015 - Partie 1 - Chapitre 15 : Parfums d'avenir


ATTENTION

Ce chapitre comprend des scènes destinées à un public adulte.
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New-York, le vendredi 3 mai 1935
Candy rentrait d'une longue journée de travail à la clinique Montgomery. Elle avait repris son emploi d'infirmière, avec le docteur Jones quatre années auparavant, quand les jumeaux avaient eu trois ans. Elle y travaillait deux jours par semaine et passait deux autres journées à former des infirmières et des aides-soignantes pour la Croix-Rouge.
Elle n'était plus très loin de la maison et tourna dans l'avenue de l'Indépendance. Le week-end était arrivé et Terry devait rentrer ce soir de Los Angeles où il était resté près de deux mois. Ses fréquents allers et retours entre Los Angeles et New-York les avaient convaincus de s'installer en Californie dès la prochaine rentrée scolaire et Candy était ravie à cette perspective. Ils avaient trop longtemps repoussé le projet.

Terry avait publié une dizaine de livres et presque autant de pièces de théâtre qui avaient connu un franc succès. Il avait lui-même mis en scène ses pièces et avait joué dans certaines mais il évitait de plus en plus de se produire sur scène. En revanche, il avait écrit plusieurs scenarii et réalisé quelques court-métrages qui lui avaient valu une réelle reconnaissance dans le monde du cinéma.

Ses deux premiers films de long-métrage avaient ensuite rencontré les faveurs du public et il était maintenant courtisé par les majors d'Hollywood. Il avait récemment réalisé son troisième film, l'adaptation de son premier roman, produit par la Twentieth Century et il venait de terminer le montage et le mixage du film. Pourtant, lors de leurs dernières conversations téléphoniques, il avait semblé à Candy qu'il n'était pas totalement satisfait du résultat. Mais il lui avait aussi avoué être fatigué et impatient de rentrer.

Elle n'était pas encore arrivée sur le perron que Serena se jeta dans ses bras, bientôt suivie par Jeffrey. S'il leur arrivait de se disputer, les jumeaux partageaient une véritable complicité et une communication qui leur était propre. Ils étaient différents et complémentaires. Serena était vive et enjouée, elle était la copie conforme de sa mère, ce qui enchantait son père. Quant à Jeffrey, s'il avait aussi hérité de ses grands yeux verts, il était aussi brun que Serena était blonde. Ils lui racontèrent qu'ils étaient invités à l'anniversaire de l'un de leurs camarades le samedi suivant et la supplièrent d'accepter qu'ils s'y rendent.
  • Dale a dit que sa maman t'appellerait demain pour t'en parler, ajouta Jeffrey, toujours très pratique.
  • Alors, je vous donnerai ma réponse après lui avoir parlé, dit-elle avec un sourire, mais si ça peut vous rassurer, j'y suis à priori favorable, mais nous serons fixés demain. Et sinon, vous avez eu des notes aujourd'hui ?
  • Non, maman, la semaine prochaine seulement, répondit Serena. Mais nous avons fini nos devoirs tout-à-l'heure, si tu veux on les vérifiera demain ?
  • On peut jouer dans le jardin en attendant que papa arrive ? J'ai envie d'aller dans notre cabane, demanda Jeffrey.
  • Allez-y, dit Candy, en entrant dans la maison.

Ambre, qui était descendue à sa rencontre pour l'embrasser, décida d'aller les rejoindre dans le jardin.
  • Ryan est dans sa chambre ? lui demanda Candy avant qu'elle ne sorte.
  • Comme toujours, soupira Ambre, encore en train de faire une maquette ! Et Kyle doit sûrement être encore dans la bibliothèque. De toute façon, il est toujours dans la bibliothèque.

Candy sourit en la voyant s'éloigner et elle monta embrasser Ryan. Elle frappa à la porte qu'elle entrouvrit.
  • Salut, mon grand ! dit-elle en passant la tête par la porte. Tu vas bien ?

