014 - Partie 1 - Chapitre 14 : Toute une tribu...



ATTENTION

Ce chapitre comprend des scènes destinées à un public adulte.
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New-York, le 14 septembre 1924
Il était neuf heures du matin et Candy prenait un café dans le jardin quand elle perdit les eaux et sentit les premières contractions. Elle appela Nanny et lui demanda de prendre soin des enfants en lui expliquant la situation avant de rejoindre Terry qui écrivait dans son bureau.
  • Tu veux dire maintenant... tout de suite ? Aujourd'hui ? dit-il en devenant soudain plus pâle.
  • Oui mon amour, répondit-elle avec un petit sourire. Jusqu'à présent, tu travaillais et avais toujours évité ces pénibles moments mais aujourd'hui, j'ai bien peur que tu n'aies droit à la totale. J'appelle le médecin et en fonction de ce qu'il me dira, on avisera.

Terry resta interdit et la regarda prendre le téléphone et appeler son médecin. Elle était très calme et expliqua au docteur ce qu'il en était en lui promettant de le tenir au courant de l'évolution des choses. Elle l'avait convaincu de la laisser accoucher à la maison, prétextant que sa grossesse ne présentait aucune complication et que ses deux précédents accouchements s'étaient très bien passés.
L'espace d'un instant, elle grimaça et porta la main à son ventre et il s'aperçut que sa robe était trempée. Elle raccrocha et il rencontra ses grands yeux verts qui le rassurèrent d'un grand sourire.
  • Je vais aller préparer la chambre et me préparer aussi... dit-elle avec un sourire. Et je veux bien que tu préviennes Éléonore, mon amour, dis-lui de venir d'ici deux ou trois heures, ça suffira largement. Je vais aussi aller donner quelques instructions à Jane pour plus tard. Tu me rejoins dans la chambre d'ici une dizaine de minutes ?
  • Candy, je... je ne peux vraiment rien faire d'autre ?
  • Fais déjà ce que je t'ai demandé, on verra pour la suite quand tu me rejoindras, d'accord ? dit-elle en lui faisant un clin d'œil.
  • D'accord, souffla-t-il. Je t'aime, mon ange.

En arrivant dans la chambre, il s'allongea près d'elle dans le lit et posa délicatement la main sur son ventre. Elle avait revêtu une grande chemise de nuit et s'était allongée avec un livre.
  • Qu'est-ce qui va se passer maintenant ? demanda-t-il doucement avant de déposer un tendre baiser sur ses lèvres.
  • J'ai perdu les eaux tout-à-l'heure et je ressens mes premières contractions qui sont dues au fait que le col de l'utérus se dilate petit-à-petit pour laisser passer le bébé.
  • Ça fait mal ?
  • Ça n'est pas très agréable mais c'est tout-à-fait supportable, Terry. En tout cas, pour l'instant. Mais d'ici quelques heures, ça va commencer à devenir de moins en moins agréable. Et quand le col sera complètement dilaté, je pourrai commencer à pousser pour aider le bébé à sortir.
  • Je les sens, dit doucement Terry, qui avait laissé sa main sur son ventre. Mademoiselle l'infirmière, vous m'avez bien tout expliqué et je crois que j'ai tout compris, ajouta-t-il avec un sourire.
  • Madame l'infirmière, madame... dit-elle avant de grimacer légèrement.
  • Quelque chose ne va pas ? demanda-t-il inquiet.
  • Non, elle était plus forte celle-là, c'est tout. Si tu veux vraiment me faire plaisir, j'aimerais que tu me fasses la lecture, dit-elle doucement. Sur la table de nuit, il y a ce livre d'Édith Wharton, je l'ai acheté cette semaine et je n'ai pas encore eu le temps de l'ouvrir.
  • "Old New York", c'est bien ça ? demanda-t-il en récupérant le livre.
  • Oui, c'est ça... à moins que tu n'aies déjà des choses à me faire lire de ton prochain livre ?

Il s'arrêta et la regarda tendrement avant de rire doucement.
  • Tu es vraiment très curieuse... dit-il finalement en souriant toujours. Je t'ai déjà promis que tu serais la première à le lire... Mais en attendant, nous allons découvrir ce livre d'Édith Wharton.

Il lui avait fait la lecture et était resté près d'elle aussi longtemps que possible mais la violence de ses dernières contractions l'avaient fait pâlir de crainte et sa mère l'avait envoyé prendre un remontant ou "quoi que ce soit, du moment que tu sors de cette chambre" lui avait-elle dit.

