dit-il en lui souriant.
  • Terry, c'est un moment merveilleux, dit-elle en se serrant contre lui.

"N'oublie jamais cet instant, Terry, se morigéna-t-il. Elle est heureuse, cette maison lui plait et c'est ici que nous élèverons nos enfants. Regarde-la, emplis tes yeux de la douce vision de son bonheur, de sa joie si spontanée. Elle est si belle et elle est là pour rester à tes côtés !"

Elle regarda encore la maison où ils allaient vivre désormais. Elle comprenait un étage. Les volets étaient fermés au rez-de-chaussée mais pas à l'étage. Tout en haut sous les combles, il y avait une sorte de petite pièce qu'elle qualifia aussitôt de donjon et qui bénéficiait d'une petite terrasse qui surplombait celle, plus grande, du premier étage. Une véranda couverte et dotée d'un charmant petit porche, couronné de bois sculpté ornait l'avant de la maison. Elle apercevait les côtés de la maison qui semblait plus grande encore qu'elle ne l'avait pensé et commença à imaginer les plantations d'arbustes et de fleurs qu'elle pourrait y faire au printemps prochain.

  • Tu vois ce petit balcon au premier étage, dit doucement Terry, c'est celui de notre chambre et juste à gauche, j'ai fait installer un petit boudoir pour toi. Il y a six autres chambres à cet étage et trois salles de bains.
  • Et la petite pièce au-dessus du balcon ? demanda-t-elle intriguée.
  • J'y avais installé mon bureau, je m'étais dit que c'était l'endroit parfait pour écrire. Mais je me réinstalle au rez-de chaussée, où il y a...
  • Et si tu me la faisais visiter vraiment maintenant ? le coupa-t-elle avec son plus merveilleux sourire.
  • Alors allons-y, soyez la bienvenue dans votre nouvelle demeure, madame Grandchester, répondit-il avec un sourire.

Il la souleva dans ses bras avant de gravir les quelques marches du perron et d'entrer dans la maison. Il la reposa par terre une fois dans le vestibule. Ils entrèrent alors dans chaque pièce du rez-de chaussée, ouvrant les volets et dévoilant à Candy le foyer qu'ils allaient désormais partager.

Elle découvrit à gauche du vestibule un grand salon avec une bibliothèque très agréable qui débordait déjà de livres. Ils retraversèrent le vestibule pour entrer dans une grande pièce qui servait de salle à manger et qui disposait aussi d'un coin-salon.

Au fond se trouvaient une grande cuisine, une buanderie et une agréable véranda qui donnait sur l'arrière du jardin. Il y avait deux autres pièces qui donnaient aussi sur le jardin, l'une était toujours vide mais la seconde était celle qu'il transformait en bureau.
Puis il lui demanda de l'accompagner vers les étages et l'emmena directement au dernier étage pour qu'elle voie la petite pièce qui avait été son bureau pendant quelques mois.

  • Comme tu peux le voir, dit-il alors, je n'ai pas tout aménagé mais nous trouverons sûrement une utilité à ce grand espace dit-il en arrivant dans les combles avant de l'attirer vers une fenêtre qui donnait sur l'arrière de la maison.
    Par exemple, on pourrait en faire une salle de jeux pour les enfants. Tiens regarde par la fenêtre, tu vois cette vieille grange, ajouta-t-il en indiquant la bâtisse qui se trouvait dans le parc. J'ai très envie d'en faire une écurie.
    Et puis, à gauche, il y a aussi une petite maison que j'ai fait rénover pour y loger le personnel que j'ai engagé, Arthur et Jane McMillan, mais on ne peut pas la voir d'ici, il faut aller dans le jardin.
  • Terry, je ne suis pas sûre que nous ayons besoin de...
  • Chut ! dit-il en posant un doigt sur sa bouche, je crois savoir que ma femme est indépendante et je ne l'imagine pas passer ses journées à la maison. Je suis persuadé qu'elle aura très vite envie de retourner travailler et il faudra quelqu'un pour l'aider ici, d'autant que la maison est très grande. Qui plus est, mon épouse est ravissante dans son uniforme d'infirmière alors je n'ai pas l'intention de l'empêcher de travailler, si elle le souhaite.

Candy lui adressa un grand sourire et il lui prit la main pour l'entraîner à l'autre bout de la pièce. Il poussa une porte et la fit entrer dans ce qu'il avait appelé son "antre". La pièce était claire et accueillante, elle dégageait l'empreinte masculine de Terry. Candy détailla sur sa gauche des étagères chargées de livres en train d'être emballés. Le bureau en chêne foncé sur lequel reposait un carton presque plein se trouvait face à la porte fenêtre de ce qu'elle avait qualifié de petit "donjon".

Sur sa droite, d'autres étagères attendaient d'être débarrassées, elle y vit quelques objets et un tableau qui attira particulièrement son attention. Il s'agissait d'une reproduction d'un paquebot qui ressemblait beaucoup à celui sur lequel ils s'étaient rencontrés.

  • C'est le Mauretania ! s'exclama-t-elle en s'approchant de la toile.
  • Oui, Candy. Il y a un peu plus de trois ans, je l'ai vu dans la vitrine d'une galerie près de Broadway et je n'ai pas pu m'empêcher de m'offrir ce petit caprice en souvenir de la rencontre la plus importante de toute ma vie. Et dans ce petit coffre en bois sculpté il y a toutes les lettres que tu m'as envoyées. Et plus tard peut-être, je te montrerai les textes que tu m'as inspiré.
  • Terry ! Mais... il y a trois ans, Suzanne et toi...
  • Ne dis rien... je sais ce que tu peux penser mais c'est comme ça, même si j'étais officiellement fiancé, tout ce qui me rattachait à toi me permettait de m'évader un peu de mon quotidien, voilà tout. Mais viens, allons voir le reste de la maison.

Ils redescendirent au premier étage et Terry lui montra toutes les chambres qui étaient sommairement décorées à part une, qui était prévue pour le bébé et dont il voulait qu'elle s'occupe personnellement.
Elle visita aussi deux salles de bains, Terry lui expliqua avec un clin d'œil qui la fit rougir que la troisième dépendait de la suite parentale. Puis il ouvrit une porte et la fit entrer dans une pièce au décor raffiné.

  • Ma mère a fait des merveilles ici, dit-il en lui montrant la touche raffinée d'Éléonore dans la décoration du petit boudoir qu'il réservait à Candy.

Une épaisse moquette bleue couvrait le sol et était assortie aux tentures et aux fauteuils recouverts de toile de Jouy écrue et bleue imprimée de motifs champêtres. Des aquarelles sur les murs de couleur crème représentaient le paysage d'Écosse où ils avaient passé un si merveilleux été et Candy fut profondément émue par cette attention. Un grand bureau blanc faisait face à la fenêtre et une malle à son nom attendait d'être déballée.

  • Ce sont tes affaires qu'Albert a fait envoyer, elles sont arrivées hier.
  • C'est tellement ravissant ! dit Candy dans un souffle, en entrant à pas mesurés dans la pièce.

Terry, qui était resté nonchalamment appuyé contre l'embrasure de la porte, regardait Candy faire le tour de la pièce.

Le pâle soleil d'hiver qui entrait par la fenêtre allumait des reflets d'or dans ses cheveux emprisonnés dans un filet. Il eut soudain très envie de les voir se répandre sur ses épaules mais s'interdit de faire le moindre mouvement, l'observant caresser les meubles du bout des doigts.
Elle se retourna vers Terry et se perdit une fois de plus dans les prunelles iridescentes qui brillaient d'une étrange lueur qu'elle commençait à bien connaître.

  • C'est tout simplement merveilleux, dit-elle avec émotion. Merci pour tout ça.
  • Viens, on n'a pas fini, dit-il en lui tendant la main.

Elle attrapa la main qu'il lui tendait et le suivit jusqu'à la porte de la pièce adjacente. Il se plaça derrière elle et lui murmura à l'oreille.

  • Ouvre la porte, mon ange, susurra-t-il doucement.

Candy poussa la porte et s'avança dans une grande pièce très lumineuse, aux murs blancs, dont les meubles en bois sombre de style "Art Nouveau" faisaient ressortir le caractère. Des touches de bleu roy étaient disséminées ça et là, des lourdes tentures jusqu'au couvre-lit.
Plusieurs tapis épais recouvraient le sol en parquet de chêne sombre. Elle se tourna vers Terry, depuis le milieu de la pièce et lui adressa son sourire le plus charmeur.

  • Tu nous ferais un feu dans le cheminée ? J'essayerai bien notre chambre tout de suite, lui dit-elle avec un regard provocateur tout en rougissant légèrement.

Il fut près d'elle en une enjambée et la prit aussitôt dans ses bras en riant avant de la soulever pour la déposer au milieu de leur lit conjugal.

  • Si tu savais comme j'espérais que tu me demandes ça, dit-il d'une voix rauque en lui caressant délicatement la joue. Sois la bienvenue chez toi, mon amour, finit-il en l'embrassant avec toute l'ardeur dont il était capable, laissant Candy sans souffle. Bon, allez, j'allume le feu et je reviens près de toi ! Ne bouge pas de ce lit ! ordonna-t-il avec un grand sourire.

Il avait donné congé à Arthur et Jane pour la journée mais il savait que Jane leur avait préparé de quoi manger dans la cuisine. Arthur avait laissé le chauffage dans la maison pour qu'ils n'aient pas froid et il avait préparé toutes les cheminées pour qu'on n'ait plus qu'à y allumer le feu.
Le soleil se couchait et il se pencha vers la cheminée pour enflammer le petit bois qui s'y trouvait avant d'ajouter quelques bûches.

Les flammes se reflétaient déjà dans la pièce et Candy ne le quittait pas des yeux. Elle observa un moment son profil illuminé par les flammes, son menton volontaire, ses lèvres sensuelles qui la rendaient folles quand elles se promenaient sur elle.
Elle avait détaché ses cheveux et se leva du lit pour le rejoindre. Il lui jeta un regard brûlant de désir alors qu'elle s'asseyait près de lui sur le tapis. Elle lui sourit tendrement en déposant un baiser doux et humide sur la bouche de Terry.

  • Je ne t'avais pas demandé de rester sur le lit ? dit-il avec un sourire en ne la quittant pas des yeux.
  • J'ai besoin de toi pour m'aider à dégrafer ma robe, dit-elle en soulevant ses cheveux pour lui offrir sa nuque.

Il regarda la lumière orangée qui se reflétait sur sa nuque aux courbes délicates et à la peau si douce. De petites boucles blondes s'échappaient de ses doigts longs et fins. Un instant absorbé par la vision sensuelle qu'elle lui offrait, il se décida finalement à déboutonner sa robe, comme elle le lui demandait. Quand il eut terminé, il l'attira vers lui et commença à embrasser son cou en s'approchant de son oreille.

  • Dites-moi, madame Grandchester... vous avez fait comment pour la boutonner votre robe ce matin si vous avez besoin de mon aide ce soir pour l'enlever.
  • J'ai demandé à ma compagne de cabine de m'aider, monsieur le jaloux, dit-elle en se relevant avant de laisser tomber sa robe sur le sol et de la ramasser pour la poser sur l'un des fauteuils proches.

Il la regarda avec curiosité, elle ne portait plus qu'une combinaison de soie blanche qui ne cachait rien de son ventre et ses formes. Il se demanda si elle le provoquait à dessein mais n'en fut vraiment certain que lorsqu'elle se tourna vers lui en rougissant avant de revenir s'agenouiller près de lui.
Elle commença à déboutonner sa chemise et il arrêta sa main. Le regard qu'il promenait sur elle était si intense et si impérieux qu'elle n'osa plus bouger.

  • Enlève ça aussi, dit-il en désignant sa combinaison du regard.

Il acheva de déboutonner sa chemise sans la quitter des yeux et elle se sentit frémir sous son regard. Elle se releva finalement et fit glisser les bretelles de sa combinaison qui tomba à terre, lui dévoilant sa nudité et ses formes bien plus arrondies qu'elles ne l'étaient quelques mois plus tôt. Il se mit à genoux et posa sa bouche sur son ventre en fermant les yeux, submergé par l'émotion. Elle posa ses mains sur la tête de Terry et commença à caresser ses cheveux avant de s'agenouiller face à lui.

Candy plongea les yeux dans son regard et vit l'émotion qui embrumait toujours les yeux de Terry.
Elle prit son visage dans ses mains et commença à l'embrasser très doucement et l'embrasser encore. Il répondit aussitôt à son baiser, ouvrant la bouche pour sentir sa langue qui cherchait la sienne. Le baiser qu'elle lui donnait témoignait du désir qu'elle avait de lui. Il relâcha son étreinte pour la regarder dans les yeux.

  • Dis-moi, jeune infirmière provocante, demanda-t-il doucement. Est-ce que le bébé ne risque rien ?
  • La seule chose qu'il risque, c'est d'avoir une mère au bord de la crise de nerfs si tu ne te dépêches pas d'enlever ton pantalon, répondit-elle avec un sourire confiant.

Il la regarda avec intensité n'étant pas sûr d'avoir bien compris ce qu'elle venait vraiment de dire. Elle prit alors l'initiative de déboutonner son pantalon et il la laissa faire avec un indéniable plaisir. Quand elle eut terminé, il se leva en la soulevant dans ses bras et son pantalon tomba à ses pieds. Il la déposa sur le lit, leur lit désormais et il la regarda en souriant avant de s'allonger à ses côtés.

  • Tu es une créature délicieuse et diabolique, lui dit-il tendrement. Et extrêmement désirable.

Il laissa glisser sa main de son visage à son cou, descendit jusqu'à sa gorge avant de caresser un sein du bout de ses doigts. Elle ferma les yeux sous le plaisir de la caresse et sentit une vague de désir inonder son bas-ventre et ses reins avant de remonter et d'exploser dans sa poitrine.
Elle ouvrit les yeux et s'approcha de lui pour l'embrasser langoureusement. Elle s'était collée à lui et sentit qu'il la désirait au moins autant qu'elle. Les mains de Terry glissaient sur son corps, caressant les zones qu'il savait si sensibles, portant à son paroxysme le désir de sa femme qui ondulait contre lui.

Il la fit glisser sur le dos et se plaça au-dessus d'elle, à bout de bras pour ne pas appuyer sur son ventre. Elle noua ses jambes autour de ses reins et il la pénétra doucement pour lui laisser le temps de s'habituer à lui. Mais c'est elle qui commença à bouger.

