011 - Partie 1 - Chapitre 11 : De père en fils



ATTENTION

Ce chapitre comprend des scènes destinées à un public adulte.
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New-York, le 15 mars 1919


Candy se préparait pour assister à la première d'Henry VIII, Kyle avait six semaines et c'était la première fois qu'elle le laisserait tout seul avec la nourrice. Terry l'avait engagée un mois auparavant, et Candy avait vite découvert les qualités de Mary à qui elle faisait une totale confiance.


Ce soir, elle avait choisi de porter l'élégante robe Jeanne Lanvin qu'Eléonore lui avait offerte quelques mois plus tôt. La robe était cintrée sur ses hanches avec une ample jupe qui mettait en valeur sa silhouette presque retrouvée et elle était magnifiquement assortie aux émeraudes que Terry lui avait offertes. Elle avait fait venir un coiffeur qui lui avait relevé les cheveux en un magnifique chignon d'où tombaient de longues anglaises travaillées avec soin. L'ensemble mettait en valeur ses épaules la finesse de son cou, lui donnant une allure sculpturale. Elle tenait à faire honneur à Terry, tout particulièrement ce soir-là.

Encore une fois, elle regarda pensivement le feu qui brûlait dans sa chambre et se demanda si le père de Terry serait présent. Elle n'avait eu aucune nouvelle de lui et elle se demandait s'il viendrait réellement.
Elle soupira et se leva pour aller embrasser son fils une dernière fois avant de partir. Il dormait profondément et Candy écouta sa respiration régulière avec bonheur. Elle l'avait nourri quelques instants plus tôt et elle savait qu'il ne se réveillerait pas avant trois ou quatre heures du matin. De plus en plus souvent, il lui arrivait de dormir des nuits complètes et elle goûtait à nouveau au plaisir de dormir plus de quatre heures d'affilée. Elle caressa le duvet de sa tête une dernière fois et sortit de la pièce. Elle retourna dans sa chambre pour y prendre sa pochette et la cape de soie qui était assorties à la robe.

Albert et Alexandra, qui était de nouveau enceinte, étaient arrivés à New-York quelques jours plus tôt et, bien que Terry soit très pris et très préoccupé par ses dernières répétitions, ils s'étaient tous retrouvés avec grand plaisir.
Malheureusement Annie et Archie n'avaient pu venir en raison d'un problème de santé d'Adrian qui se remettait d'une fièvre infectieuse. Alistair, quant à lui, était resté à Chicago car il passait actuellement des tests pour devenir pilote pour le service de poste aérienne.

Ils partirent tous les trois pour le théâtre et Éléonore les rejoint dans le couloir, face à leur loge privée. Elle était coiffée d'une perruque brune pour éviter d'être reconnue. Elle paraissait très nerveuse et se pencha vers Candy.
  • Ecoute, Candy, lui dit-elle doucement, je vais me dépêcher d'aller dans ma loge. Je crois que tu as réussi car il m'a semblé voir Richard dans le hall, il y a quelques minutes. Je ne voudrais pas que ma présence puisse être un problème alors, je m'éclipse...
  • Si je ne vous revois pas ce soir, promettez-moi de venir demain à la maison pour déjeuner, c'est d'accord ?
  • Je serai là, Candy. Je me sauve, à tout-à-l'heure ! Et... j'ai eu raison de t'offrir cette robe, dit-elle avec un sourire, tu es époustouflante !

Albert la vit partir précipitamment et il souleva un sourcil intrigué qui sollicitait une explication de Candy.
  • Je t'en ai parlé, Albert, dit-elle à voix basse. J'ai envoyé une invitation au père de Terry et Eléonore pense l'avoir vu dans le hall. Je lui ai fait envoyer une place pour assister à la pièce depuis notre loge.
  • Tu as bien fait, petite sœur, et il est possible que tu réussisses à les réconcilier, répondit-il en embrassant sa tempe. Nous irons voir la pièce avec Éléonore pour que vous puissiez vous parler.
  • Tu es sûr, Albert ? demanda-t-elle un peu inquiète.
  • Fais-moi confiance, Candy ! dit-il avec un sourire très tendre. Je suis certain qu'Eléonore n'y trouvera rien à redire, bien au contraire.

Alexandra revenait de la salle réservée aux dames et, derrière elle, Candy vit apparaître un homme à l'élégance soignée. Elle pâlit légèrement : c'était bien le père de Terry, il avait vieilli depuis qu'ils ne s'étaient vus. Il parut la reconnaître et s'approcha d'eux avec cette démarche gracile et féline dont Terry semblait avoir hérité. Candy avait hésité un instant, mais elle s'avança vers lui avec un timide sourire.
  • Lord Grandchester ? Je suis ravie que vous ayez pu venir, Votre Grâce, lui dit-elle avec . une légère révérence. Permettez-moi de vous présenter mon frère, William Albert André et son épouse Alexandra.
  • Bonsoir Candice,  Madame, dit-il en s'inclinant devant les jeunes femmes à qui il fit un baise-main. Monsieur André, je suis enchanté de faire votre connaissance, ajouta-t-il pour Albert.


Il s'exprimait avec cet élégant accent britannique et son port très raffiné et aristocratique rappela à Candy combien Terry et son père avaient de points communs.
Albert prit alors congé et emmena Alexandra vers "leur loge" car le spectacle allait bientôt commencer. Candy invita son beau-père à entrer la loge qui leur était réservée et il l'aida à s'asseoir avec tout le savoir-vivre dont il semblait coutumier.
  • Candice, dit-il d'une voix chaude et profonde, je me dois tout d'abord de vous remercier pour votre lettre ainsi que pour votre invitation. J'en ai été très ému, d'autant que je n'espérais plus de nouvelles même si j'ai suivi de loin en loin la carrière de mon fils. Vous m'avez comblé de joie en m'annonçant que j'allais avoir un petit-enfant. Je ne savais même pas que Terry s'était marié. Je suis heureux que ce soit avec vous. Vous avez toujours fait preuve de nobles qualités de cœur.

Il se tut un instant et garda les yeux fixés dans le vague. Candy était impressionnée par cet homme si sûr de lui mais qui s'efforçait de masquer ses fortes émotions derrière son flegme et sa pudeur très britanniques.
  • Il s'appelle Kyle Albert Grandchester, dit-elle doucement. Il nous a fait la surprise de naître le jour de l'anniversaire de son père à qui il ressemble beaucoup d'ailleurs et... je regrette vraiment de ne pas vous avoir écrit plus tôt.
  • Candice, nous sommes désormais de la même famille, et je vous prie de m'appeler Richard, voulez vous ? Et ne vous excusez pas. De rien. Je n'ai pas été très tendre avec vous par le passé, avec Terry non plus d'ailleurs. Je n'ai pas su le comprendre, ni l'écouter à l'époque. Jusqu'à ce qu'il soit trop tard.
    Vous savez, cette dernière année a été difficile pour moi, j'ai perdu mon épouse qui a succombé à la grippe espagnole et j'ai eu énormément de temps pour penser à beaucoup de choses. Votre lettre m'offre une véritable opportunité de tenter de réparer mes erreurs passées. Mais... je dois bien avouer que je n'aurais pas osé prendre cette initiative de moi-même.
  • Richard, dit-elle les larmes aux yeux. Je voulais faire quelque chose pour que vous ayez une chance de vous rapprocher de Terry mais je ne lui en ai pas parlé. Il est... si fermé quand il s'agit de vous.
  • Ne vous inquiétez pas, Candice. Je m'en doutais car j'ai bien peur d'avoir légué à mon fils mon orgueil stupide. Et c'est à moi qu'il appartient de réparer ce que j'ai gâché. Sachez seulement que je vous remercie de m'avoir offert cette chance. Et quoiqu'il advienne, dit-il en la regardant dans les yeux, j'aimerais que de temps à autres vous me donniez des nouvelles. Et si je ne le vois pas, envoyez-moi un jour une photo de mon petit-fils.
  • Appelez-moi, Candy, s'il vous plait. Je veux que vous veniez le voir demain et je vous promets de..

Elle se tut immédiatement en écoutant retentir la sonnerie qui annonçait le début du spectacle et les lumières baissèrent doucement.
  • C'est la première fois que je vais le voir jouer, murmura le père de Terry d'une voix enrouée.
  • Il a énormément de talent, vous verrez... ajouta doucement Candy.

Quand les lumières se rallumèrent pour l'entracte, le père de Terry regarda Candy avec émotion.
  • Il a vraiment hérité du talent de sa mère... Ce soir j'ai vu Henry VIII en personne et j'en ai oublié qu'il était mon fils.
  • C'est le plus beau compliment que vous pourrez lui faire, dit Candy avec un sourire.
  • Éléonore n'est pas ici ? lui demanda-t-il après un silence.
  • Elle est dans sa loge, mon frère et son épouse sont avec elle, répondit-elle simplement.

Il se tut et regarda à nouveau dans le vide. En le voyant ainsi, Candy eut l'impression de retrouver Terry. Il avait fréquemment cet air pensif et perdu alors qu'ils étaient au Collège Saint-Paul. Mais elle n'avait pas vu souvent cet air sombre sur le visage de son mari, ces derniers temps.
  • Voulez-vous que nous allions la voir ? demanda doucement Candy.
  • Je ne suis pas sûr qu'elle accepterait de m'adresser la parole, vous savez.
  • Vous vous trompez. Elle vous comprend mieux que vous ne le pensez. Je suis certaine qu'elle acceptera de vous parler.

Il la regarda droit dans les yeux sans un mot avant de détourner la tête.
  • Je suppose qu'une réception est organisée après la représentation... dit-il à voix basse. Je ne m'y rendrai pas, Candy. Je ne veux pas gâcher la fête de Terry mais... si vous le voulez bien, alors j'accepte votre proposition de passer vous voir demain, chez vous. En espérant que Terry accepte de me parler... Mais... N'essayez pas d'intervenir, je ne voudrais pas qu'il vous en veuille par ma faute.
  • Ne croyez pas...

Ils furent interrompus par des coups légers frappés à la porte.
  • Oui, entrez, dit Candy.

Éléonore apparut dans l'entrebâillement de la porte avec un sourire pour Candy.
  • Candy, excusez-moi de vous interrompre mais... je pense qu'il serait bon que Richard et moi ayons une conversation. Allez rejoindre Albert et Alexandra, ils vous attendent pour prendre une collation. Candy, ne me regardez pas comme ça et cessez de vous inquiéter. Allez-y, ma chérie.

Candy sortit de la pièce avec un dernier regard pour les parents de Terry. Richard lui adressa un léger signe de tête et elle ferma la porte.
  • Bonjour Éléonore, dit Richard en se levant, assieds-toi je t'en prie.
  • Merci, Richard. Écoute, je vais aller droit au but. Candy m'avait prévenue qu'elle te contacterait. Elle espère que Terry et toi puissiez vous réconcilier et je l'ai soutenue dans son projet. Je suis contente que tu aies répondu favorablement à sa requête et que tu sois venu. Mais cette soirée est particulière pour Terry et...
  • Ne t'inquiète pas, Éléonore, je ne compte pas lui gâcher sa soirée. Je voulais juste le voir jouer et... je l'ai trouvé formidable. Il a hérité de ton extraordinaire talent, tu sais. Candy m'a proposé de passer chez eux demain et j'essayerai d'avoir une conversation avec lui à ce moment-là.
  • Il s'est construit tout seul. Quand il est arrivé à New-York, je ne savais même pas qu'il était là... je ne l'ai découvert qu'en lisant son nom dans la distribution d'une pièce. Aujourd'hui... ton fils est non seulement un acteur reconnu mais il est aussi devenu l'un des producteurs de la pièce.
  • J'ai un peu suivi son parcours dans la presse, dit Richard, même si ce fut un peu difficile... Je suis heureux de savoir qu'il va bien. Il a une femme qui l'aime et il a réussi sa vie... C'est bien. Et maintenant, il est père à son tour...
  • Ils sont très heureux et Kyle est tout le portrait de son père... dit-elle avec un sourire. Mais il est beaucoup plus calme que ne l'était son père au même âge. C'est un enfant délicieux. Tes enfants et ton épouse sont également venus à New-York ? demanda-t-elle après un silence.
  • Ma femme est morte l'an passé de la grippe mais les enfants vont bien, malgré la tristesse de la situation. Ils étudient au Collège Saint-Paul pour les deux plus grands et le petit dernier est gardé par sa tante qui lui fait faire un stage de voile.
  • Je suis désolée, dit-elle en baissant les yeux. Excuse-moi, Richard, j'ai été maladroite. Je... Je crois que je vais te laisser maintenant.
  • Non, Éléonore, attends s'il te plaît ! dit-il aussitôt en lui prenant la main. Si tu le veux bien... Je souhaiterais t'inviter à souper après la représentation. A moins que tu n'ailles à cette réception, bien sûr, auquel cas ce sera le soir que tu voudras. J'aimerais que nous prenions du temps pour parler, si tu l'acceptes. Il y a des choses qu'il faut absolument que je te dise.