L'excellent whisky écossais ramené par son père l'avait aidé à se détendre. Il avait joué avec ses fils quelques instants mais son esprit restait tourné vers Candy et l'épreuve qu'elle traversait.
Il s'apprêtait à retourner à l'étage quand il entendit les premiers pleurs du bébé. Quelques instants plus tard, on l'autorisa à entrer et ils purent rester seuls un instant.
  • Viens voir ta fille, murmura Candy en souriant.
  • Ma... fille... souffla-t-il en s'asseyant près d'elle, très ému.
  • On l'appellera Ambre, dit doucement Candy. Je sais que ce n'est pas ce qui était prévu, mais si elle daigne encore ouvrir les yeux, tu comprendras pourquoi.
  • Elle a les yeux de mon père, c'est ça ? demanda-t-il en embrassant Candy.
  • Elle a l'air bien partie pour, en tout cas.
  • Ambre est un très joli prénom, Candy.

C'est le moment que choisit le bébé pour ouvrir les yeux et il sembla à Terry qu'elle le regardait fixement.
  • Bonjour Ambre, murmura-t-il, sois la bienvenue, ravissante petite merveille. Tu as choisi une bien jolie date pour naître, petit amour.

Candy était sûre qu'elle l'avait écouté, Ambre attrapa un doigt de son père et il se pencha pour embrasser son petit poing avec émotion. Quand il releva la tête, Candy vit une larme couler de ses yeux et elle tendit la main pour l'essuyer doucement. Il se pencha vers elle et l'embrassa longuement.
  • Merci, mon amour, lui murmura-t-il à l'oreille. Merci pour tout ça, pour tout ce bonheur, merci pour cette famille merveilleuse que tu me donnes. Merci d'endurer tout ça pour moi...

Cette fois, c'est Candy qui versa des larmes de bonheur.
  • Je n'endure rien, Terry, dit-elle en souriant. Tu es là, tu m'aimes et je suis comblée. Être mère est à chaque fois un bonheur et si ça peut te faire plaisir, je me sens prête à avoir encore une bonne demi-douzaine d'enfants. Mais pas tout de suite, non plus.
  • On peut peut-être attendre qu'Ambre grandisse un peu, dit-il en riant. Je t'aime, je vous aime, corrigea-t-il en caressant le front de sa fille qui semblait fascinée par la voix de son père.
  • Prends-la dans tes bras et va la présenter à ta mère et à ses grands frères et dis au médecin de revenir un instant.
  • Je te préviens que je vais quand même revenir, lui dit-il en l'embrassant encore une fois.
  • J'espère bien, répondit-elle en souriant.


New-York, samedi 5 mars 1927
Terry et Candy rentraient de la première représentation de la pièce de Terry. Elle était tirée de son premier roman et, tout comme le livre, elle avait très bien accueillie par le public.
En arrivant dans leur chambre, il se mit pieds nus, retira sa veste et s'étendit sur le lit, épuisé par la tension nerveuse qui l'habitait depuis plusieurs semaines.
Candy était assise devant sa coiffeuse, elle avait retiré ses bijoux, s'était démaquillée et coiffait ses longs cheveux blonds. Il sourit en pensant qu'elle n'avait jamais coupé ses cheveux pour lui faire plaisir. Il s'offrit le plaisir de la détailler attentivement. Elle allait bientôt fêter ses vingt-neuf ans et il la trouvait de plus en plus belle, son corps gardait son allure athlétique, ses formes généreuses, et elle était toujours aussi mince, même après lui avoir donné trois enfants. Son visage, qui avait perdu ses rondeurs d'enfance, avait gagné en finesse et il se dégageait d'elle un charme infini, une grâce et une élégance qui contrastaient avec son caractère enflammé.
Elle s'était levée et déboutonnait sa robe tout en se dirigeant vers la salle de bains.
  • Candy, viens près de moi, dit-il en tendant la main vers elle.

Elle s'arrêta pour se tourner vers son mari et lui sourit en se dirigeant vers lui. Elle prit la main qu'il lui tendait et s'allongea près de lui en se blottissant dans ses bras.
  • C'était vraiment une belle soirée, Terry, chuchota-t-elle à son oreille, une magnifique représentation et une belle soirée. Mais... j'ai bien peur que tu te retrouves un jour obligé d'avouer que Richard Chester, l'auteur, et Terrence Graham, l'acteur, ne sont qu'une seule et même personne.
  • Merci, mon ange, merci d'être si enthousiaste au sujet de cette pièce. Et même si je ne suis pas certain que tu sois très objective, dit-il en riant doucement, il est extrêmement agréable de se sentir autant soutenu et aimé par sa femme.
  • Tu te trompes ! dit-elle en se dressant sur un coude, l'air faussement outragé. Je vais te répéter ce que je t'ai toujours dit et que Charles Chaplin dit aussi. L'avis le plus important, c'est celui du public. Et ce soir, le public vous a tous applaudis très longuement. Je ne me rappelais pas avoir vu des rappels aussi longs, Terry. Ils ont adoré ta pièce.

