013 - Partie 1 - Chapitre 13 : L'usure du temps



ATTENTION

Ce chapitre comprend des scènes destinées à un public adulte.
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New-York, lundi 10 septembre 1923
Candy s'arrêta devant le grand bâtiment de la clinique Montgomery et se sentit une nouvelle fois toute petite devant le gigantisme du bâtiment. Elle avait déjà visité l'endroit, sur l'invitation d'Allan et Suzanne, et avait été impressionnée par leurs installations.

*****

Quelques jours plus tôt, Allan l'avait appelée pour lui donner un rendez-vous, en expliquant qu'il voulait absolument lui présenter quelqu'un lors d'un déjeuner professionnel. Malgré l'insistance de Candy, il ne lui en dit pas plus, terminant leur conversation en riant et en lui indiquant que c'était aussi une surprise.
Candy avait été très intriguée et y avait pensé une grande partie de son week-end. Allan avait plusieurs fois essayé de l'embaucher à la clinique mais elle avait préféré attendre que Kyle ait deux ans avant de retravailler. Par la suite, elle avait travaillé pour l'Hôpital Sloane pour les Femmes mais avait démissionné peu de temps avant de tomber enceinte de Ryan.
Ryan avait maintenant un an et demi et l'inaction commençait à lui peser énormément. Surtout depuis que Kyle allait à l'école. Elle se sentait aussi très seule, les absences de Terry étaient de plus en plus longues car ses tournées connaissaient un franc succès. Il était désormais l'associé à part entière de Robert et Stephen Hathaway et continuait son métier d'acteur avec un succès toujours croissant.
Sa dernière tournée qui avait débuté fin avril aurait du se terminer en août. Mais l'un des acteurs de la deuxième troupe avait eu un accident et Terry avait du le remplacer pour la tournée. Il n'avait passé que trois jours avec eux au mois d'août et il ne rentrerait désormais qu'au début du mois de décembre.
Ces derniers jours, son absence s'était fait plus cruellement ressentir. Les journaux à scandales avaient laissé entendre qu'il pourrait avoir une liaison avec l'une des actrices de la troupe, Alice Simson. Lorsque Candy avait découvert l'article, elle avait senti son cœur se serrer violemment mais elle s'était vite ressaisie... Ce n'était pas le genre de Terry et puis... il était toujours si tendre avec elle. Sa confiance en lui était bien plus forte que tout ce que ces journalistes racoleurs pourraient raconter.
Pourtant ces derniers temps, il lui avait paru préoccupé et parfois contrarié mais elle ne doutait pas de son amour. Son humeur était consécutive aux problèmes survenus en raison de l'accident de ce jeune acteur, Lionel Eastsand.
C'était pour Terry qu'elle était le plus triste, il n'avait pas vu les premiers pas de Ryan et n'était pas avec eux pour le premier jour d'école de Kyle. Et puis, cette année pour la première fois depuis la guerre, ils ne passeraient pas leur anniversaire de mariage ensemble.

*****

Elle soupira et regarda sa montre, elle était un peu en avance mais elle se dirigea vers la clinique avec un sourire. Allan lui avait parlé d'une surprise et maintenant, elle mourrait d'envie de savoir de quoi il s'agissait. Elle aurait aussi l'occasion de lui dire qu'elle envisageait de bientôt recommencer à travailler.
On la conduisit dans le bureau du docteur Montgomery et elle retrouva la pièce agréable qu'elle avait déjà visitée, l'épaisse moquette bleue, le salon accueillant et surtout cette magnifique baie vitrée qui donnait une vue imprenable sur Central Park. Elle avait le regard perdu sur le paysage verdoyant qui s'offrait à elle et n'entendit pas la porte du bureau s'ouvrir.
  • Bonjour Candy, dit une voix derrière elle. Je suis désolé d'être en retard.
  • Bonjour Allan, répondit-elle en se tournant vers lui avec un sourire amical. Je crois que c'est moi qui suis un peu en avance, ne vous excusez pas.

Elle avait appris à l'apprécier, c'était un médecin efficace et chaleureux, ayant un grand sens du devoir et passionné par son métier et ce qu'il faisait pour ses malades. Il semblait également très amoureux de Suzanne et tous deux semblaient nager dans un grand bonheur.
  • Vous m'aviez parlé de me présenter quelqu'un, dit Candy impatiente de savoir de quoi il retournait.
  • Mais quelle impatience ! dit Allan en riant. J'enlève ma blouse et nous allons passer le prendre pour aller déjeuner. Voilà... vous venez ? dit-il en lui tendant le bras.
  • Je vous suis ! répondit-elle avec un sourire.

Il l'entraina vers l'étage supérieur et lui ouvrit une grande porte, l'invitant à entrer. Elle passa la porte et découvrit une quantité innombrable de visages qui souriaient et l'applaudirent quand elle entra.
Un visage qu'elle connaissait bien s'approcha d'elle en souriant et en lui tendant la main.
  • Docteur Jones ! s'exclama-t-elle avec émotion. C'est bien vous ? Je suis si contente de vous revoir !
  • Moi aussi, madame Grandchester, répondit-il avec un sourire. Mais figurez-vous qu'avec la complicité d'Allan, je vous ai faite venir ici à la demande du gouvernement français.
  • Du gouvernement français ? Mais...
  • L'ambassadeur de la France, ici présent, souhaitait me remettre quelque chose et... à vous aussi. J'ai fait en sorte qu'on ne vous prévienne pas plus tôt parce que j'avais peur que vous ne refusiez de vous montrer ici, lui chuchota-t-il.
    Mesdames et messieurs, dit-il en se tournant vers l'assemblée. Vous avez un jour voulu me remercier pour ce que j'avais fait pour certains d'entre vous en France. Il était également prévu que soient remerciés les membres du personnel de l'Hôpital de Neuilly. Tous, sauf une, ont été félicités et honorés comme il se doit.
    Pour ce qui concerne cette jeune femme, j'ai tenu à ce qu'elle soit ici avec moi aujourd'hui parce que je n'aurais pas fait le même travail sans elle. Certains d'entre vous la connaissent parce qu'elle vous a soigné, avec le sourire et la gaieté qui la caractérisent. Ce que vous savez moins, c'est qu'elle a passé des dizaines d'heures avec moi en salle d'opération, sans jamais faillir, sans jamais commettre la moindre erreur et en supportant mon satané caractère, qui plus est ! Et quand j'étais épuisé, quand parfois je me sentais gagné par le découragement, c'est encore elle qui me rendait ma volonté et me redonnait courage.
    Sans son acharnement et son profond sens du dévouement, je dois bien avouer que certains rescapés de cette guerre ne seraient plus vivants aujourd'hui.
    Alors, permettez-moi de vous présenter, mesdames et messieurs, Candice André Grandchester, la meilleure des infirmières avec qui j'ai eu l'occasion de travailler.

Candy fut très émue par la reconnaissance qu'elle lisait dans les yeux des patients qui lui faisaient face. L'ambassadeur de France leur remit la Croix de Guerre Interalliée et un cocktail fut ensuite servi à toutes les personnes présentes. Elle fut encore plus abasourdie quand elle reconnut Éléonore dans l'assemblée accompagnée d'Albert.
  • Et vous saviez, tous les deux ? demanda-t-elle avec un air très surpris juste après leur avoir sauté au cou pour les embrasser.
  • Bien sûr qu'on savait, dit Albert. Tu crois qu'on a fait comment pour qu'Alistair et Flanny ne te préviennent pas qu'ils avaient été décorés.
  • Je suis tellement fière de toi, Candy, dit Éléonore les larmes aux yeux. C'est impressionnant de voir autant de personnes... sachant que tu en as soigné et guéri tellement plus. Je suis vraiment fière.
  • Écoute-moi, Candy, dit alors Albert. Je vais raccompagner Éléonore et je t'attendrai chez toi avec les petits parce que je crois que les docteurs Jones et Montgomery aimeraient vraiment te parler.
  • D'accord, Albert, répondit-elle en souriant. Je te rejoins dès que j'ai terminé. Merci d'être venue Éléonore, je suis très émue que tu sois là. Merci vraiment.
  • Candy, répondit Éléonore, j'avais envie d'être là mais avant de partir, j'aimerais être sûre que tu vas bien, j'ai vu les journaux et...
  • Ne t'inquiète pas, la coupa Candy avec un franc sourire, je sais que ce sont des torchons et j'ai totalement confiance en Terry.
  • Tant mieux, ma chérie, dit Éléonore en l'étreignant. Ne crois jamais un seul mot de ce qu'ils publient.

Elle leur dit au revoir et fut rejointe par le docteur Jones et Allan Montgomery.
  • Candy, dit le docteur Jones. Vous m'avez dit un jour que j'étais une locomotive et pour accepter de travailler ici, j'ai demandé à avoir un wagon en particulier. Vous.
  • Comment ? Votre wagon c'est moi ? demanda-t-elle intriguée sans pouvoir s'empêcher de rire à l'évocation de l'une de leurs dernières conversations à Paris.
  • Allan vous le confirmera, lorsque j'ai accepté de travailler pour lui, ici, ma seule condition a été qu'il vous réserve en permanence une place si vous le souhaitez. Je sais que vous avez deux jeunes enfants, mais... si l'envie vous prenait de recommencer à travailler, j'aimerais que ce soit avec moi.
  • Je vous l'ai pourtant dit Alfred, elle a déjà refusé ma proposition ! Et à plusieurs reprises ! dit Allan en souriant.
  • Oui mais là, c'est moi qui le lui demande, répondit le docteur Alfred Jones.

Candy était abasourdie par leur demande mais elle prit à peine le temps de réfléchir avant de répondre.
  • Je vais être honnête avec vous... j'avais très envie de recommencer à travailler et avec vous... ça me ferait très plaisir mais... je voulais attendre encore un peu et mon fils cadet est encore jeune.
  • Écoutez Candy, répondit le docteur Jones, je travaille ici à mi-temps et l'autre moitié du temps, j'enseigne à l'Université de New-York. Je n'aurais besoin de vous qu'ici et donc si vous souhaitez travailler à mi-temps, je suis sûr que le docteur Montgomery sera d'accord.
  • Il ne me reste plus qu'à dire oui, si je comprends bien ? dit Candy en riant.
  • Exactement, répondit le docteur Jones. Et j'aimerais bien vous voir ici le premier octobre ce qui vous laisse le temps de vous organiser, qu'en pensez-vous ?
  • J'aimerais prendre le temps d'y réfléchir un peu mais... j'avoue avoir très envie de vous dire oui.
  • Alors appelez-moi vendredi, répondit le docteur Jones en lui tendant sa carte. Maintenant, suivez-moi, j'aimerais vous présenter quelqu'un qui avait très envie de vous revoir !

Candy eut la surprise de revoir Thomas Fletcher, un jeune homme amputé d'une jambe, qui avait été salement amoché sur tout le corps mais semblait avoir conservé son optimisme. Il avait été un de ses patients préférés à Paris.
Il était accompagné d'un grand afro-américain, élégamment vêtu que Candy savait être le propriétaire d'un des meilleurs clubs de jazz à New-York. Il s'appelait Patrick Cummings et il l'accueillit avec chaleur, se présentant comme le meilleur ami de Thomas.
Elle découvrit qu'il entrait à la clinique début octobre pour commencer sa rééducation et il insista beaucoup pour qu'elle accepte de venir travailler au Centre Montgomery.

*****

Lorsqu'elle ressortit de la clinique, elle se sentit émue par ce qu'elle venait de vivre. La perspective de venir y travailler et d'assister le docteur Jones lui plaisait infiniment. Mais il y avait Ryan qui était encore si petit, et Kyle, qui était un petit garçon adorable. Mais Kyle allait à l'école maintenant et il adorait ça. Quant à Nanny, elle était toujours avec eux. Elle décida de rentrer chez elle en métro, elle finirait le trajet à pied.
Quand elle arriva devant chez elle, un sentiment de grande tristesse l'envahit à l'idée que Terry n'y était pas, et qu'il ne rentrerait pas avant longtemps. Elle inspira profondément et sourit à la pensée de retrouver ses deux petits garçons et Albert qui l'attendaient.

Ils dînèrent tous joyeusement, Kyle était ravi d'écouter les récits des derniers voyages et des dernières aventures de son tonton préféré. Candy coucha ses enfants et rejoignit Albert dans le petit salon.
  • Alors ça y est, les deux petits anges sont couchés ? demanda-t-il quand elle entra.
  • Oui, et presque endormis, dit-elle en s'asseyant sur le sofa à côté de lui.

Elle ramena ses jambes sous elle et elle se posa contre lui alors qu'il l'enlaçait de son bras.
  • Tu as l'air très fatiguée, ma Candy, dit-il doucement. Tu veux bien me dire la vérité, à moi ?
  • Il me manque tellement, murmura-t-elle en sentant sa gorge se serrer. Cette année il travaille énormément, nous ne nous sommes vus que deux jours par ci, trois jours par là... Alors que j'ai passé des mois, des années même sans lui, et bien aujourd'hui je n'en peux plus de son absence. Les journalistes écoutent même le téléphone et on ne peut communiquer sereinement que par courrier !

Elle éclata en sanglots et il la serra fortement contre lui. Il y avait si longtemps qu'ils ne s'étaient pas retrouvés comme ça qu'il en fut bouleversé. Il se rappela toutes ces journées qu'elle avait passées à essayer d'oublier Terry, en vain. Mais aujourd'hui, même si la cause de ses pleurs était différente, elle avait à nouveau besoin de réconfort.
  • Candy, je devrais me fâcher contre toi mais je n'en ai pas le cœur, murmura-t-il doucement. Je devrais me fâcher parce que tu souffres beaucoup de son absence mais je suis persuadé que tu ne le lui as pas dit. Et je suis également certain que lorsqu'il a évoqué le fait d'assurer lui-même le remplacement de cet acteur blessé, tu ne lui as pas dit que tu préfèrerais qu'il reste, c'est bien ça ?
  • Je ne pouvais pas, Albert, répondit-elle d'une petite voix. Le théâtre c'est toute sa vie, tu l'as vu jouer, il est comme... transfiguré, habité. Il aime se produire sur scène, c'était son rêve, sa voie et il est aujourd'hui en train de récolter les fruits de longues années de travail. Si je lui demandais de s'arrêter, ça reviendrait à lui couper les ailes et je ne peux pas lui faire ça, il en serait malheureux.
  • Candy, il n'est pas question de lui demander de s'arrêter mais de vous consacrer un peu plus de temps. Quand il reviendra, il aura passé huit mois loin de vous et c'est beaucoup trop. Même quand tu étais en France, vous ne vous êtes pas séparés aussi longtemps.
  • Ce n'est pas vrai, Albert, d'abord ça ne fera pas huit mois mais sept mois et puis entre le moment où nous nous sommes mariés et notre séjour à Londres, il s'était passé sept mois aussi. Et contrairement à Paris, il est rentré à la maison de temps en temps... c'est juste que... je crois que je l'aime trop et que je commence à m'ennuyer et du coup, je pense sans cesse à lui, alors je dois m'occuper... Tu sais Allan et le docteur Jones m'ont proposé de travailler à la clinique, à mi-temps, ce qui me conviendrait très bien et j'y ai réfléchi et... je pense que je vais accepter.
  • Dis-moi la vérité, maintenant, petite sœur... tu peux faire illusion auprès d'Éléonore mais je sais que ces maudits articles t'ont blessée.
  • Tu as raison, Albert. Je me suis sentie blessée, j'ai eu peur aussi mais j'ai confiance en lui. Il ne nous ferait jamais ça, c'est impossible... dit-elle en baissant la voix.
  • Je ne le crois pas non plus, lui murmura-t-il. Mais ces articles ont semé le doute dans ton esprit. Je sais combien les hommes peuvent être faibles et lâches parfois mais pas Terry... l'amour qu'il te porte est si profond qu'il ne fera rien qui puisse lui faire risquer de te perdre.
  • Merci, Albert. Ça me fait un bien fou d'entendre ça et puis je crois que j'aime tout simplement t'avoir près de moi, tu sais.
  • Moi aussi, ça me fait du bien. Tu sais que j'ai toujours été très heureux de partager ta vie et je garde de très bons souvenirs de notre vie à Los Angeles. C'était apaisant de t'avoir près de moi.
  • Mais maintenant, tu as Alexandra et vos enfants, tu n'es pas tout seul.
  • Non mais Alexandra est ma femme, pas ma petite sœur adorable.
  • Je comprends ce que tu veux dire, Albert. Moi non plus, je n'oublierai jamais notre complicité et tu restes mon roc, mon grand-frère, mon protecteur... Je t'aimerai toujours Albert.
  • Moi aussi, petite Candy, allez file te coucher, tu es épuisée et... je suis fier de toi, jeune médaillée !

New-York, lundi 19 novembre 1923
Candy fut effondrée en découvrant les nouveaux articles des journaux à scandale. Les pires rumeurs sur son couple s'y étalaient largement, et ce n'était pas la première fois. Mais ce qui était nouveau, c'était de s'y trouver elle-même en photo. On la voyait aux côtés de Pat Cummings qui avait un bras autour de ses épaules. Ce que ne montrait pas la photo, c'était Thomas, dans son fauteuil, à côté d'eux, et on ne voyait pas non plus le docteur Jones qui leur faisait face aux côtés d'Éléonore qui les accompagnait.

