010 - Partie 1 - Chapitre 10 : 1 + 1 = 3



ATTENTION

Ce chapitre comprend des scènes destinées à un public adulte.
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New-York, 15 décembre 1918


Quelques jours plus tard, Candy s'était assise sur le tapis devant la cheminée de leur chambre. Elle attendait Terry qui devait rentrer d'une réunion tardive au sujet de la prochaine pièce que la troupe Stratford devait monter à Broadway.
Quelques heures plus tôt, elle avait fini de ranger la malle de son boudoir. Elle avait retrouvé la boîte où elle conservait toutes les lettres qu'elle avait écrites à Terry avant de partir pour l'Europe, sans jamais les lui envoyer. En les retrouvant, elle s'était soudain remémoré la peine qui l'avait accompagnée durant de si longs mois alors qu'elle pensait ne plus jamais le revoir. Elle les avait toutes relues et n'avait pu s'empêcher de verser quelques larmes, se demandant maintenant si elle devait les brûler ou les donner à Terry.

*****

Quand Terry arriva ce soir-là, il sentit son cœur bondir dans sa poitrine en arrivant devant sa maison. Il n'arrivait toujours pas à croire à son bonheur. Aujourd'hui elle était sa femme et elle attendait leur premier enfant. Elle était là, elle l'attendait dans leur maison. Une poussée d'allégresse l'envahit à l'idée de la retrouver et de la tenir dans ses bras.
La lumière du porche était allumée, elle l'avait laissée pour lui. La maison semblait plongée dans le noir hormis leur chambre, à l'étage. Il voyait la lumière filtrer à travers les rideaux et l'imagina devant sa coiffeuse en train de se brosser les cheveux. Il adorait assister à ce rituel d'avant le coucher, la regardant avec délices, sachant qu'elle le rejoindrait bientôt dans le lit.
Il se dépêcha d'entrer dans la maison et déposa son manteau dans l'entrée, sans allumer la lumière. Il ferma la porte à clef, éteignit le porche et grimpa quatre à quatre les marches qui le menaient à l'étage.
Il trouva Candy assise par terre devant la cheminée. Une boite était ouverte devant elle, posée à même le tapis et regorgeant de papiers manuscrits. Quand elle tourna la tête vers lui, il s'aperçut tout de suite qu'elle avait pleuré.
  • Candy, mon ange, qu'y a-t-il ? demanda-t-il d'un ton inquiet en s'agenouillant auprès d'elle pour la prendre dans ses bras.
  • Rien, Terry, tout va bien, dit-elle en l'embrassant avec douceur. C'est juste que tout-à-l'heure j'ai retrouvé ça, ajouta-t-elle en désignant la boite en bois délicatement sculptée. Ce sont toutes les lettres que je t'ai écrites pendant deux ans avant de partir en France, sans jamais te les envoyer. Et... en les relisant, je n'ai pas pu m'empêcher de pleurer. Et puis... je me demandais s'il ne valait pas mieux les brûler, elles appartiennent au passé maintenant.
  • Sûrement pas ! dit-il d'un ton sans appel. Tu me les as écrites, alors je veux les lire. Chacune d'entre elles. Je sais très bien pourquoi tu ne me les as pas envoyées, mais c'est du passé. Tu n'as qu'à imaginer que je les ai toutes reçues aujourd'hui, comme si j'étais parti pour une trop longue tournée. Alors je vais les lire et ensuite elles rejoindront la boîte où je conserve toutes celles que tu m'as vraiment envoyées.

Elle se tourna vers lui pour le regarder attentivement. Après un bref instant, elle finit par lui tendre la boite.
  • Comment s'est passée ta réunion ? demanda-t-elle finalement.
  • Bien, dit-il simplement. En fait, Robert Hathaway n'avait pas trouvé tous les financements nécessaires à la création de la pièce, et il prévoyait beaucoup de retard avant la première. Je lui ai finalement proposé de lui apporter ce qu'il manquait et... il m'a fait signer un contrat dans lequel il me cède dix pour cent des parts de la compagnie.
  • Alors, tu deviens producteur associé, si je comprends bien ? demanda-t-elle.
  • Et oui, c'est un investissement important mais c'est une bonne chose, tu sais...
  • Je sais... Terry, je suis si fière et si contente pour toi, dit-elle en se jetant à son cou.

Ils restèrent tendrement enlacés quelques instants. Candy finit par se lever en direction de leur salle de bains afin de se préparer pour la nuit.

Il resta quelques instants à regarder les flammes caressant du bout des doigts la boite qui contenait les lettres de Candy. Il était ému qu'elle lui ait tant écrit, elle avait du livrer son cœur dans ces lettres pour autant hésiter à les lui donner mais il était heureux qu'elle ne les ait pas brûlées.
Il finit par se lever et déposa la boîte sur sa table de chevet, allumant les lampes près de leur lit avant d'éteindre les appliques murales. Candy sortit alors de la salle de bains et s'assit devant sa coiffeuse pour son rituel du soir. Il la détailla avec attention, elle portait cette ravissante chemise de nuit de couleur rose qui laissait ses épaules à la peau d'albâtre complètement dénudées. Elle détacha ses cheveux et les laissa retomber dans son dos avec un mouvement de tête qu'il trouva incroyablement sensuel avant de les brosser avec application. Il s'enfuit à son tour dans la salle de bains, essayant de calmer les visions torrides qu'elle avait éveillé en lui.

Quand il revint dans la chambre, vêtu de son habituel pantalon de pyjama, il la trouva couchée en train de lire le texte de la pièce qu'il préparait. Il laissait toujours un exemplaire d'Henry VIII sur sa table de chevet mais c'était la première fois qu'il la voyait en train de le lire.
  • Je croyais que tu voulais attendre la première pour découvrir la pièce, dit-il en s'allongeant à côté d'elle en souriant.
  • Oui mais ça, c'était avant de savoir que mon mari allait en être le producteur, lui dit-elle en lui rendant son sourire. Mais si tu veux revoir ton texte ce soir, je te le rends.
  • Non, j'ai des choses bien plus intéressantes à lire, répondit-il en attrapant la boite qui contenait les lettres de Candy.
  • D'accord ! Alors je continue, dit-elle, en fait cette histoire me plaît beaucoup, le personnage d'Henry est un peu trop versatile à mon goût mais je veux savoir la fin.

Il lui adressa un léger sourire et déplia la première lettre de Candy pour commencer sa lecture.


"LaPorte, 25 juin 1915

Cher Terry, 

Je viens juste de lire un article sur ta prestation d'Hamlet, dans lequel il est dit que tu as reçu un accueil très favorable. Je suis vraiment ravie de lire cela. Félicitations pour ton succès !
J'ai toujours cru que ce jour reviendrait. Comme si j'y étais, je pouvais entendre les tonnerres d'applaudissements que l'on t'adressait, et qui ne s'arrêtaient pas. Et je pouvais te voir dans ton costume blanc et répondant avec le sourire aux nombreux rappels.
Mademoiselle Pony et Sœur Maria ont dit que tu étais le plus beau Hamlet qu'elles aient jamais vu de toute leur vie. Elles étaient fascinées de voir ta photo dans le journal, et elles piaillaient d'excitation au-dessus d'elle comme des adolescentes.
Il est vrai, Terry, que tu es venu une fois à la Maison Pony, n'est-ce pas ? A cette époque, j'étais moi aussi en chemin pour rentrer chez moi. Le temps s'écoule impitoyablement. Si je n'avais fait qu'une petite pause, j'aurais pu te voir. La Maison Pony était-elle comme tu l'avais imaginée ? C'était tout petit, n'est-ce pas ?
Je peux juste t'imaginer te tenant, seul, devant la Maison Pony. Tu es venu ici en ce jour enneigé alors que je n'étais même pas là. J'étais pourtant de retour en Amérique, courant à ta recherche.

Par la suite, j'ai commencé des études d'infirmière, tout en rêvant de pouvoir te retrouver un jour.

- Il y a quelque chose que je désire ardemment faire, m'avais-tu dit en quittant le Collège Saint-Paul.

Je voulais que tu voies à ton tour ce que j'avais fait par moi-même de ma vie. Je pensais que je finirai bien par te revoir. Mon cœur a explosé de joie au moment où j'ai trouvé cet article sur toi dans un coin de journal.
Terrence Graham Grandchester.... Je découvrais enfin en lisant les quelques lignes de l'article, que le G. de Terrence G Grandchester signifiait Graham... J'avais cru que G voulait dire gorille ! C'est plus tard que j'ai appris que ta mère, Éléonore Baker, avait souhaité t'appeler Graham !

J'ai été très émue en apprenant que tu avais caché ta filiation avec elle. J'ai compris ta détermination vis à vis de cette histoire. De toute façon, les gens de Broadway ont vraiment l'œil pour découvrir de nouveaux acteurs talentueux. Ils ont remarqué ton talent immédiatement. Chaque fois que je lisais de tes nouvelles, j'imaginais que je les vivais avec toi. Tu n'imagineras jamais combien j'ai été heureuse d'apprendre que tu venais à Chicago pour une représentation avec la compagnie Stratford.

Tu ne savais pas encore que j'étais en Amérique à ce moment là, et je pensais que tu aurais une énorme surprise en me voyant soudain apparaître. Malheureusement, la pièce n'était visible que par les spectateurs ayant reçu une carte d'invitation. Et n'étant qu'infirmière, il n'y avait aucune raison que je sois invitée.
Au moment où j'allais finalement perdre tout espoir, Archibald et Alistair se procurèrent un billet pour moi, ce qui était vraiment un coup de chance. Cependant, ce n'était pas mon jour. C'était mon tour de garde, et personne ne voulait prendre ma place cette nuit-là.

Mais il fallait que je te voie jouer à tout prix, et j'ai fini par quitter furtivement mon poste pour aller au théâtre. Comme tu le sais, je suis très douée pour faire le mur. Mais j'avais une responsabilité au travail. C'était bien différent  du temps de Saint-Paul.

Plus tard dans la nuit, j'ai été sévèrement réprimandée par Flanny, qui était ma chef à l'école d'infirmières. J'étais très déçue de n'avoir pu te voir jouer, assise parmi les autres spectateurs, suite aux problèmes causés par Elisa. Cependant, j'ai pu te voir du poulailler.
Tu étais un merveilleux roi de France... J'ai pensé qu'ils auraient du mettre le petit roi de France à la place du roi Lear. J'ai écouté ta voix claire et puissante portée sur la scène. Et j'ai vu ton attitude raffinée sous les éclairages. Tu te reflétais dans les larmes de mes yeux.