Éléonore releva les yeux pour le regarder avec attention.
  • Je suis d'accord pour souper avec toi ce soir, dit-elle finalement avec un demi-sourire, avant de lui retirer sa main. La représentation va reprendre, je vais regagner ma loge et je t'attendrai dans le hall tout-à-l'heure.
  • Éléonore ! dit-il en se levant alors qu'elle quittait la loge.

Elle se retourna pour le regarder et le trouva différent.
  • Merci, ajouta-t-il. Je ne te l'ai jamais dit, mais merci. Pour tout.
  • Nous nous verrons tout-à-l'heure, Richard.

*****

Terry sentit une vague de fureur et de rage l'envahir. En arrivant dans sa loge, il claqua la porte avec une grande violence. Pendant l'entracte, il avait écarté un coin du rideau pour voir s'il pouvait apercevoir Candy dans sa loge, peut-être y serait-elle restée pour être au calme... Il y avait bien quelqu'un dans sa loge, mais ce n'était pas elle... Il y avait vu sa mère et... et son père. Le duc de Grandchester était là !

"De quel droit ! pensa-t-il en arpentant furieusement sa loge. De quel droit se permet-il d'intervenir dans ma vie à nouveau ! Nom de dieu ! Et il est dans la loge de Candy, j'espère qu'elle va bien et qu'il n'a pas été désagréable avec elle..."

Il avait posé les deux mains sur sa table de maquillage et se regardait dans le miroir. Tout d'un coup, la lumière se fit dans son esprit.

"Candy... pensa-t-il subitement. Dis-moi que ce n'est pas toi ! Bien sûr que si, c'est toi qui l'as fait venir. J'en suis sûr maintenant !... Il a fallu que tu t'en mêles, c'est vraiment plus fort que toi !"

De colère, il fracassa sur le sol l'un des vases de fleurs qui ornait sa loge.
  • Terry, je peux savoir ce qu'il se passe ? dit Robert en entrant sans frapper. Je te rappelle que le spectacle reprend dans cinq minutes.
  • Ce n'est rien, Robert. Tout va bien, dit Terry en se redressant. Je suis prêt, ne t'en fais pas.
  • Écoute, Terry. Je sais que tu n'aimes pas te confier, reprit Robert, mais nous sommes associés maintenant et... j'avais plutôt l'impression que tout allait bien dans ta vie ces derniers temps.
  • Tout va bien, Robert. C'est un problème avec mon père mais je te garantis que ça n'affectera pas mon travail, dit Terry avec détermination
  • Comme tu veux. Allez, prépare-toi, ça va être à toi. Je vais appeler pour qu'on nettoie tout ça.

*****

Terry avait utilisé sa colère pour donner le meilleur de lui sur scène et il en avait été récompensé par un tonnerre d'applaudissements. La pièce avait été très applaudie et toute la troupe semblait ravie.
Il avait terminé de se démaquiller et de se changer quand il entendit de légers coups frappés à la porte.
  • Entrez, dit-il avec brusquerie.

Il se retourna pour voir Candy qui entrait dans sa loge avec un merveilleux sourire. Il fut frappé par sa beauté et par la séduction qui émanait d'elle. La robe qu'elle portait soulignait sa silhouette fine et harmonieuse et elle portait les bijoux qu'il lui avait offert. Ses cheveux étaient magnifiquement coiffés et il resta sans voix devant l'apparition qui s'avançait vers lui avec un sourire si extraordinaire. C'était aussi la première fois qu'elle venait dans sa loge après une première au théâtre.
S'il avait pu ressentir de la colère, elle s'était évanouie à l'instant même où Candy était entrée. Les jours passaient et il ne se lassait pas de l'avoir à ses côtés, au quotidien.
  • Terry, tu as été merveilleux. Et tout le public a été impressionné par ta performance, vous avez été si longuement applaudis. Si tu savais comme je t'ai trouvé fantastique...

Elle ne put terminer sa phrase. Il s'était approché d'elle et l'avait serrée dans ses bras avec vigueur, embrassant sa femme avec avidité, se laissant gagner par les sensations étourdissantes qu'il éprouvait. Elle passa ses bras autour de son cou et répondit à son baiser avec la même ardeur.
  • Je devrais être furieux contre toi, mon ange, murmura-t-il en embrassant son cou. Mais j'ai bien l'impression que tu m'as ensorcelé, ma beauté. Une fois de plus.
  • Terry, je...
  • Chut ! répondit-il avec un doigt sur sa bouche, laisse-moi profiter de cet instant. C'est la première fois que je t'ai avec moi dans ma loge après un soir de représentation. J'ai l'impression que mon bonheur est complet. Tu es dans mes bras, tu m'as donné un fils merveilleux et dans ta robe tu es... totalement affolante, et je t'adore... même si tu as invité mon père.


Candy le regarda avec attention, elle ne savait pas ce qu'elle devait penser du sourire de reproche qu'il lui adressait alors que ses yeux la caressaient avec cette lueur de désir qu'elle lui voyait parfois. Autrefois, il se serait mis violemment en colère et se serait renfermé sur lui-même. Aujourd'hui, il paraissait différent mais même s'il se maîtrisait, elle savait pertinemment que le feu couvait sous la glace.
  • Ne me regarde pas comme ça, Candy, lui dit-il avec douceur. Je ne t'en veux pas. Pas à toi. Je sais ce que tu éprouves, ce que tu cherches à faire et je sais aussi que je ne réussirai jamais à t'empêcher de vouloir faire le bonheur de ton entourage.
    Et puis pour la première fois de ma vie, j'ai vu mes parents discuter ensemble. Enfin... disons qu'hormis quelques souvenirs très flous, je n'avais jamais pu les observer en train de se parler, ajouta-t-il en baissant la tête vers elle. Et je ne sais pas quoi penser de ce que j'ai vu ce soir...
  • Terry, laisse-moi t'expliquer... je sais que tu ne voulais pas en parler mais... je suis tombée enceinte et cela m'a fait réfléchir. Tu comprends, je n'ai jamais connu mes parents, et...
  • Je sais, mon ange. Je me doute aussi que la naissance de Kyle a du t'y pousser.

Elle avait les larmes aux yeux. Terry prit son visage entre ses mains et embrassa délicatement ses yeux, ses joues, sa bouche. Il ne s'arrêta qu'en entendant des coups frappés à la porte.
  • Terry, dit Robert en entrant, il est l'heure de... Oh, excusez-moi, Candice, je ne pensais pas que vous étiez là.
  • Ne vous excusez pas, Robert, lui répondit-elle avec un grand sourire. Je n'ai pas résisté à l'envie de venir féliciter mon époux, la pièce est formidable et le public a tellement applaudi que je suis prête à parier que le succès sera au rendez-vous.
  • Je vous remercie, Candy, dit Robert avec un sourire, mais vous savez comment sont les gens de théâtre, tant que nous n'aurons pas lu les critiques demain...
  • Vous ne devriez pas, dit Candy en répondant à son sourire, le meilleur des critiques sera toujours le public. Et ce soir, il était conquis ! Laissez faire le bouche-à-oreille !
  • J'essaierai de ne pas l'oublier, répondit-il en riant. Mais en fait, je venais vous dire que nous devions nous rendre à la réception.
  • Nous arrivons, répondit Terry. J'ai presque fini de me préparer.
  • Et bien, vous nous rejoindrez ! dit Robert en sortant. Candy, permettez-moi de vous dire que vous êtes absolument magnifique, ce soir ! A tout-à-l'heure !

Candy le regarda sortir, elle sentait la main de Terry posée sur sa taille. Il ne l'avait pas lâchée et il l'attira à nouveau contre lui.
  • Il va me rendre fou de jalousie avec ce genre de remarque... Je t'aime, Candy, lui dit-il tendrement. Tu es une épouse merveilleuse même si tu te mêles de tout. Mais dis-moi, dois-je m'attendre à croiser mon père à cette réception ?
  • Non, Terry. Je l'ai invité, il passera nous voir demain, à la maison. Il ne voulait pas gâcher ta soirée et ton succès. Tu sais, il a été très ému de te voir jouer, il a vraiment beaucoup aimé la pièce et il t'a trouvé formidable et... j'ai eu l'impression qu'il avait beaucoup changé. Il m'a annoncé qu'il était veuf depuis l'année dernière et... c'est... je pense que cette épreuve l'a fait réfléchir...
  • Arrête, Candy. Nous saurons la vérité demain. Je ne sais pas s'il a changé mais moi, j'ai changé. Il n'a plus aucune prise sur moi ou sur ma vie. Il ne peut plus me faire de mal et puis... ce qui est le plus important à mes yeux, c'est la famille que nous avons créée et que nous formons, toi, moi et Kyle. Alors,  nous allons nous rendre à cette soirée tous les deux et nous passerons un excellent moment en compagnie d'Albert et d'Alexandra, c'est d'accord ?
  • Oui, Terry, dit-elle en baissant les yeux. Alors, tu n'es pas fâché ?
  • Non, mon amour. Même si j'avoue avoir été totalement furieux quand je l'ai vu dans ta loge. J'ai même brisé un vase dans un mouvement de rage. Mais... ça m'a passé. Quand nous rentrerons ce soir, je te parlerai de mon père ; au fond, tu as le droit de savoir ce qui s'est passé entre nous.
  • Si tu savais comme je t'aime, Terry, dit-elle en versant une larme. Tu es la plus belle chose qui me soit arrivée, toi et Kyle, maintenant.
  • Candy, vous êtes ma raison de vivre, tous les deux, dit-il en l'embrassant tendrement avec un sourire.

*****

Quand ils rentrèrent chez eux, il était tard et ils libérèrent la nourrice de son travail avant d'aller eux-mêmes se coucher.
Terry et Candy s'arrêtèrent un moment dans la chambre de Kyle. Ils le regardèrent dormir un instant, tendrement enlacés.