Depuis des semaines, elle se sentait harcelée. D'abord il y avait chaque semaine de nouveaux articles, de nouvelles rumeurs sur la prétendue liaison entre Terry et Alice Simson et maintenant ça.
L'article dévoilait la prétendue "vie libertine" du couple Grandchester, expliquant comment Candy s'amusait avec le célèbre Pat Cummings alors que son mari s'affichait avec une de ses actrices.
Candy fondit en larmes en lisant l'article, effarée par ce que pourrait en penser Terry. Il devait rentrer mercredi, passer Thanksgiving avec eux et repartait le lendemain. Il n'avait pas été là non plus pour Halloween, ce qui avait beaucoup déçu Kyle.

Tous les jours on l'appelait pour lui demander une interview et elle refusait systématiquement. Les journalistes la poursuivaient même jusqu'à la clinique et elle se sentait épuisée par le cirque médiatique qui s'insinuait dans son quotidien. Elle ne travaillait jamais le lundi et le docteur Jones l'avait appelée pour lui demander de prendre un congé jusqu'à la nouvelle année.
  • Mais pourquoi docteur ? s'était-elle insurgée.
  • Parce que les journalistes vous empoisonnent la vie, jusque dans votre travail à la clinique où ils vous harcèlent. Je vous connais assez bien, ma petite, et il faut que vous fassiez une pause et que vous vous éloigniez un peu de tout ça. Ne les laissez pas envahir votre vie. Ne leur parlez pas et ne répondez pas ! Mais je vous donne des conseils alors que vous vous en sortez très bien.
  • Docteur, je ne suis pas sûre que...
  • Non, ne dites rien, Candy. Prenez des vacances, quittez New-York s'il le faut... Je sais que vous avez une maison à Los Angeles, de la famille à Chicago, alors voyagez mon petit, et semez-les ! Bon, je vous laisse, Candy, mes élèves m'attendent. Je passerai vous voir.

Il avait raccroché et Candy resta abattue. Elle venait en quelque sorte de perdre son travail et elle craignait le pire pour le retour de Terry... Elle avait très peur que les journalistes aient eu raison à propos de sa relation avec Alice Simson... ou encore qu'il réagisse très violemment à la photo parue aujourd'hui où on la voyait enlacée par un autre homme.

*****

New-York, jeudi 22 novembre 1923
Candy était très nerveuse et pâlissait au fur et à mesure que la journée s'avançait, Terry les avait fait prévenir qu'il aurait une journée de retard. Jane et Arthur étaient avec leur famille à Brooklyn. Candy et Éléonore étaient donc seules avec les enfants et suivaient les instructions laissées par Jane pour le repas. Elles n'auraient plus qu'à réchauffer les différents plats un peu plus tard.

Quand Terry arriva enfin, il était dix-neuf heures passées. Candy était à la cuisine, arrosant la dinde qui cuisait au four depuis plusieurs heures. Elle entendit Kyle pousser des cris de joie en retrouvant son père et ses mains se mirent à trembler lorsqu'elle se dirigea vers le grand salon.
Éléonore souriait avec plaisir et Terry tenait ses deux garçons dans ses bras en leur souriant. Il était toujours aussi beau et attirant. Candy sentit son cœur battre violemment en le revoyant. Mais elle se figea et se sentit glacée comme traversée par le blizzard quand leurs regards se croisèrent. Elle vit dans ses yeux une colère contenue et une froideur qui lui déchirèrent le cœur. Il s'avança vers elle sans lâcher les garçons et déposa un baiser du bout des lèvres sur son front.
  • Je dois surveiller les plats de Jane pour ne pas les brûler, dit-elle très vite avant de retourner à la cuisine les larmes aux yeux.

Candy se sentait anesthésiée, elle devait rester maîtresse d'elle-même mais elle savait que la catastrophe s'était déjà produite. Le regard glaçant de Terry, son baiser sur le front... rien de tout cela ne ressemblait à leur couple. Quelque chose de terrible semblait inévitable.
Elle s'occupa de mettre à réchauffer les légumes et les purées avant qu'Eléonore n'entre dans la pièce avec Ryan dans les bras.
  • Candy, je vais aller coucher Ryan, dit-elle doucement. Il est l'heure pour lui, ce petit garçon bâille à s'en décrocher la mâchoire.
  • Non laisse, maman ! dit Terry, en entrant. Je vais aller le mettre au lit moi-même, j'ai trop peu eu l'occasion de le faire et ça me manquait, figure-toi !

Il lui prit le petit garçon des bras, après que sa grand-mère et sa mère l'aient embrassé et Terry monta à l'étage pour le coucher.
  • Mamie ! appela Kyle du salon. Viens voir !
  • Candy, je... dit Éléonore
  • Mamie, tu viens ? continuait de demander Kyle.
  • Allez-y, Éléonore, tout va bien ici, en revanche Kyle...
  • Mamie !!! cria-t-il.
  • D'accord, d'accord, dit-elle en retournant au salon. Je suis là...

Candy apporta les entrées à table et aida Kyle, rayonnant de bonheur, à s'installer sur sa chaise, à côté de celle de son père. Elle commença le service quand Terry redescendit et le repas se passa dans les rires suscités par Kyle et l'attention constante qu'il demandait à son père. Après le dessert, Éléonore s'éclipsa très vite et Kyle supplia Terry de venir le coucher et de lui raconter une histoire.

Pendant qu'il montait avec Kyle, Candy rangea la cuisine et ferma la maison avant de monter dire au revoir à Kyle qui écoutait religieusement son père. Terry ne lui jeta pas le moindre regard, comme durant toute la soirée. Elle se rendit ensuite dans la chambre de Ryan pour l'embrasser avant de gagner sa chambre.
Elle n'arrivait pas à calmer le tremblement de ses mains et eut un mal fou à se coiffer. Elle ne savait pas ce qui allait se produire mais elle savait que ce serait terrible. Ce qu'elle craignait le plus était de le perdre. Elle sursauta violemment en entendant la porte de leur chambre claquer. Elle se retourna et aperçut Terry qui s'était adossé à la porte en croisant les bras. Il la regardait avec colère, son attitude était glaciale et Candy voyait sa mâchoire se crisper à intervalles réguliers. Il était pâle et Candy craignit le pire.
  • Tu peux m'expliquer ce qu'il se passe ? demanda-t-il d'un ton sec.
  • Je ne sais pas, Terry, murmura-t-elle d'une voix blanche, c'est à toi de me le dire...
  • A moi ? cria-t-il soudain. Tu te fous de moi ou quoi ! ajouta-t-il les dents serrées. Je découvre dans les journaux que tu sors dans des clubs de jazz et que tu te comportes très familièrement avec ce... avec ce type ! Et c'est à moi de te dire quelque chose, en plus !
  • Si tu parles de Pat Cummings, il ne se passe rien ! répondit-elle sur le même ton agressif qu'il avait utilisé. C'est un ami, Terry, simplement et seulement un ami ! Et ces derniers temps, j'ai manqué cruellement d'amis ! En revanche, puisque tu parles de ces journaux, je te signale que tu y figures bien plus souvent que moi et je ne suis pas persuadée qu'Alice Simson soit une de tes amies, elle !

Elle était rouge, essoufflée et les larmes menaçaient de couler à flots mais elle refusa de se laisser aller, sachant pertinemment qu'elle s'écroulerait si elle craquait maintenant. Elle serra les poings et s'enfonça les ongles dans les paumes pour ne pas s'effondrer.
  • Candy, je croyais que tu avais confiance en moi ! dit-il entre ses dents. C'est pour ça que tu es sortie avec ce type ? Pour me punir de quelque chose que tu me soupçonnes d'avoir fait ? Sans même m'en parler ? Je n'y crois pas, nom de Dieu ! dit il en tapant du poing sur le mur. Je ne comprends pas que tu aies pu me faire ça ! Que tu aies pu NOUS faire ça !
  • Tu ne m'as pas écoutée, Terry ! Je t'ai dit que c'était un ami ! Et j'ai...
  • Arrête, Candy ! Le seul homme que tu laisses t'enlacer aussi familièrement, c'est Albert ! Personne d'autre que lui ou moi ne pouvait t'approcher auparavant !
  • Terry, tu interprètes mal ce...
  • Candy, l'expression de ton visage sur cette photo ne pouvait me tromper !

Candy ne répondit pas tout de suite. Elle savait qu'il était profondément jaloux mais s'il ne réussissait pas à se calmer un peu, ils ne pourraient en parler. Il fallait qu'ils se calment. Tous les deux.
  • Terry, tu es en colère, dit-elle finalement. Je ne crois pas qu'il soit bon que nous discutions tant que tu seras dans cet état. Nous n'arrivons pas à parler de toute façon et tu dois réfléchir à...
  • Je ne suis pas en colère, je me sens trahi ! Mais si tu tiens à en parler plus tard, et bien soit ! Je vais m'en aller pour réfléchir alors, mais réfléchis toi aussi ! Je repars et je serai de retour dans deux semaines et nous en parlerons à ce moment-là puisque c'est ce que tu as l'air de souhaiter... Mais réfléchis bien ! dit-il en ouvrant la porte de leur chambre pour sortir.
  • Terry qu'est-ce tu fais ? dit-elle en se lançant à sa poursuite.

Il avait claqué la porte de leur chambre et était déjà en bas des escaliers quand elle atteint la porte. Il avait déjà remis son manteau au moment où elle le rejoint dans l'entrée.
  • Terry, ne pars pas, dit-elle d'une voix étranglée... Je t'en prie. Les enfants... demain...
  • Tu leur diras que j'ai eu une urgence. Je pars pour Washington. Je serai là dans deux semaines, dis-leur que je suis désolé mais que je ne pouvais pas faire autrement, dit-il sans lui jeter un regard.
  • Je t'en supplie, Terry, ne pars pas... dit-elle alors que ses larmes commençait à couler.

Il ouvrit la porte et sortit sans se retourner pour grimper dans sa voiture. Il démarra et partit rageusement laissant derrière lui sa femme en pleurs, qui se laissa glisser à genoux sur le sol, effondrée.
  • Maman ? dit une petite voix derrière elle qui acheva de lui briser le cœur.
  • Kyle ! Mais qu'est-ce que tu fais debout ? Tu devrais dormir mon petit poussin ! dit-elle après avoir rapidement essuyé ses yeux.
  • Papa est parti parce qu'il ne nous aime plus ? demanda-t-il les larmes aux yeux. C'est pour ça qu'il a crié et qu'il ne reste jamais à la maison ? Il ne nous aime plus ?

Elle se releva pour venir vers son fils en pleurs et le prit dans ses bras pour le remonter dans sa chambre.
  • Bien sûr que non, mon poussin. Papa t'aime énormément, murmura-t-elle à son oreille en le serrant contre elle. Il t'adore tellement que c'est pour ça qu'il est venu ce soir. Il aura bientôt fini son travail, tu sais... Et tu pourras le voir beaucoup plus souvent, tu verras. Mais surtout, n'oublie jamais que ton papa t'aime beaucoup, beaucoup, beaucoup. Il t'adore plus que tout au monde.
  • Alors pourquoi il a crié et pourquoi tu as pleuré, maman ?
  • Parce que je voulais que ton papa reste avec nous mais ce n'est pas possible à cause de son travail. C'est difficile pour lui aussi de devoir être loin de toi, loin de la maison. Je n'ai pas été très raisonnable avec papa mais c'est fini, mon poussin, et je ne pleure plus.

Elle le recoucha dans son lit et attendit près de lui qu'il se rendorme avant de rejoindre sa chambre. Terry aurait du être là ce soir mais il était reparti.
Elle s'adossa à la porte en fermant les yeux, quelques instants plus tôt, il s'était tenu là. Elle éteint la lumière et se laissa tomber assise par terre. Elle se mit à pleurer silencieusement et ses larmes coulèrent durant des heures avant que l'épuisement et le sommeil ne la gagnent à l'endroit même où elle s'était laissée aller. Elle se réveilla à quatre heures du matin et regagna son lit en étant de nouveau gagnée par de profonds sanglots. Ses larmes coulèrent encore durant de longues minutes et elle ne sentit même pas la fièvre qui la gagnait petit à petit.

*****

Terry ne décolérait pas, il n'arrivait pas à comprendre ce qui venait de se passer. Il approchait de Washington quand le soleil se leva. Il s'arrêta sur le bord de la route et s'assit sur le capot de sa voiture, face à la mer, pour essayer de rassembler ses idées. Il inspira profondément les yeux fermés avant de regarder à nouveau le paysage qui s'offrait à lui. La beauté du ciel le submergea en même temps que s'évanouit sa colère. Il n'aurait pas du partir comme ça, il existait entre Candy et lui un lien indestructible et il l'avait oublié.

"C'est de ma faute, Candy, pensa-t-il. Je me suis laissé aveugler par ma jalousie et ma colère et je ne t'ai laissé aucune chance de parler... Je ne t'ai pas entendue, ni écoutée... Tout est de ma faute, je n'aurais pas du laisser Robert et Stephen me convaincre de participer à cette tournée, j'ai été stupide. Si je n'avais pas accepté, nous serions restés tous les quatre, aucun de ces maudits articles ne serait paru. J'en crève de jalousie parce que je n'étais pas là pour toi, mon amour, mais je sais au fond de moi que tu n'es pas plus coupable que moi. Comment puis-je te reprocher de ne pas avoir assez confiance en moi si je ne te fais même pas confiance moi-même !
Candy ! Nous avons traversé tant d'épreuves tous les deux, nous avons été séparés et nous nous sommes toujours retrouvés. Mais là, c'est... c'est moi qui nous ai imposé cette nouvelle épreuve, stupidement. Alors que je rêve de tes bras, de ta tendresse, de ta bouche...
Je n'en peux plus, mon ange. Je voudrais te rejoindre et te demander pardon. Ce soir, tu étais si pâle, si nerveuse... à plusieurs reprises, j'ai vu tes yeux se remplir de larmes avant que tu ne te détournes pour cacher ta peine. J'ai tout vu mais je n'ai rien compris.
Ce n'est que maintenant que je m'aperçois que tu m'as supplié de ne pas partir. Tu pleurais, Candy, je l'ai entendu mais je ne t'ai pas écoutée, mon amour... me pardonneras-tu encore ? Je t'aime tant, et je sais que tu m'aimes aussi, nous nous appartenons l'un à l'autre. Je n'aime que toi."

Il se prit la tête dans les mains, et des larmes silencieuses coulèrent sur ses joues.

*****

Le lendemain matin, Candy se sentit fiévreuse et elle se leva péniblement. Elle appela Jane et lui demanda de prévenir son médecin et Éléonore.

Quand Éléonore arriva, elle fut joyeusement accueillie par les enfants dont Jane s'occupait.
  • Terry n'est pas là ? demanda Éléonore à Jane.
  • Non, Candy m'a dit qu'il avait du partir très tôt, ce matin.
  • C'est pas vrai ! dit Kyle avec colère. Papa a crié sur maman et il est parti hier soir ! Et maman a pleuré et maintenant elle est malade et c'est de sa faute ! dit-il avant d'éclater en sanglots et de se précipiter dans le jardin. Je le déteste !
  • Kyle ! dit Éléonore en se précipitant derrière lui. Kyle, attends Mamie, s'il te plaît !

Elle le rattrapa à la porte de la cuisine et le serra fort dans ses bras. Il était secoué de profonds sanglots et elle ne réussit à le calmer qu'au bout de longues minutes.
Elle attendit qu'il ait repris son souffle pour lui parler doucement.
  • Kyle, ne pleure pas, mon bébé ! Maman a beaucoup, beaucoup travaillé ces derniers temps, tu sais et elle est très fatiguée. C'est pour ça qu'elle est en vacances maintenant, parce que le docteur l'a trouvée si fatiguée qu'il voulait qu'elle se repose mais... tu vois hier, elle a préparé le dîner et elle ne s'est pas assez reposée. C'est pour ça qu'elle est tombée malade. Et pas parce qu'elle s'est disputée avec ton papa. Maintenant, écoute-moi, tu m'as bien dit que tu t'étais disputé avec ton copain Billy ?
  • Oui, répondit-il d'une voix boudeuse. Il voulait être le chef et moi aussi, alors on s'est disputés et on s'est battus. Mais maman m'a grondé.
  • Elle a eu raison, dit-elle doucement. Tu as le droit de te fâcher mais se battre, ça n'est pas très malin. Hier soir, ton papa et ta maman se sont disputés parce que ton papa ne peut pas être à la maison et que ta maman voudrait qu'il reste. Heureusement qu'ils ne se sont pas battus comme toi et Billy, n'est-ce pas ?

Il leva vers elle un regard plein de surprise.
  • C'est vrai, murmura-t-il. Ils ne se sont pas battus.
  • Tu vois bien, dit-elle avec un sourire. Et Billy et toi, vous êtes redevenus copains maintenant ?
  • Oui, encore plus qu'avant ! répondit-il avec un sourire. Est-ce que ça veut dire que papa et maman aussi, il seront encore plus copains qu'avant ? Il va revenir tu crois ?
  • J'en suis sûre, mon petit cœur. J'en suis sûre. Ton papa et ta maman s'aiment vraiment beaucoup.
  • Alors tant mieux... Tu viens jouer avec moi, maintenant Mamie ?
  • Je vais d'abord aller voir le docteur et dès que j'aurai fini, je viendrai jouer. En attendant, ne t'éloigne pas, d'accord ?
  • Promis, je t'attends, Mamie !