  • Tu m'as tellement manqué, Terry ! murmura-t-elle dans un souffle.
  • Tu m'as beaucoup manqué, toi aussi, répondit-il d'une voix rauque.

Ils firent l'amour avec lenteur, savourant chaque minute de ce moment d'intime communion qu'ils partageaient après une si longue séparation. Il ne se laissa aller qu'après l'avoir entendue crier son plaisir.
Ils restèrent enlacés un long moment et Terry finit par se lever pour rajouter du bois dans la cheminée. Quand il la rejoint dans le lit, elle se blottit contre lui avec tendresse mais il eut le temps d'apercevoir la lueur de tristesse qui habitait ses yeux.

  • Qu'est-ce qui ne va pas, mon ange ? demanda-t-il doucement.
  • Rien, dit Candy. C'est parce que je suis enceinte, c'est tout, mais en fait je vais très bien. Figure-toi qu'en plus de me faire ressembler à une barrique, la grossesse exacerbe toutes les émotions. Et là maintenant, je me sens tout à la fois heureuse et soulagée... C'est comme si un poids énorme venait de tomber de mes épaules et du coup... j'ai les nerfs qui lâchent, dit-elle en éclatant en sanglots.
  • Je suis là, mon amour, dit-il en la serrant contre lui. Et tu ne ressembles pas du tout à une barrique. Tu ressembles à ma femme, ma femme enceinte. C'est-à-dire, que tu es en train de me faire un magnifique cadeau, en fabriquant et protégeant dans ton ventre, un merveilleux petit bébé. Et pas n'importe quel bébé, notre enfant. Une toute petite chose qui représente déjà notre avenir et qui est le plus beau symbole de tout l'amour que je te porte.

Il avait caressé son ventre en lui parlant tout en la maintenant contre lui et il la berça encore de longues minutes après que ses sanglots se soient calmés. Il lui murmurait de tendres mots d'amour à l'oreille et elle finit par relever la tête pour le regarder avec amour.

  • J'ai tellement besoin de passer du temps avec toi, tu sais, murmura-t-elle. J'ai besoin de toi, tout simplement. Ça fait trop longtemps que j'ai besoin de toi et de tes bras autour de moi.
  • Je n'ai pas l'intention de te lâcher ou de te laisser, mon amour. Je veux voir naître notre enfant et je ne retournerai travailler qu'une fois que je serai sûr que tout va bien pour vous deux, alors tu vas m'avoir sur le dos un moment, sois-en sûre.
  • Terry ?
  • Oui, mon ange.
  • Je t'aime infiniment, tu sais ?
  • Oui, je sais Candy. Je le sais parce que j'éprouve la même chose. Mais ça me bouleverse toujours autant de t'entendre le dire. Je t'aime, ma chérie.

Elle se serra un peu plus contre lui et il la garda contre son cœur.

  • Je vais aller te chercher une chemise de nuit, dit-il doucement, je ne veux pas que tu prennes froid. j'en profiterai pour nous monter un plateau avec quelques bonnes choses à grignoter. Toi tu ne bouges pas d'ici, je veux que tu te reposes et que tu te détendes. Et quand je reviendrai, tu me diras ce que tu penses de ta chambre et de ton lit.

Il l'embrassa avec une infinie tendresse et se dirigea vers une commode d'où il tira une jolie chemise de nuit qu'il lui apporta. Il avait également pris un bas de pyjama qu'il enfila en lui parlant.

  • La chemise de nuit, c'est ma mère qui l'a choisie pour toi afin que tu aies le nécessaire ici avant de déballer tes affaires. Et tu as vu, je fais des progrès, je suis décent ! dit-il avec un clin d'œil en quittant la chambre.
  • Tu seras décent quand tu mettras aussi le haut de ton pyjama avec une robe de chambre, cria-t-elle pour être sûre qu'il l'entende.
  • C'est la jeune femme qui m'a fait un si joli effeuillage tout-à-l'heure qui me parle de décence, dit-il en repassant la tête par la porte avec un air malicieux.

Elle jeta un oreiller dans sa direction mais il l'esquiva et elle l'entendit descendre les escaliers en riant. Elle enfila la chemise de nuit qu'il lui avait donnée. Elle était en laine de coton brodé et suffisamment large pour qu'elle s'y sente à l'aise même à la fin de sa grossesse.

Elle se leva et vint ramasser l'oreiller qu'elle lui avait lancé pour le reposer sur le lit. Elle s'approcha de la fenêtre et regarda longuement dehors. Elle frissonna à la vue de la neige qui s'était remise à tomber et elle sentit le bébé bouger. Elle posa une main sur son ventre et un lumineux sourire éclaira son visage.

  • Retourne te coucher avant d'attraper froid, dit doucement Terry qui était remonté sans un bruit.

Elle se retourna, le sourire aux lèvres et vint s'asseoir près de lui. Il avait monté un plateau pour qu'ils puissent manger un peu. Il avait fait chauffer de la soupe et préparé des œufs avec un peu de jambon.
Ils mangèrent avec appétit et il retourna mettre des bûches dans l'âtre pour raviver le feu de la cheminée. Elle avait rassemblé la vaisselle sur le plateau et il le lui prit des mains pour le redescendre à la cuisine.

  • Terry ? demanda-t-elle en se glissant sous les couvertures.
  • Oui ? répondit-il doucement en se retournant vers elle avec un sourire.
  • Reviens vite, s'il te plait ! Et... j'aimerais beaucoup que tu me joues quelque chose à l'harmonica. Enfin, je devrais plutôt dire que tu nous joues quelque chose !
  • D'accord, ne bouge pas d'ici, j'arrive ! répondit-il en riant doucement.

Il revint très vite et s'assit sur le lit à côté d'elle.

  • Terry ? Est-ce que tu en joues toujours, demanda-t-elle en le voyant prendre l'harmonica qu'elle lui avait offert autrefois. Ou bien est-ce que tu ne le fais que parce que je te le demande ?

Il s'immobilisa et la regarda intensément.

  • J'en joue à chaque fois que j'ai besoin de retrouver la paix, si tu veux tout savoir. Quand je suis nerveux ou que tu me manques trop... ou que tu me le demandes, mais ça, c'est nouveau !

Elle tendit le bras pour lui caresser la joue et il tourna la tête pour embrasser sa main en fermant les yeux. Il garda sa main dans la sienne et la regarda à nouveau.

  • C'est encore une chose qui me relie à toi et... qui ne me quitte jamais. Même quand je... quand j'ai plongé dans la déprime et l'alcool, je l'avais toujours avec moi. Je t'avais toi, toujours avec moi. C'est... ça me détend, ça m'apaise. Je me sens toujours bien après en avoir joué.
  • Alors joue-moi quelque chose, s'il te plait, demanda-t-elle avec émotion.

Il s'adossa à nouveau contre la tête de lit et commença à jouer. Elle posa la tête sur les jambes de Terry et caressa son ventre.

  • Tu entends mon bébé ? murmura-t-elle doucement. C'est ton papa qui joue pour nous. Et ta maman adore l'écouter jouer depuis longtemps, depuis très très longtemps.

Terry sentit l'émotion le gagner en écoutant sa femme mais il ne s'arrêta de jouer que lorsqu'il se rendit compte qu'elle s'était endormie, la tête posée sur ses genoux.
Il la souleva délicatement pour l'allonger confortablement et se coucha près d'elle. Elle se tourna vers lui dans son sommeil et il la serra contre lui.
Elle se réveilla au milieu de la nuit et pensa qu'il devait être huit heures à Paris. Elle se tourna vers Terry qui était profondément endormi à ses côtés et l'observa longuement. Il avait l'air paisible et détendu et elle sourit en le regardant. Elle se blottit contre lui et ne tarda pas à se rendormir.

*****

Quand elle rouvrit les yeux, le soleil était levé et elle était seule dans son lit. Elle s'étira avec bonheur et écouta les bruits de la maison, cherchant à deviner où se trouvait Terry. La porte de la salle de bains s'ouvrit alors et elle le vit sortir, vêtu d'un simple pantalon et rasé de près.
Elle tendit les bras avec un grand sourire et il la rejoint en quelques enjambées.

  • Bonjour, toi ! dit-il en l'embrassant avec une infinie tendresse.
  • Tu sens bon, dit-elle en plongeant le nez dans son cou. C'est... Je n'arrive pas à réaliser que je suis avec toi, dans cette maison fabuleuse et que..
  • Ça te fait peur ? demanda-t-il doucement en caressant ses cheveux.
  • Non, Terry, ça ne me fait pas peur bien au contraire mais... je crois que je ne suis pas encore habituée à me sentir aussi heureuse. Je vais exploser de bonheur.
  • Tu t'y feras, mon ange. Je n'ai pas l'intention de te quitter maintenant que je t'ai enfin avec moi, je te l'ai dit hier, non ?
  • Oui, dit-elle en riant. Tu m'as menacée de m'enfermer, si je me rappelle bien.
  • Alors, avant que je ne jette la clé, va t'habiller. Je vais descendre m'occuper du petit-déjeuner, il y a quelque chose qui te ferait plaisir ?
  • Je commencerai par toi, accompagné d'une grande tasse de café, alors, dit-elle avec un sourire tout en se dirigeant vers la salle de bains pour se préparer.
  • Je vous trouve bien gourmande, madame Grandchester, dit-il en riant.

*****

Après sa toilette, elle rangea les vêtements qu'ils avaient éparpillé dans la chambre et écarta les draps avant d'ouvrir la fenêtre pour aérer la chambre. Un froid vivifiant s'engouffra dans la pièce et elle sourit joyeusement en regardant dehors. Elle sortit sur la terrasse et observa deux écureuils qui se poursuivaient dans les arbres. Elle inspira profondément et sortit de leur chambre.

Terry entendit la porte se fermer et il sortit de la cuisine pour aller l'attendre au bas de l'escalier. Elle portait une robe vaporeuse de mousseline bleue pastel qui soulignait sa poitrine tout en dissimulant ses formes ; les longues manches pagodes et la multitude de voiles de la jupe lui donnaient une apparence aérienne. Ses cheveux étaient rassemblés par un simple ruban noué autour de sa tête et retombaient en cascade de boucles dorées sur ses épaules.
Il lui tendit la main pour l'aider à descendre les dernières marches.

  • Quelle apparition féérique et enchanteresse ! murmura-t-il en lui baisant la main. Vous êtes ravissante, madame Grandchester !
  • Et moi, je vous trouve très séduisant, ainsi vêtu de noir, mon tendre époux ! souffla-t-elle en approchant dangereusement son visage du sien.

Elle le provoquait du regard et il ne résista pas à l'envie d'embrasser sa bouche délicate.

  • Tu vas me rendre fou, dit-il avec un sourire. Allez, viens, le café est prêt.... Et puis je vais te présenter Jane et Arthur, ce sont des personnes adorables, tu devrais beaucoup les aimer, enfin je pense. Au fait, juste au cas où tu l'aurais oublié, je te rappelle que tout le petit monde que nous avons vu hier vient déjeuner ici aujourd'hui.
  • Je m'en rappelle mais il me semble que ta mère avait tout préparé avec Jane, non ?
  • C'est exact, donc tu n'as rien à faire à part t'asseoir et prendre un café avec moi, ça te paraît possible ? demanda-t-il en l'enlaçant par la taille.
  • Certainement ! répondit-elle avec un sourire en enlaçant également sa taille.

*****

Chicago, 2 décembre 1918
Après une nuit en train, il était tôt dans la matinée quand ils arrivèrent tous à la gare de Chicago où Georges les attendait. Albert le salua d'une franche accolade quand il descendit sur le quai et, à la surprise générale, il montra une sincère émotion en retrouvant Candy.

  • Georges ! s'exclama Candy en déposant un baiser sur sa joue. Je suis si contente de vous voir. J'espère qu'Albert a été gentil avec vous quand il a découvert que j'étais partie
  • Ne vous inquiétez pas pour moi, Candy. Je voulais vous féliciter en personne vous et monsieur Grandchester pour votre mariage et pour le bébé. En tout cas, vous êtes resplendissante ! Cela fait plaisir de vous retrouver aussi joyeuse qu'autrefois.
  • Merci, Georges. Merci pour vos vœux et pour tout le reste, dit-elle en souriant.
  • Je suis désolé de vous ennuyer avec cela mais... il va falloir que vous vous prépariez à affronter une horde de journalistes... le grand-oncle William André qui rentre à Chicago, vous Candy, qui rentrez également après avoir travaillé en France comme infirmière. Qui plus est, vous y avez épousé Terry Graham, ça fait du bruit... mais en même temps, il va falloir vous y habituer, Candy, parce que vous avez aussi épousé une star de Broadway !
  • Et ils sont déjà là ? demanda Albert d'un air exaspéré.
  • Non, mais ils savent que vous rentrez ces jours-ci, les rumeurs courent vite, dit Georges. A propos, Terrence, j'en profite que vous soyez là, j'ai toute une série de documents à vous faire signer avant que vous ne partiez pour LaPorte. Vous aussi, Alistair et Albert, ajouta-t-il.
  • Bon et bien, vous savez quoi, messieurs ? dit Alexandra. Nous allons vous laisser ici et vous nous rejoindrez à LaPorte quand vous aurez terminé toutes vos petites affaires.

Georges, Terry et Albert avaient longuement insisté pour qu'un chauffeur les conduise à LaPorte et Candy, Alexandra et Flanny discutaient joyeusement à l'arrière de la voiture.