Terry finit par emmener sa femme vers leur chambre. Il n'alluma pas la lumière mais l'entraina vers la baie vitrée. La lune déposait une lumière bleutée sur eux et une atmosphère très éthérée semblait les envelopper. Il la prit dans ses bras et la serra contre lui.
  • Tu sais, mon ange, durant toute mon enfance, je me suis senti très seul. Mon père n'a jamais été très démonstratif et... quand il s'est remarié, j'ai très vite senti que ma belle-mère me jugeait indésirable. J'étais la preuve que mon père avait eu une relation avant elle. Et puis... par ma seule présence, je déshéritais ses propres enfants.
    Comme tu le sais, j'ai été un adolescent rebelle et révolté, je crois qu'au fond je cherchais à attirer l'attention de mon père. Avec le recul, je pense que je testais son affection, j'aurais aimé qu'il s'intéresse à moi, à la personne que j'étais ou que je devenais. Mais... en vain.
    La dernière chose que je lui ai demandé était aussi la plus importante à mes yeux. Je lui ai demandé d'intervenir pour toi, au Collège. Mais il a refusé et, qui plus est, il m'a alors fait comprendre que ta condition sociale ne méritait pas mon intérêt.
    Il s'est toujours plié aux conventions sociales que lui ordonnait son rang et tu sais comme je lui en ai voulu pour cela. Même si maintenant, je le comprends mieux d'une certaine façon, je crois que je lui en veux encore un peu.
    Quand il a refusé de t'aider, je lui ai dit que c'était la toute dernière chose que je lui demanderais et que désormais, je n'aurais plus besoin de lui. Et j'ai quitté Londres.
  • Terry, je comprends ton ressentiment, tu sais.
  • Mais tu ne l'approuves pas, c'est ça ?
  • Il ne s'agit pas de t'approuver ou non, Terry, je te comprends très bien et je sais aussi tout ce que tu as pu ressentir. Mais aujourd'hui, il a changé et comme tu me l'as dit tout-à-l'heure, toi aussi.
    Je crois que tu devrais lui laisser une chance de s'expliquer. Ta mère est la personne qui devrait le plus lui en vouloir et pourtant, elle ne lui en veut pas. Je sais même qu'elle a accepté de souper avec lui, ce soir après le spectacle.
    Tu es un homme bon, Terry, avec un cœur immense. Et puis, comme tu me l'as dit tout-à-l'heure, il n'a plus aucun pouvoir sur ta vie, ou sur toi alors tu n'as rien à perdre à lui parler.
  • Décidément, l'amour est aveugle, répondit-il en riant. Si tu penses que je suis un homme bon, tu dois vraiment être aveuglée par l'amour.
  • Terry, ce n'est pas drôle, répondit-elle en fronçant les sourcils. Je crois que je commence à bien te connaître et, même si tu fais tout ce que tu peux pour le cacher, je sais exactement quelle personne sensible et généreuse tu es véritablement. Et si je t'aime, c'est aussi pour cela.
  • C'est d'accord, Candy. Je te promets de faire un effort avec mon père. Tu as été merveilleuse, ce soir, comme toujours. Mais nous devrions dormir maintenant. La journée de demain sera longue, j'en ai peur.
  • Non, Terry. Je ne veux pas aller dormir tout de suite.
  • Parce que tu as autre chose de prévu, madame Grandchester ? demanda-t-il avec un sourcil levé.
  • Oui, murmura-t-elle, en commençant à déshabiller son mari.
  • Candy, dit-il en arrêtant ses mains. Je croyais qu'il fallait attendre encore après ton accouchement... Si tu me provoques comme ça, j'ai peur de ne pas me maîtriser, souffla-t-il d'un ton empreint du désir qu'il avait d'elle. Je ne veux pas te faire mal...
  • Tais-toi, dit-elle avec un ton autoritaire en dégageant ses mains pour recommencer ce qu'elle faisait. Je crois être assez bien placée pour savoir s'il faut attendre ou pas. Alors tais-toi, s'il te plait. Tu me nargues et me tortures tous les soirs en te promenant torse nu dans la chambre et moi, je n'en peux plus.
    J'ai suivi toutes les indications du médecin... j'ai même révisé mes cours sur le sujet et je peux te dire que je sais ce que je fais. En plus, ça fait deux semaines que je ne pense qu'à ça. Je me suis fait belle pour toi ce soir et j'ai bien l'intention de faire tout ce qu'il faut pour que tu en profites !

Elle venait de lui retirer sa chemise et elle le regardait avec gourmandise, promenant ses doigts sur son torse en une caresse qui avait la légèreté d'une plume. Ses mains descendaient lentement et Terry sentit sa respiration s'accélérer dangereusement quand elle embrassa sa poitrine. Quand ses doigts atteignirent son ventre, il était déjà perdu, étourdi par la force des vagues de désir qu'elle déclenchait en lui.


Il releva la tête et plongea dans ses yeux verts embrumés par le désir. Il lui caressa le visage en souriant avant de l'embrasser avec une infinie lenteur.
  • Alors, comme ça, le fait que je dorme torse nu te pose un problème ? souffla-t-il à son oreille tout en taquinant la peau si sensible de son cou du bout des lèvres et de la langue.
  • Parce que tu ne le sais pas, peut-être ? gémit-elle sous la caresse. Et si je dormais la poitrine dénudée alors que tu n'as pas le droit de me toucher, tu dirais quoi ?
  • Je dirais que tu es cruelle, dit-il avec un léger rire, que tu me tortures, que tu es extrêmement provocante et incroyablement désirable, ajouta-t-il en ponctuant chacun ses mots d'un baiser.
  • Tu vois bien que tu sais ce que je peux ressentir, alors ! dit-elle en l'embrassant à son tour.
  • Il faut croire que je te plais un peu, alors ? demanda-t-il en la regardant droit dans les yeux.
  • Je t'ai trouvé séduisant la première fois que je t'ai vu, Terry. Et plus je passe du temps avec toi et pire c'est.


Après s'être donnés l'un à l'autre, ils restèrent enlacés de longues minutes avant de reprendre leur souffle. Il finit par s'étendre à côté d'elle. Candy se blottit contre lui et soupira de plaisir quand il l'enveloppa de ses bras.
Elle avait le nez dans son cou et déposa une multitude de doux baisers sur la peau chaude et parfumée avant de se blottir à nouveau contre lui.
  • Quand nous étions plus jeunes, commença-t-il doucement, il m'est arrivé de rêver de toi, d'imaginer le goût de ta peau, je t'ai fait l'amour en rêves un nombre de fois incalculable. Et quand nous nous sommes séparés, j'ai souhaité tellement de fois que la vie m'accorde une seule nuit avec toi en pensant que ce serait un si beau souvenir que nous partagerions.
    Mais j'avais totalement tort et j'en ai pris conscience dès notre première nuit ensemble, je sais maintenant qu'une vie entière ne me suffira pas pour t'aimer et te faire l'amour. Je t'ai vue changer au fil des années, évoluer et je suis plus que jamais amoureux de toi. Je t'ai vue devenir femme, puis mère et tu es de plus en plus belle chaque jour. Tu embellis ma vie, mon ange. Tu es ma femme, la mère de mon fils mais tu es aussi la plus douce des amies et la plus incroyable des amantes. Et savoir que tu me désires également est... un intense plaisir.
  • Terry... commença-t-elle.

Il plaqua un baiser sur sa bouche pour l'empêcher de continuer et roula sur elle en l'embrassant. Il embrassa son cou, sa gorge qui commençait à se soulever plus rapidement. Il se délectait de son corps, de l'embrasser, la caresser, guettant chaque frémissement, chaque soupir.
  • J'aime ta peau, murmura-t-il sans cesser ses caresses, son odeur, son goût. J'aime écouter tes soupirs quand je t'embrasse ici, tes gémissements quand te caresse là... ou là... J'aime t'entendre prendre du plaisir à mes caresses et à mes baisers... J'aime t'entendre crier ton plaisir, j'aime que tu t'enhardisses avec moi... j'aime sentir ta confiance absolue et ton abandon... et j'adore que tu cherches à provoquer mon désir... ou quand tu me chuchotes que tu as envie de moi.

Il firent l'amour une nouvelle fois et se perdirent chacun l'un en l'autre. Un peu plus tard, il lui sourit tendrement alors qu'elle se blottissait à nouveau contre lui pour dormir.
  • Candy, est-ce que tu veux m'épouser ? murmura-t-il à son oreille.
  • Oui, Terry, quand tu veux, répondit-elle avec un petit rire.

*****

Quand elle ouvrit les yeux le lendemain matin, Terry dormait encore. Elle le regarda dormir un petit moment, son visage était détendu et une légère barbe ombrait ses joues et son menton. Elle aimait son profil si parfait, son nez fin et droit, sa bouche généreuse, son menton volontaire.
Elle laissa ses doigts glisser sur ses joues et poussa quelques mèches qui lui tombaient sur le front. Il était nu et elle laissa son regard errer sur les muscles bien dessinés de son torse et de son ventre, éprouvant la délicieuse envie d'y laisser courir ses doigts. Finalement, elle se contenta de poser la main sur sa poitrine, profitant de la chaleur de son corps, elle percevait même les sourds battements de son cœur.
  • Y a-t-il une plus agréable façon de se réveiller ? murmura Terry, tout en gardant les yeux fermés.
  • Peut-être que oui ! Quand tu m'embrasses par exemple, répondit-elle tout aussi doucement.

Il ouvrit les yeux et se dressa sur un coude pour la regarder. Il caressa sa joue de ses doigts, glissant sur sa bouche, son cou avant de reprendre son menton dans sa main et de l'embrasser avec toute la douceur, l'amour et la tendresse dont il était capable. Une profonde mélancolie l'avait envahi à son réveil, il avait encore rêvé de cette époque où ils vivaient séparés, sans espoir de se retrouver un jour.
Quand elle rouvrit les yeux, elle plongea dans son regard iridescent, qu'elle trouva si grave. Subitement, elle vit des larmes couler des yeux de son mari et elle le serra dans ses bras avec vigueur. Il la serrait contre lui en pleurant silencieusement.
  • Je suis là, mon amour, dit-elle doucement. Je serai toujours là, auprès de toi, à tes côtés. Je t'aime, Terry, je t'aime à la folie, mon amour.
  • Candy... murmura-t-il, Candy...

Elle le gardait contre lui, caressant ses cheveux, chuchotant des promesses d'amour infini à son oreille.
  • Candy... finit-il par dire. C'est si bon de t'avoir là, près de moi, tous les jours. Chaque matin, j'ai peur que tu disparaisses, que tu ne sois plus là... j'ai peur d'avoir rêvé tout ça, tout ce bonheur, finit-il dans un souffle
  • Terry, dit-elle avec les larmes aux yeux. Je suis là, pour toujours. Tu ne te débarrasseras pas de moi comme ça, tu sais... Ce que nous partageons est unique et merveilleux et je n'ai pas la moindre envie que cela cesse.

Il retomba sur le dos et l'attira contre lui en fermant les yeux.
  • Si ma vie n'avait qu'une seule raison d'être, elle porterait ton nom, dit-il finalement. Et celui de Kyle.
  • Terry, rendors-toi, mon amour. Il est encore très tôt, et ton fils va bientôt réclamer son garde-manger ambulant. Mais je veux que tu sois en pleine forme pour ce soir, alors rendors-toi. Et n'oublie jamais, même dans tes rêves, que je suis là et que je t'aime infiniment.
  • Moi aussi, dit-il doucement.

Elle resta près de lui jusqu'à ce qu'il soit à nouveau profondément endormi. Puis elle se leva, fit sa toilette et entra dans la chambre de son fils. En s'approchant du berceau, elle le trouva en train de se réveiller. Il frottait doucement ses petits poings contre ses yeux et se mit à bâiller. Quand il la vit, il lui fit un grand sourire et elle le prit contre elle pour lui dire bonjour et l'embrasser. Elle le changea et vint s'asseoir dans le grand fauteuil près de la fenêtre où elle s'installait toujours pour le nourrir.

Au bout d'un moment, elle amena Kyle à la nurserie à l'étage au-dessus, où se trouvaient déjà Mary la nourrice avec Cristina qui jouait. Elle les regarda un moment avec tendresse et redescendit à la cuisine. Elle y trouva Jane qui lui annonça que le petit-déjeuner était servi dans le jardin d'hiver et qu'elle y trouverait Albert qui déjeunait. Candy la remercia et se dirigea dans la véranda où elle trouva son frère qui se leva en la voyant arriver et la serra dans ses bras.
  • Oh Albert, que c'est bon de t'avoir ici ! Ça me rappelle plein de bons souvenirs, tu sais ?
  • A moi aussi. Allez assieds-toi, je vais te servir un café et tu vas manger un peu. Au fait, j'ai lu la presse d'aujourd'hui, tout est là, lui indiqua-t-il. Les critiques sont dithyrambiques à propos de Terry mais... c'est maintenant une habitude, dit Albert avec un clin d'œil pour Candy.
  • Il a tellement travaillé... répondit-elle rêveuse. Il sera heureux, tu sais, et puis... les choses ne sont pas si simples. C'est un peu comme s'il se remettait complètement en question à chaque fois. C'est tellement important pour lui et puis maintenant, il est aussi producteur, l'enjeu est plus personnel et également plus risqué.
  • Et bien, si un jour il a besoin d'un avocat, pas besoin d'appeler Archie, tu es très convaincante ! En tout cas, tu as l'air très amoureuse et très heureuse, petite Candy, dit-il avec un sourire.
  • Tu n'imagines pas à quel point, répondit-elle rougissante. Mais voyons voir ces fameuses critiques, ajouta-t-elle en s'emparant du premier journal de la pile.