Elle lui sourit et monta à l'étage au moment où le docteur sortait de la chambre de Candy.
  • Bonjour, madame Baker, dit-il avec un sourire en s'inclinant vers elle.
  • Bonjour, docteur, répondit-elle. Pardonnez-moi d'être si abrupte mais j'ai besoin de savoir, comment va Candy ?
  • Elle est complètement épuisée, je lui ai donné un calmant et elle dort. Il faut vraiment qu'elle se repose, elle m'a l'air à bout. Pour être honnête, elle était plus en forme après ses accouchements. Il faut qu'elle reste alitée quelques jours et qu'on l'empêche de faire quoi que ce soit, l'idéal serait qu'elle prenne des vacances au soleil.
  • Ils ont une maison à Los Angeles, le climat pourrait lui faire du bien ?
  • Oui, ce serait l'idéal, mais elle doit se reposer avant d'entreprendre le trajet. Ce serait trop long dans son état actuel. Et il faudra qu'elle ne soit pas seule à s'occuper des enfants là-bas.
  • Je comprends ce que vous voulez dire, docteur. Ne vous inquiétez pas, je vais m'occuper d'elle. Elle retrouvera la santé, j'en suis sûre
  • Son mari rentre bientôt ? demanda-t-il.
  • Dans une quinzaine de jours, répondit Éléonore pensive.
  • Ce sera bien pour elle, elle a besoin d'être entourée...

Quand le docteur fut parti, elle se dirigea dans le bureau de Terry pour passer un appel qu'elle voulait discret. Elle reconnut tout de suite la voix chaleureuse qui lui répondit.
  • Bonjour, Albert, dit-elle, c'est Éléonore Baker.
  • Bonjour Éléonore ! s'écria-t-il avec un sourire dans la voix. Comment allez-vous ? Vous êtes de passage à Los Angeles ?
  • Non, Albert. Je suis à New-York, avec Candy. Albert, je... je crains que nous n'ayons un problème.

Candy reprit des couleurs deux jours plus tard, et elle fut autorisée à se lever, à condition de rester bien au chaud dans la maison. Elle s'installa dans le petit salon, au coin du feu pour prendre le thé avec Éléonore
  • Tu as meilleure mine, ma chérie, dit Éléonore en lui souriant. Ça me fait plaisir de te voir comme ça.
  • Éléonore, tu... dit doucement Candy. Tu ne me demandes rien ?
  • Non, Candy, parce que je connais mon fils... et son père, dont il a hérité le caractère orgueilleux. Et puis Kyle m'a tout dit, avec ses mots d'enfants, quand je suis arrivée.
  • Oh ! dit Candy les larmes aux yeux. J'ai si peur qu'il en veuille à son père.
  • Ne t'inquiète pas, Candy. En discutant avec lui, j'ai réussi à dédramatiser la situation. Est-ce que vous vous êtes disputés à cause de l'article où on te voit en photo avec Pat ?
  • Oui... mais je n'ai pas été maline non plus, je lui ai parlé d'Alice et... tout a dégénéré et il est parti.
  • Candy, ne perds pas ton courage, Terry s'est laissé emporter mais je suis sûre qu'il le regrette déjà.
  • Tu crois ? J'ai l'impression qu'on m'a arraché la meilleure partie de moi, je me sens... vide.
  • Je sais, ma chérie, répondit Éléonore en la serrant contre elle. Garde seulement en mémoire le fait que le lien qui vous unit est bien au-dessus de tout ça et que vous vous en sortirez.
  • J'ai si peur, Éléonore.. si peur de l'avoir perdu. Peur que cette histoire avec Alice Simson soit fondée.
  • Non, Candy, répondit-elle fermement. C'est impossible, crois-moi. Je connais Terry mais je connais aussi cette fille et... Je sais ce dont elle est capable pour faire parler d'elle et je sais aussi que Terry ne se laisserait jamais prendre au piège. Il t'aime tant que c'est inenvisageable, Candy. Il fait juste une énorme crise de jalousie que votre séparation de ces derniers mois n'a pas aidé.
    Maintenant Candy, il faut prendre soin de toi et te reposer. Je sais combien tout cela a du te secouer mais il faut que tu prennes des vacances. Je me rends compte à quel point la pression des journalistes est importante aussi... Il faut que ça s'arrête. Et je sais ce qu'il te faut... Dans quelques jours, toi et les enfants partirez pour la maison Pony où tu te ressourceras quelques jours avant de repartir pour Los Angeles. Vous vous installerez dans la maison de la plage et là-bas, il y aura quelqu'un pour t'aider au quotidien. Qui plus est, Nanny est rentrée cette semaine et elle sera du voyage.
    Quant à Terry, je m'en occupe. Dès son retour, j'aurai une petite explication avec lui et je l'enverrai te rejoindre à Los Angeles. Je lui parlerai de notre soirée à La Rose du Sud, le club de Pat, et de beaucoup d'autres choses aussi... Si tu as envie de lui préparer des affaires, de lui écrire, fais le mais quand je lui aurai parlé, il aura décidé de prendre le premier train pour te rejoindre.
  • Éléonore, je ne sais pas si...
  • Ne discute pas, Candy. Tout est organisé et au moins, à Los Angeles, tu pourras regagner des forces en paix. Qui plus est, toi et Terry serez mieux là-bas pour vous retrouver. Et puis, c'est un ordre conjoint du docteur, d'Albert et de moi !

Candy sourit en l'écoutant, de toute façon, l'idée lui plaisait et elle ne se sentait pas la force de discuter.

*****

A Washington, Terry était, quant à lui, en pleine discussion avec Henry Peters, l'un des jeunes acteurs de la troupe, qui jouait ans la pièce. Ils étaient pratiquement du même âge mais n'avaient jamais réussi à partager une réelle amitié.
Le jeune homme était marié mais cela ne l'empêchait pas de poursuivre une relation intime avec Alice Simson. Quand les rumeurs avaient laissé entendre que c'était Terry qui était concerné par cette relation, il n'avait pas voulu démentir sachant que le jeune Peters serait alors soupçonné. Terry avait eu l'occasion de rencontrer sa toute jeune femme et il ne voulait pas qu'elle soit blessée, tout du moins pas pendant la durée de la tournée.
  • Henry, dit alors Terry, la fin de la tournée arrive et je voulais te parler.
  • C'est à propos de ces articles dans la presse, n'est-ce pas ? Je sais que si tu n'as rien démenti et que tu refuses d'en parler aux journalistes, c'est pour me protéger et je t'en remercie, Terry.
  • Tu te trompes, Henry, coupa Terry. Ce n'est pas toi que je cherchais à protéger mais ton épouse. Sache seulement, qu'à la fin de cette tournée, je vais retrouver ma famille et qu'aucun doute ne sera plus permis alors je te recommande de mettre tes affaires en ordre.
  • Tu me suggères de cesser ma relation avec Alice ? demanda Henry.
  • Tu feras le choix que tu veux, Henry. Et je ne donnerai jamais ton nom à la presse mais je ne me ferai plus complice de cette mascarade. Qui plus est, tu dois bien te douter de ce que je pense d'Alice et de son comportement dans cette affaire.
  • Je comprends, Terry. Cela t'a posé des problèmes avec ta femme ?
  • Non, mentit effrontément Terry. Ma femme a confiance en moi et elle ne prête aucune attention à ces ignobles ragots. Mais les journalistes finiront très vite par découvrir que ce n'est pas avec moi qu'Alice a une aventure. Pense plutôt que c'est chez toi que vont survenir les problèmes et il serait plus que temps que tu commences à t'en occuper...
  • Écoute, Terry. Je... je crois que j'ai bien compris ce que tu veux me dire et je vais y réfléchir. Quand nous rentrerons à New-York, il faudra que je fasse un choix important, je le sais. Je te remercie pour ton honnêteté. En attendant, je vais te laisser car la costumière voulait me voir.
  • Écoute Henry, je ne te juge pas mais je ne te comprends pas. Peut-être parce que j'ai épousé une femme que j'aime énormément mais je voulais te faire connaître ma position.
  • Merci encore, Terry. A tout-à-l'heure !

Terry resta seul et pensif durant quelques minutes avant de se décider à écrire une lettre à Candy. Il avait recouvré tout son sang-froid et se sentait prêt à lui demander pardon à genoux s'il le fallait. Il envoya sa lettre cet après-midi-là, sans se douter que Candy ne la recevrait pas avant son départ.

*****

Candy passa cinq jours à la maison Pony avec ses enfants et Nanny qui l'accompagnait.
Elle retrouva sa colline et son arbre mais son séjour ne lui apporta pas la paix qu'elle aurait souhaité. Sœur Maria et mademoiselle Pony avaient cependant réussi à cerner sa mélancolie et avait fini par en discuter avec elle la veille de son départ pour Los Angeles. Elles avaient profité d'un moment de tranquillité qu'elles passèrent ensemble le soir après le repas.
  • Tu sais, Candy, avait commencé mademoiselle Pony, même si tu as été malade, nous nous sommes bien rendues compte que tu semblais triste et que quelque chose n'allait pas.
  • Je crois que je suis seulement très fatiguée et la tournée de Terry aura été longue cette année, il me tarde qu'il rentre, vous savez...
  • Candy, tu oublies que nous te connaissons depuis ton enfance, dit doucement Sœur Maria avec un léger sourire. Nous avons vu certains articles qui sont parus ces derniers temps et même si nous n'en avons pas cru un mot, je suis cependant certaine que cette presse t'a affectée bien plus que tu ne souhaites le montrer.
  • C'est vrai, Sœur Maria, tout cela nous a fait du mal, autant à Terry qu'à moi, c'est pour ça que je pars à Los Angeles. Là-bas, nous y serons tranquilles tous les quatre et je pourrai m'y reposer véritablement. Mais ne vous inquiétez pas outre-mesure, j'ai vraiment besoin de vacances et ces dernières journées à attendre Terry me paraissent presque plus longues que les premiers mois.

Les deux femmes qui avaient élevé Candy semblèrent se satisfaire de ses explications et elles l'embrassèrent tendrement à son départ, en lui faisant promettre de venir les voir à chaque fois qu'elle en ressentirait l'envie ou même le besoin.

*****

Los Angeles, samedi 8 décembre 1923
C'est Albert qui accueillit Candy lorsqu'elle arriva à la gare de Los Angeles. Il l'accompagna chez elle où elle fit la connaissance de Josefina, qui viendrait tous les jours pour s'occuper de la maison et de la cuisine.

Alexandra était restée à la maison avec leurs deux filles, Cristina et Cassandra, ainsi que leur petit garçon, Antoine, né quelques mois plus tôt. Albert avait promis à Candy qu'ils se verraient tous dès le lendemain. Auparavant, il avait souhaité rester seul avec elle afin qu'ils puissent discuter tranquillement.

Quand les enfants furent couchés, ils s'installèrent sur la terrasse face à la mer pour prendre un thé. Ils s'assirent côte à côte sur le sofa et Candy ramena ses jambes sous elle avant de poser sa tête sur l'épaule d'Albert qui la serra contre lui.
  • J'ai la sensation d'avoir remonté le temps, dit doucement Candy. C'est une drôle d'impression qui me rappelle les bons moments que nous avons passés ici tous les deux.
  • C'était il y a cinq ans, maintenant, dit rêveusement Albert. Nous étions encore tous les deux célibataires. Tu as raison sur ce point, nous avons passé de très bons moments ici. Mais... je voudrais que nous parlions un peu de toi, ma puce.
    Quand Éléonore m'a dit que tu étais épuisée et malade, je dois bien t'avouer que j'ai été très inquiet. Et je l'ai été d'autant plus quand elle m'a expliqué que tu subissais une pression importante de la part des journalistes. Ici, je n'ai vu aucun des derniers articles dont elle m'a parlé mais j'imagine que cela a du beaucoup te faire souffrir, n'est-ce pas ?
  • Ce qui me démoralise le plus, répondit-elle dans un murmure, c'est que Terry et moi ayons pu nous laisser atteindre par ces maudits articles. Il me manque tellement, Albert, si tu savais...
  • Je m'en doute, petite sœur, je m'en doute. Vous vous êtes disputés, c'est ça ?
  • Oui, mais... ce sont les circonstances qui sont à blâmer. Cela fait trop longtemps que nous sommes séparés voilà tout. A son retour, les choses s'arrangeront. Enfin, je l'espère... parfois je me sens gagnée par l'angoisse. J'ai si peur de le perdre, Albert... je ne sais pas si je pourrais le supporter.
  • Tu ne le perdras pas, Candy. Il est bien trop fou de toi pour ça. Il est peut-être un peu jaloux et soupe-au-lait mais toi aussi, n'est-ce pas ? Ne doute pas de son amour, je l'ai vu vivre l'enfer sans toi, il ne prendra pas le risque de te perdre encore.
    Je le connais depuis longtemps, moi aussi et je suis certain qu'il est déjà en route pour venir te retrouver. D'autant plus qu'il aura lu ta lettre. En attendant, je suis là alors ne t'inquiète pas. Et je t'ai fait installer le téléphone alors si tu as le moindre souci, tu m'appelles, tu me le promets ?
  • Oui, Albert, c'est promis.
  • Bon, alors, je vais y aller, maintenant. Mais je reviens demain avec toute la smala, prépare-toi !

Ils rirent ensemble et se séparèrent après de tendres embrassades.

*****

Quand Terry était arrivé à New-York, il avait trouvé sa maison vide mais un mot d'Éléonore, laissé bien en évidence, lui demandait de la rejoindre chez elle. En regardant le courrier arrivé en son absence, il vit que Candy n'avait pas reçu sa dernière lettre et une vague d'inquiétude le submergea. Il se précipita chez sa mère et la trouva dans son petit salon. Il prit à peine le temps de l'embrasser.
  • Où sont-ils ? demanda-t-il aussitôt.
  • Je vais te le dire, mais assieds-toi, nous devons d'abord parler, répondit-elle sans sourire. Je devrais me fâcher contre toi, j'ai même eu très envie de te gifler mais j'ose espérer que ce temps de réflexion passé loin d'ici t'aura permis de porter un regard un peu plus objectif sur la situation et je te demanderai de ne pas m'interrompre.
    Tu t'es comporté très sévèrement avec Candy lors de ta dernière visite. Et tu ne lui as pas non plus laissé le temps de te dire que la photo que tu as vue dans ce journal a été prise lors d'une soirée à laquelle elle assistait avec plusieurs autres personnes, dont je faisais partie.
    En France, Candy a travaillé avec un chirurgien, le docteur Albert Jones, qui lui a demandé de retravailler avec lui à la clinique Montgomery. Candy ne t'en a peut-être pas parlé mais elle a revu ce médecin alors qu'on lui remettait une décoration pour son travail durant la guerre.
    A Paris, ils ont notamment eu pour patient un jeune homme qu'ils ont retrouvé à la clinique d'Allan. Ce jeune homme vit à New-York et a souhaité remercier Candy et le docteur Jones en les invitant à passer une soirée dans un club de jazz. Il se trouve que ce club est dirigé par la personne qui partage sa vie. Cette personne est aussi un très bon ami à moi, il s'agit de Pat Cummings. L'homme qui était sur la photo avec Candy. Il éprouve énormément de gratitude pour Candy et ce qu'elle a fait pour Thomas, qu'il considère comme l'amour de sa vie.
    Maintenant que je te l'ai dit et que tu es au courant, je te demanderai de ne pas ébruiter cette information concernant la vie privée de Pat et de Thomas, cela va de soi.
    Quant à Candy, elle a été profondément bouleversée par ta dernière visite. Elle est tombée malade le lendemain de Thanksgiving et le médecin a fortement recommandé qu'elle parte se reposer au soleil. Mais ce dont elle a vraiment besoin, c'est de l'amour de son mari, l'homme qu'elle aime désespérément et qu'elle craint tellement d'avoir perdu qu'elle en pleure toutes les nuits.
    Pour ta gouverne, ce n'est pas elle qui m'a parlé de ce qui s'était passé entre vous mais j'ai su que tu avais crié et que tu étais parti aussitôt les enfants couchés. Et c'est Kyle qui me l'a dit parce qu'il t'a entendu et qu'il était derrière sa mère quand tu es parti et qu'elle s'est effondrée en larmes.