Ta popularité était stupéfiante. J'étais émerveillée de te voir à ce moment là, entouré d'une foule d'admiratrices. Je criais ton nom à plusieurs reprises "Terry !" de ma voix la plus haute, mais elle se noya vainement dans le bruit. Tandis que j'étais bousculée par la foule des spectatrices, je te vis toi et Suzanne monter dans la voiture. En y repensant, je pense que cela présageait de notre future séparation.

Nous nous sommes croisés et manqués en permanence,  comme à la Maison Pony, au théâtre et aussi à l'hôtel à Chicago. Quand je vins à l'hôtel où tu séjournais, Terry, tu m'attendais devant l'hôpital, n'est-ce pas ? Oh, comme j'aurais voulu le savoir plus tôt.
Pendant que tu étais là-bas, j'étais renvoyée par Suzanne, et c'était pour moi une grande déception de ne pas t'avoir vu, et j'errais dans les rues, l'esprit absent, jusqu'à l'aube. Je murmurais à moi-même : "Terry, je me demande si tu ne m'as pas déjà oubliée ?... Non, cela n'est pas possible".

Alistair m'a dit plus tard que tu étais à la réception après la pièce organisée par le maire de Chicago, et qu'il t'avait dit que j'étais de retour en Amérique. Tu as dû être surpris d'apprendre cela. J'aurais voulu voir ton expression d'étonnement, mais je n'étais pas là et j'ai manqué ça.

Je fus transportée de joie quand il m'a appris que tu avais quitté la réception immédiatement, sans porter attention aux autres invités qui essayaient de te parler, après que tu aies appris ma présence à Chicago.

Oh vraiment, nous avons eu de nombreuses opportunités de nous rencontrer ce soir là si nous avions eu un peu plus de chance. Mais finalement, j'avais été très heureuse de pouvoir t'apercevoir, même de loin, et de savoir que tu allais bien.

Je n'ai reçu le message que tu avais laissé au gardien que le jour suivant, à midi. Je me suis précipitée vers la gare, mais en y arrivant, ton train était déjà parti ! Alors, j'ai couru vers la campagne car je voulais au moins voir le train dans lequel tu étais supposé être. Et je t'ai aperçu, debout devant une des portes extérieures. Nos yeux se croisèrent un instant, c'est tout... mais j'étais heureuse comme ça.

Nos doux souvenirs continuent, Terry. Si j'avais su ce qui allait arriver, je t'aurais écrit plus souvent. J'aurais voulu avoir plus de lettres de toi. Mais c'est trop tard, n'est-ce pas ?

Après ces brèves retrouvailles, j'ai fini par venir à New-York. Je ne m'attendais pas à ce que ce voyage soit un voyage d'adieu pour toi et moi. Quand j'ai reçu ton invitation pour la pièce de Roméo et Juliette, et un billet de train aller-simple, je pensais que cette longue attente pour te revoir était finalement récompensée par ces merveilleux cadeaux.

Oh oui ! J'avais ardemment attendu ce moment, compté les jours sur mes doigts. Nous partagions un souvenir particulier de cette pièce, Roméo et Juliette. Je suis si émerveillée que tu aies joué finalement Roméo. Quand j'ai pu te revoir enfin à New-York, ce fut le moment le plus heureux de ma vie car nous ne nous étions pas vus depuis si longtemps. Je garde encore cette émotion au fond de moi.

A ce moment là, je remarquais bien ton anxiété et ton air déprimé parfois. Mais j'étais si heureuse que j'en faisais peu de cas. Maintenant je sais combien la tragédie de Suzanne occupait tes pensées. Je regrette tant de n'avoir rien fait pour te soulager alors que tu avais des problèmes. Je suis si triste de ça.

Je peux te dire que tu n'es pas responsable de l'accident de Suzanne, mais il est vrai qu'elle t'a pris sous ses ailes et qu'elle s'est vraiment sacrifiée pour toi. Quand j'ai réalisé les sentiments profonds que Suzanne avait pour toi, j'ai décidé de te dire au revoir, Terry. Je ne pouvais supporter de te voir affligé plus longtemps. Mais par dessus tout, nous n'aurions pas pu continuer ainsi alors que Suzanne serait restée seule et désespérée.

Quand je t'ai dit au revoir, tu m'as dit à l'oreille, alors que tu me serrais dans tes bras : "Sois heureuse, ou sinon je ne te le pardonnerai pas." Merci Terry, je suis si heureuse maintenant.

J'ai toujours perdu les amis qui avaient pris soin de moi. Mais je garde encore dans mon cœur les doux souvenirs que nous avons partagés. Je n'oublierai jamais la chaleur de ta poitrine contre moi. D'un autre côté, depuis que nous avions rompu, Terry, tu n'étais pas heureux. Tu étais si affligé que tu ne pouvais pas te consacrer entièrement au théâtre, c'est pourquoi tu as quitté la troupe. Quelle erreur, Terry. Mais plus que ça, j'ai été stupide de ne penser qu'à ma peine, j'ai été si égoïste.

Je pense que c'est un signe divin qui m'a guidé vers ce théâtre ambulant, dans lequel je t'ai trouvé, un jour d'hiver. Tu jouais en titubant et en tournoyant. J'ai failli sauter sur la scène devant toi, et frapper des poings ta poitrine en criant "Ressaisis-toi !" Je voulais faire cela pour toi. Terry, pouvais-tu entendre ma voix dans ta tête à ce moment là ?
Au milieu de la pièce, tu es devenu comme passionné. Tu étais une toute autre personne, tu jouais avec élan. Je ne pouvais pas retenir des larmes d'émotion.
"C'est toi, tu es bien le Terry que j'ai connu" murmurais-je en moi-même.
Sais-tu que ta mère était dans l'assistance au même moment ? Plus tard, Éléonore m'appela furtivement. Elle me dit qu'elle avait annulé une tournée pour te suivre en secret. Elle fut aimable au point qu'elle m'envoya l'autre jour une invitation pour Hamlet. Je la lui ai renvoyée. Je n'ai pas encore le courage de te voir jouer à Broadway.

Terry, je suis de retour à la maison Pony, et j'y travaille comme infirmière. Tant de choses se sont passées depuis notre rupture. Alistair, le garçon que tu trouvais rigolo, s'est porté volontaire dans l'armée de l'air en France et est mort à la guerre. Je suis si triste d'avoir perdu mes chers amis l'un après l'autre. Cela ressemble à la comptine des "Dix petits indiens".

Seul Albert est encore avec moi. Terry, devine ! Il est celui qui m'a adoptée, l'Oncle William. Il nous a vraiment eus ! Ne crois-tu pas qu'il aurait pu être un bon acteur ?

Oh mon Dieu ! Je suis étonnée de voir toutes les pages que j'ai remplies. Je me demande pourquoi j'ai tant écrit puisque je ne t'enverrai jamais cette lettre. Cela doit être ton article sur Hamlet qui m'a bouleversée.

C'est presque le crépuscule. Je peux entendre les cloches de l'église sonner en écho à travers les montagnes. Terry, s'il te plait, prends soin de Suzanne. J'ai lu son interview quand tu es revenu à Broadway après avoir quitté la troupe ambulante. "Mademoiselle Marlowe, étiez-vous inquiète que Terry vous ait quitté et qu'il ait disparu?" "Non, je ne l'ai jamais été. J'ai confiance en lui, quoi qu'il fasse."

En lisant l'article, des larmes ont roulé sur mes joues. Suzanne est une si gentille personne, comme toi, Terry. A ce moment-là, tu as fini par choisir Suzanne au lieu de moi, même si ce fut très pénible pour toi. Je t'apprécie toujours tel que tu es.

Terry, c'est si loin d'ici Broadway, mais j'espère que tu te rappelleras que je resterai ton admiratrice dévouée du fin fond de la campagne américaine.
S'il te plait, garde à l'esprit que je te soutiendrai toujours quand tu seras sur scène.

Mademoiselle Tarzan tâches de son.

PS : Je t'ai tant aimé...."


Tout en lisant cette première lettre, il avait attrapé la main de Candy et l'avait serrée fortement. Elle avait alors baissé son livre pour le scruter attentivement. Elle vit toute une foule d'émotions passer sur son visage, parfois il souriait mais elle vit aussi des larmes dans ses yeux. Quand il eut terminé, il se tourna vers elle et se trouva face aux immenses étendues vertes du regard de Candy.
  • Et tu voulais me priver de ça ? demanda-t-il en caressant sa joue. Je suis vraiment heureux que tu ne les aies pas brûlées.
  • Terry, je... je ne voulais pas réveiller ces moments douloureux, voilà tout.
  • Tu as eu raison de me les donner, mon amour, cette première lettre était magnifique... dit-il avant de poser un tendre baiser sur ses lèvres. Je suis heureux de les lire, tu sais. Aussi étrange que cela puisse te paraître, je mourrais d'envie de savoir tout ce que tu as vécu alors que nous étions séparés et savoir que tu m'as écrit... ça me touche énormément. Et maintenant, je veux tout savoir alors je crois bien que je vais poursuivre ma lecture.

Il reposa la première lettre et prit la seconde missive sans lâcher la main de Candy.

"LaPorte, 23 août 1915

Cher Terry,

En fait, je m'aperçois qu'il est facile de t'écrire puisque je ne t'enverrai jamais ces lettres. Tu deviens en quelque sorte mon journal intime.

Aujourd'hui, je me sens lasse, tu sais. J'ai eu une longue journée à l'hôpital. C'est vrai que tu ne sais pas mais, deux jours par semaine, je travaille dans le petit hôpital de LaPorte qui a été ouvert récemment. Le reste du temps, je suis à la maison de Pony où je m'occupe des enfants avec mademoiselle Pony et Sœur Maria. Ils sont très mignons, tu sais. Leur affection me fait tellement de bien.

Patty est toujours là, avec moi. Elle passe son diplôme d'institutrice et nous saurons bientôt si elle a eu son examen. Je n'arrive pas à me rappeler si je t'avais parlé de Tom, il a grandi avec moi ici et a été adopté par un riche fermier de la région. C'est un véritable ami pour moi et je crois bien qu'il est très amoureux de Patty. Il déborde d'attentions pour elle. Mais j'ai bien peur qu'il doive être patient, elle pleure encore Alistair. Tout comme il m'arrive de pleurer en pensant à toi.