Albert la détailla attentivement pendant qu'elle lisait les journaux du jour. Elle portait une robe de mousseline verte et elle n'avait pas attaché ses cheveux qui tombaient en une cascade de boucles d'or sur ses épaules. Elle avait beaucoup maigri durant sa séparation d'avec Terry et son séjour en France n'avait rien arrangé, malgré sa grossesse. Mais aujourd'hui, elle paraissait radieuse et avait retrouvé une silhouette à la fois mince et généreuse et son visage et ses yeux rayonnaient de bonheur.
Il releva la tête et sourit à Terry qui était apparu sur le seuil. Il était complètement vêtu de noir, chemise et pantalon, ce qui lui aurait donné un air sombre si un grand sourire n'avait éclairé son visage.
  • Bonjour Terry, dit Albert en se levant pour le saluer.
  • Albert, c'est toujours un plaisir de te voir, répondit Terry en lui rendant son accolade amicale.

Candy avait levé la tête du journal pour les observer. Lorsque Terry se tourna vers elle pour lui sourire, elle rougit violemment tant elle le trouvait séduisant, ce que ne manqua pas de remarquer Albert avec un sourire et un regard très protecteur. Terry avait remarqué avec une certaine fierté les rougissements de sa jeune épouse et il l'embrassa tendrement avant de s'asseoir près d'elle. Il prit discrètement sa main qu'il caressa doucement.
  • Alors ? demanda-t-il en soulevant un sourcil. J'imagine que vous avez tout lu. Que donnent les critiques ce matin ?
  • Candy n'a peut-être pas encore tout lu mais moi si, dit Albert. Elles sont dithyrambiques, Terry. Je n'ai pas lu une critique négative, pas une seule !
  • C'est vrai, Terry, c'est magnifique, je suis tellement heureuse, c'est un franc succès !
  • Et bien tant mieux ! Il reste du café ? demanda-t-il en serrant fortement la main de Candy.
  • Tiens, dit Albert en lui tendant une tasse fumante.
  • Merci, Albert. Alexandra n'est pas là ?
  • Elle est toujours un peu nauséeuse le matin, quand elle est enceinte, alors... elle prend son temps avant de se lever.
  • Je ne peux rien faire pour l'aider ? demanda Candy, soucieuse.
  • Si ! répondit Albert avec un sourire. Rester assise avec nous. Elle ne devrait pas tarder à nous rejoindre, alors cesse de t'agiter dans tous les sens.

Terry baisa la main de sa femme avec une tendresse qui en disait long sur la profondeur de son affection pour Candy. Il la regardait avec attention et Albert eut à nouveau la certitude qu'ils partageaient une forme de communication silencieuse qui n'appartenait qu'à eux.

Peu de temps après, ils furent rejoints par Alexandra et ils passèrent une matinée agréable à discuter tout en se détendant en attendant le déjeuner. Éléonore devait les rejoindre et Candy pensait que le père de Terry l'accompagnerait. Elle avait déjà prévenu Jane qu'ils auraient peut-être un convive supplémentaire.
Alors que Terry et Albert faisaient le tour du jardin, Jane vint prévenir Candy que des visiteurs l'attendaient. La mère de Terry était là, bien sûr, ainsi qu'un "monsieur élégant" lui avait-elle annoncé. Candy partit à leur rencontre en ayant pris soin de demander à Alexandra d'aller prévenir Terry et Albert qui faisaient le tour du jardin.
  • Candy, vous êtes ravissante ! dit Éléonore en prenant les mains de Candy. J'imagine que vous avez lu les critiques de ce matin, elles sont formidables, n'est-ce pas ?
  • Oui, c'est vrai. Vous connaissez Terry, il fait comme si de rien n'était mais je sais qu'il est heureux, dit-elle avant de se tourner vers le père de Terry. Bonjour, Richard, je suis ravie que vous soyez là et j'espère que vous nous ferez l'honneur de rester pour partager notre déjeuner.
  • Bonjour Candy, répondit-il avec un sourire. Je vous remercie pour votre invitation mais avant d'y répondre favorablement, je pense qu'il vaudrait mieux que je parle d'abord avec Terry.
  • N'ayez crainte, père, dit Terry qui s'avançait dans le couloir. Je ne compte pas vous jeter dehors. De plus je sais que vous feriez un immense plaisir à mon épouse en acceptant son invitation ; d'autant qu'elle rêve de vous présenter votre petit-fils. Bonjour, maman, ajouta-t-il en embrassant sa mère sur les joues.

Candy regarda Terry avec étonnement, il paraissait sûr de lui ! Il était nonchalant et détendu mais elle se doutait que c'était une façade. Elle s'approcha de lui et enlaça sa taille avec tendresse.
  • Terry, dit-elle avec douceur, vous devriez aller dans le salon. Je vais demander à Jane qu'elle vous prépare quelque chose.
  • Ne t'inquiète pas pour nous, mon ange. J'ai déjà vu Jane pour ça.
  • Alors, allons retrouver Albert et Alexandra, dit Éléonore en entraînant Candy. Ne vous inquiétez pas pour eux, tout va bien se passer, glissa-t-elle à l'oreille de Candy en quittant la pièce.

Terry les regarda partir avant d'inviter son père à entrer au salon.
  • Elles semblent bien s'entendre, dit Richard. Éléonore m'a dit qu'elle était très heureuse de l'avoir pour belle-fille, elle aime énormément Candy.
  • Elles s'entendent très bien, c'est vrai, répondit Terry. Mais elles se connaissent depuis longtemps déjà. Asseyez-vous, père, dit-il en prenant place lui-même dans l'un des fauteuils du salon.

Richard avait observé son fils avec attention. Il avait changé, grandi et était devenu un homme. Il avait seulement vingt-deux ans mais il paraissait bien plus mûr que son âge. Il semblait très sûr de lui, équilibré et parfaitement heureux dans la vie qu'il s'était construite. Richard prit place sur le fauteuil faisant face à son fils. Jane entra et leur servit du thé avant de ressortir de la pièce, non sans leur avoir demandé s'ils avaient besoin d'autre chose.
  • Non, merci Jane. Veillez plutôt à ce que ma femme n'en fasse pas trop même si je sais que la tâche est très ardue, dit Terry en lui souriant alors qu'elle quittait la pièce.
  • Terry, dit Richard, je ne pourrais jamais me vanter d'y être pour quelque chose mais je... je suis très fier de l'homme que tu es devenu, ajouta-t-il en baissant les yeux. D'autant que j'imagine à quel point les choses ont du être difficiles pour toi... par ma faute car je ne t'ai pas facilité les choses.

Terry regarda son père avec attention. Il semblait fatigué, vieilli mais Terry restait sur ses gardes.
  • J'ai appris par Candy le décès de la duchesse, dit-il doucement, je vous présente toutes mes condoléances. J'espère que mes frères et sœurs ne sont pas trop anéantis par la disparition de leur mère et qu'ils sont entourés.
  • Nous avons eu des moments difficiles mais ils sont forts et courageux. Le petit dernier fait un stage de voile chez sa tante. Quant aux deux aînés, ils sont au Collège Royal de Saint-Paul et... ils ont l'air de s'y plaire. Leur mère les y a bien préparés.
  • Et bien, dit Terry avec un léger rictus, j'espère seulement qu'ils n'auront pas à pâtir de ma mauvaise réputation là-bas, ni des mauvais souvenirs que j'ai du laisser à la mère supérieure.
  • Au contraire, Terry, répondit son père. Quand tu as quitté le Collège, tu l'as fait pour des raisons très honorables et... contrairement à ce que j'ai pu croire ou dire, à l'époque, tu as agi dans le respect de notre réputation et de notre nom. Tu as fait preuve d'un grand sens de l'honneur en agissant comme tu l'as fait.
  • Vous me permettrez d'être surpris par un tel revirement, dit Terry sérieusement. Vous aviez pourtant été très clair à l'époque.
  • J'ai surtout été stupide et borné, Terry. J'étais aveuglé par ce que je croyais être bien pour toi mais je n'ai jamais pris en compte tes souhaits, ni tes sentiments. J'ai commis tant d'erreurs avec toi que je ne pourrais jamais attendre ni espérer ton pardon.

Terry resta interdit devant la soudaine confession de son père. Il ne s'attendait pas à de telles paroles de sa part et il en resta complètement muet.
  • Terry, ajouta son père, je sais que je n'ai jamais vraiment fait attention à toi. En raison de la façon dont j'ai été éduqué, d'une part, et parce que je n'ai jamais su être démonstratif. Je ne suis pas sûr d'avoir énormément changé mais je m'y essaye.
    Et puis... ce n'était pas tout. Je... je ne sais même pas comment le dire, par quoi commencer... Je me suis toujours comporté comme mon père l'attendait, comme il le souhaitait. Je n'ai pas plus écouté tes sentiments que je n'avais écouté les miens. Je n'ai jamais eu une once de ton courage, mon fils.
    J'ai sacrifié ta mère sur l'autel des conventions sociales. J'ai préféré me plier à ce qu'on attendait de moi. La seule chose à laquelle je ne pouvais renoncer, c'était toi. Mais là encore, j'ai mal agi. D'un bout à l'autre j'ai mal agi. Je n'ai fait que semer le malheur autour de moi et... je me suis condamné moi-même à en souffrir également. J'ai brisé le cœur de ta mère... et le mien. En t'emmenant avec moi, je pensais garder le meilleur de cette histoire. Je pensais également t'offrir le meilleur.
    Je me suis menti, je pensais que si je ne pouvais rien faire pour Éléonore, je pouvais au moins assurer ton avenir et ton nom. Mille fois, j'ai eu tort, parce que je t'ai privé de son amour. Et puis... tu avais son regard. Cela me rappelait constamment ce que j'avais perdu alors je t'ai éloigné de moi.
    Au final, je t'ai privé de mon affection et de la sienne.
    Quant à ta belle-mère, je savais qu'elle t'en voulait de seulement exister et je n'ai pas fait grand chose pour te protéger. Ce n'est que trop tard que j'ai compris que ton attitude n'était rien d'autre qu'une façon d'essayer d'attirer mon attention, mon intérêt... Et... la seule fois où tu as réellement eu besoin de mon aide, je te l'ai refusée.
    Maintenant, Terry, je voudrais que tu saches que je ne te dis pas tout ça dans l'espoir que tu me pardonnes. Je ne le mérite pas. Mais je voulais que tu saches que j'avais compris. J'ai finalement compris tout le mal que j'avais pu te faire tout au long de ces années et je le regrette infiniment.
  • Écoutez père, dit Terry avec émotion...
  • Non, laisse-moi finir, je t'en prie. Après toutes ces années, j'ai compris. J'ai appris et... aujourd'hui j'essaye de ne pas répéter les même erreurs avec tes frères et sœurs.
    Il faut que que tu saches je suis très fier de toi... et que je te souhaite d'être heureux auprès de ta femme et de ton fils.
    Tu es la meilleure chose que j'ai faite de toute ma vie, Terry, et rien ne pourra jamais changer cela. Je t'aime, mon fils, je t'ai toujours aimé même si je l'ai fait de la pire façon qui soit. Je suis tellement désolé mais rien de ce que je pourrais faire aujourd'hui ne pourra rattraper tout le mal que je t'ai fait autrefois. Maintenant, dit-il après un silence avant de se lever, je... je vais m'en aller. Je voulais que ces choses soient dites et... tu m'excuseras auprès de ton épouse, veux-tu ?

Terry regarda son père se diriger vers la porte. Il se précipita à sa suite et posa une main sur son épaule avant qu'il n'ait ouvert la porte.
  • Attendez, dit Terry. Ne partez pas comme ça, s'il vous plaît.

Richard se retourna vers son fils et il vit toute l'émotion qui passait dans son regard, ce magnifique regard qu'il avait hérité de sa mère. Ce regard qui lui avait apporté, jour après jour, le regret d'avoir perdu, par sa couardise, la seule femme qu'il ait jamais aimée.
  • Ne partez pas comme ça, dit à nouveau Terry. Je... Je vous ai entendu et je crois qu'au fond de moi, je vous ai pardonné il y a longtemps déjà. J'ai... j'ai moi-même commis des erreurs par le passé et je sais à quel point le prix à payer peut être douloureux. Je... je voudrais que vous restiez. S'il vous plait. J'aimerais aussi que vous fassiez la connaissance de Kyle, votre petit-fils.