Il tendit le bras et passa la main derrière sa nuque pour l'attirer vers lui et l'embrasser. Il prit son visage entre ses mains et l'embrassa profondément avant de la faire basculer sur le dos.
  • J'ai très envie de te faire l'amour, Candy Grandchester, murmura-t-il en embrassant son cou et sa gorge. Je t'observais, tout-à-l'heure et je me disais que... quinze ans après, tu embellis chaque jour un peu plus. Tu m'as ensorcelé, Candy... complètement enchanté... serais-tu une fée dotée de pouvoirs magiques ?
    Cette année, nous fêterons nos dix ans de mariage et je ne me lasse toujours pas de toi, de vivre avec toi, de partager tes nuits et tes journées aussi. Il me suffit de poser les yeux sur toi pour te désirer comme un fou. D'après ce que disent la plupart des gens, la plupart des hommes surtout, c'est absolument anormal, tu sais ?
  • Terry... je... je ne sais pas si c'est anormal mais j'éprouve la même chose pour toi. Tu me... tes yeux, tes mains... tes mots, tu me fais vibrer... Avec toi, je me sens comme un instrument de musique dont tu serais le seul à savoir jouer...

Il l'embrassa profondément et la serra contre lui avec vigueur. Candy entreprit de déboutonner sa chemise pendant qu'il dégrafait sa robe. Il la pénétra doucement et les gémissements de Candy gagnèrent en intensité, il l'amena aux limites du plaisir et se retira d'elle rapidement. Il avait le souffle court mais son envie de jouer avec elle était bien plus forte que son désir de se laisser aller.
  • Terry... gémit-elle, tu as encore des choses à m'expliquer, c'est ça ? demanda-t-elle avec un sourire.

Elle avait ce regard voilé qu'il aimait tant, ce regard qui exprimait le désir, l'amour, le plaisir... Elle avait évoqué cette nuit qu'ils avaient passé sur le paquebot lors de leur premier voyage chez son père quelques années plus tôt. Cette nuit-là, ils avaient décidé d'avoir un deuxième enfant.
  • Oui, ma chérie, dit-il tendrement, j'ai encore des choses à t'expliquer... Je veux un autre enfant, ajouta-t-il en glissant doucement en elle.
  • Oui, dit-elle le souffle court... je dis oui à tout, à toi et à un autre enfant...
  • Tu as conscience de ce dans quoi tu t'engages, murmura-t-il avec un sourire.
  • Oui, mais bouge plus vite, le supplia-t-elle.
  • Comment ? dit-il en s'arrêtant avec un sourire en coin, la provoquant du regard.

Elle entoura son cou de ses bras et se souleva contre lui pour pouvoir bouger ses hanches. Elle avait le visage dans son cou et il l'entendait respirer rapidement.
  • C'est une tentative de rébellion, ça mon ange, murmura-t-il à son oreille.

Il recommença à aller et venir en elle et Candy se laissa retomber sur le lit avec un gémissement de plaisir. Ses jambes étaient croisées autour des reins de Terry et elle accompagnait chacun de ses mouvements. Quand il la sentit s'emballer, il la souleva contre lui et se mit à genoux sans cesser ses mouvements, tenant sa femme à bout de bras. Ils prirent leur plaisir ensemble et Candy se redressa pour se coller contre lui.
Il se rassit doucement, sans la lâcher. Il tremblait, le corps vaincu par l'effort mais il la garda serrée contre lui, lui caressant les cheveux, le dos, embrassant sa tempe, sa joue.
  • Alors comme ça, tu le veux vraiment ce quatrième enfant ? demanda-t-elle doucement.
  • J'en ai très envie, mon ange, lui répondit-il. Mais si tu me dis que tu ne veux plus tomber enceinte, je n'insisterai pas, murmura-t-il finalement.