Je sais bien que je t'ai promis d'être heureuse mais... certains jours c'est si difficile.
Tu me manques tant, Terry. Je n'arrive pas à oublier la chaleur de ton corps, de tes bras autour de moi quand nous nous sommes quittés. Mais je ne dois plus penser à cela. C'est Suzanne que tu aimes aujourd'hui. Pendant longtemps, je n'ai pas lu les journaux de peur d'y trouver la nouvelle de votre mariage. Et comme tout le monde évite de me parler de toi...

J'espère sincèrement que tu es heureux, Terry. Suzanne t'aime tant, je le sais. Elle t'aime peut-être plus que je t'ai moi-même aimé. J'ai honte de penser autant à toi, tu lui appartiens désormais et je ferais mieux d'essayer de t'empêcher d'envahir mes pensées mais je n'y arrive pas vraiment.

Heureusement qu'Albert est là, il me permet de ne pas perdre courage. Il est le grand frère que je n'ai jamais eu... il est le seul à comprendre à quel point tu me manques. Et il a la bonté de ne pas me juger pour ces mauvaises pensées. Il me console, me permet de sourire... il n'y a qu'en sa compagnie que je suis vraiment moi-même.

Le reste du temps, j'ai l'impression de jouer un rôle, celui de la Candy gaie et désinvolte, mais je ne suis pas sûre d'être une très bonne actrice !
Je vais aller me coucher et j'espère ne pas trop rêver de toi. C'est trop dur.

Avec toute ma tendresse,
Candy"



"Chicago, 1er janvier 1916

Terry, mon amour,

Je ne devrais pas t'appeler mon amour mais c'est pourtant ce que tu es... mon seul amour. Je rentre d'une fête où je me suis rendue avec Albert. Je dois bien avouer que je me suis bien amusée ce soir mais mes pensées étaient malgré tout tournées vers toi.

Je n'arrêtais pas de penser à notre rencontre, il y a quatre ans, sur ce bateau perdu dans la brume.
Qu'est-ce que tu as pu me faire enrager ce soir-là, et pourtant... tu avais déjà touché mon cœur, et tu avais même commencé à envahir mes pensées. J'avais été bouleversée par ce jeune homme triste, intriguée... je t'ai trouvé très séduisant également mais si insolent ! Tu te cachais derrière cette fausse goujaterie...

Comme je n'enverrai jamais ces lettres, je peux bien le dire... je n'ai jamais cessé ni ne cesserai jamais de t'aimer, Terry. Il faut que j'apprenne à vivre avec ce sentiment si stérile aujourd'hui. Tu dois être heureux auprès de Suzanne et c'est la seule chose qui compte. Que tu sois heureux.

Même si tu me manques affreusement, même si... j'avais tant rêvé notre avenir, j'avais rêvé de petits-déjeuners avec toi. Parfois le soir, quand tout le monde est couché, le chagrin est si fort qu'il me broie le cœur, une boule me serre la gorge et j'étouffe littéralement avant de m'effondrer en pleurs.

Je n'avais pas souffert autant à la mort d'Anthony, ni aussi longtemps. Et puis, tu étais là pour me guérir, me redonner l'envie de croire en l'avenir... et en nous.

Je t'aime, Terry, pour tous ces merveilleux souvenirs que nous avons partagés. Je t'aime.

Candy"



"LaPorte, 6 mai 1916

Cher Terry,

J'aurais tant aimé que tu sois là aujourd'hui, à mes côtés... Annie et Archie se sont mariés et tu aurais du les voir, ils étaient si heureux ! Patty était avec moi aussi, avec Tom pour cavalier.
Il fait ce qu'il peut pour l'apprivoiser mais Patty fait semblant de ne pas s'en apercevoir. Je la soupçonne de culpabiliser, d'avoir l'impression de trahir la mémoire d'Alistair.
Je suis sûre qu'Alistair aimerait qu'elle soit heureuse mais il ne peut pas le lui dire de là où il se trouve. Tom ne désespère pas et c'est tout à son honneur. En fait, ils vont très bien ensemble, s'entendent à merveille et feraient un si joli couple si Patty pouvait lui ouvrir vraiment son cœur.
Mais comment la juger alors que ton absence m'est de plus en plus difficile à supporter alors qu'elle devrait l'être moins. J'ai honte de l'avouer mais j'ai été un peu jalouse du bonheur d'Annie. J'aurais tant aimé que ce soit nous. Tu vois, je recommence ! Je convoite le bien d'autrui et c'est mal, Terry, pardonne-moi !

Ta maman m'a envoyé ses vœux à Noël, elle m'a dit que Suzanne se faisait soigner pour pouvoir remarcher. Elle est si courageuse, tu dois être fier d'elle. Je sais que tu vas la voir chaque jour et je suis certaine que tu es son meilleur soutien.
Elle ne m'a pas parlé de votre mariage mais vous devez sûrement attendre que Suzanne ait fait des progrès. Il y a une clinique formidable à Chicago où ils font cela et leurs résultats sont fantastiques.
Éléonore m'a également dit que tu préparais Coriolan. Je suis certaine que tu seras merveilleux, comme toujours. Tu sais, même ici les journaux disent que tu es le meilleur acteur de ta génération. Je suis si fière de toi, Terry, tu vis ton rêve et rien ne pouvait me faire plus plaisir.

Je ne devrais pas te le dire mais comme tu ne le sauras jamais... En vérité, je me sens très triste ces derniers temps, plus qu'à l'accoutumée encore. L'été arrive mais mon cœur vit en hiver depuis que nous nous sommes séparés. Je sais que je devrais "t'oublier" mais je n'arrive pas à cesser de penser à toi. Tu envahis mes pensées et chacun de mes instants de liberté.
Albert est très pris par son travail et je ne l'ai pas vu depuis longtemps. Je me sens si seule parfois. Terry, sois heureux mon amour sinon j'en mourrai !
Mon cœur t'accompagne,

Candy"



"Denver, 1er décembre 1916

Cher Terry,

Cela fait longtemps que je ne t'ai pas écrit parce qu'Albert m'a emmené en voyage. Nous visitons les États-Unis et c'est très dépaysant. Cela me fait vraiment du bien, je me languissais dans l'Indiana et Albert l'a bien compris. Il est parfait avec moi.

J'ai lu dans les journaux que tu triomphais dans Coriolan. Ça ne me surprend même plus, tu es en train de devenir une star dans tout le pays. Bravo à toi ! J'ai toujours eu confiance en toi et en ton formidable talent. Cela me fait tant plaisir même si j'aurais voulu pouvoir te le dire et partager ces moments à tes côtés. Mais il est trop tard, maintenant. Je dois tourner la page.

En vérité, je ne souhaite pas t'oublier, je ne le pourrai jamais. Mais comme Anthony, tu appartiens à mon passé désormais. Mon plus grand bonheur étant de savoir que tu es vivant et heureux. Sois heureux, mon amour, profite des bonheurs que t'offre la vie !

Demain, nous arrivons à Los Angeles et Albert souhaiterait que nous y restions quelques temps. Il paraît que le temps y est aussi agréable qu'en Floride et même mieux. Et il m'a promis de nous trouver une jolie petite maison sur la plage !

Je suis très heureuse à l'idée de cette nouvelle vie. Cela me rappelle l'époque où Albert était amnésique à Chicago quand nous partagions ce petit appartement. Mais maintenant, plus personne ne nous ennuiera à propos de notre vie commune puisque nous sommes officiellement frère et sœur même s'il reste mon tuteur légal.
J'espère que ta tournée se passe bien. Tu me manques toujours, malgré tout.

Avec mon éternelle affection.
Candy"



"Los Angeles, 28 janvier 1917

Cher Terry,

J'ai été abasourdie à la lecture du journal de ce matin. Suzanne y annonçait son prochain mariage... le jour de ton anniversaire ! Quel chagrin tu as dû éprouver. Quand je repense à ce que tu as traversé lorsque nous nous sommes séparés, je frémis à l'idée qu'une nouvelle séparation et une telle douleur puissent te détruire.

J'avoue que sur le moment, j'en ai énormément voulu à Suzanne parce qu'elle m'avait promis de te rendre heureux. Je l'ai détestée d'avoir gâché notre amour alors que maintenant, elle te quitte pour un autre.

Mais, ce soir, Albert et moi en avons beaucoup parlé. Il m'a dit qu'il t'avait vu à New-York et que tu étais très malheureux avec Suzanne. Il m'a tout expliqué de son point de vue et aujourd'hui, je me surprends à espérer qu'un futur soit de nouveau possible entre nous.

Je ne dois pas espérer, la déception serait trop grande. Quand nous nous sommes séparés, j'ai eu l'impression que l'on m'avait arraché le cœur et que plus rien n'avait de sens. Mais aujourd'hui, je le sens battre de nouveau. C'est pour toi qu'il bat et... je voudrais le faire taire. J'ai si peur d'avoir de faux espoirs et... qu'ils soient déçus.

Je t'aime toujours, Terry. Je n'ai jamais cessé de t'aimer, je n'ai pas réussi.
Candy"

Terry était bouleversé par les lettres de Candy et il n'avait pu s'empêcher de verser quelques larmes. Elle avait tellement souffert, elle aussi. Tout comme lui. Ils avaient commis la plus belle erreur de leur vie en se séparant. Mais c'était terminé, elle était sa femme et elle était à ses côtés désormais. Leur vie était enfin devenue un paradis après avoir été si longtemps un enfer.

Quand il se tourna vers elle, il la trouva endormie.
Il reposa les lettres de Candy dans leur boite avant de se tourner vers elle. Il lui retira délicatement le livre des mains et le posa sur la table de chevet à côté d'elle en se soulevant sur un coude pour ne pas la déranger. Puis il éteignit la lampe de Candy avant de retourner à sa place.
C'est alors qu'il croisa ses grands yeux verts qui le regardaient avec intensité. Il lui sourit avec douceur.
  • Terry, tu m'aimes toujours ? demanda-t-elle d'une petite voix.
  • Comment peux-tu en douter ? Tu crois vraiment que ces lettres d'amour que tu m'as écrites auraient pu changer quoi que ce soit entre nous ? Nous avons traversé tant de moments de souffrance toi et moi mais tes mots m'ont fait du bien et je t'en aime encore plus. En revanche, cesser de t'aimer est totalement inenvisageable ! ajouta-t-il en l'embrassant. Tu es ma merveilleuse épouse. Je t'ai toujours adorée, ma jolir Tâches de Son. Tu es à mes côtés désormais et je suis heureux que ce soit pour toujours.
  • Fais-moi l'amour, Terry, j'en ai besoin, lui répondit-elle d'une voix rauque.
  • J'en avais très envie, moi aussi, mon amour, dit-il en embrassant son cou, à l'endroit même où il savait qu'elle était si sensible.