Il prit le temps de reposer son pinceau et se retourna vers elle en souriant.
  • Salut m'man, entre ! Alors, toi aussi, tu as fini ta semaine ? dit-il en débarrassant une chaise pour qu'elle s'assoie près de lui.
  • Je viens de croiser Ambre qui s'est encore plainte de ta passion pour les maquettes, dit-elle doucement en lui souriant.
  • J'imagine, oui, dit-il en soupirant. Elle est toujours après moi, à vouloir qu'on fasse des choses ensemble... Parfois, j'ai l'impression qu'elle cherche à concurrencer les jumeaux, comme si elle voulait qu'elle et moi soyons aussi proches qu'eux...
  • Ne lui en veux pas, Ryan, répondit sa mère, Ambre est... elle déteste être seule et elle doit se sentir exclue parfois. D'abord parce que les jumeaux sont effectivement très complices et ensuite parce que Kyle et toi n'êtes pas aussi disponibles qu'elle le voudrait. Cela fait partie de son caractère, elle est sensible et elle a besoin d'être entourée.
  • Je sais, m'man, c'est juste que... j'ai besoin de moments pour moi, aussi.
  • Je m'en doute, Ryan, ne t'inquiète pas, je ne te faisais pas de reproches.
  • Maman, il y a quelque chose dont je voudrais te parler et qui me tient vraiment à cœur.
  • Dis-moi, je t'écoute, répondit-elle en lui prenant la main.
  • D'abord, il faut que je te dise, oncle Alistair a appelé et il viendra la semaine prochaine. Il a dit qu'il embrassait tout le monde. Il arrivera mercredi mais si tu veux l'appeler pour une confirmation...
  • Non, ça va, répondit Candy en souriant. Ça me fait plaisir qu'il vienne d'autant qu'on ne l'a pas vu depuis un moment. Mais... ce n'est pas de ton oncle dont tu voulais me parler, je suppose...
  • Et bien oui et non... maman, tu sais que la dernière fois que nous sommes allés à Los Angeles, papa m'a présenté Howard Hugues et j'ai pu discuter avec lui, lui dire à quel point j'avais adoré son film, les Anges de l'Enfer et... il m'a dit qu'il avait appris à piloter à quatorze ans et...
  • Et tu auras quatorze ans l'an prochain et tu as envie d'apprendre toi aussi, c'est ça ? Et j'imagine que tu en as parlé avec Alistair ?
  • Tu as tout deviné, maman. Oncle Alistair m'a dit qu'il voudrait bien m'aider à apprendre et, cet été, il m'a proposé de me faire une sorte d'initiation, mais uniquement si tu es d'accord, bien sûr.
  • Écoute, Ryan, si tu avais du apprendre à voler avec Howard, je t'aurais probablement dit non, mais j'ai confiance en Alistair. Ceci dit, il faudra en parler à ton père et obtenir son accord aussi.
  • C'est vrai, maman, tu veux bien ? demanda-t-il au comble de la joie.
  • Oui, je veux bien, répondit-elle avec un sourire.

Il se jeta dans ses bras, l'embrassa avec force et la serra contre lui.
  • Oh merci, maman. Tu es vraiment formidable, tu sais... Merci, merci !
  • Attends, dit-elle en riant sous l'assaut, attends, tu n'as pas gagné encore ! Il te faudra l'accord de ton père également.
  • Je suis sûr qu'il voudra bien, il m'a toujours encouragé à vivre mes passions.

Candy lui caressa les boucles blondes de son fils en souriant, Ryan avait toujours été très indépendant, très volontaire, exubérant, excessif et Terry avait toujours cherché à l'aider à canaliser ses débordements et ses envies. Il l'avait encouragé dans sa passion pour les avions, les maquettes, il l'avait emmené voir le film d'Howard Hugues avant de lui présenter cet étrange jeune homme, si excentrique et si sympathique.