  • Alors, Flanny, demanda Candy, tu ne m'as jamais raconté ta rencontre avec Patty à Chicago.
  • Et bien... Alexandra aurait pu te le dire, j'étais extrêmement nerveuse, répondit Flanny. Même si je sais que je n'y suis pour rien, j'ai quand même au fond de moi l'impression de lui avoir volé Alistair.
  • Flanny ! dit Alexandra. Elle t'en a parlé, non ? Il ne faut pas que tu voies les choses ainsi, parce que ça n'est pas comme ça que les choses se sont passées et tu le sais.
  • Alexandra a raison Flanny, dit Candy à son tour. Patty m'a écrit tu sais et... il est hors de question pour elle de remettre en question sa vie avec Tom. En fait, elle m'a dit quelque chose de très beau.
    Je croyais qu'elle ne le voyait pas, à l'époque, mais elle a très vite su que Tom était tombé amoureux d'elle. J'avais discuté avec Tom, à l'époque, et je lui avais dit qu'il faudrait qu'il soit très patient et que Patty ne serait peut-être pas prête à ouvrir de nouveau son cœur avant longtemps.
    Patty a rencontré Tom à peu près cinq mois après l'enterrement d'Alistair et elle m'a dit qu'elle avait vite été séduite par Tom mais qu'elle avait attendu longtemps pour de nombreuses raisons.
    La première, c'est qu'elle voulait attendre la fin de son deuil. Pour les convenances en partie mais surtout pour être sûre que son cœur soit guéri.
    La seconde raison, et elle m'a dit que c'était à ses yeux la plus importante et bien... elle a attendu de voir comment évoluaient les sentiments qu'elle avait pour lui. Un jour, elle s'était rendue compte qu'elle l'aimait différemment d'Alistair mais qu'en même temps, ce qu'elle éprouvait était plus profond, plus sincère, plus adulte aussi m'a-t-elle dit. Avec Tom, elle éprouvait quelque chose de nouveau, une sorte de paix intérieure, une confiance à l'avenir...
    Mais la chose la plus importante à retenir, ajouta-t-elle en prenant la main de son amie, c'est qu'il n'y a aucun regret, aucun ressentiment dans son cœur, ni dans celui d'Alistair. Elle a été soulagée d'apprendre ton existence même si elle est incapable de l'exprimer ainsi.
  • Merci, Candy, dit Flanny en baissant la tête. Mais je crois que j'ai peur de ce qui se passera quand ils se reverront. En fait j'ai peur de le perdre... J'ai attendu tout ce temps parce qu'au fond de moi, je craignais qu'il ne soit marié ou fiancé... Je me disais que nous verrions bien à la fin de la guerre et aujourd'hui, il m'a épousée et... je l'aime tant et j'ai si peur.
  • Je sais Flanny, dit Candy. Je sais que nous ne sommes pas dans la même situation mais...
  • Ce qu'elle veut dire, Flanny, reprit Alexandra avec un sourire chaleureux. C'est que nous avons toutes peur. A des degrés plus ou moins importants, cela dépend des jours et des situations mais nous avons toutes les trois peur de les perdre. Et tu sais pourquoi ? Albert, Terry et Alistair sont tous trois très différents mais ils ont deux choses en commun : ils sont imprévisibles et sont de vraies têtes brûlées ! Alors forcément, ça peut donner des angoisses !
    A l'opposé, Archie et Tom ont des caractères forts mais sont de nature paisible, ce sont deux hommes rassurants. Et c'est aussi ce qui plait à leurs épouses respectives.
    Pour ce qui concerne Alistair, je ne le connais pas assez mais je pense avoir deviné ce qu'il aime en toi. Tu es une femme forte, Flanny, une femme de caractère, quelqu'un qui pourra et saura le suivre dans sa vie, sans crainte des expériences et de la nouveauté qu'elles pourront apporter à vos vies. Avec toi, il sait qu'il pourra aller de l'avant.

Flanny avait relevé la tête et l'écouta avec attention. Alexandra venait de trouver les mots justes. Elle venait de mettre des mots sur ses peurs et sur une réalité qu'elle avait du mal à envisager objectivement. Elle savait qu'Alexandra pensait et croyait sincèrement ce qu'elle venait de lui dire et cela lui fit un bien fou. Pour la première fois de la journée, elle envisageait plus sereinement les heures à venir.

*****

Quant elles arrivèrent finalement à la maison Pony, Candy fut joyeusement accueillie par les enfants qui l'embrassèrent avec effusion. Quand elle réussit à se libérer, elle se jeta dans les bras de Mademoiselle Pony et Sœur Maria qui pleuraient de joie.
C'est alors qu'elle découvrit Patty et Tom sur le perron. Tom portait le petit Christopher dans ses bras. Candy et Patty se précipitèrent dans les bras l'une de l'autre et Patty éclata en sanglots.

  • Oh Candy ! Tu as été absente si longtemps ! dit-elle en sanglotant.
  • Allons, Patty, dit Candy émue. Il faut se réjouir ! La guerre est finie, tu sais... Et puis je suis là et j'aimerais bien rencontrer Christopher.
  • Viens, je vais te le présenter !

Candy et Tom s'embrassèrent chaleureusement et elle fit la connaissance du petit Christopher qui dormait dans les bras de son père.

Sœur Maria emmena déjeuner les enfants et en profita pour pouponner Abigaïl et Cristina, qui, disait-elle, ressemblait beaucoup à Candy au même âge. Surtout au niveau du caractère !

  • Tu vois bien, Candy ! dit Alexandra en riant devant les protestations de la jeune blonde.
  • Vous êtes injuste, Sœur Maria ! dit finalement Candy en riant aux éclats. En vérité, c'est Tom qui nous terrorisait !
  • Mais quelle superbe démonstration de mauvaise foi caractérisée ! s'exclama Tom en riant. Tu as peur d'être encore punie ou c'est juste pour me faire enrager ?

Ils discutèrent et rirent beaucoup puis Sœur Maria et Mademoiselle Pony emmenèrent les plus petits faire la sieste alors que les plus grands se dispersèrent dehors pour jouer.

*****

Un peu plus tôt, Terry avait quitté Chicago dans la petite Ford de Candy que lui avait confiée Georges. Albert et Alistair avaient encore plusieurs choses à régler et ils partiraient plus tard pour les rejoindre. Il prit seul la route de LaPorte mais finit par reconnaître le paysage. Après tout, il était déjà venu ici et c'était également en plein hiver. Il était maintenant proche du but mais quand il reconnut l'arbre et la colline en haut de laquelle il s'était autrefois attardée, il décida d'arrêter la voiture.
Il grimpa la colline et regarda vers la maison de Pony... contrairement à la dernière fois, elle était là-bas, il le savait. Il sortit son harmonica et commença à jouer le morceau qu'il lui réservait depuis toujours.

*****

Candy jouait dans la neige avec Jennifer et Cécile, deux petites filles de l'orphelinat qui étaient récemment arrivées. Elles terminaient un bonhomme de neige. Cécile revenait avec une carotte pour faire le nez quand elle s'exclama :

  • Vous entendez, mademoiselle Candy ? On dirait de l'harmonica, c'est joli !
  • Oh oui, c'est vrai ! ajouta Jennifer.

Candy se releva brusquement et elle entendit à son tour la douce mélodie qu'elle connaissait si bien.

  • Restez ici, les filles ! dit-elle en se tournant vers les petites. Ou plutôt non, allez dire à Sœur Maria que je suis allée chercher Terry et que je reviens, c'est d'accord ?
  • D'accord, répondirent les petites en chœur avant de se diriger vers la maison.

Après s'être assurée que les petites étaient rentrées, Candy partit en trombe en direction de la colline. Elle courrait vers sa colline et vers Terry.

"Il est là, pensa-t-elle, cette fois je l'entends. Terry est enfin à la maison de Pony avec moi !"

C'est alors qu'il la vit accourir vers lui. Même sa grossesse ne semblait pas avoir calmé son impétuosité et sa spontanéité légendaires.
Elle avait rassemblé ses cheveux indisciplinés en une longue queue de cheval qui dégageait son visage qu'il aimait tant. Il cessa de jouer et rangea son harmonica pour l'accueillir.

Il eut à peine le temps de lui ouvrir les bras qu'elle se jeta contre lui. Il la souleva de terre et la fit tournoyer autour de lui en riant de bonheur. Puis il la reposa sur le sol et prit son visage entre ses mains pour pouvoir la regarder droit dans les yeux.

  • Après ce que tu m'as raconté de ma précédente visite ici... et de la tienne ensuite... j'avais envie de te faire un cadeau, mon ange ! lui dit-il tendrement. Je sais que c'était une très courte séparation mais tu m'as tout de même manqué.

Sans même attendre sa réponse, il embrassa Candy profondément avant de plonger son visage dans son cou, s'enivrant du parfum de sa peau et de ses cheveux.

  • Toi aussi, tu m'as manqué, Terry, lui souffla-t-elle en accentuant son étreinte.
  • Je suis là, maintenant, lui dit-il en lui souriant. Je ne te laisse plus.

Il dénoua sa queue de cheval pour le plaisir de voir ses cheveux tomber en cascades de boucles blondes sur ses épaules et avoir le privilège d'y enfouir ses doigts.

  • La dernière fois que je suis venu ici, dit doucement Terry, il neigeait à gros flocons. Je voulais tellement voir cet endroit où tu avais grandi, cette colline... C'était ma façon à moi de me rapprocher de toi alors que je te croyais encore à Londres.
  • J'étais pourtant si près, lui répondit Candy en posant sa tête sur sa poitrine.
  • Tu me l'as dit, mon ange, dit Terry à son oreille. Ces derniers mois, j'ai eu du temps pour penser à tout ça et... je me suis souvent demandé ce qui se serait passé si nous nous étions rejoints ce jour là. Je me dis que c'est comme si toutes les épreuves que nous avions traversées étaient des étapes nécessaires... comme si le destin nous avait demandé d'attendre. A l'époque où j'ai quitté le collège, je pensais que si... si nous avions été plus âgés, je t'aurais emmenée avec moi. Je t'aimais tant, Candy... et ça ne s'est jamais arrêté.
    Quand tu es descendue du bateau, l'autre jour, j'ai eu l'impression de tomber encore plus amoureux de toi que je ne l'étais déjà. Et lorsque tu as posé une main sur ton ventre, j'ai pris conscience que notre avenir se conjuguait désormais au présent. Un présent pour trois et ça m'a bouleversé.
  • L'avenir nous appartient, Terry. Et nous allons écrire une belle histoire, tous les trois, j'en suis sûre.
  • Candy, avant que nous n'allions à la maison Pony, il faut que je te dise que je suis venu seul, Albert et Alistair n'avaient pas terminé et ils nous rejoindront plus tard.
  • Je l'ai compris en entendant le son de ton harmonica, mais ce n'est pas grave, ils ont encore le temps d'arriver avant le repas de ce soir.

Ils redescendirent vers la voiture, main dans la main, et Terry conduisit en souriant tout au long des quelques mètres qui les séparaient de la maison Pony.

*****

Mademoiselle Pony sortit sur le pas de la porte en entendant la voiture s'arrêter. Elle regarda Terry approcher, tenant la main de Candy dans la sienne. Elle s'approcha d'eux et les serra dans ses bras.

  • Vous voir si heureux ensemble est un immense bonheur pour moi, mes enfants, dit-elle simplement.

Il embrassa la joue de la vieille dame et entraîna les deux femmes vers l'entrée de la maison en leur donnant le bras. Il salua affectueusement tout le monde mais les enfants le regardaient avec méfiance, il était l'homme qui avait épousé Candy et à cause de lui, elle ne pourrait jamais plus être leur "chef".
Un peu plus tard, Candy, qui avait deviné leur petit manège, emmena Terry dans la cuisine en prétextant qu'elle avait besoin de son aide. Elle ferma la porte derrière eux et se pendit à son cou.

  • C'est une impression ou bien tes petits protégés me regardent bizarrement ? lui demanda-t-il alors qu'elle l'enlaçait tendrement.
  • Ils ne comprennent pas, c'est tout. Je suis partie à Los Angeles et à peine revenue, je me suis engagée. Certains d'entre eux espéraient sûrement que je reste mais ils découvrent que je suis mariée et enceinte alors... Tu es l'homme qui m'enlève à eux, voilà tout. Mais ! Car il y a un mais... je sais comment tu pourrais les séduire !
  • Dis-moi tout, ma chérie, dit-il en l'embrassant délicatement. En plus, ça me donnera l'opportunité de m'entraîner un peu !

Il lui souriait et elle fut émue de sa tendresse et de sa volonté de lui faire plaisir

  • Raconte-leur des histoires ! lui dit-elle en souriant. Se faire raconter des histoires par l'un des acteurs les plus célèbres de Broadway devrait être pour eux une belle expérience.
    Quand nous étions en Écosse, c'est à moi que tu racontais des histoires et... tu as un réel talent de conteur. En plus de celui d'être le meilleur acteur que j'aie jamais vu.
  • Des histoires de princesses et de chevaliers, tu crois que ça leur irait ? demanda-t-il doucement.
  • Je pense que ça sera parfait !

Elle l'embrassa doucement avant de retourner avec lui vers le salon. Elle proposa alors aux enfants que Terry leur raconte une histoire et ils furent bientôt subjugués par son récit.
Sa voix claire et profonde les entraina avec passion dans l'histoire qu'il racontait avec un talent certain. Même les adultes furent pris par le récit et il obtint un succès tel que les enfants le supplièrent de leur raconter une autre histoire.

  • Demain, les enfants ! dit Sœur Maria avec autorité. Il va être l'heure de manger et je voudrais que vous alliez tous faire votre toilette avant le repas ! Allez, dit-elle en tapant dans ses mains.

Les enfants lui obéirent en rechignant un peu mais ils partirent tous en direction de la salle d'eau.
C'est à ce moment-là que la voiture d'Albert et d'Alistair arriva et Alexandra partit à leur rencontre, laissant Cristina à Candy et Terry.
Les retrouvailles entre Tom et Alistair furent chaleureuses mais Candy put voir à quel point Flanny semblait pâle tandis que Patty avait les larmes aux yeux. Candy serra discrètement le bras de Flanny qui la remercia par un sourire inquiet. Alistair s'avança vers Patty et la serra contre lui tout en l'embrassant affectueusement sur les deux joues.

  • Patty ! Je suis vraiment content de te voir, lui dit-il tendrement. Tu n'as pas changé, tu sais ? ajouta t'il en riant. Toujours aussi émotive à ce que je vois !
  • Alistair ! répondit-elle d'une voix enrouée par l'émotion. Tu es vivant et c'est tout ce qui compte !
  • Alors voilà le petit Christopher, dit-il en se penchant vers le petit garçon qu'elle tenait dans ses bras. Il est magnifique ! Et on dirait qu'il profite bien, ce petit garnement !
  • C'est sûr qu'il pèse son poids, répondit-elle en regardant son fils avec fierté. Mais il sera fort comme son père, et, dieu merci, il a l'air plus hardi que sa maman !
  • Bon, et peut-on savoir où se trouve ma merveille à moi ? dit-il en se dirigeant vers Flanny qui lui souriait mais n'avait pas perdu son teint pâle. La voilà ! ajouta-t-il en volant un baiser à sa femme avant de prendre sa fille dans ses bras. Vous allez me prendre pour un sentimental mais figurez-vous qu'elle m'a manqué !

Flanny avait rougi violemment quand Alistair l'avait embrassée devant tout le monde mais ses joues avaient depuis repris leur couleur naturelle et les regards qu'ils échangèrent suffirent à la rassurer. Installés dans la grande salle, ils discutèrent tous gaiement et Alexandra se leva pour déposer Cristina dans les bras de son père.