Richard aurait voulu parler mais l'émotion qui lui serrait la gorge l'empêcha d'émettre le moindre son.
  • Oublions nos griefs passés, voulez-vous, reprit Terry avec émotion. Je vous remercie de vos paroles, vous n'imaginez pas à quel point c'est important pour moi. C'est pourquoi, je vous demande de rester. Je suis père à mon tour et... j'aimerais que vous fassiez partie de cette famille. J'aimerais que vous soyez un grand-père pour mon fils... papa.

Richard, pour la première fois de sa vie, laissa les larmes couler devant son fils et il le serra avec force dans ses bras, bouleversé par les paroles de Terry.
  • Merci Terry, dit-il enfin, merci. Je t'aime, mon fils. Tu es ma plus belle réussite et ma plus grande fierté. Ton courage est et a été une leçon pour moi. Et ton bonheur, ma récompense.
  • Moi aussi, je vous aime, papa. Et... je vous ai pardonné il y a longtemps, répondit Terry en sentant les larmes couler de ses yeux. J'ai... j'ai failli commettre la même erreur que vous par le passé, mais j'ai eu de la chance. La vie m'a offert une seconde chance et je ne l'ai pas laissée passer, cette fois. Je ne veux pas que vous partiez pour cette même raison. J'aimerais que nous ayons une seconde chance, nous aussi.

Les deux hommes se séparèrent et Terry l'invita à le suivre. Quand Éléonore les vit arriver ensemble, elle sut tout de suite, à leur attitude, que la réconciliation avait eu lieu. Elle fondit en larmes en serrant Candy, abasourdie, contre elle.
  • Merci, ma chérie, lui dit-elle entre deux sanglots. Tu as réussi. Merci pour Terry, merci pour lui. Tu es vraiment une bénédiction pour nous tous !

Candy regarda sa belle-mère avec tendresse et l'embrassa sur la joue avant d'essuyer les larmes qui s'y trouvaient. Alexandra s'était également mise à pleurer devant cette scène émouvante.
  • Bon alors, maintenant, on arrête, dit gaiement Candy. Je vous rappelle qu'Alexandra est enceinte et sujette à des réactions exagérées face aux émotions alors, je vous en prie, ayez pitié d'elle ! Je me souviens très bien de ce que ça fait et combien il est pénible de pleurer tout le temps.

Ils éclatèrent tous de rire à la réflexion de Candy et Terry la prit par la taille pour la serrer contre lui.
  • Tu es un don du ciel, Candy Grandchester, je te l'ai déjà dit, non ?
  • Terry, ça suffit, dit-elle en essayant vainement de prendre un air sérieux. Maintenant que nous sommes tous réunis, je propose que nous allions manger, le repas est prêt, figurez-vous ! Richard, ajouta-t-elle, Kyle a mangé il y a peu de temps et il dort. Mais je vous promets de vous le présenter dès qu'il se réveillera.
  • Nous avons le temps, Candy, répondit Terry. Papa ne repart pas tout de suite.

Ils se rendirent tous dans la salle à manger, illuminée par le soleil, où la table avait été dressée et ils déjeunèrent dans les rires et la joie. Candy était ravie, Terry était entouré de sa famille et c'était pour elle une joie intense et il avait appelé son père "papa". Son mari la couvait des yeux et elle ne pouvait imaginer un bonheur plus parfait. Ils prenaient le café après le repas, quand Mary vint les prévenir que Kyle était réveillé. Terry monta avec elle pour aller le chercher.
Il souleva son fils avec amour et tendresse avant de l'embrasser et de le tendre à sa mère pour qu'elle le nourrisse. Il s'assit face à eux de manière nonchalante et regarda la scène très maternelle que lui offrait Candy avec son fils dans les bras. Quand Kyle commença à boire, elle releva les yeux vers Terry.
  • Tu ne dis rien ? demanda-t-elle avec un sourire.

Il la regarda avec intensité et un sourire éclaira ses traits.
  • Si, Candy... j'ai des choses à dire... j'aime ce petit être dans tes bras, je t'aime, je vous aime. Tous les deux, vous êtes extrêmement importants à mes yeux.
  • Tu ne m'as jamais fait lire ce que tu avais écrit quand nous étions séparés, dit-elle subitement. Et comme c'est quelque chose que tu as évoqué hier soir...

Il la regarda avec un air étonné avant d'éclater de rire !
  • Je ne vois pas ce qu'il y a de drôle, dit-elle.
  • Ce qu'il y a de drôle, c'est que tu m'as surpris ! J'étais sûr que tu allais me poser des questions sur ma conversation avec mon père et toi tu me parles de ce que j'écris... tu es impayable, mon ange. Quant aux textes auxquels tu fais allusion, je te les ferai lire très bientôt si tu acceptes d'être encore un peu patiente car j'ai encore des choses à écrire. Il faut croire que tu es un sujet inépuisable.
  • D'accord, dit-elle en souriant. Bon... et bien alors, parle-moi de ton père, si tu en éprouves l'envie mais ce que j'ai vu ce midi me suffit. Je n'ai pas besoin d'en savoir plus. Je t'avais bien dit que tu étais un homme bon, monsieur mon mari adoré.

Kyle avait terminé de manger et elle se leva en le gardant contre elle.
  • Tu veux bien m'aider à reboutonner ma robe, demanda-t-elle à Terry en toute innocence.
  • J'ai plutôt envie de te l'enlever, mon amour, susurra-t-il en reboutonnant sa robe tout en regardant avec un plaisir certain la rougeur intense qui avait encore une fois gagné les joues de sa femme.

Quand Terry eut fini, elle posa Kyle sur la table à langer pour le changer et Terry se plaça derrière elle, les bras autour de sa taille et la tête sur son épaule, pour regarder son fils qui souriait à sa mère.
  • A quelle heure est-ce que tu pars pour le théâtre, tout-à-l'heure ? demanda-t-elle avec un soupçon de tristesse dans la voix.
  • Dans une heure et demie, dit-il en embrassant son cou. Je dois être là-bas à dix-huit heures.
  • D'accord, répondit-elle en rhabillant Kyle.
  • Je vais te manquer ? susurra-t-il près de son oreille.
  • Toujours. Tu me manques toujours, répondit-elle en se tournant vers lui pour lui tendre son fils.

Elle avait le regard lointain et elle embrassa Kyle sur la tête avant de lever le menton pour embrasser Terry.
  • Quand tu n'est pas là, c'est toujours l'hiver... Maintenant, redescends présenter ton fils à ton père, j'ai très envie de voir trois générations de Grandchester côte à côte.
  • Je t'aime, Candy, lui dit-il sérieusement. Et j'ai besoin de toi pour vivre, moi aussi.

Elle lui sourit tendrement et caressa son front de ses doigts frais et légers. Elle passa un bras autour de sa taille et ils redescendirent vers le salon.


Quand la porte s'ouvrit, Richard vit d'abord entrer Candy. Terry la suivait en lui tenant la main. Il tenait son fils, Kyle, contre son épaule.
Terry regarda son père, il lâcha la main de sa femme et Richard se leva quand il approcha. Sans un mot, il déposa le petit garçon dans ses bras.
  • Papa, je te présente Kyle Albert Grandchester, ton petit-fils. Il est né...
  • Le même jour que toi, je ne suis pas prêt de l'oublier, dit Richard qui ne quittait pas son petit-fils des yeux, fasciné par le petit être qui lui souriait avec toute l'innocence de son jeune âge.

Candy vit des larmes perler dans les yeux de son beau-père et il se rassit sur le sofa, le regard toujours fixé sur Kyle à qui il souriait tendrement. Éléonore, qui était debout derrière lui, posa discrètement une main sur son épaule qu'elle serra.
Bouleversée par la scène, Candy s'approcha de Terry, qui restait totalement figé sur place et elle l'enlaça par la taille. Il se tourna vers elle avec un regard dans lequel elle lut une intense émotion et il passa un bras autour de ses épaules pour la serrer contre lui.
  • Terry, dit finalement Richard, si tu savais comme il te ressemble, c'est vraiment frappant ! Tu avais raison, Ellie, c'est tout son portrait.
  • Oui, mais il est beaucoup plus sage que ne l'était son père, dit Éléonore en riant. C'est un vrai petit ange.

Candy avait été abasourdie d'entendre le diminutif que Richard avait utilisé pour s'adresser à Éléonore Elle avait senti Terry se raidir et depuis, il observait sa mère avec attention.
  • Candy, Terry, asseyez-vous, s'il vous plaît, dit Richard en relevant la tête, j'aimerais vous parler.
  • Je te prends Kyle, dit Éléonore en joignant le geste à la parole.
  • Nous allons vous laisser, dit Albert en se levant, aussitôt suivi par Alexandra.
  • Vous pouvez rester, Albert, dit Richard. Je sais que vous êtes la seule véritable famille de Candy et je n'ai rien à leur dire que vous ne puissiez entendre.
  • Ne vous en faites pas, dit Albert en souriant. En fait, il s'agit juste d'un prétexte pour aller voir ma fille, elle va sûrement bientôt se réveiller de sa sieste, elle aussi.
  • C'est comme vous voulez, dit Richard, en souriant.
  • Méfiez-vous, dit Alexandra, tout sourire, en entrainant son mari, il pourrait revenir avec elle !

Candy leur jeta un regard attendri alors qu'ils quittaient la pièce. Elle s'était assise avec Terry sur un des sofas du salon. Il avait posé une main sur sa taille et caressait le dos de sa femme du bout des doigts. C'était un geste qu'il faisait souvent quand ils étaient en public et elle aimait beaucoup ce discret témoignage d'affection et d'amour qu'il avait pour elle.
  • Terry, commença Richard. Tu es mon fils ainé et... quand tu es parti, je me suis toujours refusé à te rayer de ma vie et encore moins de mon testament...
  • Papa, attendez, le coupa Terry. Je vous remercie pour ça mais il faut que vous sachiez que je ne peux, ni ne veux être le prochain duc et... en fait, j'aimerais que vous me laissiez la possibilité d'y renoncer officiellement afin que mon frère puisse tenir ce rôle. Il n'est pas question que je renie mon nom ou ma filiation mais... ma vie est ici.
  • Tu porteras toujours le titre de Lord, mon fils, tu dois le savoir... Mais, c'est quelque chose que nous ferons si tu le souhaites. Nous avons le temps, mais je suis heureux que nous le fassions ainsi...
    Je n'aurais pu me résoudre à te renier, tu représentes beaucoup trop à mes yeux. Mais ce n'est pas de cela dont je voulais te parler... Je voulais te léguer, entre autres, notre demeure d'Écosse que tu aimes tant et... d'autant plus que j'ai appris hier à quel point cet endroit était important pour vous deux.
    Ta mère et moi y avons passé beaucoup de temps quand tu es né et... Je voudrais que tu l'aies maintenant. Je l'ai fait transférer à ton nom et il n'y a plus qu'à signer les papiers pour officialiser cela. John Stewart prendra contact avec toi très bientôt.
  • Papa, je... commença Terry. Je ne sais pas quoi dire, je...
  • Alors, ne dis rien et accepte, Terry... c'est quelque chose qui me tient à cœur.
  • Je vous remercie infiniment, dit alors Candy. J'ai passé des moments merveilleux avec votre fils là-bas et c'est avec émotion et grand plaisir que j'y retournerai. J'espère seulement que vous n'hésiterez pas à vous y rendre chaque fois que l'envie vous en prendra.
  • Bien sûr, Candy. Mais ce n'est pas tout, Terry... reprit son père. Tu es désormais majeur et, comme pour tous mes enfants, j'ai placé des fonds qui auraient du t'être remis pour tes vingt-et-un ans. Ils te permettraient de vivre avec une rente annuelle plus que confortable et... je veux que tu voies également avec Stewart ce que tu veux en faire. Je sais que tu voudrais refuser mais... si tu ne le fais pas pour toi, fais-le pour Kyle et aussi pour les autres enfants que vous aurez...
  • Papa, écoute, je... je te promets d'y réfléchir, c'est d'accord, répondit Terry. Combien de temps restes-tu à New-York ?
  • Encore une dizaine de jours, répondit Richard. J'ai des affaires à régler et j'aimerais beaucoup en discuter avec votre frère, Candy. Il pourrait me conseiller.
  • Albert ne s'occupe plus beaucoup du consortium André, mais s'il ne peut vous aider, mon cousin Archie le fera.
  • Papa, tu pourrais t'installer à la maison, proposa Terry. Nous avons suffisamment de chambres ici, tu sais.
  • Merci mon fils mais... j'ai beaucoup de rendez-vous, notamment à mon hôtel et ce sera plus simple comme ça. Mais... si tu le permets, je viendrais vous voir souvent.
  • Tous les les jours si tu le désires, papa... bon, ce n'est pas que je m'ennuie avec vous, dit Terry en embrassant la tempe de Candy, mais je dois me préparer pour aller au théâtre.