Terry avait patiemment écouté sa mère et sa pâleur s'était accentuée tout au long de son discours. Éléonore vit des larmes couler des yeux de son fils quand elle prononça ses derniers mots.
  • Terry, reprit-elle sur un ton plus doux, les choses ne sont pas si graves qu'elles paraissent. Candy et moi avons rassuré Kyle mais je crois qu'il ne sera complètement rassuré que lorsqu'il sera sûr que ses parents son à nouveau "bons copains", comme il le dit si bien, et qu'ils seront ensemble.
  • J'ai blessé ma femme et mon fils... tu crois vraiment que je peux rattraper les choses, qu'ils vont me pardonner ? dit-il dans un souffle, le regard perdu dans le vague.
  • Ta femme et tes enfants t'aiment et ils t'attendent. Si tu veux les anéantir, mure-toi dans ton orgueil et reste ici... Ou bien encore quitte-les ! Mais si tu les aimes, alors demain matin, tu prendras le premier train pour Los Angeles. Candy a préparé une valise pour toi. Elle est là-haut dans ta chambre, et elle a aussi laissé une lettre que tu trouveras dedans. Alors, ce soir, tu vas dormir ici et dès demain, je t'emmène à la gare, j'ai déjà ton billet. Maintenant, va lire cette lettre et ensuite couche-toi, tu as l'air fatigué.

Il regarda sa mère et se leva pour l'embrasser sur la joue avant de grimper à l'étage et de se précipiter dans la chambre qu'il occupait toujours quand il dormait chez sa mère. Il trouva une valise prête et l'ouvrit pour lire la lettre que lui avait laissé Candy.


"Terry,

Ta mère m'a promis qu'elle t'expliquerait que je suis partie à Los Angeles avec les enfants pour me reposer, j'ai été un peu malade après ton départ mais ça va déjà beaucoup mieux. Elle m'a également assuré qu'elle te parlerait de la soirée que nous avons passée dans un club de jazz avec des amis et qui m'a valu de me retrouver en photo dans le journal avec cet article ignoble.
J'espère que tu as maintenant compris que je ne t'ai jamais trahi. Tu es le seul homme à avoir sa place dans ma vie. Et tu me manques horriblement, à chaque souffle, à chaque battement de mon cœur. Sans toi, je m'éteins chaque jour un peu plus. J'ai besoin de toi à mes côtés, Terry. Je n'avais pas la moindre envie que tu fasses cette deuxième tournée mais je n'ai pas su trouver les mots pour te le dire. J'aurais du t'en parler car tout cela ne serait jamais arrivé.

Je voudrais que tu me pardonnes de t'avoir parlé d'Alice Simson. Au plus profond de mon cœur, je n'ai jamais douté de toi mais j'avoue avoir quand même été rongée par la jalousie et la peur. Elle pouvait te voir tous les jours alors que moi j'étais si loin... elle est charmante et la peur de te perdre est une crainte qui ne me lâche plus ces derniers temps.
Je suis si fatiguée par tout ça, Terry, les journalistes me harcèlent jusqu'à la clinique pour avoir une interview et cela me pèse terriblement. Mais ce qui me pèse le plus est de devoir affronter tout ça sans toi à mes côtés. J'avais pris l'habitude de sentir ta protection autour de moi et là, je me retrouve seule et désemparée.
Le médecin m'a recommandé le repos et Éléonore m'a envoyée à Los Angeles, avec la complicité d'Albert. Je passerai quelques jours à LaPorte mais j'arriverai à Los Angeles avec les enfants quand toi, tu rentreras à New-York.
Je t'ai préparé une valise parce que je veux que tu saches que j'aimerai que tu nous rejoignes à la maison de la plage. J'ai très envie de te retrouver, de t'avoir tous les jours auprès de moi mais... même si cela doit me briser le cœur, je comprendrai aussi que tu n'en aies plus envie. Je tiens cependant à ce que tu puisses voir les enfants au maximum et j'attendrai de tes nouvelles pour savoir ce que tu souhaites.
J'espère te voir bientôt et je t'embrasse fort.
Mon cœur t'appartient, je t'aime.

Candy"

Terry prit le premier train pour Los Angeles, dès le lendemain matin.

*****

Los Angeles, vendredi 14 décembre 1923
Quand il arriva enfin à Los Angeles devant la maison, son cœur se mit à battre la chamade. La nervosité et l'impatience qui l'avaient gagné durant tout le voyage n'avaient cessé de croître alors qu'il approchait de Los Angeles et la tension qui l'habitait était à son comble.
C'est Albert qui lui ouvrit la porte et ils se saluèrent d'une longue accolade très amicale.
  • Terry ! Te voilà enfin ! lui dit Albert en souriant toujours. Entre vite ! Je suis content de te voir.
  • Merci, Albert. Je suis heureux d'être là, moi aussi. Tu es tout seul ?
  • Candy, Alexandra et les enfants passent l'après-midi à la fête foraine mais ils ne devraient plus tarder maintenant. Je suis resté ici avec Antoine. Tu as fait bon voyage ?
  • Oui et non, dit Terry d'une voix lasse. J'ai... Albert, je me suis vraiment comporté comme le roi des imbéciles. Une fois de plus, tu me diras. Ces derniers jours, il me tardait vraiment de retrouver Candy et les enfants... mais j'ai tant de choses à me faire pardonner. J'espère seulement n'avoir pas été trop loin.
    D'ailleurs, Albert, je tiens à ce que tu saches que j'ai toujours été fidèle à Candy. Rien, absolument rien n'a jamais été vrai dans tous les articles qui ont été publiés, et ils ne se sont jamais approchés de la vérité de près ou de loin.
  • Je le sais bien, Terry, répondit Albert en lui posant un bras sur l'épaule. Ne t'inquiète pas, les choses vont s'arranger maintenant. Le lien qui existe entre toi et Candy est bien plus fort que tout ça. Vous partagez quelque chose de spécial et d'unique tous les deux. La séparation a été trop longue mais c'est terminé maintenant, vous aller vous retrouver.
    Au fait, si tu veux poser ta valise, Candy s'est installée dans ce qui était auparavant la chambre d'amis. Suis-moi.

Albert lui ouvrit la porte et Terry entra dans la chambre claire et spacieuse dont les meubles étaient d'inspiration coloniale. Les murs étaient blancs et décorés d'aquarelles orientalistes. Une légère brise soufflait et soulevait les voilages blancs de la chambre donnant une sensation éthérée à la pièce.
  • C'est vraiment une belle chambre, dit Terry en regardant autour de lui. J'avais complètement oublié à quel point cette maison est agréable.
  • C'est Candy qui l'a décorée autrefois et elle a vraiment fait du bon travail, cet endroit est à la fois simple, élégant, accueillant et confortable. Maintenant viens sur la terrasse, la journée est agréable aujourd'hui.
  • Je te suis, Albert, dit Terry en sortant à son tour sur la terrasse en bois qui entourait complètement la maison.
  • Assieds-toi, dit Albert en se dirigeant vers le salon extérieur. Je vais nous préparer du thé, à moins que tu ne préfères du café ?
  • Le thé me convient très bien, lui répondit Terry. Je suis déjà bien assez nerveux pour boire du café.

Albert rentra dans la maison par la baie vitrée qui menait à la grande pièce principale et Terry s'installa avec un profond soupir dans sur le sofa de la terrasse qui faisait face à la mer. Il avait éprouvé un certain soulagement en apprenant que Candy était sortie. Cela lui laisserait le temps de discuter avec Albert et d'essayer de se détendre un peu. Mais il doutait d'y arriver.
Albert revint avec le thé et tendit une tasse à Terry avant de s'asseoir face à lui dans un confortable fauteuil, assorti au canapé qu'il occupait. Ils restèrent silencieux un moment, bercés par le rythme immuable des vagues qui s'échouaient sur le sable.
  • Je suis désolé de ce qui s'est passé, Terry, dit Albert. Ces articles dans la presse à scandale étaient ignobles. Candy et toi avez traversé déjà tant d'épreuves que vous ne méritiez pas ça.
  • C'est de ma faute, Albert. Je n'aurais pas du faire cette dernière tournée. Je suis stupide... d'autant plus que ma seule motivation a été que ces spectacles allaient assurer le succès financier de la compagnie et amélioreraient passablement nos revenus. Nous ne sommes pas à plaindre financièrement, c'est vrai mais, depuis la naissance de Ryan, j'ai envie d'assurer à tous mes enfants un avenir tranquille. Alors que ce qui devrait m'importer c'est qu'ils soient heureux au quotidien.
    Et passer sept mois loin de ma famille m'a complètement vidé. J'ai besoin d'eux, de les voir, de vivre avec eux, je n'en ai jamais eu autant conscience, autant besoin qu'aujourd'hui.
  • Je ne sais pas quoi te dire, Terry, répondit doucement Albert. J'ai l'impression que tu as déjà beaucoup réfléchi à tout ça et je ne peux rien te dire de mieux si ce n'est qu'ils ont tout autant besoin de toi et de ta présence.
  • Merci, Albert, murmura Terry.
  • Écoute, je vais devoir aller m'occuper d'Antoine, tu devrais aller te changer, Terry, et ensuite va te balader sur le rivage, ça va te faire du bien. L'océan a toujours un effet apaisant.
  • Tu as raison... je crois que je vais suivre tes conseils et aller me promener le long de la plage.

Albert partit voir Antoine qui se réveillait doucement de sa sieste, il le prit dans ses bras et le serra tendrement contre lui. Le petit garçon ne tarderait pas à avoir faim. Albert le changea et lui fit prendre un bain avant de revenir au salon et de l'installer sur sa chaise haute en lui donnant ses jouets.
Il regarda un instant en direction de la plage et aperçut Terry, debout face à la mer. Il s'était changé et avait revêtu une chemise blanche et un pantalon de toile plus adaptés au climat californien. Il marchait pieds-nus le long de la plage et paraissait plongé dans ses pensées.

*****

Le soleil se couchait lorsque Candy, Alexandra et les enfants rentrèrent à la maison. Les enfants étaient fatigués par leur après-midi et ils s'étaient tous endormis dans la voiture sur le chemin du retour. Ils ne se réveillèrent que lorsque la voiture s'arrêta et semblèrent avoir recouvré toute leur énergie au grand désespoir de leurs mères qui se regardèrent en souriant en les voyant chahuter.
Cristina et Alexandra, qui portait Cassandra entrèrent les premières immédiatement suivies par Kyle et Candy qui portait Ryan. Candy s'aperçut alors que Kyle s'était subitement immobilisé et qu'une expression de grande contrariété était apparue sur son visage.

En suivant son regard, elle finit par s'apercevoir de la présence de Terry et eut l'impression que son cœur s'arrêtait de battre. C'est alors que Kyle se tourna vers sa mère et réagit violemment.
  • Je ne veux pas qu'il crie, je ne veux pas que tu pleures et que tu tombes encore malade ! cria-t-il avant de s'enfuir dans sa chambre en larmes.

Candy réagit aussitôt en déposant Ryan dans les bras d'Albert qui s'était approché.
  • Ne t'inquiète pas, Terry, dit-elle simplement, je m'en occupe. Je crois qu'il a très peur, c'est tout, ajouta-t-elle avant de partir en direction de la chambre de Kyle.

Alexandra s'aperçut du bouleversement qui avait secoué Terry et elle posa une main sur son bras pour attirer son attention.
  • Vas-y, Terry, vas-y maintenant. Ne te pose pas de questions et vas-y, il va avoir besoin de toi aussi.

Il la regarda avec des yeux humides d'émotion et s'approcha de Ryan qui était dans les bras d'Albert. Le petit garçon lui adressa un grand sourire et Terry le serra contre lui avec émotion.
Alexandra lui annonça que les petits devaient prendre un bain et qu'elle allait s'en occuper. Elle lui reprit Ryan et ordonna à Terry de rejoindre Candy et Kyle.

En approchant de la chambre de son fils, il s'aperçut que la porte était entrouverte et regarda dans la chambre sans oser entrer. Candy et Kyle lui tournaient le dos. Le petit garçon pleurait dans les bras de sa mère mais ses sanglots semblaient se calmer, petit à petit.
  • C'est mieux, mon poussin, disait Candy d'une voix douce, calme-toi et respire profondément. Tu sais, il ne faut pas que tu croies que je vais pleurer ou que je vais tomber malade parce que papa est là, bien au contraire. Je suis très heureuse qu'il soit enfin avec nous. Si je suis tombée malade c'est parce que j'étais vraiment très, très, très fatiguée et que je ne me suis pas assez reposée, tu comprends ? J'avais beaucoup trop travaillé.
    Et puis, si papa et moi, on s'est un peu disputés la dernière fois c'est parce que je voulais qu'il arrête de travailler, lui aussi. Ce n'était pas possible parce qu'il avait promis de remplacer quelqu'un qui est tombé malade. S'il avait arrêté, cela aurait causé de gros, gros problèmes à ton papa.
    Et puis, il n'est pas le seul à avoir crié, moi aussi j'avais crié et je n'ai pas été gentille avec papa. Mais ce n'était qu'une petite dispute de rien du tout et il faut que tu l'oublies parce que papa et moi l'avons déjà oubliée. Maintenant il a fini sa tournée et il va rester à la maison et je suis sûre qu'il a très, très envie de t'embrasser, de jouer avec toi et de passer du temps avec toi.
    Je suis même certaine qu'il a du avoir de la peine quand tu ne lui as pas dit bonjour tout-à-l'heure et je crois que ce serait bien si tu allais lui faire un énorme bisou parce qu'il doit être vraiment triste et il doit avoir peur que tu ne l'aimes plus du tout.
  • Vous n'allez plus vous disputer, alors ?
  • Bien sûr que non, mon poussin ! J'adore ton papa et je n'ai pas envie de me disputer avec lui.
  • Ni moi non plus, dit doucement Terry derrière eux.
  • Papa ! dit alors Kyle en se précipitant vers lui. Je te demande pardon pour tout-à-l'heure, ajouta Kyle en éclatant en pleurs quand son père le prit dans ses bras pour le serrer contre lui.
  • C'est moi qui te demande pardon, murmura son père. Tu as du avoir peur quand maman et moi nous sommes disputés mais tu sais, si je suis parti, c'était à cause de mon travail. J'aurais vraiment préféré rester avec vous mais je ne le pouvais pas. J'avais promis de finir ce travail.
    Mais surtout, tu ne dois pas oublier que je t'aime, mon petit loup, je vous aime tous les trois plus fort que tout, vous êtes ce qui compte le plus dans ma vie. On va pouvoir passer plein de temps ensemble maintenant parce que j'ai bien l'intention de rester avec vous pendant un long moment et puis j'en ai marre de travailler, alors je vais arrêter un peu.
  • C'est vrai ? demanda Kyle d'une petite voix.
  • Bien sûr que c'est vrai. Comme ça, on aura le temps de jouer et de faire plein de choses tous ensemble, tu verras. Et puis il faut que tu saches que vous m'avez énormément manqué tous les trois. Je m'ennuyais vraiment beaucoup de toi, de ton frère et de ta maman.

En les regardant, Candy se sentit très émue, Kyle se blottissait contre son père et Terry avait les yeux fermés, serrant son fils contre lui en lui parlant doucement à l'oreille.
Elle se leva et s'apprêtait à sortir de la chambre pour leur laisser un moment d'intimité. Quand elle passa près d'eux, Terry lui attrapa la main qu'il serra avec vigueur. Elle leva les yeux vers lui et rencontra son intense regard iridescent qui la bouleversait totalement. Il la caressait des yeux et elle en fut très émue. Elle serra sa main en retour et lui adressa un frêle sourire avant de quitter la pièce en les laissant tous les deux pour qu'ils prennent le temps de se retrouver.

*****

Quelques instants plus tard, elle entendit les éclats de rire poussés par Kyle et son père et un grand sourire éclaira son visage. Josefina préparait le repas tandis que Nanny s'occupait des enfants.
Albert, Alexandra et Candy prenaient un apéritif sur la terrasse quand ils furent rejoints par Kyle et Terry. Alexandra emmena Kyle avec les autres enfants car ils allaient prendre leur repas. Albert se leva alors et suggéra à Candy et Terry d'aller se balader sur la plage en promettant qu'il empêcherait les enfants de venir les ennuyer.
  • Allez-y, vous avez besoin de vous retrouver, tous les deux, dit-il en les poussant vers l'escalier de la terrasse qui descendait sur la plage.
  • Attends, j'enlève mes chaussures, dit Candy en riant et en se tortillant pour ôter ses sandales.

Quand elle fut prête, Terry s'empara de la main de Candy, et ils se dirigèrent tous les deux vers le rivage, dans un pesant et lourd silence. Elle sentait ses doigts qui lui caressaient la main et elle serra la sienne avec douceur, bouleversée par les sensations que déclenchaient déjà cette simple caresse.
Le contact de leurs mains qui s'étreignaient, se caressaient était le témoignage muet du plaisir qu'ils avaient à se retrouver enfin. Ils avaient pratiquement atteint le bord de l'eau quand Candy s'arrêta, obligeant ainsi Terry à lui faire face. Il s'empara alors des mains de sa femme et les baisa délicatement en fermant les yeux.
  • Je te demande pardon, Candy. Je me suis comporté comme un idiot, murmura-t-il.
  • Terry, si tu m'aimes toujours, serre-moi dans tes bras, jeta-t-elle dans un souffle. Serre-moi fort.