Elle redressa la tête pour plonger dans son regard qu'elle aimait tant et lui sourit.
  • Si seulement tu avais idée des intenses bouffées d'amour qui explosent dans ma poitrine quand tu me regardes ainsi... dit-elle doucement. J'ai très envie d'un quatrième enfant de toi, Terry. Tu m'as déjà donné trois merveilleux enfants et parfois... souvent, je trouve qu'ils grandissent trop vite et l'idée de pouponner encore une fois ne me déplairait pas, je crois...
  • Merveilleuse petite Tâches de Son, dit-il en l'embrassant doucement, tu m'as sorti de ma solitude... tu m'as donné une famille après m'avoir rendu mes parents... Je t'aime tant qu'il n'y aura jamais assez de mots pour te le dire, mon ange.

    "Et je semble défaillir sous la force de mon amour,
    accablé de tout le poids de sa puissance.
    Oh ! Que mes écrits soient donc les éloquents et muets interprètes
    de mon cœur qui te parle :
    ils plaident mieux pour mon amour
    et méritent plus d'égards que cette langue qui en a déjà trop dit.
    Oh ! Apprends à lire ce que mon amour silencieux a écrit :
    il appartient à l'esprit sublime de l'amour d'entendre avec les yeux."
  • Terry ! murmura-t-elle. Ce sont les vers de Shakespeare que tu m'avais récités à Paris...

Il l'embrassa passionnément, l'empêchant de continuer et ils s'allongèrent finalement pour s'endormir dans les bras l'un de l'autre, sereins, heureux et toujours aussi amoureux.

*****

New-York, samedi 24 décembre 1927
Terry regardait avec bonheur la joyeuse petite assemblée qui envahissait leur salon. Il était assis auprès de Candy et gardait un bras autour de ses épaules, la gardant serrée contre lui.

Candy était rentrée à la maison avec les jumeaux quelques jours plus tôt. Sa grossesse avait été plus fatigante et le médecin avait préféré qu'elle accouche à l'hôpital. A sa grande surprise, sa femme n'avait rien objecté mais tout s'était finalement bien passé.
Jeffrey et Serena étaient nés le 10 décembre dernier, à quelques minutes d'intervalle, et Candy avait pu récupérer des forces à l'hôpital où les infirmières avaient été aux petits soins pour elle et pour les jumeaux. Le docteur Jones, qui enseignait à l'hôpital, passait la voir tous les jours et Terry s'entendait très bien avec ce géant à l'humour cynique qui était un véritable personnage à part entière.

Richard et Éléonore étaient assis sur le canapé à côté d'eux, ils s'extasiaient sur les jumeaux, chacun en tenant un dans ses bras. Ambre s'était blottie dans les bras de sa mère, elle avait été inquiète durant le séjour de sa mère à l'hôpital et elle ne perdait pas une occasion pour lui quémander des câlins.

Kyle et Ryan jouaient aux petits soldats et Terry était impressionné par la patience et la tendresse que son aîné déployait pour son petit-frère. En grandissant, il se révélait être un petit garçon à l'esprit vif et d'une grande générosité mais il avait également développé une profonde sensibilité et une tendance à l'empathie prononcée. Candy avait l'habitude de dire qu'il avait la même sensibilité qu'Albert et Terry était de plus en plus d'accord avec elle.

Ryan, quant à lui, avait hérité du sale caractère de son père, ce qui amusait beaucoup Terry même s'il ne le disait qu'à Candy. Il savait combien il était difficile d'apprendre à dominer ses pulsions, pour en avoir fait lui-même le dur apprentissage et Ryan devait apprendre la patience.
Il avait hérité des cheveux blonds et des tâches de rousseur de sa mère mais Ryan avait le regard moqueur et la langue acérée de son père. Cependant, Kyle avait toujours réussi à le canaliser, Ryan avait pour son grand frère une adoration et une admiration sans bornes.

Il était bientôt neuf heures du soir et Candy prévint les garçons qu'il leur restait dix minutes à jouer avant d'aller se coucher.
  • Je vais m'en occuper, dit Terry à son oreille. Reste ici et repose-toi !
  • Je ne serai jamais trop fatiguée pour leur souhaiter une bonne nuit, lui répondit-elle avec un sourire, on ira les coucher tous les deux et ensuite tu m'amèneras les deux petits gloutons mais l'un après l'autre, si tu veux bien.
  • Tout ce que tu veux, mon amour, murmura-t-il à son oreille en resserrant son étreinte.