Elle regarda son fils dans les yeux, tout comme Kyle, il avait les yeux de son père, ce regard si énigmatique aux couleurs changeantes. Elle lut la détermination dans les yeux de celui qui n'était encore que son bébé, il y a peu de temps.
  • Tu sais, Ryan, dit-elle doucement, cette décision est difficile à prendre pour une seule raison... Elle est difficile à prendre parce qu'il faut accepter de te laisser grandir... Pour ton père, comme pour moi, tu seras toujours notre bébé et nous aurons toujours peur pour toi... Mais tu as le droit d'avoir des rêves et de te donner les moyens de les réaliser, même si c'est dur pour nous.
  • Je t'aime, maman, dit-il doucement. Papa et toi êtes vraiment... Enfin, quand je vois comment sont les parents de mes amis, je me dis que j'ai vraiment beaucoup de chance.
  • Moi aussi, je t'aime, mon grand... Bon, je vais aller voir ton frère maintenant, Ambre m'a dit qu'il était dans la bibliothèque. Ton père devrait rentrer d'ici une heure tout au plus, ajouta-t-elle en regardant sa montre, on mangera dès qu'il sera là, ça te va ?
  • C'est parfait pour moi, maman. Tu sais, je suis content qu'il rentre, en fait.

Elle lui sourit et lui envoya un baiser du bout des doigts avant de fermer la porte. Elle redescendit au rez-de-chaussée et passa voir Jane qui préparait la cuisine avant de dresser la table du dîner. Quelques minutes plus tard, elle se dirigeait vers la bibliothèque où elle trouva Kyle, plongé dans un livre.

Il ne l'entendit pas ouvrir la porte et elle prit le temps de l'observer un peu. Il avait maintenant seize ans et dès l'an prochain, il entrerait à l'université. Kyle avait toujours été un garçon calme et réfléchi et il était passionné par la photographie, la géopolitique. Il adorait avoir de longues discussions avec son père mais surtout avec Albert, à qui il ressemblait beaucoup par le caractère. Il leur avait récemment annoncé qu'il envisageait de devenir journaliste et de faire lui-même ses reportages-photo.

Sa sensibilité et son caractère empathique lui permettaient de saisir les situations, de comprendre les gens et Candy lui trouvait un réel don pour la photo même si le vieil appareil de son père qu'il utilisait ne lui permettait pas de donner la pleine mesure de son talent.

Elle sourit en le regardant, nonchalamment allongé sur le canapé, s'il avait beaucoup de points communs avec Albert, il était surtout la copie conforme de son père au même âge. Candy était souvent surprise par les points communs qu'ils avaient. Elle était déjà amoureuse de Terry quand il avait le même âge, mais si Kyle avait la même désinvolture que son père dans son allure et dans ses gestes, il n'en avait heureusement pas la tristesse ni l'amertume et n'était pas aussi solitaire que son père l'avait été.
  • Bonjour Kyle, dit-elle très doucement en entrant dans la pièce.
  • Maman ! Bonjour, dit-il en se levant pour venir l'embrasser. Je ne savais même pas que tu étais rentrée, je n'ai rien entendu.

Il passa un bras autour de ses épaules et l'entraina vers le canapé. Il était plus grand que Terry maintenant et Candy eut un pincement au cœur en pensant qu'il quitterait sûrement bientôt la maison.
  • Viens t'asseoir, dit-il doucement. Je te sers un verre de thé glacé ?
  • Oui, merci, dit-elle en le regardant tendrement. Dis-moi, Kyle, tu ne nous as jamais dit ce que tu pensais du fait qu'on parte s'installer en Californie.
  • J'en pense... que c'est une bonne chose, étant donné le temps que papa passe là-bas, ce sera quand même mieux pour lui. Et puis, parce que j'imagine que c'est à ça que tu penses, il y a une excellente université à Los Angeles.
  • Ce n'est pas Columbia, Kyle.
  • Je sais, maman, mais à l'université je vais juste accroître ma culture générale. Pour ce qui est du journalisme ou de la photo, ce n'est qu'en faisant ma propre expérience que je progresserai.
  • Et tes amis ? Tu ne crains pas de perdre le contact avec eux.
  • Maman, si je perds le contact avec les rares personnes que je considère comme des amis, c'est que notre amitié n'était peut-être pas si profonde. Écoute, pour être honnête, je suis plutôt content qu'on parte s'installer là-bas, j'ai toujours adoré L.A. et on verra Albert beaucoup plus souvent. Et mon cœur est toujours aussi libre, donc je ne le laisse pas derrière moi.