Il n'hésita pas un instant avant de la serrer contre lui avec vigueur, plongeant son visage dans les longues et indomptables boucles blondes qu'il aimait tant. Il inspira profondément le doux parfum de miel qu'ils exhalaient, reprenant contact avec la femme qu'il aimait tant depuis si longtemps.
  • Je te supplie de me pardonner, mon amour, murmura-t-il à son oreille. Je crains que ton mari ne soit le plus grand imbécile que la terre ait jamais porté. Je suis inexcusable... si tu savais à quel point j'ai pu regretter d'être parti comme ça, le soir de Thanksgiving, pardonne-moi, mon ange. Je t'aime, tu es la seule femme dans ma vie, la seule que j'aime... et je ne veux pas te perdre.
  • Moi non plus, je ne veux pas te perdre, Terry, souffla-t-elle en retenant la boule dans sa gorge qui menaçait de la faire éclater en sanglots.
  • J'aurais du te dire que tu n'avais rien à craindre de ma part. J'aurais du avoir confiance en toi d'autant plus que je te demandais d'avoir confiance en moi. Quant à Alice Simson, elle a une aventure avec l'un des acteurs de la troupe qui est marié. Je ne voulais pas que sa femme apprenne par la presse l'infidélité de son mari, alors je n'ai rien démenti.
    J'étais certain que tu saurais que rien de tout cela n'était vrai mais je ne me suis jamais occupé de te rassurer et je le regrette infiniment.
    Je t'aime, Candy, je t'aime depuis très longtemps et cet amour n'a fait que se renforcer au fur et à mesure des années. J'adore vivre à tes côtés, tu es ma meilleure amie, tu es une jeune femme exceptionnelle, tu es aussi ma femme et la mère de mes enfants et tu es également une maîtresse inoubliable. A mes yeux, aucune autre femme dans ce monde ne t'arrivera jamais à la cheville et il est impensable, inimaginable que je prenne un jour le risque de perdre cela.
    Quant à moi, je suis un incorrigible crétin, doublé d'un stupide jaloux. Je n'ai même pas cherché à réfléchir. Bien sûr je n'ai pas cru un mot de cet article mais cette photo m'a fait tourner les sangs. Il avait son bras autour de tes épaules, tu riais aux éclats et lui aussi et... je ne suis qu'un misérable imbécile Candy, me pardonnes-tu de t'aimer si mal ?

Elle releva la tête vers lui et il plongea dans ses grands yeux verts qui brillaient intensément.
  • Terry, je ne t'en veux pas car j'ai été très jalouse moi aussi. Et je dois également te demander pardon parce que cet horrible soir de Thanksgiving j'ai très mal réagi. Je n'aurai pas du te parler d'Alice comme je l'ai fait, d'autant qu'au fond de moi, je ne pouvais pas croire à une telle aberration. Tu as été si agressif que je n'ai pu m'empêcher de te répondre sur le même ton. J'étais en colère parce que tu refusais de m'écouter et de me croire alors... j'ai moi aussi été stupide. Je te demande pardon à mon tour. Je n'ai rien fait pour apaiser les choses, bien au contraire.
  • Je n'ai rien à te pardonner... Candy, mon amour, je meurs d'envie de t'embrasser, murmura-t-il, mais après ce que je t'ai fait, je n'en prendrai pas l'initiative sans que tu m'y invites.
  • Alors, embrasse-moi, chuchota-t-elle, embrasse-moi vite ! J'en ai besoin !

Il attrapa son visage dans ses mains et la regarda en souriant timidement avant de se pencher vers elle avec lenteur pour embrasser ses lèvres le plus délicatement du monde. Elle y répondit immédiatement et ouvrit la bouche pour l'inviter à approfondir son baiser. Il l'embrassa avec passion et une avalanche de sensations déferla en elle avec un force inouïe. Un long gémissement s'échappa de sa gorge tandis qu'un intense frisson traversait son corps. Terry s'arrêta aussitôt et se redressa pour mieux la regarder.
  • Tu trembles... tu as froid, mon ange ? Tu veux rentrer ? demanda-t-il d'un ton un peu inquiet.
  • Non, murmura-t-elle avec un sourire. Tu te trompes, Terry, je n'ai pas froid. C'est juste que... tu me bouleverses toujours autant et quand tu m'embrasses, je... je me sens vibrer et... j'ai très envie de toi, bredouilla-t-elle. J'ai envie de retrouver nos étreintes, de retrouver ton regard sur le mien quand tu me fais l'amour et ces sensations affolantes que tu me fais éprouver dans ces moments-là. J'ai envie de retrouver mon mari, Terry, j'ai envie de sentir que je suis toujours ta femme.

Il la regarda avec intensité avant de reprendre ses lèvres dans un baiser possessif, tout en la serrant avec force pour qu'elle sente à quel point il la désirait également. Il la relâcha très vite et la tint à bout de bras. Elle le vit fermer les yeux et baisser la tête pour inspirer profondément.
  • Candy, murmura-t-il, il faut que je m'arrête maintenant parce que je crois qu'il serait très mal vu voire gênant que je te fasse l'amour sur la plage... même si j'avoue que l'idée est très plaisante, ajouta-t-il avec un petit sourire en coin.

Elle sourit en retrouvant les tendres provocations de son mari, qu'il ne pouvait s'empêcher de faire même dans ses accès de sincérité absolue.
  • Alors viens, dit-elle en l'entrainant par la taille, on va bientôt coucher les enfants, tu raconteras une belle histoire à tes fils et ensuite je serai toute à toi.
  • C'est trop long ! grommela-t-il avant de lui sourire et de passer un bras autour de ses épaules.
  • Terry Grandchester, tu es vraiment un être impossible mais j'aime toujours autant ça !

Elle éclata de rire et planta un baiser sur sa joue avant de reprendre le chemin de la maison. Terry se sentit remué en retrouvant la gaieté naturelle de Candy. Les dernières fois qu'il l'avait vue, elle lui avait paru si fragile, triste parfois, moins spontanée qu'à l'habitude. Il prit soudainement conscience que la joie de vivre de sa femme était intimement liée à sa présence à ses côtés. Il s'arrêta subitement et l'attira contre lui en plongeant ses yeux dans les siens.
  • Candy, je t'aime. Ne doute jamais de cela, je t'aime. Et je te promets qu'à compter d'aujourd'hui, je n'oublierai plus de te le dire et de te le montrer chaque jour. Je t'aime, mon ange. Seulement toi.
  • Je t'aime infiniment, Terry, répondit-elle les larmes aux yeux. Plus que tout.
  • C'est la première fois que tu me dis que tu m'aimes depuis que je suis arrivé ici, chuchota-t-il ému.
  • Je t'aime, je t'aime, je t'aime, je t'aime ! dit-elle d'un ton volontaire avec un grand sourire.

Il la serra contre lui quelques instants et ils reprirent le chemin de la maison, tendrement enlacés. Kyle, qui les attendait, se précipita vers eux et se jeta dans leurs jambes en riant quand ils arrivèrent sur la terrasse. Ryan le suivait et s'avança vers eux de sa petite démarche mal assurée.
Terry les prit tous les deux par la main et s'assit sur le sofa en prenant Ryan sur ses genoux tandis que Kyle s'installait à côté de lui en se blottissant dans les bras de son père.
  • Et bien, Terry, dit Alexandra en sortant sur la terrasse, tu m'as l'air d'avoir les bras bien chargés !
  • Oui, on dirait, répondit Terry en souriant. Et je ne me plains pas !
  • Dites-moi, tous les deux, dit Alexandra en se tournant vers Candy, les petites sont fatiguées et comme on a encore une bonne demi-heure de route, on va y aller maintenant.
  • Mais vous ne restez pas manger ? demanda Candy.
  • Ne t'inquiète pas, cria Albert depuis la cuisine, Josefina est en train de me donner un plat à emporter. Nous n'aurons qu'à le réchauffer en arrivant.
  • Je vais t'aider à installer les petites dans la voiture, dit alors Candy.
  • Et nous, on va filer dans la chambre pour aller se coucher ! dit Terry à ses fils. Et si vous êtes bien sages, je vous lis une belle histoire !
  • Ouais ! s'écria Kyle, fou de joie. Je vais me laver les dents et me mettre en pyjama alors !
  • Dis d'abord au revoir à tout le monde, lui dit Terry avant qu'il ne s'élance vers la salle de bains.

Une fois tout le monde parti, alors que Nanny était dans son bungalow et que Josefina repartait chez elle, Candy prépara la table pour qu'ils dînent en tête à tête.
Elle rejoint Terry dans la chambre des garçons qu'elle embrassa pendant qu'ils écoutaient l'histoire de leur père. Elle prévint Terry qu'elle l'attendait pour manger.
Quand il entra dans la cuisine quelques minutes plus tard, il attrapa Candy par la taille et se mit à l'embrasser avec une ardeur à peine contenue.
  • Terry, attends ! dit-elle dans un souffle alors qu'il l'assaillait de baisers. Je voudrais que nous mangions d'abord.
  • Tu en es vraiment sûre ? demanda-t-il en embrassant son cou.
  • Oui, j'en suis sûre, gémit-elle en s'écartant de lui à regrets. Ça fait longtemps que je n'ai pas eu l'occasion de dîner en tête à tête avec toi alors, comme les enfants sont couchés, j'aimerais qu'on en profite un petit peu.
  • Tu es cruelle, Candy, tu le sais ça ? Te rends-tu compte de la torture que tu m'infliges ?
  • Tu me dois bien ça, sombre idiot ! dit-elle en lui adressant un merveilleux sourire. Et va t'asseoir !
  • Bien, madame Grandchester, dit-il en obtempérant avec ce sourire narquois qu'elle lui connaissait depuis toujours et qui la faisait fondre.

Ils passèrent un très agréable moment, goûtant le plaisir de leurs conversations retrouvées. Terry s'était montré extrêmement attentionné et séducteur durant tout le repas et Candy avait pris énormément de plaisir à retrouver cette incroyable complicité qui les liait.
Il l'aida à débarrasser la table ne perdant aucune occasion de la frôler, de la caresser et même de l'embrasser dès qu'il avait la possibilité de lui voler un baiser. Il se décida à fermer la maison et éteint la plupart des lumières avant de revenir chercher Candy qui finissait de ranger la cuisine.
Quand elle eut terminé, il la souleva dans ses bras et l'entraina vers leur chambre.
  • Pourquoi avoir changé de chambre ? demanda-t-il en la reposant par terre. Ceci dit, j'aime beaucoup la décoration de celle-ci.
  • Tu vas me trouver stupide mais dans l'autre chambre, j'avais trop de souvenirs avec toi alors que dans celle-ci, non.
  • Et donc après cette nuit, murmura-t-il près de son oreille, il ne te restera plus beaucoup de chambres où tu pourras dormir sans penser à moi.
  • Je ne veux plus jamais m'empêcher de penser à toi, souffla-t-elle alors que les lèvres de Terry se promenaient sur son cou, déclenchant une avalanche de sensations électrisantes. Embrasse-moi maintenant, chuchota-t-elle finalement.

Il s'obtempéra et l'embrassa avec avidité tout en lui retirant sa robe avec une certaine agilité. La robe finit par tomber sur le sol, bientôt rejointe par ses propres vêtements.
Quelques instants plus tard, ils étaient tous deux alanguis et Terry était heureux d'avoir retrouvé sa femme et leur intimité qu'il trouvait si parfaite, si intensément exaltante et lénifiante.
Quand elle retrouva son souffle, Candy se serra contre lui et éclata en de profonds sanglots qui le firent sortir de sa torpeur et l'inquiétèrent.
  • Qu'y-a-t-il mon ange ? Ne pleure pas, je t'en prie, je suis là, avec toi... murmura-t-il de sa voix chaude avec ce ton si doux qu'il n'avait que pour elle. Je t'aime, je n'aime que toi.
  • J'ai... j'ai eu si peur de te perdre, Terry, finit-elle par lui dire entre deux hoquets.

Il fut bouleversé de la sentir si fragile entre ses bras, si sensible, si aimante.
  • Mon amour, chuchota-t-il, à moins que tu ne le décides toi-même, tu ne me perdras jamais. Tu m'entends ? Tu ne me perdras jamais. Tu as changé ma vie depuis le jour où tu y es entrée, ma chérie. C'est toi qui m'a apporté la paix, l'équilibre et le bonheur. Et j'en suis d'autant plus sûr que je t'ai déjà perdue une fois. Sans toi à mes côtés, je redeviens une ombre, je redeviens cynique, amer et malheureux. Même en tournée, surtout en tournée d'ailleurs... mes seuls plaisirs sont alors l'écriture, l'harmonica et le fait de faire mon métier même si ce n'est plus le premier sur la liste.
    Tu me manques à un point inimaginable... et les enfants aussi. C'est une souffrance, une plaie que j'ai appris à connaître, à reconnaître même si je sais désormais que je te retrouverai.
    En tout cas, il est hors de question que je reparte aussi longtemps, mon ange. Sauf si vous m'accompagnez, mais sinon, ce ne sera plus négociable. J'ai trop souffert de notre dispute, et je suis le seul responsable de ça... je suis un crétin, ma douce Candy. Il va falloir que tu me pardonnes encore une fois mais ne pleure plus, mon amour, ne pleure plus...
    Je ne sais pas comment te l'expliquer mais toi, ton amour et... les nuits que je passe avec toi ont un goût, un parfum si exceptionnel et si inoubliable que tout ce que j'ai pu connaître n'a pas la moindre saveur en comparaison. C'est comme si j'avais découvert la véritable signification du paradis. Et... tu règnes sur moi, Candy. Tu es l'autre partie de moi et tu occupes totalement mes pensées. Tous les jours. J'ai vécu en enfer quand je t'ai perdue. Une fois m'a suffi. Je ne peux pas l'oublier et... forcément je ne peux pas risquer de te perdre à nouveau. Et sûrement pas pour une minable petite actrice.

Elle l'écoutait attentivement mais ne pouvait le lâcher et le simple fait de pouvoir sentir l'odeur de sa peau lui apportait enfin une sensation de calme étrange.
  • Tu ne dis rien ? demanda-t-il doucement.
  • Je t'aime, murmura-t-elle. Je ne sais plus comment être heureuse sans toi. Je ne veux pas vivre sans toi, c'est trop difficile. Depuis la naissance de Kyle, j'ai découvert le véritable sens de la peur, j'ai peur pour lui, pour Ryan, pour toi... je me sens si fragile et j'ai si peur de te perdre.
  • Je t'aime à la folie, mon ange. Je te promets de tout faire pour que tu ne puisses plus en douter. Et puis... il faut que je t'avoue quelque chose, dit-il doucement. Pendant tout ce temps, durant la tournée, j'ai beaucoup écrit et j'ai terminé un manuscrit. Je l'ai envoyé à quelques éditeurs sous un pseudonyme et l'un d'entre eux a décidé de me publier. Il semblerait même qu'ils souhaitent que je me mette très vite à en écrire un autre.
    Et puis il y a autre chose, j'ai tout réglé avec Robert et Stephen et je ne travaillerais pas pendant les six prochains mois. Et pour y avoir pas mal réfléchi dans le train, notamment, j'aimerais assez que l'on passe ce temps-là ici. D'abord parce que j'en ai envie et ensuite parce que cela me donnera l'opportunité de m'intéresser un peu plus au cinéma que ce que j'ai fait jusqu'à présent.
  • Terry... commença-t-elle en levant les yeux vers lui. Je suis d'accord pour rester ici, bien sûr. Mais j'aimerais être sûre que tu as vraiment envie de faire cette "pause" dans ton travail. Et puis, pour tout t'avouer, ce qui m'intéresse vraiment, c'est de savoir de quoi parle ton manuscrit ?

Il la regardait avec tendresse. Son cœur battait d'un amour infini pour elle et elle ne se doutait pas à quel point il était heureux de l'avoir retrouvée.
  • C'est un roman d'aventures qui raconte l'histoire d'un soldat et d'une infirmière pendant la guerre, je me suis inspiré de notre histoire et de celle d'Alistair et Flanny même si c'est différent. Je t'en ai apporté un exemplaire mais il doit encore être dans ma valise.
  • Tu l'as ici ? demanda-t-elle en se relevant soudain. Je veux le lire !

Il rit et l'attira contre lui pour qu'elle se recouche dans ses bras.
  • Pas ce soir, mon amour, cette nuit nous appartient. Je ne veux même pas te partager avec un livre, dit-il en souriant à sa femme. Très égoïstement, je te veux pour moi tout seul.
  • Et tu veux vraiment faire du cinéma ? demanda-t-elle à brûle-pourpoint. Je croyais que tu voulais attendre que la technique progresse...
  • Pas en tant qu'acteur mais l'idée de réaliser des films ne me déplairait pas... enfin quand le cinéma pourra être associé à du son. J'ai entendu dire que cela pourrait se faire dans les prochaines années donc... je ne sais pas, mais l'idée ne me déplairait pas et donc, puisque j'en ai l'opportunité en habitant ici, autant en profiter et essayer de m'y intéresser, non ?
  • Terry, tu as toujours pris du plaisir à jouer, tu es un acteur magnifique et je ne veux pas que tu arrêtes à cause de moi ou de ce qui s'est passé.
  • Je n'arrête pas, Candy, dit-il en lui caressant le visage, je fais une pause parce que j'ai besoin de me ressourcer auprès de toi. Maintenant pour ce qui est des tournées, je refuse de partir plus de deux mois d'affilée sans au moins trois semaines de pause. Regarde Suzanne, elle ne part pas en tournée mais fait quelques dates proches de New-York et tout se passe bien.
  • Terry, Suzanne est handicapée, c'est différent, répondit-elle doucement.
  • Non, ce n'est pas si différent... Personne ne peut le voir mais c'est mon âme qui est handicapée quand je suis loin de toi et des enfants. J'ai besoin de jours et de nuits avec toi, finit-il en l'embrassant doucement. Ces derniers mois ont été trop durs, trop longs.