Quand les enfants furent couchés, Terry laissa Candy allaiter Jeffrey et il coucha dans son berceau la petite Serena qui s'était endormie dans ses bras après son repas. Il descendit ensuite à la cuisine et s'occupa de réchauffer les plats prévus pour le dîner. Il fut rejoint par sa mère qui apporta les entrées sur la table avant de revenir l'aider en cuisine.
  • Candy redescend bientôt ? demanda Éléonore avec un doux sourire.
  • Il ne restait plus que Jeffrey à coucher quand je suis redescendu, répondit-il tout en débouchant le vin qu'il avait choisi pour le repas.

Il mit le vin à décanter dans une carafe et se retourna vers sa mère.
  • Robert m'a dit que tu étais pressentie pour jouer Andromaque ? demanda Terry.
  • C'est confirmé depuis hier, dit-elle doucement. Terry, je... ce sera ma dernière pièce, j'ai l'intention de faire mes adieux à la scène.
  • Tu es sûre que tu ne vas pas le regretter ?
  • Terry, je suis déjà bien trop vieille pour jouer Andromaque alors, oui je pense que c'est une bonne chose mais ce n'est pas tout. J'ai envie de profiter de ma vie, alors non je ne vais pas le regretter.
  • Première chose, lui dit-il doucement, tu as peut-être cinquante ans mais tu es toujours aussi belle et très honnêtement, tu fais dix ans de moins. Mais j'ai une autre question... il y a longtemps que tu la mûris cette décision ?
  • Pas mal de temps, oui...
  • Tu comptes rester à New-York ?
  • Oui, Terry, je n'ai pas très envie de m'éloigner de mes petits-enfants figure-toi. En plus je vais avoir plein de temps pour jouer à la grand-mère.
  • Alors envisage de peut-être déménager un jour en Californie, dit-il avec un sourire énigmatique.
  • Vous comptez vous installer à Los Angeles ?
  • Pas tout de suite, mais... j'envisage de le faire d'ici quelques temps...
  • Il y a quelque chose à faire ? demanda Candy en entrant dans la cuisine.
  • Maintenant que tu es là, on va passer à table, dit Terry en entraînant les deux femmes vers la salle à manger.

Richard en avait profité pour rentrer du bois et alimenter le feu qui flambait joyeusement dans la cheminée. Candy termina d'allumer toutes les bougies et éteignit la lumière pour qu'ils réveillonnent dans une ambiance feutrée et chaleureuse. Elle s'assit à table, entre Richard et Terry qui servait les entrées.
  • Alors, comme ça vous envisagez de vous installer à Los Angeles ? demanda Éléonore à Candy.

Candy jeta un bref regard à son mari qui lui sourit en s'asseyant.
  • C'est à Terry de vous en parler, répondit Candy. Je crois qu'il a très envie de s'attaquer au monde du cinéma et la projection du "Chanteur de Jazz" en octobre dernier semble l'avoir conforté dans ses projets.
  • C'est un film parlant, c'est bien ça ? demanda Richard.
  • C'est bien ça, répondit Terry. C'est une véritable innovation mais la technique n'est pas encore très au point et les salles de projection ne sont pas non plus équipées pour diffuser des films parlants. Bref, cela me laisse donc quelques années pour peaufiner quelques scenarii que j'aimerais réaliser, quand nous aurons véritablement la possibilité de faire "parler" les acteurs de cinéma, ce qui, soit dit en passant, risque d'anéantir la carrière de certains.
  • Tu es cruel, Terry, répondit Éléonore Si certains n'ont jamais joué au théâtre, ils ne sont pas tous de mauvais acteurs, non plus.
  • Je ne suis pas cruel, maman. C'est la vérité, c'est tout. Mais cela ne veut pas dire que les acteurs de théâtre auront la part belle au cinéma. On ne joue pas dans une salle, devant une ou plusieurs centaines de personnes, comme on joue devant une caméra.
    Le rapport à la caméra est beaucoup plus intimiste et... dans la mesure où on pourra faire parler les acteurs, il faudra des dialogues convaincants et donc réalistes, sans sur-jouer comme nous le faisons sur une scène de théâtre. Les techniques de jeu sont très différentes. Le cinéma est à l'aube d'une nouvelle révolution et il va devenir un outil extrêmement intéressant ces prochaines années.
  • Et tu veux devenir acteur de cinéma ? demanda son père.
  • Non, papa, j'ai envie de réaliser des films, ce qui s'apparente à la mise en scène au théâtre. Pour être totalement honnête, j'éprouve de moins en moins de plaisir à jouer alors que la prise de vue, l'écriture et la mise en scène m'intéressent et me plaisent de plus en plus. Mais tu as du remarquer que je jouais de moins en moins.
  • Il faut dire qu'entre le théâtre, tes romans et tes propres pièces de théâtre, tu ne te ménages pas, répondit son père. A ce propos, j'ai beaucoup aimé ton dernier livre, j'ai bien peur d'avoir légèrement inspiré certains traits de caractère de ton personnage, ceci dit, ajouta-t-il en riant.
  • Ne dis pas ça, répondit Terry en riant à son tour, j'ai bien peur d'avoir hérité de tes travers et d'y être aussi bien représenté que toi.
  • Ça, c'est sûr ! dit Candy en piquant du nez sur son assiette devant le fou rire d'Éléonore.
  • Et bien ! Voilà une belle démonstration de la franchise de ma femme, dit Terry en souriant, agrémentée des rires de ma mère, ce qui illustre parfaitement la notion de solidarité féminine !