*****

New-York, 20 décembre 1918
Éléonore et Candy faisaient des courses ensemble. Après leurs achats de Noël, elles choisissaient des objets pour décorer la chambre du bébé.
Le soir même, Terry et Candy avaient prévu une fête de pendaison de crémaillère et Candy était un peu nerveuse à l'idée de rencontrer ces gens si importants dans la vie de Terry. Il faudrait qu'elle soit à la hauteur pour lui et cette idée l'angoissait plus qu'elle ne voulait l'avouer. D'ailleurs, ce matin-là, en y pensant, elle s'était sentie malade. Elle n'avait pas pu avaler la moindre chose tellement son cœur se soulevait.

En sortant du magasin où elles avaient commandé de ravissants rideaux pour la dernière chambre qui restait à aménager, Candy sentit une désagréable vague de chaleur la gagner. Elle attrapa vigoureusement le bras d'Éléonore avant de manquer s'évanouir sous ses yeux affolés.
  • Candy, viens t'asseoir. Dis-moi, que se passe-t-il ? Tu es si pâle.
  • Ce n'est rien, Éléonore J'aurais du me forcer à manger ce matin mais j'avais des nausées insupportables et tout me dégoûtait. Je... Je crois que je suis nerveuse à propos de ce soir.
  • Candy... Reprends ton souffle et ensuite nous irons manger quelque chose toutes les deux. Maintenant laisse-moi t'expliquer ce qui va se passer ce soir. Les seules personnes réellement importantes pour le dîner de ce soir sont Robert et Carole Hathaway. Éventuellement, ce critique Georges Wells mais je le connais et je sais qu'il vient uniquement parce qu'il est curieux de faire ta connaissance. Quant aux autres, ce sont des acteurs... Et donc des personnes imbues d'elles-mêmes et hautaines. Fais semblant d'être chaleureuse et amicale, cela suffira bien. Mais méfie-toi des actrices, elles risquent de te prendre de haut. Et sache que tu les vaux mille fois. Tu risque de les rendre jalouses mais tant pis.
  • Vous savez Éléonore, j'ai rencontré Mary Pickford à Los Angeles et je crois que j'ai eu un aperçu de ce dont vous me parlez. Mais je connais Karen et Suzanne et je pense que cela devrait aller, dit doucement Candy alors qu'elle reprenait des couleurs.
  • Suzanne sera une alliée pour toi mais méfie-toi toujours de Karen, elle est ambitieuse. En règle générale, méfie-toi toujours des personnes qui gravitent dans cet univers, elles seront rarement amicales et souvent intéressées. C'est un milieu où l'hypocrisie, la jalousie et la traîtrise règnent en maîtres, j'en ai peur. Quand Terry a obtenu le rôle de Roméo, à l'époque, une rumeur a couru disant qu'il n'avait eu son rôle que grâce à moi et... s'il n'y avait que ça.
    C'est pour ça qu'il faut te méfier, Candy. Conserve tes amis mais prends garde à tous ces gens qui vont te faire la cour. Je ne dis pas que tu ne rencontreras jamais quelqu'un de sincère et d'honnête mais crois-moi, ils sont rares. C'est parce que ce métier est dur et... il y a peu d'élus et la concurrence est rude alors certains sont prêts à tout... beaucoup d'ailleurs.
  • Éléonore !... Vous pensez qu'il y aura des personnes aussi hostiles ce soir ?
  • N'aie aucune crainte, Candy. D'abord, Terry sera à tes côtés à chaque instant. Mais je veux que tu saches que ce milieu est cruel. C'est pour cela par exemple que je ne veux pas apparaître à vos côtés. Terry a énormément de talent et je ne veux pas que ma renommée puisse lui nuire de quelque façon que ce soit. Sans compter qu'il porte toujours le nom de son père même si la plupart des gens ne connaissent que son pseudonyme.
    Mais... dis-moi Candy, j'ai une dernière question à te poser. Est-ce que tu crains de revoir Suzanne ?
  • Non, répondit Candy en lui souriant. Nous nous sommes écrit vous savez et... elle a vécu des choses difficiles, elle était jeune et influençable. Elle a été, elle aussi, la victime de toute cette histoire.
  • Je n'en suis pas si sûre, dit Eléonore, mais elle a changé. Ta bonté et ta générosité m'émerveilleront toujours, ma chérie. Terry a beaucoup de chance de t'avoir.
  • Moi aussi, j'ai de la chance de l'avoir, Éléonore, répondit Candy avec un immense sourire. Vous aussi.

Elles s'étreignirent et Éléonore emmena Candy déjeuner au restaurant avant de la raccompagner chez elle.

*****

Plus tard dans la soirée, Candy sourit en écoutant le doux air que Terry sifflait dans la salle de bains en se rasant. Elle avait tout de suite reconnu la mélodie qu'il lui jouait habituellement à l'harmonica.
Assise devant sa coiffeuse, elle finissait de se préparer. Terry avait invité Robert Hathaway et son épouse, Carole, Suzanne et Allan Montgomery, Karen Clease et son fiancé ainsi que d'autres membres de la troupe Stratford et du milieu du théâtre à Broadway.
Éléonore l'avait aidée à tout préparer, elle avait fait appel à l'un des meilleurs traiteurs de New York et toute une armée de serveurs en livrée étaient prêts à leur proposer les boissons et les mets les plus délicieux.
La soirée était habillée et Candy portait une robe verte et noire d'inspiration japonaise de Jeanne Paquin qu'Eléonore lui avait offerte à Paris et qu'elle n'avait jamais eu l'occasion de porter. L'avantage principal de cette robe étant que sa forme très ample dissimulait merveilleusement sa grossesse avancée tout en lui dégageant les épaules.

Elle lui avait également donné ce tout nouveau produit, du mascara de la société Maybelline, qui noircissait ses cils et lui donnaient un regard bien plus intense. Le même que celui qu'elle leur avait mis à Flanny et elle pour leur mariage.
Candy repensa à tous ces moments passés en compagnie d'Éléonore, dernièrement, elles devenaient très amies, très complices. Candy découvrait avec elle une intimité et une affection qui lui rappelait les deux femmes qui l'avaient élevée. Mais cette nouvelle relation lui faisait penser à ce qu'Annie lui racontait de ses rapports avec sa mère adoptive.
  • Tu as l'air perdue dans tes pensées, dit Terry, en sortant de la salle de bains.
  • Je pensais à ta mère, Terry, répondit-elle en lui souriant dans le miroir. Elle est si adorable, si affectueuse avec moi ! Pour la première fois de ma vie, j'ai l'impression de découvrir ce que cela fait d'avoir une mère. C'est quelque chose qui me fait tant de bien.
  • Si tu veux tout savoir, répondit-il en enfilant la veste de son costume, je crois qu'elle t'aime énormément. Tu es la fille qu'elle aurait aimé avoir.
  • Pourquoi ne s'est-elle jamais remariée, tu le sais ? demanda-t-elle curieuse.
  • En dehors du fait qu'elle est une actrice, je crois que... j'ai bien peur qu'elle n'ait jamais pu oublier mon idiot de père, dit-il tristement.
  • Tu ne devrais pas parler de ton père comme ça, Terry. Et si elle l'a aimé comme je t'aime, je pense que je la comprends, dit-elle doucement. Il y a encore quelques mois, je ne pensais pas pouvoir un jour aimer quelqu'un d'autre que toi. Je m'étais résignée à rester mademoiselle André pour longtemps, ou pour toujours.

Il s'approcha d'elle et posa les mains sur ses épaules qu'il caressait du bout des doigts. Il se pencha vers elle et l'embrassa sur les cheveux et dans le cou, la sentant frissonner sous ses caresses.
  • Aide-moi plutôt à mettre cette merveille au lieu d'essayer de me rendre folle, dit-elle avec un sourire en ouvrant l'écrin qu'il lui avait offert pour son anniversaire.

Elle releva ses cheveux pour qu'il puisse accrocher le fermoir dans son cou. Puis il embrassa sa nuque délicate avec la douceur d'une caresse.
  • Vous êtes absolument sublime ce soir, Candice Grandchester. Éblouissante. Je crois que je vais faire des envieux, tu sais... ajouta-t-il avec un sourire qui exprimait tout autant la malice que la fierté.
  • Et vous êtes un vil flatteur, Terrence Grandchester, mais j'adore ça, répondit-elle avant de se tourner vers lui. Terry, cette soirée m'angoisse un peu en fait... ne me laisse pas ce soir, ajouta-t-elle en se serrant contre lui. J'ai peur de n'être pas à la hauteur.
  • Je ne te laisserai pas, répondit-il en glissant l'index sous son menton pour qu'elle le regarde. Et puis, tu commences à me connaître, tu sais bien que je suis extrêmement possessif avec toi. Et quand je vois ta beauté ce soir, je suis déjà jaloux à l'idée d'avoir à supporter les regards de convoitise que tu susciteras forcément, même enceinte ! Mais je suis aussi très fier d'avoir à mon bras une aussi superbe jeune femme, d'autant que je l'ai épousée, qu'elle m'aime autant que je l'aime et qu'elle me fait l'honneur de porter mon enfant. A ce sujet, mon ange, si tu ne te sens pas bien ou si tu es fatiguée, je veux le savoir tout de suite, c'est promis ?
  • D'accord, c'est promis, mais tais-toi et embrasse-moi et puis nous descendrons car nos invités ne vont plus tarder.
  • Bien, madame Grandchester, dit-il en l'embrassant avec un sourire malicieux.

Il prolongea le lent baiser qu'il lui donnait pendant un long moment avant de s'éloigner lentement d'elle sans la quitter des yeux. Il était souvent étonné par la force des élans d'amour qu'il ressentait si souvent pour elle. Ils sortirent de la chambre et il lui tendit le bras pour l'aider à descendre les escaliers.