  • Moi, je vais à la cuisine pour donner un coup de main.
  • Je t'accompagne, dit Flanny, en déposant Abigaïl dans les bras de Candy. Toi, lui dit-elle, tu ne bouges pas d'ici. Il est hors de question que l'on te voie à la cuisine.

Albert et Terry éclatèrent de rire en entendant la remarque de Flanny.

  • Dites donc, tous les deux, dit Candy en fronçant les sourcils. Je vous signale que je vous ai nourris l'un et l'autre et que vous ne vous en êtes pas toujours plaints !
  • Non c'est vrai, dit Albert en riant de plus belle, pas toujours ! Il y a des choses que tu sais faire et que tu sais même bien faire !

Elle ne put résister au fou rire général mais leur tira la langue sous les yeux de Cristina qui se mit à l'imiter en riant à son tour.

  • Tom, demanda discrètement Alistair. J'aimerais avoir une discussion avec Patty, est-ce que cela t'ennuie ?
  • Je pense que ce serait bien, en effet, dit Tom. Vas-y, Patty, je m'occupe de Christopher dit-il en prenant le petit garçon avec lui.

*****

Patty emmena Alistair dans le bureau de mademoiselle Pony et ils s'assirent en silence devant l'âtre où brûlait un bon feu.

  • Comment vas-tu Patty ? demanda-t-il en la regardant.
  • Je vais bien Alistair, répondit-elle d'une voix tremblante. Je... J'ai été... D'abord il y a eu tes funérailles et puis... finalement tu es vivant et je te revois aujourd'hui. C'est quelque chose d'assez peu ordinaire et... mais je vais bien. Je vais bien, Alistair.
  • J'aimerais savoir, lui dit-il doucement. J'aimerais savoir s'il n'y a vraiment aucune amertume dans ton cœur, aucun regret malgré les circonstances.
  • Ça ne servirait à rien, Alistair. Et puis, je suis heureuse avec Tom et nous avons un enfant et...
  • Ce n'est pas ce que je te demandais, Patty. Mais je vais commencer, alors... Tu sais que lorsque je me suis engagé, ce n'est pas toi que je quittais... J'étais bercé d'idéaux et j'ai découvert depuis à quel point ma vision des choses était totalement romantique et erronée. Mais peu importe... Je t'ai aimée, Patty, de toutes mes forces, de toute mon âme. Quand mon avion a été abattu, c'est vers toi que se sont tournées toutes mes pensées. Je te demandais pardon pour tout le mal que je t'avais causé et celui que j'allais encore occasionner en disparaissant. Pour être honnête, à cet instant-là, j'étais certain de ne pas m'en sortir vivant.
    Et puis, c'est un autre homme qui s'est réveillé dans un hôpital du nord de la France. Il paraît que j'ai du dériver longtemps avant de m'échouer sur une plage. Personne n'aurait pu imaginer que je me sortirais d'un pareil accident. J'imagine à quel point tu as du souffrir mais je ne peux rien faire qui puisse jamais changer cela. Mes souvenirs se sont éteints avec ma mémoire, ce jour-là.
    J'ai été rapatrié à l'Hôpital Américain à Paris parce que je parlais anglais et j'y ai été soigné quelques temps. Mais si mon corps a finalement guéri, je n'arrivais toujours pas à me rappeler quoi que ce soit de mon passé. La seule chose que je savais, c'est que j'avais prononcé le nom d'Anthony quand on m'a retrouvé en plein délire.
    Pourquoi Anthony ?... Je ne sais pas mais... c'est le prénom que j'ai fini par me choisir en pensant que c'était la seule chose qui me reliait à mon passé.
    Et puis, j'ai découvert que je connaissais bien les moteurs, que je conduisais bien et comme l'hôpital était aussi le siège de l'Ambulance Américaine à Paris, je me suis engagé avec eux.
    Pendant deux ans, j'ai travaillé pour une ambulance chirurgicale avec Flanny et... je suis tombé amoureux d'elle. Elle m'a toujours repoussé en prétextant que tant que je ne saurais pas si j'étais fiancé ou marié, rien ne serait possible entre nous. Alors, j'ai décidé d'attendre la fin de la guerre. Je ne pouvais pas la quitter alors que je n'avais pas la moindre piste pour essayer de retrouver mon identité véritable. Jusqu'au jour où nous avons été touchés par un obus.
    Je ne te ferai pas le détail de nos blessures mais mon visage porte suffisamment de cicatrices pour que tu t'en doutes. A mon réveil, la première fois que j'ai vu l'infirmière qui me soignait, Candy en l'occurrence, j'ai commencé à voir resurgir des images.
    Au début, ce n'était que des images fugaces et sans grande signification. Et puis, j'ai croisé son regard et j'ai compris qu'elle savait qui j'étais. Le lendemain, je l'ai suppliée de me dire comment je m'appelais et je ne lui ai plus rien redemandé pendant les jours qui ont suivi. J'avais peur, terriblement peur. Je m'étais en quelque sorte reconstruit une vie et je connaissais bien mieux Anthony que cet Alistair dont elle m'a donné le nom. Par la suite, une multitude d'images de mon enfance me sont revenues, des souvenirs de moments passés avec elle, avec Archie et Anthony.
    Et Tom aussi. Aussi étrange que cela puisse paraître, je me suis souvenu de lui avant toi.Et puis un jour... tout m'est revenu. Et ça m'a brisé le cœur. Deux fois.
    D'abord, parce que je retrouvais mes souvenirs avec toi, ensuite parce que je me suis rendu compte que j'allais perdre Flanny. Mon cœur éprouvait toujours une profonde affection pour toi mais mes sentiments avaient changé, j'avais changé. La guerre m'a changé, tout comme ces deux années passées dans la peau d'un autre.
    J'ai fini par interroger Candy et elle m'a appris que tu étais mariée et que tu attendais un enfant de Tom, le garçon avec qui mon cousin Anthony avait fait du rodéo. Le reste, tu le sais, je te l'ai écrit.
    De tous les moments que nous avons passés ensemble, je n'en regrette aucun. Rien, je ne regrette rien. Et j'avoue être persuadé aujourd'hui que toutes ces souffrances que nous avons traversées, enfin surtout toi, auront servi à faire ton bonheur, et le mien ensuite.
    C'est pour ça que je t'ai demandé si tu n'éprouvais pas de rancoeur. Pour que tu me confirmes ce que je crois être la vérité. Et puis, je voulais que tu saches que je n'éprouve aucune amertume et que je n'ai aucun regret te concernant. Je sais que tu es heureuse auprès de Tom et je sais aussi que je n'aurais jamais su te rendre aussi heureuse que lui le fait.

  • Je le sais, Alistair, dit-elle doucement. En fait, je crois que je l'ai toujours su... je veux dire, depuis que j'ai rencontré Tom. J'ai attendu longtemps avant de le laisser m'approcher mais... je savais qu'auprès de lui, je trouverais le bonheur. J'ai aussi compris que la sécurité qu'il m'apportait, la stabilité de notre quotidien m'étaient aussi nécessaires que l'air que je respire.
    Depuis que je l'ai compris, je vis rongée par la culpabilité. J'ai compris que nous n'aurions jamais pu vivre cela et je m'en voulais beaucoup. J'avais l'impression de te trahir.
    Quand j'ai appris que tu étais vivant, je me suis d'abord sentie soulagée. J'étais heureuse de te savoir en vie, tout simplement, et puis j'ai pris peur. J'ai eu peur d'avoir à te dire que... que j'étais mariée et heureuse auprès de Tom. Jusqu'à ce que je lise ta lettre.
    Je dois dire que cela m'a beaucoup apaisée de savoir que tu étais marié et très heureux de ton côté. Et puis j'ai rencontré Flanny et j'ai été heureuse de constater qu'elle t'aimait vraiment sincèrement même si je dois bien l'avouer, la situation était vraiment... bizarre.
    Maintenant, je peux te le dire. Je t'ai aimé désespérément et j'ai souffert le martyre à ta disparition. J'ai tant pleuré que j'ai failli commettre un acte irréparable mais Candy était là et elle m'a vraiment soutenue alors qu'elle-même traversait un enfer sans vouloir en parler. Et puis, tante Martha est venue et elle m'a emmenée en Floride pour m'aider et que je puisse me reposer dans un cadre qui ne me rappellerait pas à chaque instant que je t'avais perdu.
    Quand je me suis sentie mieux, j'ai voulu rejoindre Candy ici et comme tante Martha en avait également envie... d'ailleurs elle est restée ! Moi, je suis devenue institutrice et j'ai rencontré Tom. A partir de là, je crois que j'ai recommencé à aimer la vie.
  • Alors aucune amertume ? Aucun regret ? demanda Alistair doucement.
  • Non Alistair, répondit-elle avec un sourire. Je me sens juste heureuse et pour la première fois, réellement soulagée. C'est comme si un poids venait de tomber de mes épaules.
  • Tant mieux, Patty. Tu seras toujours chère à mon cœur, sois-en sûre. Je serai toujours ton plus fidèle ami et si tu as le moindre problème...
  • Merci, Alistair. Merci, vraiment.
  • Merci à toi, Patty.
  • Bon... je crois que ce serait bien si j'allais aider les autres et toi, tu devrais libérer Candy et récupérer ta fille avant qu'elle ne lui apprenne tout un tas de bêtises !

Ils sortirent de la pièce en riant joyeusement et Alistair retourna au salon pendant que Patty partait en cuisine rejoindre les autres femmes de la maisonnée.
Elle s'approcha de Flanny et lui sourit avec amitié.

  • Flanny, murmura-t-elle pour la jeune femme, nous venons de discuter Alistair et moi et... je sais que la situation est un peu étrange mais... si j'ai été heureuse de le revoir en vie, j'aimerais que vous soyez sûre qu'il n'existe aucune ambigüité entre nous. Je n'ai aucune amertume, Tom était le mari qu'il me fallait et Alistair restera toujours un ami pour moi.
  • Merci de me dire tout ça, Patty, répondit Flanny. Je sais que la situation est étrange mais voyez vous, je ne peux pas m'empêcher d'éprouver une sorte de culpabilité...
  • Si ça peut vous aider, coupa Patty avec un sourire, moi aussi je me sens coupable d'être aussi heureuse avec Tom et de n'avoir aucun regret pour mon passé, mais c'est comme ça et nous devons parait-il, nous débarrasser de ces sentiments inutiles.

Les deux jeunes femmes se sourirent et se serrèrent dans les bras l'une de l'autre sous l'œil attendri de toutes les femmes présentes en cuisine. La tante Martha versa même une larme qu'elle se hâta d'essuyer avec son tablier.

*****

LaPorte, 3 décembre 1918
Albert, Alexandra, Alistair et Flanny repartirent pour Chicago. Candy voulait rester encore deux jours pour profiter un peu de la maison où elle avait grandi. Terry la regardait s'occuper des enfants avec bonheur, il l'écoutait parler de son enfance et lui raconter ses rêves et ses errances. Elle lui parla aussi des longs moments passés à penser à lui, après leur rupture, des larmes qu'elle ne laissait couler que la nuit.
Au moment de partir, elle se sentait heureuse ; ils passeraient Noël tous ensemble et se reverraient bientôt. Sur la route de Chicago, elle fit faire un détour à Terry et l'emmena devant l'étang de Lakewood. Elle savait que sa demande l'avait contrarié et qu'il s'efforçait de cacher la jalousie qu'il éprouvait vis à vis de ses souvenirs d'Anthony. De l'endroit où ils se trouvaient, ils pouvaient voir la maison des André.

  • Terry, lui avait-elle dit, si je t'ai amené ici, c'est parce que je sais que tu t'efforces de masquer tes sentiments à propos de mon passé. Et je sais qu'être ici doit être difficile pour toi ; d'ailleurs je te remercie de ton attitude, parce que je sais ce qu'il t'en coûte.
    Je voulais justement que tu saches que tu ne dois pas craindre mes souvenirs. Parce que de tous les moments de bonheur et de souffrance que j'ai connus ici, je ne retiendrai qu'une seule chose : sans ces événements, je n'aurai jamais fait ta connaissance. Et puis, je te l'ai déjà dit... l'amour que j'ai éprouvé un jour pour Anthony était un amour de petite fille. C'est en t'aimant toi, que je suis devenue une femme. Et... si j'ai souffert en perdant Anthony, ça n'était rien à côté de ce que j'ai traversé en te perdant, toi.
  • Candy, lui répondit-il, écoute je...
  • Non, laisse-moi finir, lui dit-elle sérieusement. Je t'aime à un point que je n'aurai jamais osé imaginer. Ce que tu m'as fait éprouver est tellement plus fort, plus profond et tellement plus beau... Ce que j'ai vécu avec Anthony était un rêve d'enfant mais avec toi je suis dans la réalité et... cette réalité est bien plus exaltante que tout ce dont j'ai pu rêver.
    Te rappelles-tu cette fois en Écosse où tu m'as emmenée sur ton cheval et où tu m'as obligée à affronter ma peur, à regarder autour de moi ? La vie continue m'avais-tu dit, tu avais tellement raison, Terry. Tu es mon présent et mon avenir et je tiens à toi bien plus qu'à n'importe qui d'autre.
    Et puis, il n'y a pas que ça, tu es mon mari, le père de l'enfant que je porte et l'homme dont je suis follement et désespérément amoureuse. Je t'aime à un point qu'il n'y a pas de mots pour le dire.

Il la regarda avec intensité, bouleversé par la déclaration qu'elle venait de lui faire.

  • Candy, dit-il en lui attrapant la main. Je... je suis désolé que tu te sois rendue compte des mauvais sentiments qui m'habitent. Alors que je devrais remercier le ciel de t'avoir rencontrée, de t'avoir épousée et d'être aimé de toi chaque jour que Dieu fait. Je t'aime tant, ma chérie.

Elle lui sourit et se retourna vers le lac pour lui montrer une autre propriété que l'on distinguait au-dessus des arbres.