Ils éclatèrent tous de rire à la dernière remarque de Terry qui s'était levé pour aller chercher les plats dans la cuisine. Éléonore se leva et débarrassa les assiettes de l'entrée alors que Richard ramenait les plats, ordonnant à Candy de rester assise et de profiter du service.

Quand ils furent tous installés pour le dessert, Richard demanda à prendre la parole sous le regard rougissant d'Éléonore.
  • Terry, Candy, j'ai une nouvelle à vous annoncer et... je suis vraiment très heureux de le faire, dit-il avec un sourire à l'adresse d'Éléonore.
    Ton frère et ta sœur sont maintenant mariés et heureux et Edward a désormais dix-sept ans et il est déjà très impatient de pouvoir voler de ses propres ailes. Ils savent maintenant que je suis amoureux de ta mère et... je leur ai annoncé que je souhaitais lui demander de m'épouser. Ils m'ont tous donné leur approbation et... j'ai donc fait ma demande à ta mère qui m'a fait l'honneur d'accepter ma demande. Et...
  • Et il était temps, répondit Terry en se levant pour venir serrer son père dans ses bras. Je suis heureux pour vous deux, ajouta-t-il en se tournant vers sa mère pour l'embrasser à son tour. Dites moi tous les deux, c'est mon cadeau de Noël, ça ?

Ils rirent tous de bon cœur et Candy, qui en pleurait de joie, se leva à son tour pour embrasser Richard et Éléonore, leur souhaitant un mariage aussi heureux que le sien.
  • C'est un merveilleux cadeau de Noël, dit Candy avec un grand sourire.

*****

Lorsque Candy arriva dans leur chambre pour se coucher. Elle découvrit un paquet cadeau posé sur son oreiller. Elle se prépara pour se coucher et attendit que Terry monte, après avoir fermé la maison. Il arriva quelques instants plus tard et lui sourit doucement.
Elle tenait le paquet dans ses mains et il lui sembla que c'était un livre.
  • Qu'est-ce que c'est Terry ? Je croyais que le Père Noël ne passait que pendant la nuit !
  • Oui mais c'est ça, c'est spécial ! Et je voulais que tu sois la seule à le voir, répondit-il avec un sourire mystérieux tout en se déshabillant. Ça fait dix ans que j'aurais du te le donner mais après ton arrivée ici, j'ai eu envie de le finir.
  • Je ne comprends pas, Terry...
  • Ouvre-le, c'est tout, dit-il en enfilant son pyjama.

Elle s'installa sur leur lit et défit délicatement l'emballage cadeau. Elle découvrit une sorte de livre sans titre qui paraissait ancien. Elle ouvrit le livre et tourna la première page qui contenait une mention écrite à la plume. Elle reconnut immédiatement l'écriture de son mari.


"Tu es partie et l'enfer s'est ouvert sous mes pieds. Ce cahier est pour toi. Je ne pourrai jamais révéler ce que j'y écrirai. Pas même à toi. Toi que j'aime de tout mon cœur et de toute mon âme. Sois heureuse, mon amour. Je t'en supplie, sois heureuse."


Elle regarda Terry qui s'était étendu sur le lit. Il lui souriait tendrement.
  • Je sais, murmura-t-il. Je te l'ai promis il y a longtemps déjà. J'ai eu envie de le terminer avant de te le donner et... c'était aussi devenu une habitude, donc...
  • Ça s'arrête quand ?
  • Hier. Mais j'avoue que ces dernières années ont été si heureuses auprès de toi que j'ai beaucoup moins écrit.
  • Il va me falloir une éternité pour tout lire... murmura-t-elle avec émotion.
  • Je t'aime Candy. C'est la seule chose que tu apprendras vraiment là-dedans, répondit-il en souriant.
  • C'est malin, ça ! répondit-elle en s'allongeant auprès de lui. Ça m'est égal, ajouta-t-elle en l'embrassant tendrement. Et je compte bien en lire un peu ce soir...