*****

Les premiers invités sonnèrent à la porte quelques minutes après qu'ils soient arrivés au salon. C'était Allan et Suzanne Montgomery et Candy fut abasourdie par la démarche à peine claudicante de Suzanne.
Albert lui avait expliqué qu'Allan était le fils du docteur Montgomery qui officiait à Chicago. Elle avait déjà pu constater par elle-même les effets bénéfiques de leurs thérapies sur des patients alors qu'elle travaillait encore à Chicago.
Terry s'était rendu dans le vestibule et les accueillit avec chaleur avant d'être rejoint par Candy.
  • Suzanne, vous m'impressionnez vraiment beaucoup, dit Candy avec son généreux sourire empreint de bonté. Je suis tellement contente que vous ayez pu venir ! Je tenais tellement à vous voir après votre dernière lettre qui m'a tellement émue.
  • Candy ! dit Suzanne en serrant avec force les mains de Candy dans les siennes, les larmes aux yeux. Je suis tellement désolée...
  • Suzanne, la coupa Candy avec émotion. Ne vous excusez pas, s'il vous plaît. Je n'ai rien à vous pardonner. Laissez-moi seulement vous dire que le bonheur que vous affichez aujourd'hui me remplit le cœur de joie. Je l'ai toujours souhaité pour vous, vous êtes douce, généreuse et aimante et vous méritez d'être la plus heureuse des femmes. Et à partir de maintenant, comme vous me l'avez si gentiment écrit, j'aimerais vraiment que nous devenions des amies.
  • Oh, Candy ! dit Suzanne en pleurant dans les bras de Candy. Merci... de tout mon cœur, merci.
  • Allons, Suzanne, ne pleurez pas, s'il vous plaît. Venez avec moi, nous allons aller nous rafraîchir le visage, dit Candy en la prenant par le bras comme elle le faisait toujours avec Annie ou Patty.

Les deux hommes les regardèrent partir sans un mot.
  • Ce que vous avez fait pour Suzanne est absolument fantastique, dit doucement Terry.
  • Et ce que vous avez fait pour elle était très généreux, lui répondit Allan. Je crois que je vous comprends mieux, maintenant.
  • Détrompez-vous, c'était stupide ! Je n'aurais jamais pu la rendre heureuse comme vous le faites, Allan. J'ai juste eu la présomption de le croire et de le lui faire croire. Je me suis trompé moi même. En fin de compte, elle s'est montrée bien plus forte et courageuse que moi en rompant.
  • Ne croyez pas cela, Terry, ne vous jugez pas si mal. Être resté à ses côtés comme vous l'avez fait lui a permis de ne pas sombrer. Elle croyait avoir seulement besoin de votre présence et vous êtes resté. Je sais tout ce par quoi elle est passée, c'est votre seule présence qui lui a donné la force de se battre et personne d'autre que vous n'aurait pu le faire. Personne. Pour le reste, il lui fallait grandir émotionnellement et la thérapie lui a permis de découvrir qui elle était vraiment et elle a finalement appris à s'aimer. Vous avez permis à la femme que j'aime aujourd'hui de rester en vie. C'est à vous et à votre épouse Candy que je le dois, je ne vous remercierai jamais assez pour cela.

Ils se regardèrent en silence et Allan tendit une main amicale à Terry qui la serra avec vigueur, scellant ainsi dans un pacte silencieux, le début d'une nouvelle amitié. Les deux jeunes femmes revinrent alors, souriantes et en pleine discussion.
  • Candy, j'ai été bien impolie, dit Suzanne en rejoignant leurs maris respectifs au salon, je ne t'ai pas présenté mon mari, Allan Montgomery. Allan, je te présente Candice, qui se trouve être la sœur de ton ami Albert André et qui est, d'après ce que je sais, une excellente infirmière.
  • Appelez-moi Candy, dit-elle en lui tendant la main. Docteur, j'étais déjà admirative de votre travail lorsque je travaillais à Chicago mais quand je vois les prodiges que vous avez réalisés avec Suzanne, je ne peux que vous féliciter.
  • Attention ! répondit-il avec un sourire. Je ne vous appellerai Candy que si vous m'appelez Allan, comme le fait Albert ! Alors, comme ça vous étiez infirmière à Chicago ?
  • Oui, à l'hôpital Sainte Joanna pendant un temps, puis à Los Angeles et ensuite je suis partie pour l'Europe et j'ai travaillé avec l'Ambulance Américaine à Paris, avant d'être rattachée à la Croix-Rouge.
  • Je vous admire d'être partie là-bas, dit-il avec un regard lointain. J'ai tellement entendu mon père et mon grand-père me raconter la boucherie qu'est la guerre que... je n'aurais pas pu. Et je sais déjà que je vais avoir énormément de travail dans les temps qui viennent.
  • Vous pouvez en être sûr, dit Candy en baissant la tête.

Terry savait qu'elle avait les larmes aux yeux et il resserra son étreinte autour de sa taille.
  • Et bien, dit Suzanne, avant que vos invités n'arrivent, on va essayer de parler de choses un peu plus gaies ; je souhaitais vous annoncer une bonne nouvelle... Je vous demanderai de ne pas l'ébruiter pour l'instant mais je voulais que vous soyiez parmi les premiers à l'apprendre. Dans sept mois, Allan et moi allons avoir un bébé !
  • Oh, Suzanne, c'est magnifique pour vous deux ! dit Candy en l'embrassant spontanément.
  • Félicitations ! ajouta Terry en serrant la main d'Allan.

La porte d'entrée résonna à nouveau et Candy fit la connaissance de Robert Hathaway et de son épouse Carole. Quelques secondes plus tard, Karen Clease arrivait avec son fiancé.
A partir de cet instant, Candy se sentit transportée dans un univers qu'elle ne connaissait pas. Terry ne la lâchait pas d'une semelle, lui présentant les différents convives et s'assurant qu'elle ne manquait de rien. Il était toujours près d'elle, le bras passé autour de sa taille et il ne perdait aucune occasion d'être attentionné ou de déposer un baiser discret sur ses lèvres.

Les conversations tournaient autour du monde du spectacle et surtout de Broadway. Elle discuta un petit moment avec Karen Clease, qui était désormais considérée comme l'une des meilleures actrices de Broadway. Cette dernière paraissait plus épanouie, plus sûre d'elle et elle eut même une amicale conversation avec Suzanne.
Karen félicita également Candy pour l'effet positif qu'elle avait sur le caractère taciturne de Terry.
  • Je vous assure, ajouta-t-elle en riant, avant qu'il ne vous épouse, nous marchions tous sur des œufs avant de lui adresser la parole mais aujourd'hui, il lui arrive même parfois d'être aimable !
  • C'est totalement vrai ! renchérit Robert Hathaway en déclenchant l'hilarité de leur petit groupe.

Terry les rejoignit alors, apportant un jus de fruit à Candy. Il avait entendu la fin de leur conversation et arborait un sourire qu'ils ne lui avaient pas vu très souvent.
  • Ma femme est une bénédiction du ciel, dit-il simplement en embrassant la tempe de Candy après avoir passé un bras autour de sa taille.

Quelques heures plus tard, les invités étaient tous partis et Candy se démaquillait devant sa coiffeuse. Terry entra dans la chambre après avoir fermé toute la maison. Il la regardait en souriant et elle lui demanda de l'aider à dégrafer son collier en soulevant ses cheveux.
Il s'obtempéra aussitôt, profitant de l'occasion pour lui embrasser la nuque et les épaules.
  • Tu étais merveilleuse, ce soir, mon ange, murmura-t-il dans un souffle. Tu as su séduire tout le monde avec ta gentillesse et ta beauté, je te remercie d'avoir été une aussi remarquable hôtesse.

Elle se tourna vers lui sans un mot, et le regarda avec des yeux chargés d'amour. Elle lui ôta sa veste avant de desserrer sa cravate et déboutonna son gilet et sa chemise avec des gestes lents assortis d'effleurements sensuels. Terry adorait la regarder faire, elle semblait hésiter entre l'envie et la pudeur, comme souvent. Mais les océans de délices qu'il traversait sous ses caresses l'empêchaient de l'arrêter.

Tout en le regardant droit dans les yeux, elle dégrafa son pantalon et posa sa main sur l'entrejambe de son mari qu'elle caressa avec application, cherchant sur le visage de Terry les signes du plaisir qu'elle lui procurait. Il ferma les yeux et attrapa les mains de Candy pour l'empêcher de poursuivre.
Il rouvrit les yeux et fit brusquement tourner Candy avant de l'attirer contre lui vigoureusement. Elle sentait le désir éloquent de son époux contre ses reins et en fut retournée.
  • Ça me rend fou quand tu me touches comme ça, murmura-t-il d'une voix rauque en déboutonnant sa robe avec dextérité. En as-tu seulement idée ? Sais-tu seulement ce que tu déclenches, ce que tu provoques en agissant ainsi... sais-tu à quel point tu exacerbes mon désir ? Te rends-tu comptes de la violence de l'incendie que tu allumes en moi ? Tes caresses sont divines, mon amour.

Sa robe tomba finalement à terre et elle tourna son visage vers lui, plongeant dans les profondeurs iridescentes de son mari. Il prit sa bouche dans un baiser possessif à la violence contenue, tout en ôtant la combinaison de soie qui recouvrait encore son corps d'albâtre. Ils s'envolèrent à nouveau tous les deux pour des territoires de plaisirs infinis qu'ils ne partageaient qu'avec eux-mêmes.