Elle répondit ardemment au baiser qu'il déposa sur ses lèvres et elle sentit le désir l'envahir à nouveau.
  • Terry, il y a quelque chose... je voudrais te demander... balbutia-t-elle en rougissant.
  • Tu peux tout me demander, mon amour, répondit-il doucement.
  • Comment... je... quand nous nous sommes mariés, tu le sais... j'étais... c'était la première fois pour moi mais... pas pour toi et j'aimerais savoir...
  • Qu'est-ce que tu veux savoir ?
  • Tout... de ton passé, je veux tout savoir. Ta première fois, le reste...
  • Aie ! dit-il en riant doucement. Tu veux tout savoir, alors... Je ne sais pas si ce sont là des choses que l'on raconte à une jeune fille bien élevée et encore moins à sa femme mais... disons qu'il m'est arrivé de rencontrer ce qu'on appelle des femmes de mauvaise vie, à Londres une première fois et à New-York aussi... Il n'y en a pas eu beaucoup mais cela m'a appris qu'il fallait que je sois très doux et extrêmement attentionné avec toi si je voulais te rendre heureuse et voilà toute l'histoire. C'était... plutôt initiatique et hygiénique.
    Mais si tu veux vraiment tout savoir, rien ne m'avait préparé à l'exaltation que j'éprouve avec toi. Et je sais depuis notre première nuit que seul, l'amour que nous partageons, peut apporter cette dimension supplémentaire, cela va bien au-delà d'une simple relation sexuelle. C'est un peu comme une combinaison magique, unique et parfaite et depuis cette nuit du 14 septembre 1917, plus rien d'autre ne compte. Est-ce que je suis encore descendu dans ton estime pour t'avoir dit ça ?

Elle le regarda en souriant et secoua la tête avec un regard empreint d'amour.
  • L'estime que j'ai pour toi n'a jamais cessé de croître. Cette nuit-là, tu m'a promis de toujours prendre soin de moi, de ne pas me faire mal mais... dans tes bras, je n'ai jamais rien ressenti d'autre que du bonheur à l'état pur. Quoique tu aies pu faire avant, ce que tu me fais à moi est... n'est que source de plaisir intense. Pour moi, nos relations intimes sont le point culminant des sentiments que j'éprouve pour toi. Tu m'as initiée à un monde merveilleux, Terry et je ne veux rien y changer.
  • Et tu peux me croire, ça n'aurait sûrement pas été si merveilleux si ça avait été la première fois pour moi aussi... répondit-il doucement.
  • Fais-moi l'amour, encore, Terry. Je te veux rien qu'à moi.

Il ne se fit pas prier et l'attira vers lui dans une cascade de plaisirs renouvelés. Ils s'endormirent finalement l'un contre l'autre, épuisés mais détendus et heureux.

*****

Quand elle se réveilla ce matin-là, elle se rappela qu'elle n'avait pas été aussi heureuse depuis longtemps. Depuis plusieurs mois à New-York.
Elle chantonnait en faisant sa toilette et choisit une longue robe évasée en coton crème avec des rubans émeraude. Elle décida d'attacher un simple ruban de la même couleur verte autour de sa tête. Elle rougit en pensant qu'elle le faisait sciemment sachant combien Terry aimait qu'elle laisse ses cheveux détachés.
Quand elle entra dans la pièce principale, elle s'arrêta et entendit le rire d'Albert et de Terry sur la terrasse. Elle avait dormi tard mais se sentait en pleine forme ; elle entendit arriver la voiture d'Alexandra et sortit aussitôt à sa rencontre. Candy serra Alexandra dans ses bras qui l'embrassa tendrement et elle l'aida à faire descendre les filles et le petit Antoine.
  • Dites-donc les filles, vous avez l'intention de nous laisser seuls jusqu'à la fin de la journée ? dit la voix d'Albert, derrière elles, d'un ton accusateur.

Elles se retournèrent en même temps et le trouvèrent souriant, accoudé à la balustrade. Terry était à côté de lui, nonchalamment appuyé à l'un des montants qui supportaient le toit et souriait aux jeunes femmes sans quitter Candy des yeux.
  • Figure-toi que je venais de me lever quand j'ai entendu ta voiture, chuchota Candy à Alexandra. Je n'ai encore vu personne de la matinée.
  • Et bien bravo, lui répondit Alexandra en riant avec un clin d'œil, allez marmotte ! Viens m'aider, j'ai amené de quoi nous sustenter mais ne t'inquiète pas, c'est Manuela qui a tout préparé !


Elles éclatèrent de rire et se dirigèrent vers la voiture pour décharger les victuailles qu'elles posèrent d'autorité dans les bras des garçons qui arrivaient pour les aider.
  • Et je n'ai même pas le droit à un bonjour, dit Terry d'un ton taquin, en volant un baiser à Candy qui rougit violemment.
  • Après ! dit Alexandra, d'un ton qui ne souffrait aucune réplique, tout en lui chargeant un peu plus les bras. Filez, monsieur Grandchester, vous ferez ce que vous voudrez ensuite, quand tout sera dans la cuisine.

Pendant qu'Albert et Alexandra préparaient le repas, Candy et Terry mettaient la table et Nanny s'occupait des enfants. Terry ne ratait pas une occasion de s'approcher de Candy et de lui démontrer son amour et sa tendresse. Dès qu'ils eurent terminé, Candy essaya d'aider à la cuisine mais se fit aussitôt renvoyer par Albert sous le regard amusé de Terry. Il s'avança vers elle et l'entraîna vers la plage en la tirant par la main en direction de la mer.
  • Terry ! Je peux savoir où tu m'emmènes ? dit Candy en riant...
  • Loin de la cuisine ! dit Terry en se tournant vers elle avant d'éclater de rire.
  • Oh, toi ! dit elle en se jetant sur lui.

Ils tombèrent dans le sable en riant, chahutant comme des adolescents sous les yeux ébahis des enfants. Albert les regardait en souriant depuis la fenêtre de la cuisine. Alexandra lui enserra la taille et posa la tête sur son épaule.
  • Ça fait vraiment plaisir de la voir si heureuse, lui dit-elle doucement.
  • L'amour qui les lie est si fort, Alexa... si... étrange mais si profond.
  • On dirait bien que tu as réussi ta mission, lui dit-elle en le regardant avec tendresse et bonté.

Il l'embrassa avec toute la douceur dont il était capable, caressant son visage et son cou de ses doigts. Quand il la relâcha, elle était troublée. Albert avait toujours su la faire réagir.


*****


Terry était debout derrière Candy et l'enlaçait avec force. Ils regardaient tous les deux les vagues s'échouer sur le sable.
  • Qu'est-ce que tu as prévu pour le reste de ta vie ? demanda-t-il doucement. Parce que j'aimerais assez voir ton joli minois tous les matins qu'il me reste à vivre...
  • Un jour, je t'ai épousé jusqu'à ce que la mort nous sépare et il y avait des témoins, répondit-elle dans un sourire. Alors, le reste de ma vie, j'ai l'intention de le passer entièrement avec toi.
  • Alors tu m'épouserais encore aujourd'hui ? murmura-t-il en embrassant son cou.
  • Je t'interdis d'en douter, répondit-elle dans un souffle

Ils entendirent Albert les appeler pour manger et retournèrent vers la maison, main dans la main. Ils déjeunèrent tous en riant, l'harmonie qui régnait entre eux aurait paru évidente à n'importe quel observateur. Les enfants passèrent l'après-midi à chahuter tous ensemble et Alexandra repartit en fin de journée avec ses enfants. Elle recevait de la famille le lendemain et elle voulait préparer les choses au mieux. Candy proposa à Albert de rester dîner avec eux et il accepta avec plaisir. Les garçons réclamèrent une histoire de tonton Albert au moment d'aller se coucher et Candy et Terry restèrent sur la terrasse, enlacés sur le sofa.
  • Je me sens vraiment bien, Terry, murmura Candy. Au point qu'aujourd'hui, j'ai totalement oublié ce qu'il s'est passé ces derniers jours.
  • Pas moi, Candy. Je n'ai pas l'intention d'oublier... je t'ai délaissée et je ne compte plus laisser cela se reproduire. Tu es mon ciel, ma terre, mon air... mon équilibre. Sans toi, je perds mes repères.

Ils échangèrent un long regard qui disait tout l'amour qu'ils éprouvaient l'un envers l'autre. Terry se retenait de l'embrasser car il craignait que ses impulsions prennent le contrôle de son esprit dévoré par la passion. Les derniers rayons du soleil avaient déjà disparu et la lune éclairait doucement la plage. Le bruit des vagues les berçait de son rythme apaisant.
  • Je vais nous préparer à dîner, dit Candy en se séparant à regret de Terry.
  • Je viens t'aider, dit Terry en la suivant jusqu'à la cuisine.
  • Parce que tu sais faire à manger ! dit-elle malicieusement.
  • Sûrement aussi bien que toi, mademoiselle Tâches de Son, lui répondit-il sur le même ton.
  • Très drôle, vraiment très drôle, lui dit-elle avec une grimace.

Il éclata de rire en retrouvant le plaisir de la taquiner. Ils préparèrent le repas en partageant plaisanteries et gestes de tendresse, retrouvant le bonheur de partager des moments ensemble.
Ils dînèrent sur la terrasse avec Albert, profitant de la douceur du climat californien et firent la vaisselle sans rien casser ce qui donna aux garçons une nouvelle occasion de taquiner la jeune femme.
  • Et bien, dit-elle avec une moue boudeuse. Je crois que je vais vous laisser continuer à vous moquer de moi tous seuls ! De toute façon, je commence à être vraiment fatiguée... Alors je vous souhaite une bonne nuit, bande de misérables vauriens !
  • Bonne nuit Candy ! répondit Terry en la serrant dans ses bras avant de déposer un chaste baiser sur ses lèvres.
  • Dors bien, petite sœur ! dit Albert sans perdre son sourire tout en l'enlaçant affectueusement.

Ils la regardèrent partir vers sa chambre. Terry ne la quittait pas des yeux et Albert tapota amicalement l'épaule de son ami.
  • Viens Terry, allons sur la terrasse, je vais faire du café.

Alors qu'il préparait le café dans la cuisine, Albert entendit une douce mélopée jouée à l'harmonica qui provenait de la terrasse. Quand il apporta le café, il s'arrêta sur le pas de la porte et vit Terry nonchalamment assis sur la rambarde, le dos appuyé sur l'un des poteaux qui soutenaient le toit.
Il jouait les yeux fermés et Albert n'osa pas l'interrompre. C'est à Candy que s'adressait cette mélodie, il le savait. Et même s'il connaissait leur histoire, il était à chaque fois impressionné par la force du lien qui les unissait. Il attendit la fin du morceau que jouait Terry pour s'avancer vers la table et leur servir un café avant de prendre place sur le sofa.
Terry sauta de la rambarde et vint le rejoindre. Il avait la grâce et l'élégance aristocratique d'un félin quand il se déplaçait remarqua Albert. Il sourit à Terry et lui tendit une tasse.
Terry s'installa confortablement dans le sofa, un léger sourire flottait sur ses lèvres. Les deux hommes discutèrent et rirent pendant de longues minutes, retrouvant leur complicité et ces longs moments d'amitié partagés autrefois à Londres.

*****

Candy sourit dans son lit, en entendant au loin les rires d'Albert et Terry. Ces deux-là s'étaient toujours bien entendus et savoir que les deux hommes qu'elle aimait le plus au monde étaient auprès d'elle faisait de ce jour un des bons moments de la vie.
Un peu plus tôt, elle avait entendu Terry jouer un air d'harmonica. Le même morceau que celui qu'il lui avait joué durant cette affreuse nuit qu'elle avait passé enfermée dans le cachot du Collège de Londres.
Elle savait que c'était pour elle qu'il jouait, sa façon à lui de lui souhaiter une bonne nuit... elle l'attendait avec impatience mais elle s'endormit bien plus vite qu'elle ne l'aurait voulu.
Elle se réveilla en le sentant s'allonger près d'elle et elle s'accrocha à lui en le suppliant de lui faire l'amour. Le jeune homme ne se fit pas prier et il lui fit l'amour avec une infinie tendresse, donnant et prenant autant de plaisir qu'elle dans ces étreintes si intimes et si rassérénantes pour eux.

*****

Elle se réveilla un peu avant dix heures et fut surprise d'avoir encore une fois dormi aussi longtemps et aussi bien. Elle s'étira longuement avant de se lever. Elle enfila une robe légère et coiffa ses cheveux avant de sortir sur la terrasse d'où provenaient des bruits de voix familiers.
Les garçons étaient attablés et prenaient leur petit-déjeuner en compagnie de leur père et d'Albert qui était revenu pour les emmener à une fête qui avait lieu au ranch. Nanny devait déjà être en train de préparer leurs affaires pour la journée.
Terry l'aperçut immédiatement et se leva pour venir à sa rencontre. Il l'enlaça et l'embrassa plus longuement que nécessaire, la faisant rougir légèrement, sous le regard ravi de Kyle.
  • Bonjour, mon ange, murmura-t-il simplement. Viens t'asseoir avec nous, je te sers du café.
  • Maman ! s'écria Ryan en souriant, la frimousse barbouillée de flocons d'avoine.
  • Bonjour, mon bébé, répondit Candy en souriant. Je vois que tu manges tout seul, c'est bien, je suis très fière de toi.
  • Il n'est quand même pas très propre ! dit Kyle d'un ton sérieux, en arrachant des rires aux adultes qui l'entouraient.
  • Alors montre-lui le bon exemple, mon petit cœur, répondit Candy, en lui embrassant les cheveux.

Elle se tourna vers Albert qui lui avait préparé une place entre lui et Terry et l'embrassa tendrement.
  • Tu as dormi ici ou c'est moi qui dort trop longtemps ? dit-elle avec un sourire.
  • Ni l'un ni l'autre, petite sœur, dit-il en riant. Tu es arrivée ici épuisée, tu as besoin de reprendre des forces et... plus tu dors, mieux c'est ! Maintenant, mange !
  • Maman... demanda Kyle alors qu'ils s'asseyaient tous. Toi aussi, tu veux bien qu'on reste habiter ici ?
  • Oui, dit Albert. Figure-toi que Terry était en train de nous dire que vous comptiez rester ici jusqu'à l'été prochain et notre petit bonhomme ici présent avait l'air d'être ravi par cette perspective.
  • Vous voudriez bien la laisser respirer ! dit Terry en riant. Et déjeuner aussi !
  • Ça va, Terry, dit-elle en posant une main sur la jambe de son mari. Alors oui, jeune homme, ajouta-t-elle à l'attention de Kyle, oui je veux bien habiter ici.
  • Alors on va passer Noël ici ? demanda-t-il surexcité.
  • On dirait bien, oui ! répondit Albert en souriant.
  • C'est super ! s'exclama-t-il. Il faudra dire à papy et mamie de venir aussi. Et il faudra aussi dire au Père Noël notre nouvelle adresse.
  • On le leur dira, répondit Terry en retenant un rire, maintenant finis ton assiette, je te signale qu'Albert vous attend et que Ryan a déjà fini, lui.
  • Je me dépêche mais... tu viens pas avec nous ? demanda-t-il soudain.
  • Si tu veux qu'on habite ici, alors maman et moi devons discuter de plusieurs choses pour préparer tout ça, ton changement d'école, notamment. Mais nous vous rejoindrons en fin de journée. Cela te convient-il ?
  • D'accord, dit-il en enfournant le reste de son petit-déjeuner à toute vitesse.

Il finit son assiette et se précipita dans sa chambre pour se débarbouiller et s'habiller. Nanny avait déjà emmené Ryan pour le préparer et Albert sourit au jeune couple.
  • J'ai bien l'impression que les choses sont donc bel et bien rentrées dans l'ordre, leur dit-il. Vous m'en voyez ravi. Tout comme je suis ravi que vous ayez décidé de rester quelque temps ici. J'ai eu trop peu souvent l'occasion de vous voir ces derniers mois. Donc, je trouve la nouvelle formidable ! D'autant plus que les enfants s'entendent bien et qu'ils passent de bons moments ensemble.
    Ah, au fait... Vous viendrez passer Noël au ranch, il y aura bien assez de place pour tout le monde, y compris pour Éléonore et Richard. Pour être vraiment franc avec vous, je suis très content ! On va vraiment se faire une belle fête !
  • Tu devrais d'abord en parler à Alexandra, le gronda Candy.
  • Tu la connais bien, Candy ! répondit Albert. Tu dois donc savoir qu'elle prendrait très mal le fait que tu refuses de passer Noël avec nous.
  • Je n'ai pas dit que je refusais ! dit Candy en riant. Je trouve juste plus poli que tu lui en parles d'abord, monsieur André, d'autant que c'est elle qui organise tout !
  • C'est d'accord, je me rends ! dit Albert en riant. Mais ça n'y changera rien, vous viendrez !
  • On est prêts, ça y est ! dit Kyle en arrivant en courant.