*****

Ce soir-là, Albert et Alexandra avaient rendez-vous pour dîner avec une relation du consortium André. Une fois Richard parti, Candy et Éléonore dinèrent seules et prirent ensuite le café dans la bibliothèque.
  • Terry m'a impressionnée, dit finalement Éléonore, je pensais qu'il serait plus... difficile à convaincre, en fait.
  • Pour être honnête, j'ai parfois du mal à le suivre, dit Candy... Terry est un être à la sensibilité exacerbée mais il change, il évolue. Je le trouve tellement plus fort, plus sûr de lui et... plus secret mais il est aussi tellement sincère et ouvert avec moi... 
    C'est un sentiment que je trouve abominable mais que je ressens de plus en plus souvent : j'ai peur de le perdre. Je veux dire, même quand il est là... J'ai même la sensation de gâcher nos moments de bonheur en éprouvant cela... C'est comme un poison qui se distille lentement dans mon cœur... Alors que je l'aime tant, c'est... Plus je passe du temps avec lui et plus je l'aime... au point que j'ai parfois l'impression d'étouffer. Et pour couronner le tout, c'est comme si j'étais insatisfaite, comme si je n'en avais jamais assez...

Éléonore la regardait tendrement et elle serra la main de Candy dans la sienne.
  • Ce que tu éprouves est tout-à-fait normal, Candy. Ne sois pas trop sévère avec toi-même, s'il te plaît. Depuis que tu es ici et que Kyle est né, Terry a énormément changé, c'est vrai. Comme moi, tu l'as connu sombre et torturé... il n'était pas secret, c'était pire encore. C'était un être solitaire et silencieux mais je dois bien avouer qu'il change vraiment.
    Pour le reste du monde, il reste inabordable, cynique et impénétrable, presque glacial. Et il l'est, crois-moi, je l'ai vu faire...
    Mais avec ses proches, il a incroyablement changé. Il est équilibré, heureux et ça se voit vraiment. Et ce qui est encore plus évident, c'est que c'est de toi qu'il tire cette force. Vous êtes parfois si proches, si complices, qu'on a l'impression que vous conversez en silence.
    Mais il est normal que l'amour entre vous change aussi. Vous avez passé si peu de temps ensemble pendant six ans et pourtant... vous vous êtes trouvés et vous vous êtes aimés plus fort que bien des couples que j'ai connus. Vous vous êtes perdus et puis retrouvés. Et maintenant... vous vivez votre amour au quotidien.
    Que croyais-tu qu'il allait se passer, Candy ? Que les choses allaient en rester là ? Cet amour réprimé si longtemps devait forcément éclore et grandir... et se renforcer...
    Et il changera encore, Candy. Parce que vous allez traverser la vie ensemble, et parce que les souvenirs que vous allez vous créer seront plus nombreux chaque jour. Tout cela va contribuer à renforcer le lien qui vous unit.
    Et puis, une dernière chose, Candy. Tu es devenue mère... tu es désormais responsable d'un petit être sans défense et tu vas... tu viens de prendre conscience de ce qu'est la peur. Oh pas pour toi, mais pour les gens que tu aimes. Kyle et Terry... Tout cela est très normal.
  • Éléonore, je... merci, dit Candy en souriant derrière ses yeux embués.
  • C'est moi qui te remercie, Candy, tu rends mon fils heureux, tu le réconcilies avec ses parents et pour finir, tu m'a fait un merveilleux petit-fils. Alors merci à toi. Les choses étaient mal parties pour Terry et... tu as mis de la beauté, du bonheur et de la joie partout où tu es passée. Et merci pour Richard, aussi.
  • A propos, votre soirée d'hier s'est bien passée ? demanda Candy.
  • Nous avons dîné à son hôtel, répondit-elle pensive. Il a posé beaucoup de questions sur toi, sur Terry, sur votre mariage. Je lui ai raconté votre histoire dans les grandes lignes. Il en a été très ému, Candy. Et puis... je te l'ai déjà dit... nos histoires se ressemblent... Il m'a également fait une longue déclaration pour... s'excuser en me demandant de le pardonner pour tout le mal qu'il nous avait fait et... tout ce qu'il a fait subir à Terry.

Elles se tenaient toujours la main et Candy la serra avec émotion.
  • Il a l'air différent de l'homme que j'avais rencontré à Londres , dit Candy... mais il est toujours si réservé et si poli. En fait, il a l'air... d'avoir traversé des moments difficiles et il semble comme... résigné.
  • C'est aussi la sensation que j'ai eue, Candy. C'était un jeune homme gai et optimiste... Après cela il a passé des années emmuré dans son rôle et... à la mort de son épouse... je crois qu'il s'est beaucoup remis en question. De toute évidence, ça a été très pénible pour lui.
  • Que lui avez-vous répondu quand il vous a parlé de tout ça ?

Éléonore sourit doucement, elle avait le regard perdu, dans le vague. Les souvenirs semblaient se bousculer dans sa tête.
  • A l'époque où nous nous sommes séparés, son père lui avait posé un ultimatum. Je ne lui avais pas vraiment laissé beaucoup de choix, Candy. Je pensais agir au mieux pour lui et pour Terry. Nous avons été deux à nous tromper et je le lui ai dit, hier.
  • Il vous a appelé Ellie, tout-à-l'heure... je crois qu'il a encore beaucoup d'affection pour vous. Comment vivez-vous tout cela, Éléonore ? Ce n'est pas trop difficile ?
  • En vérité, c'est difficile, répondit-elle en baissant les yeux. Cet homme a été la seule grande passion amoureuse de toute ma vie. J'ai été extrêmement heureuse avec lui et je l'aimais énormément. Je savais dès le départ que notre histoire était sans issue, du fait de son rang en Angleterre. Pourtant je n'ai pas hésité, j'ai pris chaque instant que la vie nous offrait, en sachant que je chérirai ces souvenirs jusqu'à la fin de mon existence. Terry a été une merveilleuse surprise et... j'avais dit à son père que je voulais cet enfant et que je ne lui demanderai rien en retour. Je lui ai dit que Terry serait le plus beau cadeau et le plus merveilleux souvenir qu'il pourrait me laisser.
    Mais il en a été autrement, il a aimé son fils à la folie et il a choisi de lui donner son nom et un avenir... Alors je les ai laissés partir, tous les deux.
    Mais j'avoue que revoir Richard me bouleverse... Oui, il a changé mais en vérité, je redécouvre l'homme dont j'étais tombée amoureuse... Mais le temps a passé et... Je ne sais pas quoi penser de tout ça, Candy.
  • Alors je vais vous répéter le seul conseil utile que l'on m'ait donné un jour : écoutez votre cœur ! Et un autre aussi : ne suivez jamais aucun conseil !

Éléonore se mit à rire et prit Candy dans ses bras.
  • Merci, ma petite Candy, c'est un vrai bonheur de t'avoir. Mais je vois qu'il se fait tard, je vais rentrer. Je te téléphone très vite, d'accord ?
  • Merci d'être restée avec moi ce soir, dit Candy avec un sourire sincère et chaleureux.

Candy lui appela un taxi et Éléonore monta embrasser une dernière fois le petit Kyle, qui dormait sagement dans sa chambre. Les deux femmes le regardèrent un petit moment et sa belle-mère repartit chez elle.

*****

Quand elle arriva devant chez elle, Éléonore ne prêta aucune attention à l'autre taxi qui attendait à l'arrêt en face de sa maison. Elle sortit de la voiture et s'avança sur le perron quand une voix familière l'interpella.
  • Éléonore ? Pourrais-je te parler ?

En se retournant, elle découvrit avec stupeur Richard. Il s'était arrêté dans l'allée et ne faisait plus un geste en attendant sa réponse.
  • Entre, Richard, dit-elle en ouvrant sa porte en grand.
  • Merci de me recevoir si tard, dit-il à voix basse.
  • Il n'est pas si tard, nous avions à peine commencé à manger hier à la même heure. Souhaiterais-tu une tasse de thé ou un whisky ? J'ai une bouteille de scotch écossais qui devrait te plaire.
  • Et bien, je ne dirais pas non à un bon whisky alors, dit-il en la suivant dans une bibliothèque au décor très cosy. Il s'installa sur le canapé qui faisait face à la cheminée où brûlait un bon feu.

Éléonore se sentait nerveuse après sa discussion avec Candy. La présence de Richard ne la laissait pas indifférente et elle se servit également un whisky. Elle lui tendit son verre et frémit légèrement quand leurs doigts entrèrent en contact un bref instant. Elle s'assit à ses côtés et but une gorgée du liquide ambré qui répandit une douce chaleur dans sa poitrine.
  • Tu ne trinques même pas ? dit-il avec un léger sourire en faisant tinter son verre contre le sien.
  • Au fait que je suis vieille et grand-mère ? dit-elle en souriant à son tour.
  • Alors, je trinquerais plutôt au fait que tu es une très belle et jeune grand-mère, répondit-il le regard perdu dans le feu en avalant à son tour une gorgée du whisky. Effectivement, tu as raison, c'est un excellent whisky.
  • C'est toi qui m'a appris à reconnaître et apprécier le bon whisky, dit-elle doucement.

Il la regarda avec émotion et se rappela ces moments passés avec elle il y a plus de vingt ans. Elle semblait perdue dans ses pensées, fixant le feu avec ce regard si particulier dont son fils avait hérité. Il en profita pour la détailler, elle était toujours aussi belle qu'autrefois, le temps ayant à peine marqué son visage.
Il n'en revenait pas de se trouver à ses côtés après toutes ces années. Il avait tant de fois fui ses souvenirs avec elle, les seuls instants de sa vie où il avait été heureux. La douleur de la perdre l'avait anesthésié et il avait failli en perdre son fils.
  • Je suis heureux d'avoir vu Terry, tu sais. Je crois qu'il m'a pardonné ma lâcheté et mon égoïsme. Il est bien meilleur que moi... moins orgueilleux et il est plus courageux dans ses choix. Il force mon respect.
  • Il n'en parle jamais mais il a traversé des moments vraiment très difficiles quand il a perdu Candy, murmura-t-elle.
  • Ils ont l'air tellement heureux aujourd'hui, et tellement attachés l'un à l'autre, c'est pour le moins l'impression que j'en ai eu.
  • De quoi voulais-tu me parler exactement, Richard ? demanda-t-elle doucement.
  • De rien en particulier, enfin si... j'ai été bouleversé de te revoir, Ellie.
  • C'est la deuxième fois que tu m'appelles comme ça aujourd'hui, murmura-t-elle.
  • Je suis stupide, Éléonore, pardonne-moi, dit-il en se levant après avoir terminé son whisky. Je me laisse envahir par la nostalgie des jours heureux. Je n'ai pas le droit de venir t'ennuyer avec ça. Excuse-moi, encore. Je vais te laisser et retourner à mon hôtel.

Il sortit de la pièce avec un dernier regard pour elle. Elle n'avait pas bougé, les yeux perdus dans les flammes. Il ferma doucement la porte du salon et poussa un profond soupir.
  • Richard, attends ! s'écria-t-elle en s'élançant à sa poursuite.

Elle ouvrit la porte brusquement et le rejoint alors qu'il passait le porche.
  • Non, Richard, ne t'en va pas, s'il te plaît ! Reste ! le supplia-t-elle avec les yeux embués de larmes.

Elle lui prit le bras et il la suivit à l'intérieur.
  • Reste encore un peu. Tu as raison, nous devons nous parler. Je ne sais pas encore comment mais nous devons au moins essayer...
  • Alors je veux bien encore un peu de ton excellent whisky, dit-il doucement, la voix étranglée par l'émotion qu'elle suscitait en lui.