  • La maison là-bas, dit-elle, c'est celle des Legrand. C'est là-bas que je suis arrivée en quittant la maison de Pony. J'avais douze ans. Ils avaient laissé entendre à l'orphelinat qu'ils allaient m'adopter mais finalement j'ai appris que je n'étais là que pour servir de compagnie à Elisa.
    Comme tu le sais déjà, ça ne s'est pas bien passé du tout et je suis passée d'une mansarde poussiéreuse sous les toits à un lit dans l'écurie. Je n'étais plus que la domestique d'Elisa et de Neil. Et alors que je pensais que ça ne pouvait être pire, ils ont fait croire que j'étais une voleuse et on m'a envoyée au Mexique pour aller travailler dans une de leurs propriétés. C'est à ce moment-là que l'oncle William est intervenu et que j'ai été adoptée par les André.
    Je ne sais pas ce que je serais devenue sans Albert. Auparavant, quand j'étais chez les Legrand, j'avais l'amitié de tous les membres du personnel et Archie, Alistair et Anthony se relayaient pour essayer de m'apporter un peu de bonheur dans mon triste quotidien. Mais quand je suis partie pour le Mexique, j'ai cru que je perdais tout. Il ne me restait que des souvenirs, les souvenirs des quelques personnes que j'aimais et qui m'aimaient.
  • Comment Albert a réussi à te sortir de là ? demanda-t-il ému par les souvenirs douloureux dont elle ne lui parlait vraiment que pour la première fois.
  • En fait, il m'a fait enlever ! Ou plutôt c'est Georges qui a organisé tout ça. Seulement voilà, durant mon voyage, un shérif nous avait dit de nous méfier de bandits qui enlevaient les jeunes filles. Et puis, monsieur Garcia et moi, avons été attaqués par des voleurs mais il a réussi à nous sortir de leurs griffes. Et au moment où je nous pensais finalement sortis d'affaire, j'ai été enlevée par un homme dans une voiture.
    C'est là que j'ai vraiment pris peur... il me faisait manger, j'avais droit à un bain tous les jours et à de jolies toilettes. J'ai cru qu'il voulait me donner une bonne apparence pour me vendre plus cher. Il ne m'a jamais dit ce qui m'attendait, se contentant de m'indiquer qu'il devait seulement suivre les ordres d'un certain monsieur Georges. J'étais vraiment persuadée que Georges était un dangereux criminel et qu'il ne fallait pas qu'on m'amène à lui alors... je me suis sauvée et par je ne sais quel miracle, j'ai atterri devant la maison André, là-bas, dit-elle en souriant.
    Georges est arrivé quelques minutes après moi et c'est là qu'il m'a appris qu'il travaillait pour l'oncle William, qui avait pris la décision de m'adopter. Une douce période dans ma vie a commencé à partir de là...
    Quelques semaines plus tard, Anthony est mort dans un accident de cheval et je suis retournée à la maison de Pony pour oublier ma peine et ma souffrance.
    Et Georges est encore une fois venu me chercher pour me dire que l'oncle William avait décidé de m'envoyer faire mes études à Londres. Et j'ai embarqué sur le Mauretania, dit-elle en souriant. Le reste de l'histoire, tu la connais... J'avais le cœur gros de partir mais j'y ai fait la connaissance d'un étrange jeune homme que je n'allais pas oublier de sitôt.

Elle avait les yeux brillants en prononçant ses derniers mots et il l'embrassa avec toute l'ardeur de l'amour qu'il éprouvait pour elle. Terry se redressa pour mieux la regarder, il put lire dans les yeux de Candy le trouble intense et le désir qui l'habitaient.

  • Et si on passait la nuit à l'hôtel tous les deux, ce soir, plutôt qu'au manoir ? susurra-t-il doucement. Je ferai envoyer un mot à Albert pour le prévenir que nous les retrouverons demain ?

Elle lui sourit affectueusement et l'embrassa avec passion.

  • C'est un programme qui me paraît très attrayant, monsieur Grandchester, répondit-elle avec une moue provocante qui retourna les sangs de Terry.
  • Alors allons-y, dit-il en lui ouvrant la portière de la voiture.

Il monta à ses côtés et l'embrassa une dernière fois avant de reprendre la route. Tout en conduisant, il avait pris la main de sa femme, dont il baisa les doigts délicats et elle posa la tête sur son épaule en silence.

  • Comment te sens-tu, mon ange ? lui demanda-t-il doucement au bout de quelques kilomètres.
  • Un peu fatiguée...
  • On est presque à mi-chemin de Chicago, maintenant. Ce ne sera plus très long.
  • Monsieur mon mari, je t'aime, répondit-elle simplement.

Il serra sa main avec vigueur en réponse à la déclaration de Candy. Quelques minutes plus tard, elle dormait profondément et ne se réveilla pas de tout le trajet.
Il passa le reste du trajet à réfléchir, il repensait à tout ce qu'elle lui avait raconté de son enfance et de son adolescence. Il n'avait pas mesuré à quel point Candy avait pu connaître son lot de tourments, de souffrances avant qu'il ne la rencontre. Alors que d'autres auraient abandonné, elle avait su conserver son optimisme, sa générosité.
L'année précédente, il en avait plus appris sur Anthony... Albert lui avait dit qu'il était le fils de sa sœur et, tout comme elle, il avait traversé la vie comme une étoile filante avant de s'éteindre tragiquement. Au fond, il n'éprouvait plus de jalousie envers le jeune garçon mais l'amour que Candy lui avait porté restait une épine dans son cœur... Terry aurait voulu être le premier dans le cœur de sa femme, le premier en tout...
Sa mère lui avait dit qu'il était ridicule de penser ainsi. Elle lui avait même cité Madame de Sévigné en lui rappelant qu'il était préférable d'être le dernier dans le cœur d'une femme, et non pas le premier. Il sourit en repensant à sa réaction à l'époque car il n'avait su quoi répondre... Dans le fond, elle avait raison. Aujourd'hui, Candy était sa femme et personne ne pourrait plus rien y changer.
Une fois arrivés devant l'hôtel, il la réveilla d'un tendre baiser après avoir arrêté la voiture.

  • On est arrivés ? demanda-t-elle en ouvrant ses grands yeux verts.
  • Oui, mon ange, on est arrivés. Ça va ?
  • Oui, je me sens beaucoup mieux, répondit-elle avec sa gaieté retrouvée. Et toi, tu n'es pas trop fatigué après toute cette route ? Je suis désolée d'avoir été une si piètre compagne de voyage.
  • Là, je te retrouve ! Toujours à t'inquiéter pour les autres... Il fallait que tu te reposes, je te rappelle que tu es enceinte, mon cœur. Et puis, conduire m'a permis de calmer un peu la tension d'aujourd'hui. Au fait, je t'ai déjà dit que j'étais complétement fou de toi, madame Grandchester ?

Elle rougit de plaisir en entendant Terry l'appeler par son nom de femme mariée et l'embrassa doucement. Quelques instants plus tard, ils entraient dans l'une des plus belles suites de l'hôtel. Terry avait commandé à manger pour eux deux et fait prévenir Albert qu'ils n'arriveraient que le lendemain dans la matinée.
Il faisait vraiment très chaud dans les pièces depuis que le chauffage central avait été installé à l'hôtel et Candy trouva cela particulièrement agréable.
Elle était dans la salle de bains et Terry s'était déshabillé, ne gardant que son pantalon avant de retourner dans le salon pour se planter devant la baie vitrée. Le ciel était clair et la lune se reflétait sur le lac Michigan qui lui faisait face. C'est à ce moment qu'il entendit un bruissement soyeux sur sa gauche et se tourna pour voir Candy, qui se tenait dans l'embrasure de la porte en déshabillé de dentelle. Son cœur se mit à battre la chamade à la vision de son corps qui se devinait sous le tissu léger.

  • Candy ! murmura-t-il d'une voix rauque. Je ne vais plus pouvoir me contrôler si tu restes là... tu es en train de me rendre fou... aie pitié de moi, ajouta-t-il d'une voix sourde.

Elle ne répondit pas mais elle s'approcha et passa les bras autour de son cou, posant lascivement ses lèvres sur le torse nu de Terry. Une sorte de vertige l'avait envahie quand elle l'avait vu, seulement vêtu de son pantalon. Ce n'était pas la première fois qu'elle le voyait ainsi ni qu'elle ressentait un tel trouble mais elle mourrait d'envie d'être dans ses bras.
A son contact, Terry perdit toute contenance et attira doucement la jeune femme contre lui avant de prendre possession de sa bouche dans un baiser qui exprimait tout l'amour et l'urgence du désir qu'il avait d'elle.
Elle répondit aussitôt à son baiser, le cœur battant. Les contractions qu'elle sentait traverser son ventre et ses reins la plongeaient dans des délices de sensations sensuelles. Elle se colla à lui, en dépit de son ventre, sentant le corps de Terry qui exprimait un désir qu'elle commençait à bien connaître.
Il poussa un grognement sourd et la souleva dans ses bras pour la ramener dans sa chambre, uniquement concentré sur la chaleur du corps de sa femme contre le sien.
Il la posa délicatement sur le lit et recommença à l'embrasser. Il s'allongea à côté d'elle et posa sa main sur le ventre de la jeune femme en la regardant intensément. Il reprit les lèvres de Candy, les embrassant et les mordillant doucement. Il s'arrêta et posa sur elle un regard d'amour infini.

  • Candy, dit-il doucement. Je te veux pour moi seul et pour le reste de ma vie.
  • Terry... tu es et as toujours été le seul... Je n'appartiens qu'à toi, à toi seul...

Elle se tut et cacha son visage dans le creux de l'épaule de Terry, bouleversant le cœur du jeune homme. Il souleva son visage et baisa ses lèvres avec une grande douceur avant d'embrasser son nez et son front ; puis il se releva pour se déshabiller complètement avant de la rejoindre dans le lit.
Candy était près de lui et il recommença à embrasser ses lèvres, son cou, ses épaules ; il caressait son corps, écoutant sa respiration affolée, ses gémissements de désir. Il fit glisser les bretelles de sa chemise de dentelle et il s'enfoncèrent dans un moment d'intimité profonde avant de s'endormir épuisés dans les bras l'un de l'autre.

*****

Chicago, 6 décembre 1918
Le lendemain, Terry se réveilla tôt et sortit sans un bruit de la chambre pour laisser Candy se reposer. Il prit un bain et commanda un petit-déjeuner que le groom lui apporta quelques instants plus tard avec un mot d'Albert qu'il lut en prenant son café.


"Cher Terry,

Tu as bien fait d'emmener Candy à l'hôtel et de vous accorder un moment pour tous les deux. Il est temps que vous profitiez un peu du bonheur d'être mariés. Alexandra me faisait remarquer l'autre jour que vous vous êtes mariés il y a plus d'un an mais que vous n'avez même pas encore passé un mois ensemble.
Vous garderez la chambre jusqu'à votre départ demain, je me suis occupé de tout. Je t'expliquerai pourquoi tout-à-l'heure. Disons que le manoir est encombré de monde et puis considérez-le comme un petit cadeau de mariage tardif !
Continue à prendre soin de Candy comme tu le fais. Elle rayonne de bonheur et cela suffit à mon cœur.
Je vous embrasse tous les deux. A tout-à-l'heure !

Albert"


En fin de matinée, Candy et Terry se rendirent au manoir des André où ils étaient attendus pour déjeuner. Candy avait parue intriguée par le mot d'Albert mais elle eut tôt fait d'oublier ses interrogations dans les bras de son mari.

*****

Albert était dans son bureau quand ils arrivèrent et il les observa depuis la fenêtre. Il vit Terry contourner la voiture et se précipiter pour aider Candy à descendre. En vérité, elle n'avait besoin d'aucune aide mais leurs gestes reflétaient l'amour profond qu'ils se portaient. Ils profitèrent d'un dernier moment de solitude pour échanger une dernière étreinte et un baiser qui en disait long sur leur profonde complicité.

Puis il vit Annie, Flanny, Alexandra et Alistair venir à leur rencontre, les trois jeunes femmes se saluèrent avec affection alors que Terry et Alistair portaient un regard attendri sur elles. Albert se décida à les rejoindre, il avait des nouvelles désagréables à leur annoncer mais il craignait davantage la réaction de Terry que celle de Candy.

Quand il les rejoint, ils entraient dans le vestibule. Il regarda Alexandra qui lui fit un léger signe de tête pour lui indiquer qu'ils ne savaient toujours pas.
Terry avait la main sur la taille de Candy et Annie leur racontait les dernières frasques d'Adrian.

  • Albert ! s'écria Candy quand elle le vit. Tu te décides enfin à venir nous saluer !

Il s'approcha d'eux et prit Candy dans ses bras pour l'embrasser tendrement avant de donner une franche accolade à Terry.

  • Suivez-moi dans le salon, je dois vous parler, dit Albert avec un sourire.

Alexandra s'était approchée de lui et le tenait par la taille avec tendresse. Annie s'éclipsa en prétextant qu'elle devait aller voir Adrian et Claire ; suivie d'Alistair et Flanny qui voulaient voir Abigaïl.

  • Archie n'est pas là ? demanda Candy en entrant dans le petit salon qu'Albert et elle affectionnaient quand ils habitaient tous les deux au manoir.
  • Il était au bureau, ce matin, mais il ne devrait plus tarder, répondit simplement Albert. Mais asseyez-vous, ajouta-t-il en prenant place dans l'un des canapés.
  • J'ai fait de la citronnade, dit Alexandra, cela intéresse-t-il quelqu'un ?

Ils acquiescèrent avec grand plaisir et elle sortit en direction de l'office.

  • Elle a l'air de s'adapter bien mieux que moi à ce... à cette maison beaucoup trop grande, dit Candy avec un doux sourire à l'attention d'Albert.
  • Tu sais bien qu'elle est parfaite, répondit Albert avec un clin d'œil, même si depuis hier elle a eu un peu de fil à retordre. Mais Annie prend les choses en main avec une efficacité redoutable.
  • Comment cela ? demanda Candy avec un froncement de sourcil.
  • La tante Elroy est arrivée hier pour passer quelques jours ici, dit Albert en regardant Candy.

Terry, qui était resté silencieux jusque là, passa son bras autour des épaules de Candy et regarda Albert.

  • N'est-ce pas cette même tante dont j'ai entendu parler à Londres et qui était si aimable et chaleureuse avec Candy ? dit il d'un ton sarcastique avec un léger rictus et un cynisme certain.

Albert remarqua immédiatement le changement d'attitude de Terry. Au fond, il était ravi par sa réaction vis à vis de Candy. Le simple fait de savoir que sa femme puisse être ennuyée par qui que ce soit réveillait en Terry son instinct de mâle protecteur.
Terry était un être bon et doux, ayant un grand sens de l'honneur mais il détestait l'injustice. Et s'il était doté d'un caractère ombrageux et orgueilleux, c'est parce qu'il avait grandi dans un univers hostile, il en avait d'ailleurs gardé un sens acéré de la répartie cinglante.
Il ne laisserait personne gâcher la journée de Candy, et encore moins lui gâcher la vie. Albert était certain qu'il ne laisserait plus jamais personne lui faire du mal.