Elle ne répondit pas mais le regarda en souriant.
  • Et puis, ce n'est pas tout maman. A Los Angeles, je pourrai voir papa travailler et il m'a promis de me prendre comme assistant si la possibilité venait à se présenter. J'ai très envie d'apprendre à me servir d'une caméra. Pas forcément pour faire de la fiction d'ailleurs mais... je sais qu'avec lui, j'apprendrai beaucoup. Donc tu vois, tu n'as vraiment pas d'inquiétude à avoir sur mon envie de venir ou non à Los Angeles. J'en ai très envie.
  • D'accord, dit-elle en souriant. Comme cela, je suis prévenue ! Mais dis-moi... comment se fait-il qu'aucune jolie fille n'ait encore réussi à te mettre le grappin dessus ?
  • Ah, dit-il avec un léger rire... Et bien, je ne dis pas qu'elles n'ont pas essayé. J'ai rencontré des jeunes filles charmantes mais... d'abord, aucune d'entre elle n'a vraiment réussi à faire battre mon cœur et puis...

Il s'interrompit et regarda sa mère droit dans les yeux avec un sourire en coin.
  • Et puis, reprit-il, depuis mon enfance, j'ai en permanence devant les yeux l'image d'un couple qui s'adore. Je veux la même chose, maman... Je... Je veux rencontrer une fille qui me fasse battre le cœur, je veux dire vraiment...
  • Tu sais, ces choses-là ne naissent pas en un jour, il faut laisser aux sentiments le temps d'éclore. Quand j'ai fait la connaissance de ton père, j'ai... je l'ai effectivement trouvé très séduisant mais il nous a fallu du temps pour nous rapprocher et... en ce qui me concerne, il m'a fallu quelques mois pour réaliser et pour m'avouer que j'étais éperdument amoureuse de lui.
    Et pour être tout-à-fait honnête, je ne sais pas si nous aurions été aussi heureux sans toutes les épreuves que nous avons traversées et si nous n'avions pas été séparés. En fait, je n'en sais vraiment rien... je sais juste que j'ai cru l'avoir perdu et que la vie sans lui n'avait plus beaucoup de sens jusqu'à ce que nous nous retrouvions à Paris et qu'il m'épouse.
  • Maman, dit-il en lui prenant la main. Moi, je crois au contraire que si votre amour est toujours aussi vivant et aussi fort c'est parce que vous faites attention l'un à l'autre, à chaque instant. Et, en ce qui me concerne, je veux la même chose. Je n'ai rencontré aucune fille qui fasse battre mon cœur d'une façon qui ressemble à ça de près ou de loin, c'est tout.
  • De toute façon, tu as le temps, lui dit-elle en souriant. Je ne suis pas pressée de devenir belle-mère et encore moins grand-mère ! Je ne suis pas encore assez vieille pour ça !

Ils rirent tous les deux à sa dernière remarque et entendirent une cavalcade dans le couloir, suivie d'un grand cri de Serena "Papa est là !". Ils se levèrent tous deux et sortirent de la bibliothèque, en arrivant dans le couloir, ils furent rejoints par Ryan qui descendait de sa chambre.

Quand ils sortirent sur le perron, Candy vit Ambre et les jumeaux autour de leur père, souriant et visiblement heureux d'être rentré.
Elle s'arrêta pour les regarder tandis que Kyle et Ryan descendaient à la rencontre de Terry. Elle regarda la scène avec tendresse, son cœur battait déjà la chamade à l'idée de retrouver son mari. Il lui manquait toujours autant quand ils étaient séparés et elle sentit une immense bouffée de bonheur la submerger quand leurs regards se croisèrent.
Kyle lui prit son sac de voyage et repartit vers la maison pour le monter dans la chambre de ses parents. En passant près d'elle, il adressa un clin d'œil à sa mère qui rougit légèrement et lui sourit. Ryan entraîna ses frères et sœurs vers la maison et Terry put enfin s'approcher de Candy.
Il la serra contre lui avec vigueur et déposa un long et tendre baiser sur ses lèvres, avant de la regarder intensément dans les yeux.
  • C'est bon de te retrouver, murmura-t-il pour elle seule. Tu m'as énormément manqué, mon ange.
  • Toi aussi, tu m'as manqué, dit-elle en plongeant le visage dans son cou, retrouvant avec un infini plaisir l'odeur et la chaleur de sa peau.