Ils retournèrent au salon et il alimenta le feu pendant qu'elle lui resservait à boire. Elle posa la bouteille sur la petite table qui se trouvait près du sofa et se rassit à côté de lui. Elle avala une nouvelle gorgée de whisky et reposa son verre d'une main légèrement tremblante. Richard s'en aperçut et il prit ses mains dans les siennes. Il les pressa doucement avant de les caresser du bout des doigts.
  • Ellie, je... commença-t-il doucement. Ne sois pas nerveuse, s'il te plaît. Je me sens déjà tellement honteux et misérable. J'ai gâché ta vie de femme et je ne pourrai jamais réparer les dégâts que j'ai commis avec toi par le passé. J'ai été stupide et faible et je t'ai fait énormément de mal.
  • L'époque était différente, Richard et... tu n'as pas eu le choix. Tu étais le seul et unique héritier de la famille Grandchester. J'ai toujours su que je ne pouvais rien attendre de toi quand nous avons commencé à nous voir. Je ne t'en ai jamais voulu parce que je savais que tu n'étais pas pour moi. Je n'étais qu'une petite actrice de souche modeste et tu étais quelqu'un...
  • Ne dis pas ça, Ellie. Ce ne sont que de misérables préjugés complètement stupides et dont je me suis fait l'apôtre. La seule chose que je risquais en tenant tête à mon père était d'être heureux aux côtés de la seule femme que j'ai jamais aimée. J'aurais pu travailler et subvenir à nos besoins et mon père aurait fini par céder, j'en suis persuadé.
  • Il n'aurait cédé qu'à condition que j'abandonne ma carrière d'actrice et je n'étais pas non plus prête à faire ce sacrifice, Richard. Et puis... moi à Broadway et toi à Londres, c'était impossible.
  • Je le savais et je ne t'aurai jamais demandé d'abandonner ton métier.
  • Richard, je... tu n'as rien gâché, dit-elle doucement. J'étais jeune quand mes parents sont morts et le théâtre m'a offert l'indépendance et une certaine forme de liberté. Plus tard, il m'a donné la gloire et la richesse... J'ai fait ce que je voulais de ma vie et peu de femmes ont cette chance.
    Quand nous nous sommes rencontrés, je vivais déjà confortablement et je ne pouvais pas envisager d'abandonner cette indépendance. Je ne sais pas comment tu aurais pu siéger à la Chambre alors que je vivais et travaillais à Broadway. Tu as fait ce qu'il fallait. Nous avons fait ce qu'il fallait.
    Et tu n'as pas gâché ma vie de femme non plus. Notre histoire a été très belle et elle m'a laissé plein de merveilleux souvenirs. Des souvenirs fabuleux d'un amour passionné. Je préfère ces trois années d'amour intense à toute une vie d'ennui auprès d'un homme que je n'aurais pas aimé. Je ne dis pas ça pour te juger... Je parle de moi... Je ne regrette aucun des moments passés avec toi quand nous étions ensemble.
  • Ellie, pardonne-moi ! murmura-t-il sur un ton suppliant en embrassant ses mains. Je voudrais pouvoir revenir en arrière mais je ne le peux pas.

Il était tourné vers elle, le visage baissé sur ses mains qu'il pressait fortement. Le cœur d'Éléonore se serra violemment quand elle vit les larmes couler sur ses joues. Elle retira une main pour essuyer les larmes qu'il versait. Elle aurait voulu le prendre dans ses bras mais elle n'osa pas bouger.
  • Ne verse pas de larmes sur un passé que nous ne changerons plus, dit-elle doucement. Richard, tu es le père de mon fils et ça ne changera jamais. Tout comme le fait que nous nous sommes aimés et que Terry en est la preuve vivante.
  • Je... je te remercie, Ellie, tu as toujours été généreuse avec moi.

Il relâcha sa main et se leva pour s'en aller. Elle se leva à son tour et l'accompagna jusqu'à la porte. Il avait remis son manteau et pris son chapeau sans un mot. Il se tourna vers elle pour lui dire au revoir et il sentit son cœur s'affoler.
Elle s'approcha de lui et brossa son manteau dans un geste familier avant de lever le visage vers lui. Elle posa une main sur son épaule et l'embrassa sur la joue. Il ne résista pas à l'envie de l'entourer de ses bras et de la serrer contre lui. Leurs regards étaient rivés l'un à l'autre et il se décida à parler.
  • Tu étais la femme de ma vie, Ellie, et je n'ai jamais réussi à l'oublier, ni à t'oublier, murmura-t-il.

Il vit alors que son regard s'embuait de larmes. Il se pencha vers elle et sa bouche s'arrêta à quelques centimètres de la sienne. Elle posa sa main sur sa nuque pour l'attirer à elle et ils s'embrassèrent avec une infinie douceur.

*****

Lorsque Terry eut terminé sa représentation, il se dépêcha de se démaquiller et de se préparer pour rentrer chez lui. En sortant de sa loge, il croisa Alice Simson, l'une des jeunes actrices de la troupe Stratford.
Elle avait été engagée par Stephen Hathaway, le frère de Robert, qui avait aussi des parts dans la compagnie. Elle jouait un tout petit rôle dans la pièce mais se faisait régulièrement remarquer par son comportement provocateur et ses tentatives de séduction mal déguisées. Elle avait jeté son dévolu sur les frères Hathaway et Robert se perdait en excuses de toutes sortes pour chercher à l'éviter.
  • Terry ! dit Alice en s'accrochant à son bras avec une attitude enjôleuse. J'espère que tu viens avec nous, il faut que tu amènes Robert, nous devons tous dîner...

Il dégagea son bras d'un mouvement brutal et la fusilla du regard.
  • Pour toi, mon nom est Terrence, gronda-t-il d'une voix sourde. Je n'aime pas les familiarités excessives. Quant à Robert, il doit passer la soirée avec sa femme, alors je te prierai de lui foutre la paix. Sur ce, bonne soirée !

Il la bouscula pour continuer son chemin et ne vit pas le regard meurtrier qu'elle lui lança. En s'approchant de la sortie, il fut rattrapé par Robert qui le remercia d'une silencieuse accolade. Ils prirent leur voiture et rentrèrent chez eux chacun de leur côté.

*****

En rentrant chez eux, Terry vit que leur chambre était éteinte. Candy était fatiguée et dormait peu depuis la naissance du bébé.
Elle avait dû se coucher tôt et s'endormir rapidement. Il mourrait d'envie de la retrouver et se dépêcha de rentrer. Il passa dans la chambre de Kyle et embrassa la tête de son fils qui dormait d'un sommeil paisible et bienheureux.
Il se déshabilla dans la salle de bains et entra dans leur chambre sans un bruit. Il se glissa dans les draps et se serra contre le corps chaud de sa femme endormie. Il avait le nez dans son cou et inspira profondément l'odeur de sa peau et de ses cheveux.
Elle se tourna vers lui et ouvrit des yeux endormis avant de lui adresser un ravissant sourire.
  • Tu es là, amour de ma vie ? murmura-t-elle d'une voix ensommeillée. J'étais en train de rêver de toi et... La représentation s'est bien passée ce soir ?
  • Oui, mon ange, murmura-t-il à son tour en lui souriant. Dors, mon amour, je t'aime, tu sais ?
  • Terry... dit-elle les yeux fermés. Tu es cruel, tu me tortures, tu es extrêmement provocant et infiniment séduisant... Et tu es totalement nu dans mon lit...

Terry rit doucement en la regardant avec tendresse. Elle était encore endormie, les yeux à demi ouverts, mais elle faisait référence à leur conversation de la veille avec une lueur malicieuse dans le regard. Elle se colla à lui et s'aperçut qu'il la désirait.
  • Et tu as envie de moi, dit-elle doucement. D'ailleurs, moi aussi, j'ai envie de toi. Je ne suis peut-être pas très bien réveillée mais... j'ai très, très envie de toi.

Terry avait fermé les yeux de plaisir en l'écoutant et quand il les rouvrit, elle déboutonnait déjà sa chemise de nuit. Il l'aida à la retirer et se pencha vers elle. Il prit alors son visage dans ses mains pour l'embrasser profondément.
Candy l'attrapa par les hanches pour l'attirer au-dessus d'elle en répondant à son baiser avec une ardeur redoublée. Elle l'entoura de ses jambes et il glissa en elle avec un sourd gémissement.

*****

Éléonore et Richard s'étaient revus plusieurs fois après le baiser qu'ils avaient échangé chez elle. Il l'avait laissée ce soir-là en lui baisant la main une dernière fois et depuis il lui avait fait une cour assidue, la couvrant de fleurs et de cadeaux. Quatre jours avant son départ pour Londres, il l'invita à l'opéra et ils dînèrent chez elle ensuite. Ils prirent ensuite un whisky dans la bibliothèque d'Éléonore.
  • Richard, commença-t-elle... J'ai besoin de te parler...
  • Je t'écoute, Ellie. Quelque chose ne va pas ?
  • Tout va bien Richard, dit-elle avec un sourire pensif. Mais... je vais aller droit au but. L'autre soir, nous nous sommes embrassés et... j'ai eu l'impression qu'une sorte de lien s'était renoué entre nous. Mais depuis, tu te comportes comme... comme si nous venions de nous rencontrer...
    Tu... tu me fais la cour et... je dois bien avouer que je trouve cela agréable. En fait, j'aime beaucoup les moments que nous passons ensemble et cela m'a permis de réfléchir à la relation qui était en train de se recréer entre nous. Je... C'est délicat Richard, mais tu as trois enfants qui sont encore jeunes et ils ont perdu leur mère bien trop tôt. Il vont avoir énormément besoin de toi pendant encore plusieurs années.
  • Pourquoi me dis-tu tout cela ? demanda-t-il en prenant sa main qu'il caressa doucement.
  • Parce que.. parce que tu essayes de me séduire et de la plus jolie et la plus honorables des manières qui soit. Mais... nous n'avons pas d'avenir Richard. Je t'aime beaucoup mais ma vie est ici, à New-York et la tienne est à Londres, auprès de tes enfants. Et.. je ne veux pas changer cela. Ni pour toi, ni pour moi.

Il lâcha sa main et Éléonore vit qu'il avait brutalement pâli.
  • Bien, Ellie. Je comprends... Je vais te laisser, maintenant.
  • Richard, s'il te plaît, je n'ai pas...
  • Non, Éléonore, je comprends ce que tu essayes de me dire. Excuse-moi, mais je crois que... j'ai besoin de réfléchir à tout ça.

Il partit aussitôt, sans un mot de plus, et elle n'eut pas de nouvelles le lendemain, ni le surlendemain...

*****

La veille de son départ, alors qu'il ne lui donnait plus de nouvelles, Eléonore se décida à lui rendre visite à son hôtel. Le concierge prévint Richard et un groom la conduisit aussitôt à sa suite. Richard la fit entrer et elle l'observa avec attention. Il était distant et elle reconnut dans son maintien très droit, l'attitude dont il usait pour se retrancher derrière ses défenses. Il lui proposa de s'asseoir et lui offrit à boire ce qu'elle refusa.
  • Tu es juste venue pour me dire au revoir ? demanda-t-il un peu sèchement en croisant les jambes tout en sirotant un verre de whisky.

Elle garda le silence un instant avant de se décider à répondre.
  • Je crois que je t'ai blessé l'autre soir, Richard, et je le regrette mais je n'ai pas dit tout ce que j'avais à te dire, tu es parti avant que j'aie terminé. Je pensais avoir de tes nouvelles mais...
  • Tu as été très claire, Éléonore, je ne voulais pas t'importuner davantage.
  • Tu ne m'as... Oh et puis zut, Richard, écoute-moi ! J'ai passé d'excellents moments en ta compagnie et tu ne m'as jamais importunée. Cela m'a fait du bien et j'étais heureuse de profiter de ces instants avec toi. C'était comme de vivre hors du temps, une sorte de parenthèse si tu veux. Une merveilleuse parenthèse en vérité.
    Richard, je t'ai dit que nous n'avions pas d'avenir parce que tu semblais vouloir faire les choses de manière conventionnelle mais... ça ne voulait pas dire que nous n'avons pas de présent. Tes enfants n'ont pas besoin de souffrir du fait que nous... que nous soyons proches, comprends-tu mon point de vue ? Ils sont trop jeunes encore, tu dois leur laisser du temps.
    Je ne dois pas être très claire mais... j'éprouve des sentiments pour toi depuis toujours et aujourd'hui encore... et nous... Richard, je tiens à toi, à ces moments que nous pouvons voler juste pour nous mais je ne peux pas rendre ça "officiel". Excuse-moi et pardonne-moi si je t'ai blessé, je ne le souhaitais pas. Au revoir, Richard.