Candy et Terry les accompagnèrent à la voiture en promettant qu'ils les rejoindraient avant le repas du soir. Ils regardèrent la voiture s'éloigner et retournèrent sur la terrasse où Candy avait à peine commencé son petit-déjeuner. Pendant qu'elle déjeunait, Terry débarrassa la table et fit la vaisselle.
Quelques minutes plus tard, elle entra dans la cuisine avec sa tasse et son assiette qu'elle posa dans l'évier. Elle s'empara d'un torchon et commença à essuyer la vaisselle pendant qu'il terminait de laver.
  • Laisse le reste, ça séchera bien tout seul, dit-il en lui prenant son torchon avec un regard appuyé.
  • Toi, tu as une idée derrière la tête, répondit-elle en lui souriant.
  • Et qu'est-ce que tu souhaiterais faire aujourd'hui, madame Grandchester ? demanda-t-il en lui adressant un sourire enjôleur.
  • Et bien... Par exemple, nous pourrions aller au zoo et je me sens d'humeur nostalgique aujourd'hui.
  • Et il y a des singes dans ce zoo, mademoiselle Tarzan Tâches de Son ? demanda-t-il d'un ton taquin.
  • Terry ! cria-t-elle en se précipitant sur lui. Tu vas me payer ça !

Il avait anticipé sa réaction et s'était dirigé vers la porte pour s'enfuir vers leur chambre en riant aux éclats. Elle le rattrapa vite et ils tombèrent sur le lit en riant. Mais il était plus fort qu'elle et elle se retrouva rapidement sous lui. Il tenait ses mains pour l'empêcher de bouger et la regarda avec tendresse.
Il fut de nouveau gagné par le désir en regardant Candy lutter pour se libérer. Mais elle redevint brusquement sérieuse en voyant son regard animé par la passion.
  • Candy, lui dit-il d'une voix rauque, si tu continues à me regarder comme ça, j'ai bien peur que nous ne sortions pas de cette chambre de toute la journée.

Elle sourit à Terry qui avait relâché ses mains et caressa les longues mèches brunes de son mari.
  • Alors, ne quittons pas ce lit, monsieur mon époux. Je n'ai pas vraiment envie de sortir, de toute façon, et puis tu me dois environ deux cent dix nuits d'amour alors nous avons du retard à rattraper.

Il la regarda avec des yeux emplis de désir avant de se mettre à rire doucement.
  • Deux cent dix ! J'ai bien peur ma chérie, qu'il nous faille plus d'un après-midi pour rattraper tout ça.
  • Et encore, ce n'est qu'un compte approximatif ! Alors autant nous y mettre maintenant, dit-elle en déboutonnant la chemise de son mari tout en caressant son torse nu.
  • Candy, tu es une femme surprenante et vraiment très désirable, tu sais, dit-il d'une voix rauque en la regardant avec intensité.
  • Cela signifie-t-il que mon programme te plait ? murmura-t-elle avec une moue provocante.

Il ne répondit pas mais se releva pour se déshabiller sans la quitter des yeux. Elle se redressa et s'agenouilla sur le lit pour commencer à déboutonner sa robe. Il s'approcha d'elle très lentement, sans la quitter des yeux, et l'aida à retirer ses derniers vêtements. Ils étaient face à face, agenouillés sur le lit. Il la détailla lentement et prit son visage dans ses mains pour l'embrasser. Le baiser qu'ils échangèrent était sensuel et langoureux. Il caressait ses lèvres humides, sa langue qui lui répondait avec la même ardeur et leurs corps se collèrent l'un à l'autre, avides de sentir leur chaleur mutuelle pendant que leurs mains parcouraient leurs corps affamés.
  • Terry, murmura-t-elle dans un souffle, je te veux en moi, maintenant. J'ai envie de toi...
  • Tout ce que tu veux, mon amour, répondit-il en l'allongeant sur le lit, la voix rauque de désir.

Il la prit sans ménagements et elle imprima à leurs corps un rythme soutenu enserrant les reins de Terry de ses jambes. Il fut envahi par une intense bouffée d'amour en la regardant, elle avait les yeux fermés sur son propre plaisir et était abandonnée entre ses bras, totalement offerte. Il accéléra le rythme et elle ouvrit les yeux pour le fixer intensément. Un voile trouble donnait à son regard une séduction incroyable et il lui murmura tout l'amour qu'il avait pour elle. Elle cria son plaisir et combien elle l'aimait et il la rejoint avec un long gémissement. Terry se laissa glisser à côté d'elle et la serra contre lui avec vigueur.
  • Je t'aime, murmura-t-il. Je t'aime, Candy. Tu es la seule femme que j'aime, la seule que je désire, la seule dont je rêve, le seul être qui me hante jour et nuit. Tu es ma vie, mon équilibre... Je ne suis heureux qu'avec toi et c'est comme ça depuis bientôt douze ans. Je ne me sens bien que lorsque tu es auprès de moi, avant toi je n'étais qu'une ombre et sans toi, je redeviens une ombre.
  • Terry... commença-t-elle...
  • Chhhhhut ! répondit-il, tu n'as rien à répondre à cela, je me contente d'énoncer un fait. Je te l'ai déjà dit hier et je compte bien te le dire et te le redire aussi souvent que possible, je veux que tu saches qu'il n'y a que toi. Tu es mon soleil et ma lumière, il n'y a pas de place pour qui que ce soit d'autre. Sans toi, c'est toujours l'hiver, ça te rappelle quelque chose ?

Elle ne l'avait pas quitté des yeux, caressant son visage, ses cheveux, pendant qu'il parlait. Il vit son regard s'embuer de larmes et il l'embrassa très doucement, ses yeux, sa bouche, ses joues.
  • Ne pleure pas, mon amour, ne pleure pas ! murmura-t-il à nouveau. Je suis là, près de toi et je ne te lâche plus, je ne te laisse plus. Nous allons passer du temps ensemble, j'ai l'intention de mieux profiter de ma famille, désormais.
    D'autant que la vie est assez merveilleuse quand je travaille à New-York et que je peux rentrer tous les soirs. Mais nous allons d'abord prendre un peu de bon temps ici. Et puis ensuite, on avisera... mais pour moi, les tournées, c'est proscrit jusqu'à nouvel ordre. Tu vas bientôt en avoir marre de m'avoir sur le dos nuit et jour, tu verras ! dit-il en souriant. Toi qui t'es sentie seule, tu vas bientôt souhaiter des moments de solitude, je vais envahir ton quotidien, mon ange.
  • Je n'ai pas peur et j'exige d'être envahie, monsieur Grandchester, il risque de se passer beaucoup de temps avant que j'en ai assez de toi, répondit-elle avec un baiser appuyé.

Elle approfondit leur baiser et se cambra pour se coller à lui, le corps de son mari lui répondit aussitôt et ils s'envolèrent à nouveau pour ce territoire intime qui n'appartenait qu'à eux.

*****

Un peu plus tard dans l'après-midi, alors qu'elle se préparait devant sa coiffeuse pour aller au ranch d'Albert et d'Alexandra, Terry se plaça derrière elle et la regarda avec un sourire provocateur
  • Je te trouve très belle, tu as cette légère rougeur sur les joues et tes yeux scintillent comme jamais. Il faut croire que faire l'amour tout l'après-midi te réussit, mon ange, finit-il en embrassant son cou.

Quand il releva les yeux, il vit qu'une intense rougeur avait gagné le visage de Candy et il rit doucement.
  • Tu es encore gênée, c'est incroyable, murmura-t-il. Que tu le sois en public, je peux le comprendre mais avec moi... Candy, je suis ton mari, et nous n'avons rien fait de répréhensible.
  • Je ne suis pas sûre que nos éducateurs catholiques soient vraiment d'accord avec ça...
  • Je m'en fous, Candy, dit-il en riant. Si ton Dieu nous a donné l'amour et le plaisir, il avait sûrement de bonnes raisons de le faire. Et puis, j'ai très envie d'avoir d'autres enfants avec toi.
  • On voit bien que ce n'est pas toi qui accouches ! dit-elle avec un sourire en se tournant vers lui. Mais je suis d'accord, je veux bien un autre enfant de toi, une petite fille pour changer ce serait formidable. Mais tu as utilisé le pluriel, Terry... tu ne m'as jamais dit combien d'enfants tu voulais.

Il la regarda avec un sourire provocant.
  • Je n'ai pas de limites, Candy... on pourrait commencer par quatre, qu'en dis-tu ? Tu m'as donné deux fils que j'adore, qui illuminent ma vie et ils grandissent trop vite... C'est de ma faute si je ne les vois pas grandir, tu me diras mais... j'adorerais que tu me donnes une petite fille.
  • Tu n'as pas peur de retrouver ta femme grosse et difforme après quatre grossesses ?
  • Candy, tu as eu deux enfants et tu as toujours retrouvé ta ligne de jeune femme mince et athlétique je ne pense pas que cela change et quand bien même... Mon amour pour toi n'est certainement pas conditionné par ton apparence physique même si j'avoue y être très sensible, dit-il en la détaillant de la tête aux pieds avec un regard lubrique et gourmand.
  • Tu veux bien cesser tes allusions, sombre pervers ! dit-elle en riant. Il est temps de rejoindre notre progéniture, justement... Et puis nous sommes attendus...

Elle n'eut pas le temps de finir, il s'était levé en même temps qu'elle et l'avait prise dans ses bras pour l'embrasser avec gourmandise.
  • Allons-y, dit-il après l'avoir relâchée, sinon je risque de t'enlever ta robe et on sera très, très en retard pour le coup !
  • Terry ! gloussa-t-elle avec un faux air de reproche.

*****

En arrivant près du ranch d'Albert et d'Alexandra, Terry avisa une propriété à vendre et se promit d'en parler à Albert. S'ils décidaient un jour de s'installer définitivement à Los Angeles, la maison de la plage finirait par être trop petite et les journalistes finiraient par débusquer leur adresse.
Une propriété protégée, à l'abri des regards deviendrait vite nécessaire et l'idée d'habiter un ranch et d'avoir la possibilité de monter à cheval chaque jour ne lui déplaisait en rien.

Quand ils arrivèrent chez Albert, c'est Alexandra qui les accueillit. Un certain nombre d'invités étaient attendus ce soir-là et Albert semblait exceller dans son rôle d'hôte des lieux, divertissant et présentant les convives tout en accueillant avec sa femme les nouveaux arrivants.
  • Je te préviens, Candy, commença aussitôt Alexandra, si tu refuses de passer Noël avec nous ici, je le prendrai extrêmement mal ! Alors tu as fortement intérêt à accepter la proposition d'Albert.
  • A ce stade-là, ça n'est plus une proposition mais un ordre ! répondit Candy en riant. Bonjour, Alexandra ! Et sache que je serai ravie d'accepter ta proposition, je voulais juste qu'Albert t'en parle d'abord, figure-toi !
  • Bon, et bien, il l'a fait. J'espère que tu es d'accord, Terry ? demanda-t-elle.
  • Oh là ! Je ne me risquerai même pas à émettre une seule objection, madame André ! dit-il en riant.

De nombreuses personnalités de Los Angeles et d'Hollywood avaient été invitées à la soirée. Candy découvrit avec un certain déplaisir que Mary Pickford était présente. Elle était venue avec Douglas Fairbanks qui était désormais son mari. Mais Candy s'efforça de ne pas laisser paraître ses sentiments pour la jeune actrice qui était aussi l'une des personnalités les plus importantes et les plus influentes du monde du cinéma.
Cecil Blount DeMille et son épouse étaient également présents ainsi que l'associé des Fairbanks à la United Artists, Charles Chaplin. Ils représentaient à eux tous les talents d'Hollywood qui connaissaient les plus grands succès populaires ces dernières années.

Quand Alexandra présenta Terry et Candy au couple formé par Douglas Fairbanks et Mary Pickford, celle-ci détailla très attentivement la jeune femme. Elle les avait chaleureusement salués, connaissant déjà la réputation de Terry à Broadway mais elle avait très vite reporté son attention sur Candy qu'elle ne quittait plus des yeux.
  • Nous nous étions rencontrées lors d'un dîner chez Howard Stanton, non ? demanda-t-elle à Candy. Vous étiez encore célibataire, je crois... c'était...
  • Il y a sept ans, répondit Candy, en effet, nous avions dîné ensemble chez les Stanton. J'y avais assisté avec mon frère, effectivement. Vous avez une excellente mémoire.
  • Je vais être abrupte et honnête avec vous, dit subitement Mary. Je dois bien avouer n'avoir jamais pensé à vous ces dernières années mais je me rappelle parfaitement que je n'avais pas été très aimable, ce soir-là. Vous étiez et êtes toujours une ravissante jeune femme aux longues boucles blondes et j'avais eu peur que vous ne cherchiez à m'éclipser... Je vous avais vue comme une rivale, bien à tort. Les actrices sont de véritables pestes manquant totalement d'assurance et à la merci de la moindre ride... et je crois vous en avoir fait la brillante démonstration ce jour-là. J'espère que vous me pardonnerez cette triste première impression que j'ai du vous laisser.

Candy regarda l'actrice qui venait de lui parler avec une sincérité déroutante et elle lui sourit avant de se mettre à rire franchement.
  • Vous êtes d'une étonnante franchise ! dit finalement Candy. Cela me plait beaucoup ! Et vous avez raison, madame Fairbanks, j'avais gardé un assez triste souvenir de vous mais vous venez de le balayer d'un revers de la main, et avec beaucoup d'élégance qui plus est. J'espère donc que nous développerons d'autres relations désormais, ajouta-t-elle en lui tendant la main.

Mary Pickford lui sourit et serra la main de la jeune femme vigoureusement. Leurs époux respectifs les regardaient avec curiosité et sourirent en voyant les jeunes femmes sceller leur nouvel accord.
  • Appelez-moi Mary, lui répondit l'actrice avec un franc sourire. Vous aviez également rencontré Doug, je crois ?
  • Oui, répondit Candy avec un sourire. Et si je vous appelle Mary, alors faites-moi le plaisir de m'appeler Candy, comme le font mes amis. J'imagine que vous vous connaissez déjà tous ? ajouta-t-elle en se tournant vers Terry.
  • Douglas et moi avions eu l'occasion de nous rencontrer, dit Terry, mais je suis ravi de faire votre connaissance, madame Fairbanks.
  • Et moi de même, monsieur Graham, répondit Mary. Vous avez le mérite d'avoir réussi à Broadway, ce qui est une assez belle prouesse compte tenu de la dureté de ce milieu. Moi, je n'y ai connu pratiquement que des échecs.
  • Ne dis pas ça, Mary, objecta Douglas, ce n'est pas tout-à-fait vrai et tu as beaucoup de talent.
  • Certes, dit-elle avec un sourire à l'attention de son mari. Mais je suis toujours aussi vexée que Broadway n'ait jamais vraiment voulu de moi.
  • Broadway pourrait être comparé à une sorte de courtisane, cruelle, inconstante et infidèle, dit Terry doucement. Elle peut vous reprendre ses faveurs aussi rapidement qu'elle vous les avait précédemment accordées.
  • Croyez-vous que ce soit vraiment si différent à Hollywood, ajouta Mary. Mais dites-nous tout, Terrence, n'êtes vous ici que pour des vacances ou bien le cinéma a-t-il fini par vous intéresser ne serait-ce qu'un petit peu ? Ah, Charlie, viens, je vais te présenter !