Il embrassa sa tempe et ils entrèrent dans la maison, tendrement enlacés.
  • Tu as faim ? lui demanda-t-elle avec un sourire.

Il s'arrêta pour la regarder avec un léger sourire en coin qu'elle reconnut et qui la fit rougir violemment.
  • Terry... dit-elle en fronçant les sourcils. Je te demande si tu veux manger.
  • J'ai très faim, mon amour, répondit-il en riant. Vraiment très faim.

Les enfants étaient déjà à la salle à manger et Candy leur demanda de filer se laver les mains avant de revenir à table. Ils passèrent un repas joyeux et Terry prit le temps de discuter avec chacun d'entre eux, écoutant attentivement tout ce qu'ils lui racontaient.

Puis, Ryan évoqua son envie d'apprendre à piloter un avion, lui expliquant qu'Allistair lui avait proposé une initiation si ses parents étaient d'accord. Terry jeta un regard à Candy, comme pour lui demander son avis et elle lui sourit.
  • Donc, si j'ai bien compris, dit-il en levant un sourcil, si je te dis non, je passe pour le méchant de l'histoire ?

Candy savait qu'il plaisantait mais Ryan resta interdit devant la question de son père.
  • Je plaisante, Ryan, dit finalement Terry avec un sourire. Si ta mère est d'accord, je n'y vois pas d'objection non plus.
  • Merci papa, répondit Ryan sérieusement. Tu ne pouvais pas me faire plus plaisir !
  • Je sais bien que tu grandis ! répondit Terry, Mais ça va un peu trop vite à mon goût, si tu veux tout savoir. Et j'apprécierai assez un câlin de mon fils en guise de remerciements.

Ryan se leva et courut dans les bras de son père qui lui embrassa la tête avant de lui ébouriffer les cheveux.
  • Les enfants, je vais faire la rabat-joie, dit Candy, mais il est bientôt dix heures et il est temps d'aller vous coucher, alors... bisou, douche, lavage de dents dans l'ordre que vous voulez... et au lit !

Après une longue séance de bisous, les enfants partirent tous à l'étage, pendant que Candy commençait à débarrasser la table, aidée de Kyle. Terry posa une main sur l'épaule de son fils ainé qui se tourna vers lui avec un regard interrogateur.
  • Attends-moi ici, dit-il à son fils, j'ai quelque chose pour toi dans mon sac. Je vérifie que tout le monde va bien se coucher, je vais le chercher et je vous rejoins.
  • Je prépare du café, dit Candy en lui souriant.

Candy mit de l'eau à bouillir et fit couler de l'eau pour faire la vaisselle. Elle mit ensuite le café à passer et Kyle commença à laver les assiettes pendant qu'elle essuyait au fur et à mesure.
  • Qu'est-ce qu'il veut me donner à ton avis ? demanda Kyle à sa mère. Tu sais quelque chose ?
  • Je n'en ai pas la moindre idée, Kyle, répondit-elle en souriant. Il va te falloir être encore un peu patient et moi aussi, parce que je suis très curieuse de tout savoir également !

Kyle se mit à rire et il embrassa sa mère sur la joue.
  • Je t'adore, maman. Et... ça te va bien d'être heureuse.

Candy le regarda en souriant. Ils avaient terminé la vaisselle et elle apporta le café au salon. Terry les rejoint au même moment et tendit deux paquets à Kyle en souriant. Il se servit une tasse de café avant de s'asseoir près de Candy sur le canapé et de l'enlacer tendrement.

Elle observait attentivement Kyle pendant qu'il déballait les paquets de son père. Elle vit de la surprise et une vive émotion gagner son visage quand il ouvrit la première boite.
  • Un Leica III ! Papa, tu m'as acheté un Leica ! dit-il en relevant la tête vers son père qui lui souriait. Je ne sais plus quoi dire... Jamais je n'aurais imaginé...
  • Tu faisais déjà de belles photos avec mon antiquité, répondit doucement son père, maintenant tu n'auras plus d'excuses !
  • Merci, papa, vraiment... murmura-t-il ému, c'est...
  • Ouvre l'autre avant de dire n'importe quoi, répondit Terry sans perdre son sourire.