  • C'est tout-à-fait exact ! répondit Albert en regardant Terry droit dans les yeux. Elle avait une requête particulière à me présenter et elle n'est pas venue seule.
  • Comment cela ? dit doucement Candy. Je croyais qu'elle était toujours dans sa propriété de Charleston qu'elle ne quittait presque plus ?
  • Candy, commença Albert, te rappelles-tu de la conversation que nous avons eu dans le parc quand je t'apprenais à conduire ?
  • A propos du danger des automobiles ? demanda Candy.
  • Oui, c'est bien ça. Mais avant, je vais faire un aparté... Je ne sais pas si je te l'avais déjà raconté mais cela concerne l'histoire de la famille. Quand la grand-tante Elroy s'est mariée, son mari était déjà veuf et avait une fille de son premier mariage qui s'appelait Sarah. Elle est donc devenue un membre de la famille André. Sarah n'était pas très proche de ses cousins et, étant le petit dernier, je ne l'ai pas beaucoup connue non plus. Elle s'est mariée alors que j'étais encore un enfant et elle est devenue Sarah Legrand.

En entendant Albert prononcer le nom des Legrand, le regard de Terry se durcit et Albert vit sa mâchoire se contracter. Pendant qu'Albert parlait, Alexandra était revenue avec la citronnade et elle leur servit un verre à tous, avant de venir s'asseoir auprès de son mari.

  • La mère d'Elisa et Neil est donc ma cousine par alliance, poursuivit Albert. Mais j'en viens au fait, ils ont eu un grave accident de voiture en Floride il y a trois semaines et je ne l'ai su que dernièrement. Neil conduisait et la voiture est sortie de la route. Je n'ai pas demandé les détails mais c'était très grave. Sarah et son mari sont morts dans l'accident ; quant à Neil, il a eu la colonne vertébrale brisée et il restera paralysé jusqu'à la fin de sa vie.
  • Mon Dieu mais c'est horrible ! Et Elisa, comment va-t-elle ? demanda Candy inquiète.

Albert vit Terry lever un sourcil surpris en entendant la question de Candy.

  • Elisa va bien, elle n'était pas avec eux, répondit Albert. Cependant, ce n'est pas tout... il y a quelques mois de cela, Archie et moi avons pris la décision de nous désengager des affaires Legrand après avoir constaté un certain nombre d'erreurs de gestion et... surtout, parce que nous nous sommes aperçus que le comportement de Neil était inconséquent.
    Il aurait fini par mener son père à la faillite. Mais, passons... Le père de Neil a fait des placements risqués et il a perdu une grande partie de sa fortune personnelle, ce qui fait qu'aujourd'hui, ils sont pratiquement ruinés.
  • Albert, dit doucement Candy, je ne sais pas trop où tu veux en venir, mais nous devons les aider. Après tout, ils font partie de la famille.

Terry s'était brusquement levé et arpentait la pièce d'un air furieux.

  • Nom de Dieu, Candy, s'exclama-t-il, ces gens ont passé leur temps à te pourrir la vie, et à pourrir la mienne par la même occasion et tu trouves encore le moyen d'avoir pitié d'eux ! Ne le prenez pas mal, Albert, je sais que vous êtes le chef de la famille André et que vous avez des obligations vis à vis d'eux mais...
  • Terry ! le coupa Candy en se levant pour le rejoindre. Terry, s'il te plait, calme-toi et regarde-moi ! ajouta-t-elle en lui prenant les épaules.

Albert les observait avec intérêt. Candy était en fait sa meilleure arme, elle seule avait le pouvoir de le calmer. Il prit la main d'Alexandra qui serra la sienne en réponse avec un tendre regard.
Terry regarda finalement Candy et Albert eut l'impression que son regard s'adoucissait. Elle avait pris le visage de son mari dans ses mains pour l'obliger à ne pas la quitter des yeux.

  • Terry, écoute-moi, Elisa et Neil... Ils ont le cœur perverti par l'envie et la jalousie et cela rend leur vie misérable. Tellement misérable qu'ils ne peuvent que se raccrocher à un système de valeurs complètement dépassé, mais qui les rassure. Et parce que je sais où tu as grandi, je sais que tu es la personne la plus à même de comprendre de quelles valeurs je parle. Je ne te demande pas de les accepter, encore moins de les aimer, mais d'avoir pitié d'eux. Je comprends ton ressentiment à leur égard mais ils ne le méritent même pas. Je te demande juste de les ignorer, tout simplement.
    Terry, nous sommes plus forts que tout ça, parce que nous sommes ensemble. S'il te plaît, ne te mets pas en colère, ça n'en vaut vraiment pas la peine. Et qui plus est, nous rentrons chez nous demain alors tu n'auras même pas à les supporter très longtemps. Juste un repas...

Terry semblait lutter ardemment contre lui-même, il luttait pour Candy. Par amour pour elle, il semblait prêt à tant de choses, tant d'efforts qu'Albert et Alexandra en furent remués. Candy et Terry se regardaient toujours et Candy lâcha le visage de son mari pour caresser et écarter les mèches brunes qui tombaient sur son front.

  • Candy, dit finalement Terry d'un ton radouci. Je suis prêt à faire tous les efforts que tu me demanderas mais à une seule condition : je ne supporterai aucune, tu m'entends, je dis bien aucune agression envers toi. Ni agression, ni remarque désobligeante, rien !
  • Merci, Terry, dit-elle en se dressant sur la pointe des pieds pour l'embrasser. Merci, mon amour.
  • Terry, écoute bien ce que je vais te dire, dit Albert. Depuis que j'ai repris ma place en tant que chef de cette famille, plus personne ne s'est permis quoi que ce soit de désobligeant envers Candy. Et il n'est pas question non plus que je les laisse faire aujourd'hui.
  • Bien, alors nous sommes tous d'accord, dit Candy. Je n'avais pas prévu qu'Elroy, Elisa et Neil seraient présents mais nous ferons avec. Viens avec moi, Alexandra, allons voir si Annie a besoin d'un coup de main.
  • Je te suis, dit Alexandra.

Elles sortirent en laissant les deux hommes dans la pièce.

  • C'est plus fort qu'elle, maugréa Terry. Elle ne peut pas s'en empêcher !
  • Tu sais ce que disent toutes les personnes qui la connaissent depuis l'enfance ? dit Albert en souriant. Elle ne changera jamais !

Terry regarda Albert et sourit à son tour.

  • Et c'est bien pour ça qu'on l'aime, ajouta Terry.
  • C'est une belle âme, surenchérit Albert, elle est profondément sincère et généreuse. Et tout ce qu'elle a pu endurer dans sa vie n'aura fait qu'accroître cette générosité. Elle ne peut pas supporter de voir quelqu'un dans la peine ou la souffrance quand elle a les moyens d'y remédier.
  • Je le sais bien, Albert.

Il avait le regard perdu dans le vide et Albert posa une main sur son épaule.

  • Je suis désolé d'avoir été si virulent, Albert, dit Terry. Hier elle m'a parlé de son enfance là-bas et... il y a quelques temps de cela, elle m'avait raconté la dernière frasque d'Elisa à Londres, juste après mon départ. Quand je pense que cette pimbêche s'est permis de mêler mon père à tout ça ! Et une fois de plus, c'est Candy qui a du se justifier... ça me met en rage !
  • Tu veux le fin mot de cette histoire, Terry ? dit Albert avec un sourire.
  • Parce qu'il y a autre chose ? demanda Terry avec un air mauvais.
  • C'est Georges qui m'a appris tout cela à l'époque... Elisa avait envoyé une lettre anonyme à ton père, mais Candy, sans le savoir, a permis à la mère supérieure de le découvrir. 
    Ce n'est que plus tard qu'elle a fini par comprendre qu'elle s'était trompée à propos de Candy et toi. Elisa a été sévèrement punie pour cela mais la dernière action de Candy, avant de quitter le collège, a été de faire lever cette punition.

Terry secoua la tête et se tourna vers Albert avec un sourire.

  • Elle ne changera donc jamais !

Ils éclatèrent de rire ensemble et Albert passa son bras sur l'épaule de Terry en un geste fraternel.

  • Mais... dis-moi, Albert, tu ne nous as pas dit, tout-à-l'heure, dans quel état d'esprit se trouvent Neil et Elisa vis à vis de tout ça ?
  • Ah ! Alors... Neil était un idiot et ça n'a pas changé mais il est... comment dire ? Abattu et déprimé. Quant à Elisa, elle est enfermée dans son mépris. Et puis hier, je leur ai annoncé que Candy était rentrée d'Europe avec Alistair. Je leur ai annoncé votre mariage à Paris et ils savent que je veux lui faire la surprise de fêter son anniversaire ici, aujourd'hui, car j'ai manqué les deux derniers.
    Ils ont salement accusé le coup, tu sais. Je ne sais même pas si nous les verrons très longtemps aujourd'hui. Oh, ils assisteront au repas pour ne pas me froisser mais les choses ont changé.
  • Je le souhaite, Albert, je le souhaite vraiment.
  • Mais, dis-moi... dit Albert avec un sourire en coin. Je me suis fait des illusions ou bien Candy est de plus en plus resplendissante ? Je ne sais pas comment tu fais mais... elle m'a parue bien plus épanouie qu'il y a deux jours.
  • C'est malin ! dit Terry en regardant Albert avec un grand sourire. Si tu veux tout savoir, c'est moi qui suis bien plus épanoui que je ne l'ai jamais été. Quant à Candy, et bien... elle est sublime, merveilleuse, adorable mais ça n'est pas nouveau.
  • Terry, dit Albert en serrant son ami par l'épaule, je l'ai vue très souvent avant son départ pour l'Europe. En fait, je la voyais tous les jours à Los Angeles. T'avoir épousé l'a changée, elle a vraiment l'air très heureuse. Toi aussi et... rien ne pouvait me faire plus plaisir. Pour vous deux.
  • Merci, Albert. En vérité... Candy a été et reste la chance de ma vie, dit Terry d'un air pensif.

La porte s'ouvrit doucement et ils virent apparaître Candy, les sourcils froncés.
  • Dites donc, tous les deux, vous comptez rester ici longtemps. Je vous signale qu'Archie est arrivé et qu'on vous attend. D'ailleurs, Albert, tu devrais aller chercher Elroy, Elisa et Neil.
  • D'accord, d'accord, j'y vais ! lui dit Albert. Ne te fâche pas !
  • Toi, tu vas arrêter de fréquenter Terry, lui dit-elle les deux poings sur les hanches. Tu es en train de devenir aussi taquin et moqueur que lui ! Allez, file !
  • Bien, chef ! dit-il en passant en riant près de Candy qui lui tira la langue.

Terry s'approcha d'elle et ferma vivement la porte pour empêcher Candy de sortir.
  • Viens par là, toi, dit-il en attrapant sa femme par la taille. Il paraît que tu as l'air resplendissante et que c'est de ma faute !
  • C'est forcément de ta faute, dit-elle en passant ses bras autour de son cou. Tu me rends heureuse nuit et jour, alors ça devait forcément finir par se voir ! Et je ne parle pas seulement de mon ventre !

Il embrassa fougueusement Candy qui lui rendit son baiser avec ardeur.
  • Je t'aime, Candy, lui murmura-t-il à l'oreille. Je t'aime à la folie. C'est si bon de t'avoir avec moi.
  • Moi aussi, Terry, dit-elle en se blottissant contre lui. Je t'aime, je t'aime, je t'aime.
  • Tu es prête à les affronter, dit-il en la regardant dans les yeux.
  • Avec toi à mes côtés, je peux tout affronter, répondit-elle avec un merveilleux sourire.
  • Alors, allons-y mon cœur, dit-il en l'entraînant par la taille. Prépare-toi à me trouver très démonstratif et très amoureux, je meurs d'envie de rendre quelqu'un jaloux, aujourd'hui.
  • Terry ! s'exclama-t-elle. Ça n'est pas très gentil mais...
  • Mais ? lui demanda-t-il avec un sourire en coin, tout en resserrant son bras autour de sa taille.
  • Disons que c'est la seule méchanceté que je t'autorise aujourd'hui.

Ils quittèrent la pièce en riant et se dirigèrent vers le jardin d'hiver où avait été dressée la table du déjeuner et Terry profita d'un moment de tranquillité avec Archie pour discuter avec lui.
  • Archie, dit Terry doucement, nous n'avons pas souvent eu l'occasion de discuter seul à seul et je voudrais te demander quelque chose en ces temps où nos souvenirs de jeunesse sont souvent évoqués. A-t-on définitivement enterré la hache de guerre, Archie ?
  • Évidemment, Terry, répondit Archie. D'abord, nous étions beaucoup plus jeunes à l'époque et... même si j'avoue t'avoir maudit quand je voyais Candy si malheureuse, cette période est désormais révolue, dit Archie avec un sourire pensif.
  • Tu l'aimais, n'est-ce pas ? demanda Terry à voix basse.
  • Je l'ai cru pendant longtemps mais... elle ne m'a jamais regardé comme ça... ni moi, ni Alistair d'ailleurs. Mais lui l'avait compris bien plus vite que moi et... et après, il y a eu Annie et les choses ont changé, c'est tout.
    Mais... en vérité, j'ai cessé de te haïr quand Albert m'a expliqué tous les tenants et les aboutissants de la situation. Quand nous nous sommes revus à Chicago pour la représentation de Coriolan, ce que tu nous as dit à Annie et moi m'a permis de prendre conscience de bien des choses, tu sais.

Terry regarda Archie intensément et lui tendit la main pour sceller définitivement leur nouvelle amitié.

*****

Pendant ce temps, Albert était allé rejoindre la Tante Elroy dans son petit salon, où elle se trouvait en compagnie d'Elisa et de Neil. Il frappa à la porte et attendit l'invitation de sa tante pour entrer.

  • Bonjour, Albert, dit Elroy, tu te décides enfin à venir nous voir.
  • Ma tante, ne commencez pas ! répondit Albert d'un ton un peu sec. C'est vous qui avez pris la décision de vous isoler dans ce salon. Je passais juste vous dire que nous n'attendions plus que vous trois pour déjeuner.
  • Tout le monde est là ? demanda Elisa d'un ton aigre.
  • Oui, répondit Albert sévèrement. A ce propos, je voulais vous prévenir, et je m'adresse à chacun d'entre vous ! La famille a traversé des circonstances dramatiques ces derniers mois. Mais aujourd'hui nous sommes réunis pour le retour d'Alistair et de Candy. C'est un jour de fête en leur honneur et je n'admettrai aucune réflexion désobligeante envers l'un ou l'autre. Vous m'avez bien compris ? J'ai dit aucune ! Ai-je été suffisamment clair ?
  • Mais bien sûr, Albert, répondit Elroy. Il n'était pas question d'être désagréable avec Candy ou Alistair, tu le sais bien.
  • Merci ma tante, répondit Albert. Elisa ? Neil ? C'est surtout de votre part que j'attends une réponse.
  • C'est entendu, dirent-ils en chœur.
  • Bien. Elisa, dit alors Albert, tu accompagneras ton frère. Ma tante, vous venez ? ajouta-t-il en se tournant vers Elroy et en lui offrant son bras.