*****

Le lendemain, Éléonore rejoint Candy chez elle. Terry était au théâtre et préparait avec Robert les premières auditions pour monter Henry VIII. Les deux femmes prenaient le thé dans la véranda derrière la maison et discutaient avec complicité de divers sujets mais surtout du bébé que portait Candy.
  • Éléonore, vous êtes merveilleuse avec moi. Je ne sais comment vous remercier... dit Candy avec un sourire des plus sincères. Je me serai sentie bien seule si vous n'aviez pas été là. Si ma fin de grossesse est si sereine, c'est aussi grâce à vous.
  • Je te l'ai déjà dit, Candy. La vie m'a donné un fils merveilleux mais tu es pour moi la fille que je n'ai jamais eue. Je suis heureuse de pouvoir être à tes côtés alors n'hésite pas à me demander quoi que ce soit. Si je peux te faciliter la vie, ce sera avec un grand plaisir que je le ferai.
  • Puis-je vous poser une question indiscrète, Éléonore ?
  • Ce ne sont pas les questions qui sont indiscrètes, Candy, répondit Éléonore avec un sourire, seules les réponses le sont. Demande-moi ce que tu veux.
  • Pourquoi n'avez-vous jamais refait votre vie ? Vous êtes si belle, vous étiez si jeune, vous auriez pu avoir d'autres enfants...
  • Candy... dit doucement Éléonore, les yeux perdus dans le vague. Je... j'ai aimé le père de Terry bien plus que de raison. Au point d'y laisser mon honneur et... et pourtant, je ne regrette rien.
    Richard m'a donné le plus merveilleux petit garçon du monde et... même quand il est parti, quand il l'a emmené, je savais que c'était pour son bien. Tu sais Candy, je crois que l'histoire que j'ai vécue avec le père de Terry était, par certains côtés, assez similaire à la vôtre.
    Au fond, je savais que son père agissait au mieux pour Terry et... j'ai fini par penser qu'il avait raison, si j'aimais vraiment Terry, je devais lui permettre de rester auprès de son père qui pouvait lui assurer un avenir et une situation. Si on avait appris que Terry était le bâtard d'une actrice, parce que c'est comme ça qu'ils l'auraient appelé, il n'aurait pu bénéficier de l'héritage de son père et de ses titres. Et puis, je savais que son père l'aimait profondément. Sinon, il n'aurait pas fait tout cela pour lui, tu comprends ? J'ai fait un sacrifice, mais je l'ai fait par amour, tout comme toi.
    Je sais que Terry en veut beaucoup à son père mais... Richard et moi avons connu une véritable histoire d'amour. Seulement, c'était il y a longtemps et... j'étais une actrice et il était duc... Je ne pouvais que lui nuire, ruiner sa réputation et ridiculiser son nom.
    Comme toi, il a fallu un jour que je fasse un choix qui m'a vidé le cœur à jamais... Je pensais que c'était mieux pour tous les deux, pour Richard et Terry... et je les ai laissés partir la mort dans l'âme. Terry avait trois ans et... si la femme de Richard l'avait élevé avec amour, il aurait eu une enfance bien plus heureuse. Si j'avais su... Il m'a tant manqué, toutes ces années, si tu savais... Je ne l'ai revu que deux fois, ensuite. Une fois, alors qu'il avait six ans mais Richard n'a jamais voulu me laisser les approcher... Et puis, il y a eu ce Noël en 1911. Il est venu me voir par surprise et j'ai pris peur... Non pas pour moi, contrairement à ce qu'il a pu croire... mais pour lui, pour son avenir en tant que membre de la famille Grandchester...
    Personne ne devait savoir que sa mère n'était qu'une simple actrice américaine... J'ai d'abord cru que son père et lui étaient ensemble à New-York mais dès que j'ai compris qu'il était venu seul, je suis partie à sa recherche et je l'ai suivi en Angleterre, puis en Écosse. Quant à la suite de l'histoire, tu la connais déjà... Et pour ce qui est de moi... et bien... je crois que je n'ai plus jamais été capable de... Mon cœur s'est...
  • Pardonnez-moi, Éléonore, je réveille de biens mauvais souvenirs avec mes questions et ma curiosité. Je suis désolée si je vous ai causé de la peine.
  • Ne sois pas désolée, Candy, tu as le droit de savoir. Tout cela fait partie de Terry, de son histoire, de sa vie. Tu es sa femme et bientôt la mère de son enfant, je n'ai pas pu le raconter à mon fils mais je suis heureuse que tu saches tout cela.
  • Éléonore, si je vous ai demandé cela, c'est aussi à cause du père de Terry... J'ai bien peur que Terry n'ait hérité de son arrogance mais aussi de son orgueil et... pour l'avoir vu avant mon départ de Londres il y a cinq ans, je pense aussi qu'il aime son fils bien plus qu'il n'a été capable de lui dire ou de lui montrer. Pour preuve, il a décidé de laisser Terry vivre sa vie selon ses désirs, de ne pas le poursuivre. Aujourd'hui, j'aimerais avoir votre avis... il va être grand-père et j'aimerais qu'il le sache. Je voudrais lui laisser une chance de renouer avec son fils et de faire la connaissance du bébé... Je veux lui laisser ce choix... mais Terry ne veut pas entendre parler de son père. Je me rends compte que cela le met en colère, même s'il essaye de se contenir, et il se renferme sur lui-même dès que j'essaye d'en parler.
  • Tu as raison, Candy, répondit Éléonore avec un sourire, Richard et Terry sont aussi orgueilleux et arrogants l'un que l'autre. Mais je comprends ce tu veux faire et tu as mon appui. Je ne peux pas écrire à Richard moi-même, il le prendrait trop mal mais... tu pourrais l'inviter pour la première de la pièce de Terry... ou pour la naissance du bébé mais... je choisirai plutôt le théâtre si j'étais toi. Mais surtout parle-lui de son futur petit-enfant.
    Tu as pu me rapprocher de mon fils, peut-être réussiras-tu avec son père, qui sait ? Et d'après ce que tu m'as dit, tu as pu toucher son cœur une première fois alors...
    Richard n'est pas mauvais, tu sais... il est juste... prisonnier de ce rôle que la bonne société de Londres lui a imposé. Terry a eu le courage de refuser tout cela et je suis sûre qu'il l'admire beaucoup pour cela. Et... il doit savoir que...

Éléonore s'interrompit brusquement en entendant la voix de Terry qui les appelait depuis la maison.
  • Ah, vous êtes là ! dit-il en entrant avec un grand sourire. Les deux plus belles femmes de New-York !

Il s'approcha des deux femmes et les embrassa avec affection et tendresse.

*****

Quelques jours plus tard, Candy était dans son boudoir, elle venait d'écrire à Albert, Annie, Patty et Flanny pour les inviter à assister à la première de Terry qui aurait lieu en mars prochain, à Broadway.
Elle attendait la naissance du bébé et s'occupait de sa maison, choisissant la décoration avec l'aide d'Éléonore. Candy avait vite sympathisé avec Arthur et Jane, le couple que Terry avait engagé. Elle participait à tout, les surprenant chaque jour un peu plus par sa spontanéité, sa générosité et sa simplicité. Ils s'étaient très vite pris d'affection pour le jeune couple et étaient ravis de savoir que le bébé serait bientôt là. Maintenant, elle hésitait à écrire au père de Terry mais elle finit par se décider.

"Votre Grâce,

Vous avez déjà dû faire la connaissance par le passé de certains membres de la famille André de Chicago. Lorsque nous nous sommes rencontrés au Collège Royal de Saint-Paul, je m'appelais encore Candice André.
Je regrette d'avoir à vous rappeler de si mauvais souvenirs mais nous avions à l'époque eu l'occasion de discuter du départ de votre fils, Terrence. Je ne vous remercierai jamais assez de la bonté et du sacrifice que vous avez fait à l'époque pour respecter les choix de Terry et favoriser ainsi son bonheur.

Je voudrais vous dire à quel point vous avez eu raison. Terry est aujourd'hui quelqu'un d'admiré et de respecté. Il mène sa carrière à Broadway avec tout le succès que vous pouvez imaginer et son talent est reconnu par tous. Et c'est un peu grâce à vous puisque vous lui avez permis de réaliser ses rêves.

Après plusieurs années de séparation durant lesquelles nous ne nous voyions que de loin en loin, Terry et moi nous sommes mariés en France le 14 septembre 1917. Je travaillais alors à Paris à l'hôpital de l'Ambulance Américaine et j'ai été démobilisée au mois de novembre dernier. Aujourd'hui, je porte votre nom avec une grande fierté et ma vie auprès de votre fils est un bonheur quotidien. Mais ma plus grande joie est de porter en mon sein l'enfant de votre fils, qui doit naître bientôt.

C'est pour cette raison que je me permets de vous écrire aujourd'hui. Je sais que Terry ne vous a donné aucune nouvelle depuis son départ de Londres mais je tenais à ce que vous sachiez tout cela.

Je ne tiens pas à vous importuner, croyez-le bien mais si vous éprouviez l'envie de nous rendre visite à New York, je serais ravie de vous recevoir. Soyez certain que je vous ennuierai plus jamais avec mes lettres si vous décidiez de ne pas donner suite à mon courrier.

Le cas échéant, vous trouverez ci-joint une invitation pour la première représentation du prochain spectacle dans lequel votre fils a le premier rôle et qui aura lieu en mars. Il s'agit d'une pièce de William Shakespeare, Henry VIII. Cela pourrait être une bonne occasion de vous voir et vous pourriez ainsi constater à quel point votre fils est merveilleux, c'est un acteur et une personne remarquable. Je serais également heureuse de pouvoir vous présenter votre petit-enfant, si vous le souhaitez.

Pardonnez-moi encore si vous ne souhaitiez plus avoir de nos nouvelles. Je vous assure encore une fois que je ne vous ennuierai plus jamais avec tout cela.
Avec mes sincères et respectueuses salutations.

Candice N. André Grandchester"


Candy referma sa lettre le cœur battant. Elle l'enverrait avant le retour de Terry.
Si elle avait craint au début de cacher ses intentions à Terry, Éléonore l'avait soutenue en lui rappelant que ce n'était pas la première fois qu'elles agissaient toutes deux en secret dans le bien de Terry.
Elle avait longuement hésité mais elle savait qu'il fallait tenter d'améliorer les choses. Dans le pire des cas, de toute façon, il ne se passerait rien. Mais elle espérait vraiment avoir des nouvelles du père de Terry.

*****

New-York, le 28 janvier 1919
Candy termina sa lettre pour mademoiselle Pony et Sœur Maria. Elle avait passé un merveilleux Noël en leur compagnie avec tous ses amis, sa famille et les enfants de l'orphelinat.
Pour le Nouvel An, Terry avait invité Candy à dîner dans un restaurant panoramique de New-York. C'était la première fois qu'il fêtaient ensemble l'anniversaire de leur rencontre, sept ans plus tôt. Et comme pour leur rappeler la magie de cet instant, une forte brume s'était levée sur l'Hudson et ils rentrèrent chez eux avec l'impression que le passé les rattrapait.

La vie de Candy à New-York avait pris un cours régulier mais l'hiver durait et sa grossesse commençait à lui peser. Elle avait de plus en plus de mal à se mouvoir alors même qu'elle trépignait d'envie d'aller courir et de reprendre une activité. Le médecin lui avait dit qu'elle devrait attendre encore deux semaines au minimum mais elle trouvait le bébé très "pesant" ces derniers jours.
Terry était beaucoup plus absent ces derniers temps, les répétitions d'Henri VIII avaient commencé et il travaillait toute la journée jusque tard dans la soirée. Il arrivait en général à vingt-et-une heures passées mais il lui avait promis de rentrer plus tôt ce soir-là.
C'était son anniversaire et elle tenait à ce qu'ils le fêtent ensemble. Éléonore devait venir à vingt heures pour dîner avec eux et Jane avait préparé un copieux dîner pour l'occasion. Elle s'était à présent absentée pour faire des courses et ne reviendrait pas avant quelques heures.