Terry et Candy firent ainsi la connaissance de Charles Chaplin et de sa compagne Lita Grey, dont le très jeune âge surprit Candy, qui n'en laissa cependant rien paraître.
  • Terrence est considéré comme une grande star à Broadway, ajouta Mary, et j'étais en train de lui demander s'il était ici pour tourner dans un film.
  • Le théâtre et le cinéma sont deux choses très différentes, dit abruptement Charles Chaplin.
  • Je suis tout-à-fait d'accord avec vous, dit Terry. Même si le cinéma devenait sonore, ce serait encore différent. L'écriture, le rapport au public, la façon de jouer, tout est différent.
  • Alors nous sommes d'accord, mais je ne crois pas cependant que le cinéma gagnerait un quelconque intérêt à devenir sonore. Le son serait une distraction supplémentaire et il détournerait l'attention du public de ce qu'il voit à l'écran et des véritables intentions du réalisateur et des acteurs.
  • Je n'en suis pas si sûr, répliqua Terry. Je sais que votre expérience du cinéma est bien supérieure à la mienne mais... je pense que le son, qu'il s'agisse de musique ou de la voix des acteurs apporterait une toute autre dimension au cinéma.
    Mais le son ne doit pas desservir l'image, il doit la souligner, la renforcer ou bien créer une rupture... s'il est là pour souligner l'image, contrairement aux rares tentatives que j'ai pu voir jusqu'à présent, cela ne peut qu'être bénéfique au cinéma.
    Ce n'est pas le cas aujourd'hui et je sais que d'un seul point de vue technique, c'est difficile... mais je reste persuadé que les choses changeront bientôt et que le cinéma devra changer de mode d'expression pour évoluer vers quelque chose d'apparence plus réaliste voire plus émotionnel.
    Maintenant, je dois bien avouer que votre dernier film nous a prouvé qu'on peut faire du cinéma intimiste et moderne sans paroles. Votre film est une œuvre résolument moderne et avant-gardiste qui laisse augurer ce que sera le cinéma, et c'est... c'est un pur bijou si vous voulez mon avis.
  • Je vous remercie de vos compliments mais, voyez-vous, je considère que le public est le seul juge qui importe quand il s'agit de cinéma, et... ce film est de toute évidence un somptueux échec.
  • Vous avez à la fois raison et tort, intervint alors Candy. Le public est en effet un juge formidable mais vous lui avez donné l'habitude de rire devant un personnage exceptionnellement drôle et burlesque. Vous avez pris un risque avec ce film et je crois simplement que personne ne s'attendait à un sujet aussi novateur, aussi profond et réaliste. Le public n'était pas prêt à laisser partir votre personnage comique. Vous êtes en avance sur votre temps, à mon humble avis. Je pense même que le fait que votre nom apparaisse clairement a autant desservi votre film qu'il a permis d'en assurer la commercialisation. Votre nom a été associé à la comédie, le public ne devait pas s'attendre à voir une critique de mœurs malgré l'avertissement distribué avant la séance.
    Maintenant, je suis aussi une spectatrice et je ne connais pas grand chose au monde du spectacle et encore moins au cinéma mais j'ai été profondément bouleversée par ce drame des temps modernes que j'ai tout simplement trouvé magnifique. Vous m'avez fait pleurer, vous m'avez fait ressentir des émotions intenses avec ce film et puisque j'en ai l'occasion, je tiens à vous remercier pour ce merveilleux moment que j'ai passé avec vos personnages. A mes yeux, c'est un grand film et j'aimerais beaucoup à l'avenir voir beaucoup plus d'œuvres de cette qualité et de ce niveau.
  • Merci, madame Graham, votre témoignage me touche beaucoup. Et vous dites que vous ne faites pas partie du monde du spectacle ? Mais comment supportez-vous d'être mariée à un acteur ?
  • Il supporte bien le fait d'avoir épousé une infirmière alors pourquoi ne pourrais-je en faire de même ? répondit-elle avec une sourire charmant.
  • Et vous travaillez toujours ? demanda Mary.
  • Oui, je travaille dans une clinique à New-York, mais je doute que des histoires de plaies ou de sutures intéressent qui que ce soit ici.
  • Votre frère m'a dit que vous aviez servi durant la guerre, c'est exact ? demanda Douglas Fairbanks
  • J'ai effectivement travaillé avec l'Ambulance Américaine à Paris de 1917 à fin novembre 1918, répondit Candy doucement.
  • Vous êtes rentrée juste après l'armistice alors ? demanda Mary.
  • Oui, j'étais enceinte de presque sept mois et j'ai donc été démobilisée rapidement mais pour tout vous dire, mon retour était déjà prévu du fait de mon état, dit très vite Candy.
  • Comment ça enceinte ? demanda Mary en regardant tour à tour Candy et Terry. En pleine guerre !
  • J'ai épousé cette jeune femme à Paris en septembre 1917, dit Terry. Et j'ai bien peur d'être aussi le responsable de sa grossesse en plein conflit mondial, ajouta-t-il en serrant la taille de sa femme qui rougissait légèrement.
  • Vous vous êtes mariés à Paris pendant la guerre ? demanda la jeune Lita. C'est tellement romantique ! Vous vous êtes rencontrés là-bas ?
  • Je vais vous faire une confidence, répondit Terry avec un sourire. J'ai fait la connaissance de cette jeune femme à Londres, où nous faisions tous deux nos études. J'avais alors quinze ans et j'étais éperdument amoureux d'elle. Nous nous sommes ensuite perdus de vue pendant près de cinq ans, suivant chacun de notre côté, la voie que nous avions choisie.
    Pendant la guerre, j'ai fait une tournée de quelques représentations en France et je l'ai retrouvée là bas dans un hôpital de volontaires américains à Paris. Et comme vous pouvez le constater, j'ai réussi à la séduire puisqu'elle a accepté de m'épouser.
  • Vous êtes resté à Paris, vous aussi ? demanda Lita.
  • Non, répondit Terry, cela aurait été compliqué mais ma nationalité britannique m'a permis de revenir à Londres aussi souvent que les permissions de ma femme le permettaient.
  • Et c'est de ce sang britannique que vous vient votre goût pour Shakespeare ? demanda Douglas.
  • Ma mère est américaine, répondit Terry, et c'est elle qui m'a légué son goût pour ce poète anglais. Ce qui me vaut aujourd'hui l'étiquette "d'acteur shakespearien" qui est parfois très pesante comme doit l'être j'imagine celle "d'acteur burlesque" quand on réalise un film dramatique, ajouta-t-il.

La conversation tourna à nouveau autour du cinéma, du métier d'acteur et Candy relâcha son attention. La main de Terry était toujours autour de sa taille, à la fois rassurante, possessive et caressante. Elle mourrait d'envie de se retrouver seule avec lui et de se serrer dans ses bras.
Candy avait été très surprise qu'il soit aussi expansif sur leur histoire mais il était rare qu'on leur pose des questions, hormis les journalistes auxquels ils ne répondaient jamais. Et puis Candy avait toujours souhaité qu'ils ne s'épanchent pas sur le sujet par respect pour Suzanne. Mais Terry avait parfaitement su raconter les choses, c'était pourtant la première fois qu'il racontait à quelqu'un qu'il était tombé amoureux d'elle à l'âge de quinze ans.
Alexandra se joignit à leur groupe et interrompit la conversation pour emmener Candy
  • Vous m'excuserez de vous l'enlever, dit-elle au petit groupe, mais nous avons des enfants qui réclament un peu d'attention. Je vous la rends tout-à-l'heure ! leur dit-elle avec un sourire.
  • Il y a un problème avec les enfants ? lui demanda Candy.
  • Absolument pas, répondit Alexandra très doucement. Mais je suis sûre qu'ils seront ravis d'embrasser leur maman avant d'aller dormir et puis... j'ai eu l'impression, l'espace d'un instant, que tu commençais à t'ennuyer.
  • Bien vu ! lui répondit Candy avec un clin d'œil.

Quelques minutes plus tard, Candy finissait de lire une histoire à ses fils quand Terry apparut dans l'embrasure de la porte.
  • Papa ! balbutia Ryan avec un grand sourire.
  • Papa vient chercher son bisou, dit-il avec un tendre sourire en se penchant vers Ryan pour l'embrasser et lui faire un câlin.
  • A moi, maintenant ! dit Kyle en tendant les bras à son père.

Candy les embrassa tous les deux à son tour et elle sortit avec Terry. Elle éteignit la lumière mais laissa une veilleuse et la porte entrouverte. Elle se retrouva face à Terry qui la prit dans ses bras et lui souleva le menton pour l'embrasser avec douceur.
  • Tu tombes bien, murmura-t-elle, je mourrais d'envie d'avoir un câlin moi aussi, ajouta-t-elle en se serrant contre lui, entourant sa taille de ses bras.

Il gardait ses doigts sous son menton pour l'obliger à le regarder dans les yeux. Ses grands yeux verts reflétaient la fragilité et l'inquiétude.
  • Viens... murmura-t-il en l'entrainant vers le bout du couloir.

Il la fit entrer dans la petite bibliothèque à l'étage et ferma la porte à clé derrière eux.
  • Terry, qu'est-ce que tu fa...

Elle n'eut pas le temps de terminer sa phrase, il l'avait prise dans ses bras et l'embrassait sans aucune retenue, caressant sa bouche, sa langue tout comme il caressait son corps qui répondait à ses mains en se collant à lui sans pudeur.
  • Je n'ai pas du te le dire assez, cet après-midi, mon ange, mais je t'aime, murmura-t-il à son oreille tout en embrassant son cou délicat. Et ce soir, je te trouve très belle, d'autant que je me souviens parfaitement de cette robe, jeune effrontée !
  • Ah oui ? Tu te souviens de cette robe ? demanda-t-elle avec un sourire provocant.
  • Très bien, jeune fille. Je m'en souviens parfaitement bien, gronda-t-il d'une voix rauque. C'est la robe que tu portais durant la soirée à l'ambassade américaine, le lendemain de notre mariage à Paris. Et je me rappelle également que tu étais nue sous cette robe, mise à part cette ridicule petite culotte que j'avais cependant adoré t'enlever.
  • Terry ! s'exclama-t-elle en rougissant.
  • Quoi, Terry ! répondit-il avec un air provocant. Je me souviens très bien de cette nuit-là, ma chérie. D'abord, sous le porche de l'hôpital, il me semble t'avoir fait une déclaration d'amour en bonne et due forme... dans laquelle je te disais à quel point je t'aimais et que tu étais la seule qui comptait, qui n'ait jamais compté et qui ne compterait jamais...
  • Je m'en souviens, Terry, souffla-t-elle les larmes aux yeux.
  • C'est aussi la première fois que j'ai su que tu pouvais parfois être jalouse et j'avoue que ça m'a fait plaisir également. Mais je ne veux pas que tu t'inquiètes, je t'appartiens, mon ange.
    Quant à ce soir-là, j'avais surtout adoré t'enlever cette robe, je crois même avoir rêvé d'avoir découvert plus tôt que tu ne portais rien en dessous. Je me trompe ?
  • Tu m'avais menacée ! répondit-elle avec un grand sourire.
  • C'est vrai, je m'en souviens maintenant... Mais alors, résumons-nous, tu portes cette robe très audacieuse, nous sommes seuls, enfermés dans une pièce où personne ne viendra nous déranger...
  • Terry, tu avais tout prémédité, j'en suis sûre, dit-elle en répondant par un sourire au regard de son mari qui la dévorait littéralement.

Quand ils quittèrent la bibliothèque, une demi-heure plus tard, Terry arborait un sourire de grande satisfaction que sa femme jugea absolument indécent, ce qui le fit éclater de rire.
  • Candy, lui murmura-t-il alors qu'ils descendaient les escaliers, il y a six ans tu étais choquée par ma suggestion et aujourd'hui, tu es mon adorable complice. Tu es la femme la plus merveilleuse du monde et je n'en veux pas d'autre. Jamais.

Ils rejoignirent les autres convives et le reste de la soirée se passa sous le signe de la détente et des rires.

*****

Le lendemain, la plupart des invités étaient encore présents autour de la piscine après avoir dégusté le gigantesque barbecue préparé par les hommes du ranch d'Alexandra.
Nanny avait emmené les plus petits faire la sieste. Kyle était dans la piscine, chahutant avec son père. Terry avait veillé à ce qu'il apprenne vite à nager et il se débrouillait maintenant très bien dans l'eau. Il jouait à grimper sur les épaules de son père pour ensuite plonger dans l'eau.
Quand ils sortirent de l'eau, Nanny vint chercher Kyle pour le changer et le faire goûter. Candy regarda Terry s'approcher avec plaisir, le soleil faisait briller les gouttes d'eau qui ruisselaient sur sa peau qui avait déjà pris un joli hâle doré. Elle sentit son désir s'éveiller en observant sa silhouette athlétique, les muscles bien dessinés qui bougeaient sous sa peau. Mais son désir se transforma en jalousie quand elle pensa que d'autres femmes pouvaient éprouver la même chose en le regardant.
Il ne l'avait pas quittée des yeux en approchant et s'aperçut du brusque changement d'expression dans son regard. Il s'essuya sommairement et s'assit nonchalamment à ses côtés.
  • Il y a quelque chose qui t'a contrariée, Candy, dit-il doucement en écartant une longue boucle blonde.

Elle avait gardé les yeux baissés depuis qu'il était près d'elle mais le geste de Terry lui fit relever la tête vers son mari. Un doux sourire éclaira son visage.
  • J'étais en train de me demander si je n'allais pas t'interdire de te promener en maillot de bains jusqu'à l'âge de quatre-vingt ans, dit-elle sans perdre son sourire. En tout cas, en public.
  • Alors, c'était ça, l'ombre dans ton regard... dit-il d'une voix douce en s'appuyant sur un bras pour s'approcher d'elle.

Elle réussit à soutenir son regard mais ne put s'empêcher de rougir devant les prunelles iridescentes qui la dévisageaient avec une profonde tendresse.
  • Embrasse-moi, Candy, murmura-t-il, embrasse-moi maintenant.
  • Terry, c'est indécent, répondit-elle en baissant les yeux. Nous ne sommes pas seuls.
  • Candy... tais-toi, ne réfléchis pas et regarde-moi, reprit-il dans un murmure.


Elle releva la tête et se perdit dans l'océan de son regard qui lui souriait et l'encourageait.
  • Embrasse-moi, mon ange, ajouta-t-il en caressant sa joue et son menton.

Elle s'approcha de lui et posa ses lèvres sur les siennes. Terry la maintint contre lui par la nuque et appuya son baiser. Elle avait à peine entrouvert la bouche qu'il en profita pour approfondir leur baiser.
Il lâcha finalement sa bouche mais déposa un dernier baiser léger sur ses lèvres avant de s'écarter d'elle.
  • Je t'aime, murmura-t-il avec un sourire qu'il n'avait que pour elle. Et maintenant, tout le monde ici le sait. Y compris les personnes qui pourraient faire naître en toi un quelconque sentiment de jalousie. Et si tu veux tout savoir, ravissante boucles d'or, le regard que certains hommes posent parfois sur toi me remplit de fureur. Mon seul plaisir étant qu'ils sachent qu'ils ne t'auront jamais... notamment grâce à un baiser passionné comme celui que tu viens de me donner...
  • Terry, tu es vraiment un être impossible, dit-elle finalement avant d'éclater de rire.

*****

Los Angeles, 1er janvier 1924
Le douzième anniversaire de leur rencontre, un peu avant minuit, ils improvisèrent un pique-nique nocturne au bord de l'eau pour fêter le souvenir de ce jour qui les avait rassemblés.
Candy rassembla les restes de leur repas dans le panier ne laissant sorti que le champagne. Terry s'assit face à la mer pour jouer ce morceau d'harmonica qu'il lui réservait toujours.
Elle s'assit près de lui et observa son profil. Il jouait les yeux fermés et une légère brise faisait voler quelques mèches autour de son visage. Une foule de souvenirs resurgit en elle et l'image du jeune homme dont elle était tombée amoureuse douze ans plus tôt se superposa à celle de Terry. Elle sourit en pensant qu'elle le trouvait encore plus séduisant qu'autrefois.
Il s'arrêta de jouer pour se tourner vers Candy qui plongea avec bonheur dans ses yeux aux prunelles si changeantes et si familières.
  • A quoi pensais-tu ? demanda-t-il à voix basse en lui souriant doucement.
  • A toi, il y a douze ans, me jouant déjà de l'harmonica. Au fait que je te trouve encore plus séduisant aujourd'hui que tu ne l'étais alors. Voilà à quoi je pensais, mon tendre amour.
  • Bonne année, mon ange, dit-il en l'embrassant très doucement, et bon anniversaire ! Si je t'avais rencontrée aujourd'hui, je crois que je t'aurais parlé bien différemment de la façon dont je l'ai fait lors de cette nuit brumeuse de 1912.
  • Et qu'aurais-tu répondu au fait que je te trouvais l'air bien triste ?
  • "Vous êtes un beau ciel d'automne, clair et rose,
    Mais la tristesse en moi monte comme la mer,
    Et laisse en refluant sur ma lèvre morose,
    le souvenir cuisant de son limon amer."
  • C'est français et c'est très beau... de qui est-ce ?
  • De Baudelaire, mon ange... dit-il en caressant sa joue. Tu as toujours autant de tâches de rousseur, et c'est toujours aussi ravissant. D'autant qu'elles sont joliment arborées par un petit nez retroussé que j'adore embrasser, ajouta-t-il en joignant le geste à la parole. Ça aussi, je te l'aurai dit.

Ils s'embrassèrent longuement et Terry l'emmena prendre un bain de minuit. Ils jouèrent dans l'océan comme deux adolescents, le contact de leurs peaux nues dans l'eau les entraina rapidement vers des jeux plus sensuels et ils firent l'amour sur la plage avec les seules étoiles pour témoins.

*****

Le 28 janvier, ils fêtèrent l'anniversaire de Terry et Kyle. Après leur avoir donné leurs cadeaux, Candy prit Terry à part et lui annonça qu'il serait à nouveau papa en septembre, il versa des larmes de joie en apprenant la nouvelle. Il allait pouvoir prendre soin d'elle et ils prirent la décision de rentrer à New-York en juillet, quelques semaines avant la naissance du bébé.

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3 commentaires:

  1. Juste pour dire à quel point je me régale à lire cette suite de Candy. C'est bien écrit, efficace et très addictif!!! La meilleure "fanfiction" que j'ai lue jusqu'à présent (et j'ai dû lire toutes celles qu'on trouve sur internet jusqu'à présent).
    Un grand bravo!

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    1. Oui c'est exact mais il y a beaucoup de similitudes avec "retrouvailles dans le tourbillon" de Mercurio.

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  2. J'ai expliqué pourquoi dans le préambule...

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