Kyle prit le temps de charger son appareil-photo avant d'ouvrir son deuxième paquet, amusé par l'impatience grandissante de sa mère. Après avoir déballé son deuxième cadeau, il ouvrit la bouche sans pouvoir émettre un son, ses yeux allant de son père au paquet avant de revenir à son père.
  • Tu veux bien me dire ce que c'est ? dit Candy, un brin agacée de ne rien voir.
  • Maman, c'est... c'est...
  • Alors ça, ma chérie, dit doucement Terry en se tournant vers Candy, c'est un petit bijou fabriqué à Chicago par la compagnie Bell & Howell. Mais pour faire une parenthèse, il y a beaucoup de choses fabuleuses qui viennent de Chicago, ajouta-t-il en la regardant intensément.
    Bref, c'est une caméra portable absolument géniale et quand il aura appris à s'en servir, je pense qu'il nous fera de fantastiques films et reportages.
  • Papa... je... bafouilla-t-il avant de se diriger vers son père qui se leva pour le recevoir dans ses bras. Merci... vraiment, merci.
  • Kyle, écoute-moi, quand j'avais ton âge, j'ai pris la décision de quitter l'Angleterre pour devenir acteur et j'ai fait de mon mieux pour y arriver même si la route n'était pas facile. Je veux te donner les moyens de faire ce que tu souhaites, parce que j'ai l'opportunité de le faire. Maintenant, je ne pourrai pas faire grand chose de plus, le reste... c'est à toi de le mettre en œuvre mais ta mère et moi serons toujours à tes côtés dans la mesure de nos possibilités.
    Autre chose, demain je reçois un journaliste du New York Times pour une interview. C'est l'un des rares journalistes envers qui j'éprouve du respect et de l'amitié et je le connais depuis longtemps maintenant. Je lui ai demandé un service en échange de mon accord pour le portrait qu'il veut faire de moi et il a accepté. Donc, si tu le souhaites, il t'ouvre les portes de son bureau au Times pour que tu puisses avoir un aperçu de la façon dont les choses se passent dans un grand journal. Après, à toi de charmer ton petit monde avec ton talent ! Si tu es d'accord, bien sûr...
  • Si je suis d'accord ? demanda Kyle abasourdi. Évidemment que je suis d'accord ! Papa, je ne sais pas comment te remercier pour tout ça, c'est fantastique !
  • Tu veux me remercier ? Alors prends du plaisir dans ce que tu fais et... fonce !

Kyle embrassa son père puis sa mère qui avait les larmes aux yeux et il partit se coucher en arguant qu'il devait étudier les modes d'emploi de ses futurs outils de travail. Candy le regarda sortir en souriant et se tourna vers son mari qui la prit dans ses bras tendrement.
  • Merci pour lui, murmura-t-elle avec émotion. Tu ne pouvais pas le rendre plus heureux, je crois.
  • Et toi, je fais comment pour te rendre heureuse ? souffla-t-il d'une voix rauque.
  • Et bien, tu pourrais fermer la maison pendant que je finis de ranger la cuisine et ensuite, j'aimerais assez que tu m'emmènes dans notre chambre. Moi aussi, j'ai très faim, dit-elle avec un sourire.