Il la serra doucement contre lui. Elle posa sa tête au creux de son épaule et entreprit de lire les textes que Terry lui avait écrit tout au long de ces années.


"New-York, 15 avril 1915

Candy, mon amour...

Je ne devrais peut-être pas t'appeler ainsi mais peu m'importe aujourd'hui. Parce que c'est encore à toi que je dois d'être redevenu un acteur.
Quand tu es partie, tu as emporté mon cœur et depuis je ne suis plus rien. Je n'ai cessé de sombrer toujours plus bas. Pourquoi t'ai-je laissée partir ? Pourquoi ne puis-je trouver les mots pour expliquer à Suzanne que nous ne serons jamais heureux ainsi ?
Je fais de mon mieux pour prendre soin d'elle mais je me comporte avec elle en frère, en ami. Je n'arrive pas à la serrer dans mes bras, je n'en éprouve ni l'envie ni le courage. Pardonne-moi, Candy. Tu serais furieuse de m'entendre parler ainsi mais je n'y arrive pas...

C'est toi qui m'as sorti de l'enfer où j'étais. C'est ton image qui m'est apparue. Ton visage reflétait tant de tristesse... c'est comme si tu m'avais vu et... C'est ce qui m'a donné la force de repartir et de tout recommencer. Robert m'a redonné ma chance et aujourd'hui, tout va pour le mieux.
J'ai obtenu le rôle d'Hamlet et il me tarde de recommencer à jouer. Pour l'instant, les répétitions se passent bien et puis... cela me sort de mon quotidien un peu triste et morne.

Sais-tu, mon amour, que je vois souvent ma mère ces derniers temps ? Elle fait des efforts pour être aimable et douce avec Suzanne mais je sens bien que... tu lui manques. Tu vois, mon amour... tu manques aussi à ma mère, pas seulement à moi...
La seule chose que je ne comprends pas, c'est.... que tu aies pu épouser Neil. Mon Dieu, t'ai-je donc rendue si malheureuse pour que tu te résignes à un mariage aussi abject ?

Pour être honnête, quand j'ai appris tes fiançailles, j'ai cru en crever... j'ai failli replonger mais c'est ma mère qui m'a aidé. Mais je dois bien avouer que je ne supporte pas l'idée qu'il puisse être ton mari, qu'il puisse te toucher, t'embrasser. Cette seule pensée m'est odieuse.
Merveilleuse Candy, mon amour adoré, pourquoi t'être livrée en pâture à un être aussi méprisable et abject...
Il faut que j'arrête là avant que la rage ne m'envahisse à nouveau.
Tu me manques horriblement. Je rêvais de tout autre chose pour nous deux."


"New-York, le 7 mai 1915

Chère mademoiselle Tâches de Son,

Bon anniversaire, mon amour ! Tu fêtes tes dix-sept ans aujourd'hui et je n'arrête pas de penser à toi. A toi et à ce mémorable festival de mai d'il y a trois ans. Que de souvenirs ma Candy... tes déguisements et... cet instant inoubliable où je t'ai observée te changer dans les buissons. Je t'aurais signalé ma présence si je n'avais pas aperçu Elisa qui te suivait... Elle ne m'a pas vu mais elle t'a observée et reconnue bien sûr. Elle est repartie très vite, quant à moi...
Je t'ai regardée, je l'avoue. Je n'ai pu m'en empêcher... Ta peau d'albâtre que dévoilait ta petite chemise de coton, c'était... incroyablement érotique, mon ange.
Je t'ai désirée, ma Candy... Je voulais te serrer dans mes bras et te voler un baiser mais... Nous avons dansé et je me suis laissé envahir par ma jalousie quand tu l'as évoqué, lui, Anthony... j'ai toujours été un crétin avec ça, tu le sais...
Je m'en suis voulu très vite et... pour me faire pardonner, j'ai pris la décision de surveiller Elisa et la chambre de méditation où tu étais censée être ! Bien m'en a pris, n'est-ce pas ?
Et ce magnifique été qui a suivi...
Tu me manques, amour..."