Quand ils arrivèrent au jardin d'hiver, ils croisèrent la nourrice des enfants qui ramenait Claire dans sa chambre. Annie, Flanny et Alexandra devisaient joyeusement assises sur l'un des sofa qui longeaient la pièce. Debout dans l'un des angles de la pièce, Terry, qui tenait Candy par la taille, paraissait échanger quelques souvenirs avec Archie et Alistair.
Ils se tournèrent tous vers les nouveaux arrivants à leur entrée dans la pièce. Archie se dirigea vers eux et salua la tante Elroy qu'il n'avait pas encore vue.

  • Bonjour, ma tante, dit Archie en s'inclinant vers elle. Je suis ravi que vous vous joigniez à nous, aujourd'hui. Bonjour Elisa, Neil... ajouta-t-il en se tournant vers ses cousins. Comment vous sentez-vous aujourd'hui ?
  • Aussi bien que possible, merci Archie, dit Neil d'un ton plaintif.

Terry, qui n'avait pas lâché Candy, s'approcha à son tour d'Albert.
  • Ma tante, dit alors Albert en adressant un clin d'œil à Terry, permettez-moi de vous présenter Terrence Grandchester, qui a épousé Candy. Son nom vous est peut-être familier, il est le fils du duc de Grandchester que vous avez pu rencontrer lors de l'un de vos voyages à Londres. Terrence, je vous présente ma tante, Elroy Cornwell.
  • Mes hommages, Madame, dit Terry en s'inclinant vers la grand-tante Elroy.

Albert manqua éclater de rire en entendant l'accent très britannique qu'avait volontairement pris Terry pour s'adresser à Elroy.

  • En effet, ajouta-t-elle, il me semble avoir déjà rencontré votre père. Mais c'était il y a vraiment très longtemps. Vous lui transmettrez mes salutations.

Puis, elle jeta un regard à Candy, tout en la détaillant des pieds à la tête.

  • Bonjour, tante Elroy, dit cette dernière avec un sourire désarmant de gentillesse.
  • Bonjour Candice...
  • Permettez-moi, ajouta Terry en prenant les devants, de vous présenter, en notre nom à tous deux, toutes nos condoléances pour le deuil qui vous a récemment frappé. Elisa, Neil, ajouta-t-il en se tournant vers les intéressés, Candy et moi avons été désolés d'apprendre le malheur qui vous a touchés et nous vous présentons également nos plus sincères condoléances.
  • En notre nom à tous trois, dit Elroy, je vous remercie. Vous connaissez Elisa et Neil, Terrence ?
  • Nous nous sommes tous connus au Collège Royal de Saint-Paul à Londres, lui répondit Terry avec son plus élégant accent aristocratique.

Pendant que Terry et Elroy discutaient, Albert et Candy avaient échangé un regard amusé. Tous deux avaient bien entendu remarqué le manège de Terry, initié par Albert. Ils évitaient maintenant de se regarder pour ne pas éclater de rire.

  • Alors, asseyons-nous, dit Elroy en prenant place à une extrémité de la grande table ovale, faisant face à Albert qui occupait la place réservée au chef de famille. Elisa, Neil, ajouta-t-elle, vous prendrez place à côté de moi.

Albert prit sa place en bout de table, Cassandra, Archibald et Annie étaient à sa gauche, tandis que Flanny, Alistair, Candy et Terry prenaient place à sa droite.
Terry se trouva donc assis à côté d'Elisa qui ne disait mot depuis son entrée dans la pièce.

  • Je suis ravie de te revoir, Terry. Poursuis-tu toujours ta carrière à Broadway, demanda-t-elle sciemment, ce qui fit lever un sourcil à la tante Elroy.
  • Avec tout le succès et la renommée qu'il mérite, coupa Albert un peu sèchement. Mais nous sommes là pour tout autre chose et, avant de commencer ce repas, je voudrais, au nom de toutes les personnes ici présentes, souhaiter à Candy et Alistair un bon retour parmi nous.

Le repas se passa dans une atmosphère joyeuse et détendue qui finit même par déteindre sur la tante Elroy.
Seuls Elisa et Neil restèrent silencieux. Neil étouffait de jalousie en observant les attentions de Terry pour Candy qui rayonnait de bonheur. Qui plus est, il la trouvait considérablement changée depuis la dernière fois qu'il l'avait vue, quatre ans auparavant. Son visage avait perdu ses rondeurs adolescentes pour gagner en charme et en féminité, de même que sa silhouette, même si elle était enceinte. Il était dévoré par l'envie mais Candy lui avait à peine accordé un regard et la pitié qu'il y avait lue l'avait complètement démoralisé.

Quant à Elisa, elle enrageait intérieurement, mais Albert les avait réduit au silence et comme lui et la tante Elroy restaient les seules personnes susceptibles de lui assurer la vie de luxe qu'elle estimait mériter, elle se devait de rester sur ses gardes. Elle se contenta donc de faire bonne figure malgré la haine qui lui dévorait l'âme et malgré la jalousie qu'elle éprouvait de savoir Candy mariée à Terry. Après le repas, elle emmena rapidement Neil dans les appartements qu'ils habitaient au sein du manoir.

Au moment où Elroy se leva pour aller se reposer, comme elle le faisait désormais chaque après-midi, Albert se décida à lui parler.

  • Ma tante, dit Albert, avant que vous ne preniez congé, je voulais vous informer que les dispositions prises par monsieur Legrand dans son testament seront respectées. Par ailleurs, à la demande de Candy, j'ai décidé d'augmenter substantiellement le fonds que je dois gérer pour Elisa et Daniel et leurs revenus en seront donc majorés, ce qui devrait les laisser dans une situation plus que confortable et garantir leur avenir.
  • Merci Albert, dit la tante Elroy en regardant Candy, et merci à vous Candice, c'est très généreux.

Elle se leva alors pour prendre congé.

  • Je me retire, mes enfants, dit-elle. Je repartirai demain pour ma résidence de Charleston et, dans un premier temps, Elisa et Neil m'accompagneront.
  • Je n'y vois aucun inconvénient, dit Albert avec un sourire. Comme je vous l'ai dit précédemment, ma famille et moi repartons bientôt pour Los Angeles.
  • Bien dit-elle laconiquement en quittant la pièce. Alors, à plus tard !

Ils attendirent qu'elle ait quitté la pièce et se regardèrent tous avec un certain soulagement.

  • Albert, tu as un peu exagéré, dit Terry avec malice. Je ne suis pas sûr que la façon dont tu m'as présenté à ta tante tout-à-l'heure aurait beaucoup plus à mon père !
  • Dis-donc, s'exclama Albert, tu n'as pas fait beaucoup de difficultés pour rentrer dans le jeu. Et je ne ferai aucun commentaire sur ton petit numéro d'aristocrate britannique. Non, sincèrement, bravo ! Pour ce qui est du jeu d'acteur, tu maîtrises complètement ton art ! ajouta-t-il avec un sourire.

Ils éclatèrent tous de rire à l'évocation du numéro qu'avait joué Terry et de son accent durant tout le repas.

  • Ce n'est pas tout ça, mais nous avons une surprise pour toi, Candy, dit Annie un peu plus sérieusement. Tu es partie avant que nous n'ayons eu le temps de te donner nos cadeaux d'anniversaire alors...
    Je sais que la date n'est pas la bonne mais bon... on n'allait pas garder tout ça dans nos placards un an de plus, c'est ridicule. Alistair, nous n'avons rien pour toi aujourd'hui mais comme tu as déjà eu droit à ta petite cérémonie hier !
  • J'en mériterais deux ! dit-il en riant. A propos Candy, comme on ne voulait pas être les seuls à ne rien t'offrir, on a rajouté un petit quelque chose mais ce n'est qu'un petit rien du tout !...

Mary, qui avait servi tout le repas, entra alors avec un énorme gâteau couvert de bougies, suivie par son mari Denis, le majordome, qui apportait le café. Ils déposèrent tout sur la table avant de sortir et de revenir avec une pile de cadeaux qu'ils déposèrent en bout de table, arrachant une exclamation de surprise à Candy.

Archie et Annie lui avaient offert un élégant ensemble de linge de maison, délicatement brodé par les mains d'Annie ainsi qu'un flacon de parfum "d'Eau Impériale" de Guerlain.
Quand elle trouva le cadre que lui offraient Alistair et Flanny, elle fut émue de découvrir une photo de tout leur petit groupe, le jour de leur mariage. Elle ne se souvenait même pas avoir été prise en photo.

  • Tu me montres ce que j'ai manqué ? demanda Albert en la serrant contre lui avec émotion.
  • Tu n'as rien manqué, dit-elle les larmes aux yeux. Parce que tu étais là, ajouta-t-elle en fermant le poing sur son cœur. Et puis tu as tellement fait pour que ça arrive... mon congé, les papiers pour l'ambassade que... tu étais plus présent que n'importe qui !
  • Je t'aime, petite sœur, dit-il. Alors joyeux dix-neuf ans, joyeux vingt ans et félicitations !
  • Merci Albert, dit-elle en plongeant son regard dans le sien. Merci, merci, merci ! ajouta-t-elle en se serrant contre lui.
  • Maintenant ouvre le reste ! dit-il avec un sourire embué de larmes.

Alexandra la bouleversa en lui offrant une magnifique aquarelle de leur maison à Los Angeles, qu'elle avait réalisée elle-même.

  • Pour que tu aies envie d'y revenir très souvent, lui dit-elle en souriant.

Quant à Albert, il lui tendit une simple enveloppe contenant deux billets aller-retour New-York - Los Angeles ainsi qu'un grand document officiel.

  • Ça, c'est pour que tu viennes vraiment, lui dit-il avec un immense sourire. Et ce document est un titre de propriété. J'ai fait mettre à ton nom la maison que nous habitions à Los Angeles. Comme ça Terry et toi aurez une résidence là-bas et vous aurez ainsi un bon prétexte pour venir souvent.
  • Albert, dit-elle les larmes aux yeux en se jetant dans ses bras. Merci. Tu me manqueras, tu sais. Tu me manques toujours, de toute façon !
  • Allons ! lui dit-il, tu sais bien que je ne suis jamais très loin ! Et puis maintenant, Terry est avec toi. Quant à cette maison, je sais que tu t'y sentais bien, vous y serez chez vous... Mais il te reste deux paquets à ouvrir, jeune fille et je suis curieux de savoir ce que c'est.

Elle regarda Terry en fronçant les sourcils, intriguée par les deux paquets.

  • C'est toi ? demanda-t-elle en s'approchant de son mari.
  • Ouvre, tu verras bien, lui dit-il avec nonchalance sans la quitter des yeux.

Le plus grand paquet contenait une magnifique robe émeraude de chez Lanvin, offerte par Éléonore avec un petit mot.

"Très chère Candy,
Tu m'as offert une fille merveilleuse et grâce à toi, je serai bientôt grand-mère, je te remercie simplement de nous rendre heureux mon fils et moi.
Éléonore"


Les larmes coulaient à flots des yeux de Candy quand elle ouvrit son dernier cadeau. Elle découvrit un écrin qui contenait une somptueuse parure d'émeraudes comprenant un collier ainsi qu'une paire de boucles d'oreilles assorties avec un mot de Terry.


"Mon amour,
Je ne pouvais t'offrir mon cœur, il t'appartient depuis toujours. Quant à ces quelques pierres, j'ai pensé qu'elles iraient très bien avec ta bague de fiançailles. Elles sont bien moins belles que tes yeux et tu vaux mille fois plus qu'elles mais elles t'iront à ravir, j'en suis sûr.
Terry"


Elle se tourna vers Terry et se jeta dans ses bras qui l'accueillirent avec une extrême tendresse.

  • Merci à tous, dit Candy en se tournant vers les membres de sa famille, vous m'avez merveilleusement et beaucoup trop gâtée.
  • Et si nous mangions ce gâteau qui se meurt d'ennui tout seul sur la table ? dit soudain Annie, arrachant des rires à toute l'assemblée.
  • Vous repartez toujours demain pour New-York ? demanda Alexandra à Terry.
  • Oui, dit Terry, le train part tôt demain matin. J'espère que vous nous rendrez tous visite là-bas.
  • Pour la première de ta prochaine pièce, par exemple ! dit Albert avec un sourire.
  • Et bien alors, ce sera l'année prochaine ! dit-il en riant.
  • Tu sais déjà quelle pièce ce sera ? demanda Archie
  • Robert hésitait entre Henry VIII et Macbeth, dit Terry. Toujours de Shakespeare, bien sûr, mais à ce rythme-là, il lui faudra bientôt envisager de changer d'auteur ! ajouta-t-il avec un sourire.
  • Vous commencez les répétitions bientôt ? demanda Alexandra.
  • Non, je veux attendre que Candy et le bébé soient de retour à la maison avant de recommencer à travailler.
  • C'est vraiment très attentionné de ta part, remarqua Annie.
  • J'ai surtout très envie de passer du temps avec ma femme, enfin, répondit doucement Terry.

Albert vit le regard interrogateur et inquiet que Candy jeta à Terry. Il savait qu'elle ne voulait pas qu'il mette de côté sa carrière à cause d'elle et il décida de couper court à la conversation avant qu'elle ne parle.

  • Compte sur nous pour y assister en tout cas. Et sinon, est-ce qu'une ballade dans le parc tenterait quelqu'un ? J'aurais bien dit... à cheval, mais je ne pense pas que ce soit très recommandé pour Candy, demanda Albert en finissant son gâteau.
  • Exact, dit Flanny. Elle risquerait une chute, et ça n'est pas une très bonne chose.
  • Ne vous privez pas pour moi, dit alors Candy.
  • Oui, mais je n'ai pas envie de me passer de ta présence, objecta Albert, et puis marcher nous fera du bien à tous et nous aidera à digérer !
  • J'aurais quand même bien fait une ballade à cheval, rétorqua Candy.
  • Candy ! la gronda Flanny. Si tu tiens à ton bébé, tu n'en feras rien !
  • Arrête de me gronder, Flanny, répondit-elle en riant, je sais parfaitement qu'il n'est pas sérieux que je monte sur le dos d'un cheval, je me contentais juste de rêver tout haut !
  • Rêve, alors, ça tu en as le droit ! répondit Flanny en riant.