Sa voix s'était enrouée et elle se leva brusquement, reprit son châle et sortit en courant. Le portier lui trouva immédiatement une voiture et elle rentra chez elle avec le regard perdu dans le vague.

*****

Arrivée chez elle, elle se servit un whisky et s'installa sur le sofa où Richard était assis quelques jours plus tôt, les yeux fixés sur le feu qui était la seule lumière qui éclairait la pièce. Elle laissa finalement les larmes couler sur ses joues, dans un silence absolu. Un léger coup fut frappé à la porte et on lui annonça que monsieur Grandchester était à la porte et souhaitait absolument lui parler.
  • Très bien, faites-le entrer, répondit-elle en essuyant rapidement ses joues.

Richard entra dans la pièce et elle le regarda avec attention. Il avait abandonné son air rigide et il lui adressa un faible sourire.
  • Je te sers un scotch ? demanda-t-elle vivement en se tournant vers le bar.
  • Pas tout de suite, Ellie, dit-il en s'approchant d'elle.

Elle ne se retourna pas et avala une gorgée pour se donner une contenance. Elle le savait derrière elle et n'osait pas se retourner. Il lui retira le verre des mains et le posa sur le bar avant de lui prendre les mains et de la faire tourner vers lui.
  • Tu aurais du me laisser le temps de digérer ce que tu m'as dit et de te répondre, dit-il doucement sans lui lâcher les mains. En même temps... compte tenu de la façon dont j'ai réagi la dernière fois, je comprends que tu sois partie.

Éléonore gardait les yeux baissés mais il comprit qu'elle était bouleversée. Elle ne disait rien mais elle avait toujours été comme ça, souffrant en silence sans jamais se plaindre ni rien demander. Elle n'avait jamais fait qu'agir pour lui... pour son bien à lui, et surtout, pour le bien de son fils.
  • Je me suis trompé tout-à-l'heure ou bien tu m'as dit que tu avais des sentiments pour moi et que tu tenais à moi ? demanda-t-il en lui soulevant le menton pour voir ses yeux. Parle-moi, Ellie. Dis-moi ce qu'il y a là et là, ajouta-t-il en indiquant successivement son front et son cœur.
  • C'est ce que j'ai dit, oui, répondit-elle en détournant la tête. Et ce qu'il y a dans mon cœur, c'est une amère sensation d'inachevé.
  • Ellie, le soir où je t'ai embrassée, nous avons parlé et... je t'ai dit que tu étais, tu es la seule femme que j'ai vraiment aimée... Ce que je voulais dire c'est que... tu as fait battre mon cœur plus que de raison et tu as été la seule à avoir cet effet sur moi.
    J'ai cédé à mon père sur tellement de choses... c'est lui qui m'a imposé mon mariage et... je n'ai pas été malheureux mais je n'ai jamais été heureux non plus. Je me suis haï quand je me suis rendu compte qu'elle détestait Terry mais il se comportait vraiment de manière odieuse et je n'ai rien compris.
    Plus il grandissait, plus il te ressemblait et... je n'arrivais pas à le regarder sans penser à toi et à ce que j'avais perdu. Je n'arrivais même plus à prononcer ton prénom, Ellie, de peur que le chagrin ne transparaisse dans ma voix. J'ai des remords même si je sais qu'il est trop tard pour ça.
    La vérité, Ellie, c'est que je t'ai fait la cour parce que j'ai pris peur. J'ai eu peur des sentiments qui se réveillaient surtout... surtout après t'avoir embrassée. Et je ne voulais pas que tu penses que je puisse essayer de profiter à nouveau de toi. Mais pour être honnête, je n'ai pas réfléchi à ce que cela impliquait. Je sais seulement que la vie m'offre une nouvelle chance de passer du temps avec la femme que j'aime et... je n'ai pensé qu'à saisir cette chance. Notre fils m'a laissé entendre que la chance ne passait pas toujours deux fois et qu'il fallait la saisir, alors...
    Tu as raison au sujet de mes enfants, ils sont trop jeunes pour l'instant et ils ne comprendraient pas surtout après ce qu'ils ont entendu dire par leur mère... Mais ce ne sera pas toujours le cas et...
    Ellie, je n'ai pas envie d'attendre dix ans pour te dire que je t'aime et que j'ai envie d'être avec toi. Pour autant de temps que tu voudras bien m'en accorder. Mais si tu le souhaites, je peux cacher au reste du monde que je t'aime, et si tu m'aimes, je tiendrai éternellement.

En entendant ses derniers mots, les larmes d'Éléonore recommencèrent à couler et il prit son visage dans ses mains pour les essuyer. Elle le regarda de ses magnifiques yeux aux reflets bleu-vert et il eut l'impression d'y lire une invitation.
Il se pencha vers elle pour l'embrasser et elle répondit aussitôt à son baiser.


Il passa sa dernière nuit à New-York avec elle. Le lendemain matin, avant de partir, il l'embrassa longuement une dernière fois.
  • Que va-t-il se passer maintenant Éléonore ? demanda-t-il en caressant son visage.
  • Il t'arrive de faire des voyages d'affaires, non ? ou de prendre des vacances peut-être ? répondit-elle avec un doux sourire qui l'émut profondément.
  • C'est une invitation pour que je te tienne informée de mes futurs déplacements ?
  • Je suis sûr que nos plannings pourraient correspondre de temps à autres, tu ne crois pas ?
  • Je pense que oui, Ellie. J'en ai très envie en fait... dit-il avant de l'embrasser encore.
  • Tu devrais y aller, Richard, il faut encore que tu passes à ton hôtel et...
  • Juste une question... Est-ce que tu veux en parler à Terry ?
  • Je n'ai pas l'intention de le faire mais Candy risque de s'en douter et de tout deviner. Mais je sais qu'elle n'en parlera pas à Terry...
  • Dis-le leur, si tu veux, ajouta-t-il doucement, je te laisse le soin de décider. J'ai peur qu'il ne le prenne mal pour tout te dire mais... je ne veux pas que tu lui mentes. Je préfère risquer sa colère, termina-t-il avec en riant à demi.
  • C'est vrai qu'il pourrait se mettre en colère... au début. Mais ça ne durera pas, Richard. Il est même tout à fait capable de ne pas émettre un seul commentaire désobligeant.
  • Fais comme tu veux, Ellie. Je... j'ai... Tu vas beaucoup me manquer. Je t'aime, murmura-t-il avant de déposer un ultime baiser sur ses lèvres.
  • Moi aussi, Richard, maintenant vas-y avant d'être en retard, murmura-t-elle avec la gorge serrée.

Il quitta la maison et elle le regarda partir avec émotion, bouleversée par les derniers évènements et elle le vit se retourner une dernière fois. Éléonore ferma les yeux et appuya son front sur la fenêtre, elle avait l'impression d'avoir à nouveau vingt ans.

*****

Terry et son père s'étaient revus plusieurs fois et pour la première fois de leur vie, ils eurent l'impression d'avoir véritablement créé un lien entre eux. Deux semaines après sa réconciliation avec son fils, Richard repartait pour Londres avec la promesse de Terry qu'il viendrait bientôt en Angleterre avec sa famille.

*****

Éléonore et Candy se retrouvèrent pour dîner quelques jours plus tard. Après le repas, elles prirent le thé dans la petite bibliothèque où Candy aimait beaucoup passer ses soirées.
  • Éléonore, dit doucement Candy, j'ai l'impression que la venue de Richard vous a rendue heureuse.
  • Tu es vraiment perspicace, Candy, répondit-elle en baissant la tête avec un sourire.
  • Pour vous dire la vérité, ce sont vos yeux... Ils sont comme ceux de Terry. Et vous avez dans le regard une lueur de joie qui n'y était pas auparavant.
  • Tu ne te décideras donc jamais à me tutoyer, Candy ? Tu sais que je vais finir par le prendre mal si tu ne t'y mets pas ? dit-elle avec un grand sourire.
  • Habile moyen de détourner la conversation, répondit Candy en souriant. Je comprendrais que tu ne souhaites pas me parler de Richard, Éléonore Mais s'il te rend heureuse alors tant mieux. C'est tout ce que j'ai à dire et... je n'en parlerai pas à Terry.
  • Et bien ! s'exclama sa belle-mère. Quand tu te décides, c'est quelque chose ! Tu me fais plaisir, Candy, vraiment très plaisir. Quant à Richard... Je l'ai revu plusieurs fois mais... il a des enfants encore jeunes, qui ont perdu leur mère bien trop tôt. Il faut qu'il prenne soin d'eux et sa vie est à Londres tandis que la mienne est ici.
    Pour être vraiment honnête avec toi, je n'ai pas la moindre envie de changer de mode de vie, même si j'aime beaucoup Richard. J'aime également ma vie à New-York.
  • Je ne suis pas sûre de tout comprendre mais ce que je souhaite c'est qu'il te rende heureuse et qu'il ne te fasse pas pleurer à nouveau, dit Candy en lui prenant la main doucement.
  • Je suis heureuse, Candy. Tu sais... il est le père de mon fils. Un homme qui a fait battre mon cœur et que j'ai aimé. Le temps a passé et nous nous sommes fait beaucoup de mal. Mais je ne pourrais jamais renier cet amour. Je l'aimerai toujours, c'est comme ça, je n'y peux rien.
    Et puis nous avons tous les deux changé. Et lui... j'ai l'impression qu'il s'est réconcilié avec lui-même, il ressemble plus à l'homme que j'ai aimé qu'au père que Terry a connu durant son enfance.
    Je pense que nous nous reverrons lui et moi mais je ne sais ni quand, ni comment. Et je ne sais pas non plus ce qu'il se passera ensuite. Mais peu importe, je préfère vivre les choses au jour le jour.
  • Éléonore, si tu as besoin de parler ou quoique ce soit, je suis là...
  • Merci, ma chérie. C'est étrange pour moi de parler de tout ça avec toi, tu sais...
  • Un jour, j'ai dit à Terry que j'aurais adoré avoir une mère comme toi, qu'il avait beaucoup de chance et... aujourd'hui... tu m'apportes l'amour et la complicité d'une maman et c'est vraiment très important pour moi. J'aime nos conversations et si tu étais ma mère, j'aimerais que tu me parles de tout ça. Je veux que tu sois heureuse et peu m'importe de quelle façon tu choisis de vivre ta vie. La seule chose qui compte c'est que je t'aime parce que tu es la maman de Terry et la meilleure des mères pour moi. Je t'aime parce que tu es la seule mère que j'aie jamais connue.

Éléonore et Candy se serrèrent dans les bras l'une de l'autre, les larmes aux yeux.
  • Merci, ma petite Candy. Je t'aime aussi, ma chérie, tu sais.
  • Éléonore, est-ce que vous voulez en parler à Terry ?
  • Je ne sais pas, Candy.... je ne sais pas. Et puis pour lui dire quoi ? Que j'ai une liaison avec son père mais que je n'ai pas envie de m'investir dans une relation conventionnelle... C'est du bonheur que je veux vivre avec son père désormais, de l'exceptionnel... pas du quotidien. Je ne vois pas comment lui dire ça.
  • Je crois qu'il s'est rendu compte que vous vous étiez rapprochés, mais il ne m'en a pas parlé.
  • Comment crois-tu qu'il prendrait la nouvelle ? demanda Éléonore
  • Je ne sais pas... Je crois qu'il aurait peur pour toi, peur de te voir souffrir encore, répondit Candy.
  • Tu crois qu'il en voudrait à son père ?
  • Très honnêtement, je ne crois pas, dit Candy avec un léger sourire. Mais je pense que son instinct de mâle protecteur se réveillerait pour protéger sa mère.
  • C'est vrai qu'il est comme ça... dit Éléonore en souriant à Candy.

Elles rirent toutes les deux avant de reprendre leur discussion et de se dire au revoir une heure plus tard.

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