"New-York, le 3 septembre 1915

Adorable mademoiselle Tâches de Son,

Je devrais me sentir coupable mais c'est impossible. Si t'écrire dans ce cahier que personne ne verra jamais est une trahison, alors je suis un traître. Si être à la fois heureux et malheureux après la soirée que je viens de passer est une trahison, alors je suis un traître.
Mais... avec mon métier, t'écrire dans ce cahier et penser à toi sont les seuls plaisirs qui me restent dans la vie. Alors, je plaide coupable.
Parce que ce soir, notamment, je suis heureux.
J'ai revu Albert, mon amour. Outre le plaisir immense que j'ai ressenti à retrouver un des rares hommes que j'aie jamais considéré comme un ami... il m'a aussi appris que tu n'avais jamais été mariée, ni même fiancée. A personne. Et sûrement pas à cet abominable Neil Legrand.
Que pourrais-je te dire si ce n'est que la douleur m'a dévasté... toute cette souffrance, toute cette rage que j'avais éprouvées pour rien. Pour rien !
Et quand j'ai réussi à lui demander comment tu allais... je n'oublierai jamais ce qu'Albert m'a répondu :

"Elle va aussi bien que possible, Terry. Tout comme vous. Je crois qu'il faut laisser le temps au temps. De toute façon, il n'y a que le temps pour guérir ce type de blessures. Mais elle ne se laisse pas abattre, vous la connaissez, elle est d'une nature optimiste et combative."


Alors comme ça... toi aussi tu souffres, ma chérie. Que nous est-il arrivé Candy ? Si tu savais comme tu me manques... tout de toi me manque... Ton sourire, ta joie de vivre...

Mais aujourd'hui tout a changé... Albert est l'oncle William et, si je l'ai revu, c'est parce que nous assistions tous les deux à l'inauguration d'une clinique à New-York. Ça doit te paraître étrange que j'y assiste aussi mais la raison en est très simple. Le médecin qui s'occupe de cette clinique crée des prothèses et... j'ai vu ses patients, Candy, ils remarchent presque normalement... J'aimerais que cela change quelque chose mais je n'y crois pas beaucoup. Ce médecin aime beaucoup Suzanne et il a l'air de me détester. Peut-être a-t-il senti que je n'étais pas aussi attentionné que je le devrais envers Suzanne et... il a raison, je dois bien l'avouer.

Oh Candy, tout est sombre, l'avenir est sombre... C'est toi qui étais mon soleil... Aujourd'hui il fait nuit et j'entraîne Suzanne dans toute cette hérésie... Et, elle se doute que je ne l'aime pas comme je devrais. Mais ça m'est impossible, Candy. Je t'appartiens depuis le premier jour sur ce bateau... Alors comment pourrais-je lui donner ce que je n'ai plus... pour te l'avoir déjà donné.
Tu me manques à chaque instant, amour."


Candy referma le livre et caressa la couverture de cuir. Elle tourna doucement la tête vers lui et s'aperçut qu'il dormait. Elle souleva doucement son bras qu'elle reposa délicatement sur le lit.
Elle ouvrit un tiroir de sa table de nuit et y déposa précieusement le journal de Terry. Elle éteignit la lampe de chevet et se retourna vers Terry. Il n'avait pas bougé et semblait paisiblement endormi.
Elle le regarda avec émotion, il fêterait bientôt ses trente-et-un ans et il était à l'apogée de sa beauté et de sa carrière. Tout lui réussissait mais Candy avait l'impression qu'il se lassait de tout ça. Il écrivait beaucoup ces derniers temps et lui parlait de ses projets de films. Il avait acheté une caméra et avait déjà réalisé de très jolis films des enfants et de la famille mais Candy savait qu'on était encore loin de ses véritables aspirations.
Elle savait qu'il travaillait, il testait des axes de prise de vue, essayait différentes choses en fonction de la lumière, il faisait beaucoup de photos aussi.
Candy inspira profondément et soupira de plaisir. Bien des années plus tôt, elle n'aurait jamais cru qu'un tel bonheur soit possible. Terry était son mari, il était le père de leurs cinq enfants et elle l'aimait à la folie.
Elle tendit la main qu'elle posa sur le torse de son mari avant de remonter vers son cou. Il posa une main sur la sienne, entrelaçant ses doigts à ceux de Candy. Il sourit et tourna la tête vers elle en ouvrant les yeux. Elle s'avança vers lui et l'embrassa doucement, sans prononcer un seul mot.
Terry prit le visage de Candy entre ses mains et l'embrassa profondément.
  • Je t'aime, mon ange, murmura-t-il finalement. Viens t'endormir dans mes bras.
  • Pardonne-moi de t'avoir réveillé, dit-elle en se blottissant contre lui. J'ai été victime d'une énorme bouffée d'amour pour toi.

Il rit doucement et la serra amoureusement contre lui.

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