Il était à peine quinze heures et Candy décida d'aller marcher jusqu'à la colline de la propriété d'où elle avait une magnifique vue sur l'Hudson. Son ventre la tiraillait par intermittence depuis la fin de la matinée, après son bain. Elle avait essayé de s'allonger mais cela ne l'avait pas détendue.

Même si elle marchait péniblement, l'air vivifiant lui fit du bien et elle se sentit régénérée par le soleil qui brillait sur la neige et donnait au paysage une luminosité extraordinaire. Arrivée sur la colline, elle se rendit compte que son ventre la tiraillait de plus en plus douloureusement et elle décida de s'asseoir pour se reposer un peu.

Elle se sentit vite mieux et décida de rentrer à la maison pour boire une tasse de thé. Cependant, en se relevant, une douloureuse contraction lui coupa le souffle et elle se plia en deux de douleur.

"Oh non ! Pas ici ! Calme-toi Candy, pensa-t-elle en inspirant profondément. Tu sais bien qu'il te reste largement le temps de rentrer à la maison. Et puis je n'ai même pas perdu les eaux. Il faut quand même que je me dépêche, les premières contractions ne devraient pas être aussi douloureuses... C'est à n'y rien comprendre... ouïe !!! Pourquoi est-ce que ça m'arrive maintenant alors que Jane et Arthur sont sortis... Allez, Candy..."

Elle commença sa progression vers la maison mais une nouvelle contraction douloureuse la laissa à genoux dans la neige. Elle essayait de maîtriser sa respiration sans la bloquer et réussit à retourner chez elle tant bien que mal mais elle se sentait inquiète. Les contractions étaient de plus en plus fréquentes et bien trop rapprochées, ça ne devait pas être aussi rapide normalement.

Elle prépara une bassine propre et mit de l'eau à bouillir dans une immense casserole. Après ça, elle s'assit dans le vestibule près du téléphone et appela son médecin en lui expliquant la situation, il lui promit d'arriver avant une demi-heure et lui recommanda de rester allongée.
Il était seize heures et elle appela ensuite Éléonore et lui demanda de venir en insistant sur le fait qu'il était inutile de prévenir Terry pour l'instant.
  • Tu es vraiment sûre, dit Éléonore d'un ton inquiet ?
  • Oui, je suis sûre. Je suis infirmière, faites-moi confiance ! Ça va encore durer des heures et Terry sera rentré largement à temps et...

Éléonore l'entendit gémir au téléphone et devina qu'il s'agissait d'une contraction.
  • Éléonore, reprit Candy essoufflée, je n'ai jamais autant eu besoin d'une mère que maintenant. Je vous en prie... j'ai besoin de vous, venez maintenant !

Éléonore partit aussitôt et demanda à son chauffeur ahuri d'aller le plus vite possible.
Candy gagna sa chambre avec difficulté mais elle trouva le moyen d'enfiler une grande chemise de nuit en coton et d'étaler une alèse et plusieurs couches de draps propres sur le lit après avoir retiré le couvre-lit. Elle s'installa alors confortablement sur le lit, juste couverte d'un drap et essaya de contrôler sa respiration en attendant l'arrivée du médecin.
Quand Éléonore arriva à dix-sept heures, elle trouva la maison vide et se dirigea immédiatement vers la chambre où se trouvaient le docteur et Candy, alitée. Le médecin secouait la tête en marmonnant et s'arrêta immédiatement en reconnaissant l'actrice. Elle le regarda avec un sourire poli.
  • Oui, docteur, je suis bien Éléonore Baker mais vous êtes là pour ma fille, je crois ?
  • Oui, bien... bien sûr madame, répondit-il. Et bien, je suis désolé de vous demander cela mais je vais avoir besoin de votre aide.
  • J'ai tout préparé dans la cuisine, dit Candy avant de gémir et de serrer les dents. J'ai fait bouillir de l'eau et si vous avez besoin de linge supplémentaire, dans la commode, tiroir du bas.

Elle avait dit les derniers mots très vite et serra à nouveau les dents ; Éléonore sut que l'accouchement aurait lieu bientôt, les contractions étaient très rapprochées et semblaient vraiment douloureuses.
Elle se précipita à la cuisine et récupéra une grande bassine dans laquelle elle versa l'eau bouillante avant de remettre de l'eau à bouillir. Elle monta immédiatement la bassine au médecin qui la remercia.
Elle approcha un guéridon du bout du lit et posa la bassine dessus ainsi qu'une pile de linge propre.
Puis elle remplit un récipient d'eau fraîche et entreprit de baigner le visage de Candy avec douceur.
  • Docteur, demanda-t-elle au bout d'un moment, j'ai l'impression que les contractions sont très rapprochées et que l'accouchement va bientôt avoir lieu, c'est bien ça ?
  • Oui, figurez-vous que cette jeune femme, qui est infirmière, a confondu ses premières contractions avec des spasmes.
  • Mais docteur, je n'ai pas perdu les eaux... gémit Candy.
  • Si ! Vous les avez perdues ! Auriez-vous avez pris un bain ce matin ? demanda-t-il avec un sourire
  • Oui, docteur, répondit Candy en soufflant rapidement.
  • Et bien voilà où elles sont vos eaux, avec celles du bain ! Bon, écoutez, dit-il doucement, tout se passe bien, le col est presque complètement dilaté et le bébé est bien positionné mais ne poussez pas avant que je ne vous le demande, c'est compris ?
  • Je sais, docteur !
  • Bon, et bien moi, je vais prévenir Terry. Si je ne le fais pas maintenant, il m'en voudra indéfiniment. Candy, je reviens !
  • Je ne risque pas de bouger ! dit-elle avec une tentative de sourire qui se termina en grimace.

Éléonore redescendit dans le vestibule et appela le théâtre où Terry répétait. Elle demanda à parler à Terry mais le régisseur lui répondit qu'il avait insisté pour ne pas être dérangé.
  • Écoutez, il est dix-huit heures, dites-lui simplement que sa femme est en train d'accoucher et qu'il sera père dans moins de deux heures ou ne lui dites rien si vous vous sentez capable d'en assumer la responsabilité !

Et elle raccrocha sans attendre la réponse du régisseur. Elle savait pertinemment qu'il préviendrait Terry, mieux valait risquer de l'agacer que d'encourir sa fureur qui pouvait se révéler redoutable.
Elle remonta aussitôt auprès de la jeune fille et trempa un linge propre dans le récipient d'eau fraiche posé sur sa table de nuit. Elle recommença à éponger le front de la jeune femme.
  • Ça va bien se passer Candy, dit-elle doucement. Je reste avec toi, ma chérie, ajouta-t-elle en lui prenant la main. Tu t'en sors très bien.
  • Merci d'être là, dit la jeune femme dans un souffle. Je suis désolée, je... je pensais que les premières contractions seraient plus fortes... je ne me suis pas rendue compte. J'aurais du le savoir pourtant...
  • Candy... dit doucement Éléonore en souriant. Pendant deux années complètes vous n'avez soigné que des blessés de guerre et vous passiez vos journées en chirurgie ! Il est normal que vous n'ayez pas pensé à ça tout de suite.
  • Vous étiez en France ? demanda le médecin soudain intrigué.
  • Oui, docteur, répondit Candy dans un souffle. A Paris, à l'hôpital de l'Ambulance Américaine et...

Elle lâcha la main d'Éléonore pour agripper les draps avec force et sa belle-mère vit ses jointures blanchir. Elle baigna à nouveau le front de Candy pour essayer de la rafraîchir.
  • Bon, dit le médecin, le col est complètement dilaté et j'ai l'impression que ce bébé a très envie de sortir. En tout cas, ça se passe vite. Alors à partir de maintenant, Candy, vous bloquerez votre respiration en sentant venir la contraction et vous pousserez quand elle arrivera, mais doucement au début. Vous m'avez compris ?
  • Oui, docteur, je sais tout ça... gémit-elle avant de pousser.

Éléonore était impressionnée par Candy, elle ne criait pas, se contentant de serrer les dents et d'émettre quelques gémissements durant ses contractions. Elle-même se rappelait avoir hurlé en accouchant de Terry, elle n'avait pas oublié la douleur et était impressionnée par la maîtrise de soi que la jeune femme affichait. Ce que le médecin remarqua aussi.
  • Candy, dit-il finalement, la plupart des femmes que j'ai aidées à accoucher hurlent depuis longtemps quand elles en sont à votre stade. Je comprends mieux maintenant pourquoi vous avez confondu vos premières contractions avec des spasmes. Vous m'impressionnez, madame Grandchester.
  • Ce n'est pas si douloureux, docteur, répondit-elle. Avoir le corps brûlé par une bombe au phosphore, ça c'est douloureux. Mais, ces contractions... C'est juste très désagréable et extrêmement agaçant, finit-elle par crier dans un gémissement rageur en serrant de nouveau les dents avant de se mettre à pousser.

Au bout de longues minutes passées à l'aider à pousser, Éléonore entendit le médecin, féliciter Candy.
  • Vous êtes formidable, Candy, dit-il doucement, je commence à voir la tête, ne poussez plus maintenant... il va se mettre en place et quand je vous le dirai, vous pousserez très fort, vous m'avez compris.
  • Oui, docteur.

Ils entendirent alors le bruit d'un grand crissement de pneus monter de la rue, immédiatement suivi par un claquement de portière.
  • Les voilà ! murmura Candy entre deux contractions.
  • Je ne te laisse pas Candy, dit Éléonore en lui tenant la main.
  • Je parlais de Terry... ET du bébé... souffla Candy.
  • Allez-y Candy, maintenant ! dit le docteur. Je vois sa tête...
Terry déboula dans la chambre plus qu'il n'y entra et il se figea devant le spectacle qui s'offrait à lui. Candy était arque-boutée dans un violent effort alors que le médecin était penché sur elle.
Éléonore lui tenait la main mais se leva aussitôt quand il entra pour l'entraîner hors de la chambre.
  • Maman, tu es là, dit-il d'une voix blanche d'un air hébété et hagard... Comment va-t-elle ?
  • Elle est impressionnante et courageuse. C'est la fin de l'accouchement et... Attends ici, ça n'est plus qu'une question de secondes, maintenant.