Hormis Annie, qui prétexta qu'Adrian avait besoin d'elle, et Archie qui avait du travail, ils partirent tous se balader dans le jardin de l'immense propriété des André.

  • Tu m'as étonné, tout-à-l'heure, dit Terry à Candy au bout de quelques pas. Je ne pensais pas que tu avais finalement pris goût au fait de monter à cheval, jolie Tâches de Son.
  • C'est toi qui m'a guérie, tu ne t'en rappelles vraiment pas ? Je pensais pourtant que si ! dit-elle avec un sourire charmeur et provocant avant de lui échapper pour s'élancer à la poursuite d'Albert qui se dirigeait vers le lac avec Alexandra suivis d'Alistair et de Flanny.

Terry resta un instant interdit avant de la suivre.

"Si je me rappelle ? pensa-t-il en la suivant du regard. Candy, tu m'avais tellement envoûté que j'étais dévoré de jalousie. Tu ne cessais de parler de lui, alors que je voulais être le seul à occuper ton esprit et ton cœur. Je n'ai pas été très tendre avec toi ce jour-là... pourtant tu ne m'en as jamais voulu...
Et je n'oublierai jamais le goût de tes lèvres lors de notre premier baiser, quelques jours plus tard. Cette sensation électrisante et bouleversante dont le souvenir n'a ensuite jamais cessé de me hanter. Et puis tu m'as giflé... je t'en ai voulu, je me suis senti blessé par ton rejet. Mais je ne pensais qu'à moi, à ma frustration, à mon désir de toi...
Après notre mariage, tu m'as finalement appris que c'est ce jour-là que j'aurais du essayer de t'embrasser ! Que ce jour-là, tu me désirais, toi aussi... cette simple idée me rend fou... Et voilà maintenant que tu recommences à me provoquer et à m'échauffer les sangs et les sens... Candy, tu es vraiment diabolique, mon ange ! C'est tout-à-fait toi ça : un ange diabolique !"

Ils s'arrêtèrent derrière le lac, au bout d'une longue balade, et Albert s'enfuit avec Alexandra pour lui montrer un point de vue du parc qu'il aimait beaucoup. Quant à Alistair, il proposa à Flanny de lui montrer sa cabane de petit garçon bricoleur.
Terry s'était approché de Candy et l'avait entraînée vers une belle étendue d'herbe fraîche au bord de l'eau.

  • Tu m'as provoqué tout-à-l'heure, petite peste ! murmura-t-il. Sache que je me souviens très bien de ce que tu appelles ta "guérison", dit-il après un moment de silence. Je me rappelle très bien de ce jour-là, de ma colère et de mon furieux désir de t'embrasser... Je n'en ai oublié aucun détail. Surtout après ce que tu m'as dit quand nous étions en Europe.

Candy se tourna vers lui et le détailla avec intensité. Elle le trouvait tellement plus beau qu'il ne l'était déjà lors de ce fameux été en Écosse. S'il lui faisait battre le cœur à cette époque, c'était tellement plus fort et plus intense aujourd'hui. Terry ne la quittait pas des yeux. Elle semblait lui crier son amour de son seul regard et il en était profondément ému. Elle était son bien le plus précieux et cette fois, il ne la perdrait plus, il ne la perdrait plus jamais.

  • Déjà à l'époque, j'étais abominablement jaloux et possessif, finit-il par dire d'un ton doux. Je regrette toujours de n'avoir pas été plus doux, ce jour-là.

Candy lui sourit et elle se blottit dans ses bras. Et comme à chaque fois, il se sentit envahi par la chaleur de son amour.

  • Tu me pardonnes de m'être comporté aussi durement à l'époque ? Je le regrette tellement aujourd'hui... j'aurais vraiment du être plus tendre avec toi... J'aurais du essayer de te comprendre comme tu le faisais avec moi et...
  • Terry, moi je ne regrette pas ce que tu as fait. Nous étions encore très jeunes mais je ne regrette rien. Si tu n'avais pas agi de la sorte... j'aurais encore mis longtemps à me défaire du passé. Quant à notre premier baiser... nous en avons parlé déjà, nous n'étions que deux écorchés, Terry. Mais ces moments passés avec toi là-bas sont parmi les plus heureux et les plus beaux de toute ma vie, lui dit-elle à voix basse.
  • Et quel est le moment LE plus beau de ta vie, alors ?
  • Le soir de mon mariage avec toi, bien sûr. Pourquoi, pas toi ? demanda-t-elle d'une petite voix.

Elle avait relevé la tête pour plonger dans son regard aux iridescences bleu-vert. Il lui sourit tout en caressant sa joue avec l'index.

  • En fait, j'hésite... je mettrai ce jour-là à égalité avec le jour où je t'ai retrouvée à Paris, ou même encore à Londres. Tu sais que j'ai vécu l'enfer en te perdant et... je n'osais y croire mais je me doutais que tu avais au moins autant souffert. Je ne pensais pas avoir le droit de reprendre contact avec toi mais les circonstances m'ont permis de le faire...
    C'était un sentiment curieux que de te retrouver par lettre interposée... c'était... si familier, si doux, si naturel, Candy. Et pourtant, je n'ai vraiment cru que le bonheur avec toi était encore possible qu'au moment où tu t'es jetée dans mes bras cet après-midi-là devant l'hôpital. Tu n'imagines pas le plaisir infini que j'ai ressenti à cet instant précis... j'étais si angoissé, heureux mais angoissé et terriblement nerveux et inquiet. Quant au soir de notre mariage, le lendemain, c'était... l'apothéose !
  • Embrasse-moi, Terry, lui susurra-t-elle avec émotion.

Le jeune homme ne se fit pas prier. Il embrassa ses lèvres l'une après l'autre, avec une extrême douceur, comme une caresse chaude et humide. Elle entrouvrit la bouche avec un profond soupir et il appuya son baiser avec plus de ferveur. Il glissa finalement sa langue dans sa bouche, mêlant étroitement son souffle à celui de Candy.
Quand leur lèvres se séparèrent enfin, ils avaient tous les deux le souffle court. Le regard qu'ils échangèrent étaient lourd de désir, de promesses d'amour et de bonheur partagé. Leur complicité semblait croître à chaque moment qu'ils partageaient ensemble.

  • Tu te sens prête à rentrer à New-York avec moi, alors ? demanda-t-il à son oreille.
  • N'en doute pas une seule seconde, Terry.

Il la serra contre lui avec vigueur.

  • Candy, je ne veux plus jamais te perdre, plus jamais.
  • Moi non plus, Terry.

Albert et Alexandra revenaient de leur petite excursion et ils attendirent Flanny et Alistair avant de tous retourner au manoir pour prendre le thé. Puis arriva l'heure, pour Candy et Terry, de partir.
Albert salua Terry d'une longue et fraternelle accolade avant de s'adresser à lui.

  • Je sais que tu prendras soin d'elle, lui dit-il les larmes aux yeux. Il suffit de la regarder pour savoir que tu la rends heureuse et, pour moi, c'est tout ce qui compte. Elle est heureuse et toi aussi. Pour ce qui me concerne, tout est parfait.
  • Merci, Albert, tu es le meilleur des amis, répondit Terry en serrant son épaule, n'hésite pas à venir avec Alexandra, vous serez toujours les bienvenus à la maison, tu le sais n'est-ce pas ?

Candy qui venait de faire de tendres "au revoir" à tout le monde se tourna vers Albert avec des larmes plein les yeux. Il s'éloignèrent du petit groupe et il la prit dans ses bras pour la serrer tendrement contre lui.

  • Allez, petite sœur de mon cœur, ne pleure pas comme ça. On se revoit bientôt.
  • Tu peux parler, dit-elle en le regardant, toi non plus tu n'as pas les yeux très secs !
  • Ne change pas, petite Candy ! dit-il en riant au milieu de ses larmes. Et même si tu vas beaucoup, beaucoup me manquer, une nouvelle vie t'attend maintenant. Et c'est une belle vie qui s'annonce.
  • Alors, cher Albert, commença-t-elle avec son sourire mutin, d'abord sache que je suis tout-à-fait prête pour ma nouvelle vie. La seule chose qui m'inquiète c'est que... je ne te verrais plus aussi souvent, dit-elle en se blottissant contre lui. Tu m'as tant manqué en Europe.
  • Tu me manqueras beaucoup aussi, petite sœur, dit-il en la serrant affectueusement contre lui. Tu es mon petit soleil, tu sais ? Tu es ma famille, Candy... Sans toi, la vie aurait eu une toute autre saveur et je ne sais pas si j'aurais jamais pu recouvrer la mémoire... et vivre tous les bonheurs que j'ai vécu ensuite. Alexandra et Cristina, je te les dois un peu, tu sais...
  • Tu oublies peut-être que, sans moi, tu ne l'aurais pas perdue ta mémoire, Albert, dit-elle doucement. Mais ce que tu dis me touche vraiment beaucoup. Promets-moi que nous partagerons toujours nos joies et nos peines, comme autrefois ! Que le lien qui nous unit ne se brisera pas avec le temps ou la distance...
  • Je te le promets, petite Candy. D'abord, nous nous verrons le plus souvent possible, d'autant que je dois venir régulièrement à New-York pour la famille André, mais ça tu le sais. Et puis... je t'écrirai, sois en sûre, mais tu dois me promettre d'en faire autant.
  • Je te le promets, Albert.
  • Alors, file princesse ! Ton mari t'attend !

Ils finirent par tous se séparer et le jeune couple retourna à l'hôtel. Arrivés dans leur chambre, Candy se tourna vers Terry.

  • Tu veux bien me jouer de l'harmonica pendant que j'emballe nos affaires ? Ça commence à vraiment me manquer de ne plus t'entendre jouer, tu sais...
  • D'accord, mon ange, mais... prépare-toi à recevoir une plainte de nos voisins de chambre ! dit-il avec un clin d'œil.
  • Ça m'est complètement égal, répondit-elle en souriant malicieusement.

Quelques minutes plus tard, tout était emballé et Candy vint s'allonger à côté de Terry. Il posa son harmonica pour la prendre dans ses bras.

  • Terry... commença-t-elle doucement. Je voudrais que tu commences tes répétitions dès que nous serons rentrés chez nous, à New-York. De toute façon, elles ne seront pas terminées avant mon accouchement et puis tu seras prévenu aussitôt que le travail commencera. Je ne veux pas que tu mettes un frein à ta carrière à cause de moi ou à cause du bébé.
  • Et si moi, je n'avais pas envie de te laisser seule ? dit-il en caressant son visage.
  • Terry, le passé est derrière nous, nous devons vivre normalement désormais et cela doit commencer par ton travail. Tu n'imagines pas à quel point j'ai envie d'un quotidien avec toi... alors je ne veux pas que tu t'arrêtes de travailler pour moi. En plus, je ne serai jamais seule, il y a Jane, Arthur et Éléonore alors tu n'as pas à être inquiet.
  • Tu en es sûre ?
  • Oui, Terry. J'en suis sûre et certaine, dit-elle en l'embrassant dans le cou.
  • Tu me laisses quand même l'autorisation de passer quelques jours avec toi ? lui susurra-t-il doucement. Au fait, je t'ai dit que je t'ai trouvé très belle aujourd'hui.
  • Et moi, je... je me disais même que je te trouvais tellement plus... attirant qu'autrefois... et... quand je repense à l'Écosse, cela me donne envie de faire une ballade à cheval avec toi et de me serrer contre toi comme je l'avais fait ce fameux jour où tu m'as guérie. Ce jour-là, tu m'as vraiment libérée de mon passé, de mes peurs. Et je me suis tournée vers l'avenir. C'est comme si je m'étais réveillée dans tes bras. Et c'était le paradis, la nature était si belle, le soleil brillait et tu me serrais contre toi. Je pouvais me blottir contre toi et pour la première fois de ma vie, j'ai ressenti ces étranges papillons dans mon ventre...
    D'ailleurs, je ressens cela souvent ces derniers temps, Terry et même en ce moment...

Il se dressa sur le coude pour la regarder avec une intensité qu'elle commençait à reconnaître.

  • Tu veux bien me redire ça en langage clair, jeune fille, dit-il doucement en caressant ses lèvres du bout des doigts. J'adore t'entendre dire tout haut que tu me désires depuis des années.
  • Tu es vraiment incorrigible, dit-elle en sentant une légère rougeur lui monter aux joues. Espèce d'aristocrate prétentieux, je t'ai déjà dit tout ça.
  • Redis-le moi, jolie Tâches de Son. Fais-moi ce plaisir, s'il te plaît.
  • Tu veux que je te redise que j'étais déjà amoureuse de toi, même si je n'étais pas tout-à-fait prête à me l'avouer. Ce jour-là, tu as fait battre mon cœur tellement fort ! Je me suis dit que tu serais toujours là près de moi, que tu étais plus fort que mon passé et mes craintes. Que mon amour pour toi était plus fort que tout ce que j'avais pu éprouver jusqu'à présent et puis, j'ai ressenti des sensations étranges et bouleversantes que je n'étais pas capable de comprendre. Je sais maintenant que c'était du désir que j'éprouvais pour toi. Pour la première fois de ma vie, j'éprouvais un amour vraiment fort pour un homme, un amour d'adulte... et un désir d'adulte. C'était exaltant même si je n'avais pas vraiment compris tout ce que je ressentais.
  • Et ces derniers temps, il est comment ton désir ? demanda-t-il en caressant son cou et ses épaules avec une extrême lenteur.
  • Il est envahissant, perturbant, il surgit à n'importe quelle heure du jour et de la nuit, dit-elle en déboutonnant sa chemise. Il me torture quand je pose les yeux sur toi et que je remarque à quel point tu es séduisant. Parfois, c'est la façon dont tu me regardes qui le déclenche... Et la seule chose dont je sois sûre, c'est que j'aime encore plus ce désir quand je peux l'assouvir avec toi.

Il l'embrassa dès qu'elle se tut et Candy sut tout de suite qu'elle se préparait à nouveau à vivre de délicieux moments dans les bras de son mari et elle répondit à ses caresses avec plus d'ardeur que jamais.
Ils s'endormirent l'un contre l'autre et repartirent dès le lendemain matin pour New-York.

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