Elle retourna dans la chambre pour découvrir Candy qui avait relevé le buste dans un dernier effort et Éléonore se précipita près d'elle pour la soutenir.
Le médecin l'encourageait à pousser et Éléonore eut l'impression qu'il s'agissait des trente secondes les plus longues de toute sa vie, jusqu'à ce qu'ils entendent le braillement du nouveau-né.
  • C'est fini, Candy, dit alors le médecin. Je vous félicite, vous avez un magnifique petit garçon.

Elle retomba sur le lit avec un grand sourire et il posa le bébé sur son ventre avant de se laver les mains. La jeune femme releva la tête et attrapa un drap propre pour envelopper le bébé qui avait arrêté de pleurer et gigotait doucement.
  • Laissez, Candy, je vais le faire, dit le docteur avec un sourire.

*****

Terry arpentait le couloir avec angoisse. Quand il était entré dans la chambre, il avait entendu Candy gémir et son visage, qui était trempé de sueur, s'était contracté en un effort qui lui avait paru extrêmement violent et douloureux. Il avait peur pour elle, il aurait voulu pouvoir rester auprès d'elle pour l'aider, lui tenir la main, la soutenir mais les seuls hommes admis en salle d'accouchement étaient médecins...

Il pâlit brusquement en entendant le bébé pleurer, Candy n'avait pas émis un cri... Il sentit subitement que ses jambes fléchissaient et il s'adossa au mur, se laissant glisser jusqu'à s'asseoir sur le sol, priant pour la santé de sa femme.

*****

Le docteur coupa le cordon et lava le bébé sous l'œil inquisiteur de Candy. Son fils avait recommencé à hurler quand il l'avait emporté et elle voulait qu'il soit très doux avec lui.
  • Tenez, dit-il en lui rendant le petit garçon qu'il avait délicatement emmailloté dans un drap propre. Alors, j'ai été si mauvais que ça ? demanda-t-il avec un sourire.
  • Vous avez été très bien, dit Candy, en attrapant son fils qu'elle serra aussitôt dans ses bras.

Il s'arrêta de pleurer dès qu'elle le prit contre elle, et elle fit enfin la connaissance de son fils. Un doux duvet sombre couvrait sa tête mais il gardait les yeux fermés. Ses mains minuscules s'ouvraient et se fermaient doucement, il se blottit contre sa mère avec un soupir aussi léger qu'un souffle et elle lui sourit. Elle leva la tête pour voir le visage d'Éléonore en larmes.
  • Asseyez-vous près de moi, dit Candy. Regardez comme il est beau. J'ai très envie de dire qu'il ressemble à son père mais... je ne l'ai pas connu bébé...
  • C'est vrai qu'il lui ressemble dit Éléonore avec émotion.
  • Candy... dit le médecin en souriant, je vais aller changer l'eau pour la délivrance mais...
  • Dites-lui de venir, dit-elle en souriant.
  • Je vais vous laisser, dit Éléonore, en embrassant le front de Candy. Mais ne t'inquiète pas, je ne pars pas, d'accord ?
  • Merci... Éléonore. Merci infiniment. Pour tout.

Le médecin sortit de la pièce et Éléonore le suivit. Terry se releva immédiatement et en voyant le visage de sa mère, il comprit que tout allait bien. Il se précipita dans la chambre pour retrouver Candy.
Elle était appuyée sur les oreillers et tenait un petit bébé dans ses bras. Elle avait l'air épuisé mais le sourire qu'elle lui adressa était plus éloquent que bien des mots. Il s'assit à ses côtés et l'embrassa avec une infinie douceur avant de poser les yeux sur son enfant.
  • Je te présente ton fils, dit doucement Candy sans quitter son mari des yeux. Il va très bien et sa maman aussi, dit-elle avec une infinie tendresse.

Il semblait hypnotisé par le bébé qui bougeait à peine dans les bras de sa mère. En vérité, Terry se sentait perdu face à ce petit être dont il avait désormais la responsabilité. Une immense bouffée d'amour grandit en lui pour les deux personnes qui lui faisaient face. Candy fut bouleversée par l'émotion qui traversait ses yeux et elle comprit qu'il craignait de le toucher.
  • Terry, dit-elle doucement, prends-le dans tes bras.
  • Il est si petit, Candy... je n'y arriverai pas.
  • Bien sûr que si, mon amour, répondit-elle en souriant. Viens, je vais te montrer.

Elle lui expliqua comment le tenir et lui déposa son fils dans les bras. Le petit garçon ne broncha pas mais il se décida finalement à ouvrir les yeux.
Candy vit des larmes de joie couler des yeux de son mari et elle sourit devant le tableau qui s'offrait à elle.
  • Bienvenue dans ce monde, Kyle Albert Grandchester, murmura-t-il d'une voix rauque.

Le médecin frappa à la porte et entra de nouveau dans la pièce avec une bassine d'eau chaude. Il fut ému par la scène à laquelle il assistait. Le père de l'enfant semblait hypnotisé par le petit garçon qu'il tenait entre ses bras, sous le regard attendri de la jeune maman.
  • Monsieur Grandchester, je n'ai pas tout à fait terminé mon travail. Cela vous ennuierait-il d'aller présenter votre fils à madame Baker, elle vous attend dans le couloir.
  • Candy va bien ? demanda-t-il inquiet.
  • Terry ! dit Candy avec un soupçon de reproche dans la voix. Je t'ai dit que j'allais bien.
  • Ne vous inquiétez pas, tout est parfaitement normal, répondit le médecin avec un sourire en lui serrant l'épaule pour le rassurer. Votre épouse est fatiguée mais c'est normal.

Terry regarda Candy qui lui sourit tendrement.
  • Elle l'a à peine vu, dit-elle doucement. Sa grand-mère mérite de le tenir à son tour, tu ne crois pas ?
  • J'y vais, alors, dit-il en se levant pour sortir de la pièce non sans avoir jeté à sa femme un regard empreint d'un amour profond.

Le médecin ramassa les linges sales et en fit un tas qu'il posa sous le guéridon.
  • Vous avez senti les dernières contractions ? demanda-t-il en souriant.
  • Je ne sais plus docteur... J'ai bien eu l'impression de sentir mon ventre se contracter mais je n'en suis pas sûre.
  • Je vais regarder... Ne bougez pas, dit-il doucement. Permettez-moi de vous dire que vous m'avez impressionné, tout-à-l'heure... la plupart des femmes hurlent à la mort et vous n'avez pas poussé un seul cri. Ça n'est pas fréquent, surtout pour un premier enfant.
  • Docteur... répondit-elle, ce n'est pas une souffrance si terrible, vous savez. En France, j'ai soigné des hommes qui avaient bien plus de raison de hurler de douleur et qui ne le faisaient pas.
  • La délivrance a eu lieu, Candy, dit-il en faisant le nécessaire. Je sais ce que vous avez vu en France, dit-il d'un ton amer. Mais ne pensons pas à cela, aujourd'hui, voulez-vous ? Aujourd'hui est un jour de joie pour votre famille. Les prochains jours, vous vous reposez ! C'est un ordre, compris ?
  • Oui, docteur, dit-elle en souriant. De toute façon, je ne me sens pas vraiment en état de faire la course, ni de discuter vos ordres...

Jane était rentrée des courses. Elle avait découvert, émerveillée, le petit garçon dans les bras de son père qui semblait incapable de prononcer un mot, fasciné par son fils. Elle entra dans la chambre et entreprit de faire un ballot des linges souillés après avoir aidé Candy à s'installer dans un lit propre.
  • Je suis tellement désolée d'avoir été absente aujourd'hui, dit-elle finalement. En tout cas, je peux vous dire que votre petit garçon est magnifique, Candy. Bon, je vais leur dire d'entrer maintenant. Appelez si vous avez besoin de quoi que ce soit, je vais vous préparer quelque chose à manger.
  • Merci, Jane mais...
  • Ne discutez pas aujourd'hui ! dit-elle en sortant. La maman est prête, ajouta-t-elle à l'attention de Terry et Éléonore qui s'extasiaient autour du bébé dans le couloir.

Terry entra dans la chambre et ses yeux plongèrent dans les profondeurs vertes du regard de sa femme. Il y lut tout l'amour qu'elle éprouvait pour lui et des lueurs de joie scintillaient dans ses yeux. Il déposa le bébé dans ses bras et embrassa Candy avec une infinie tendresse.
Éléonore avait approché une chaise du lit et s'assit près de Candy pendant que Terry fit le tour de lit pour venir s'asseoir à côté de sa femme en passant le bras autour de ses épaules dans un geste d'amour. De son autre main, il caressait la tête de son fils qui semblait extraordinairement calme dans les bras de sa mère.
Candy tendit sa main vers Éléonore qui l'attrapa aussitôt pour la serrer avec émotion.
  • Éléonore, dit Candy avec un sourire plein de larmes, merci d'avoir été à mes côtés du début jusqu'à la fin. C'était tellement important pour moi. Merci.
  • Candy... répondit Éléonore en laissant couler les larmes de ses yeux. Mon fils a raison, tu es une véritable bénédiction. C'est moi qui devrais te remercier pour cette famille que tu m'offres. Et je suis d'autant plus bouleversée que je me suis aperçue que tu avais raison, ce petit garçon ressemble énormément à son papa. Et je peux te le dire parce que je l'ai connu au même âge.
  • J'ai un service à vous demander, dit doucement Candy. J'aimerais que vous restiez avec moi, au début... Enfin, j'imagine que vous avez aussi un emploi du temps, mais je serai rassurée si je vous avais près de moi pour m'aider et...
  • Ne dis rien de plus, Candy, répondit-elle avec un sourire. Je n'ai rien sur mon agenda avant la fin du mois de février et je te promets de venir tous les jours. Au fait ! s'arrêta-t-elle subitement avant de se tourner vers Terry. Avec tout ça, j'ai oublié ton cadeau mais je te souhaite quand même un très bon anniversaire, mon fils !
  • C'est vrai... dit Candy, j'ai bien l'impression d'avoir quelque peu gâché le repas d'anniversaire préparé par Jane... Mais bon anniversaire, jeune papa ! dit-elle en tournant la tête vers Terry avec un sourire généreux.
  • Je ne suis pas prêt d'oublier le jour de mes 22 ans, Candy... Alors arrête de parler de repas gâché ! Parce que là tout de suite, je n'ai pas faim du tout !
  • En tout cas, il y en a un qui n'a pas l'air vraiment d'accord, dit Candy en déboutonnant sa chemise.

Très naturellement, elle positionna confortablement le bébé contre son sein et il se mit à boire en fermant les yeux sous le regard attendri de ses parents et de sa grand-mère.

*****

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