Il rit doucement et déposa un léger baiser sur ses lèvres avant de partir faire le tour de la maison pour tout éteindre et tout fermer. Candy ramassa leurs tasses et rapporta le tout à la cuisine.
Après avoir tout lavé et rangé la cuisine, elle éteint la lumière et se dirigea vers le couloir. Terry l'y retrouva et la souleva dans ses bras pour l'amener à l'étage.
Il la reposa sur le sol en arrivant dans leur chambre et ferma la porte derrière eux. Il se retourna vers elle et prit son visage dans ses mains.
  • Tu m'as terriblement manqué, tu sais ? Je supporte de moins en moins d'être éloigné de toi, je crois.
  • Ce séjour a été plus fatigant que les précédents, n'est-ce pas ?
  • Ce n'est pas seulement ça... tu me manques tout le temps... En fait, en prenant le temps d'y penser, je me suis aperçu que, depuis notre mariage, on a passé très peu de moments ensemble, je veux dire juste toi et moi.
    Il y a bien eu ces quelques jours à Paris, et puis à Londres mais quand tu es rentrée à New-York, tu étais déjà enceinte... On a eu les enfants, ce que je ne regrette absolument pas bien au contraire, mais... le résultat est là : on passe très peu de temps seuls tous les deux.
    Il fut un temps, en Écosse, où nous passions beaucoup plus de temps en tête à tête, à discuter, à nous promener, à refaire le monde, à rire, à danser aussi... Tu veux que je te rappelle depuis combien de temps, nous n'avons pas grimpé dans un arbre toi et moi ?
    Je veux retrouver ces moments de complicité, d'intimité avec toi... Je veux que l'on prenne le temps d'être ensemble et donc, j'ai pris la décision de te faire un cadeau un peu particulier pour ton anniversaire et je tenais à t'en parler avant.
  • Je te trouve d'humeur bien généreuse, ce soir, répondit-elle émue. Alors, maintenant que tu m'as mis l'eau à la bouche, je veux tout savoir. D'autant que je suis persuadée que je vais adorer ça !
  • Petite curieuse, dit-il en souriant. Et bien, Candy Grandchester, comme je rêve de passer des moments seul avec toi, j'ai donc réservé ton mois d'août et maman et papa ont accepté de s'occuper des enfants pendant notre absence.
    Qui plus est, Albert et Alexandra ne seront pas loin et ils seront ravis de leur donner un coup de main si nécessaire. Quant à nous, nous prendrons le bateau et nous irons passer deux semaines à Hawaï, sans compter le temps de la croisière en bateau aller et retour.
  • Hawaï ? Tu veux m'emmener à Hawaï ? demanda-t-elle interloquée.
  • Candy, nous n'avons jamais fait de voyage de noces et dix-huit ans après notre mariage, je pense qu'il est largement temps de remédier à cela. Sauf si tu ne veux pas y aller...
  • Oh que si, je veux y aller ! dit-elle en passant les bras autour de son cou avant de l'embrasser. J'ai très envie de ce voyage seule avec toi, mon amour. Tu m'as vraiment beaucoup trop manqué, ces jours-ci.
  • Uniquement ces jours-ci ? demanda-t-il avec un sourire ironique.
  • Non, pas seulement ces jours-ci, répondit-elle avec un sourire mutin. Mais cette dernière semaine à t'attendre a été absolument infernale à vivre... J'ai eu l'impression qu'elle n'en finissait plus, chaque journée qui passait semblait durer deux fois plus longtemps qu'à l'accoutumée et j'étais si impatiente de te retrouver.
  • Je t'aime, mon ange, murmura-t-il avant de l'embrasser avec une ardeur contenue, prenant le temps de savourer leur baiser et retrouvant le plaisir de la tenir serrée tout contre lui.

Quand leur lèvres se séparèrent, il prit le temps de la regarder longuement, buvant à la source même de ses grands yeux verts un flot d'amour infini. Elle posa une main fraîche sur son visage qu'elle caressa très doucement en lui souriant.
  • J'ai envie de toi, Terry, dit-elle en commençant à déboutonner sa chemise.
  • Candy... murmura-t-il d'une voix rauque.
  • Ne dis rien, chuchota-t-elle, laisse-moi juste profiter de toi. J'ai envie de sentir ta peau sous mes doigts, de te respirer, de t'embrasser.

Elle joignit le geste à la parole et il ferma les yeux, frémissant de plaisir sous les caresses de sa femme. Après lui avoir retiré sa chemise, elle entreprit de déboutonner son pantalon et il arrêta son geste, portant les mains de la jeune femme à sa bouche pour les embrasser.
  • Je suis trop en manque pour te laisser jouer avec ça, murmura-t-il en souriant avec un regard évocateur à l'attention de sa femme.

Il la fit tourner sur elle-même pour déboutonner sa robe qu'il laissa glisser par terre avant de libérer ses cheveux qui tombèrent en cascade de boucles blondes sur ses épaules et dans son dos.
  • Merci de ne les avoir jamais coupés, chuchota-t-il en se penchant pour embrasser son cou.
  • Tu me l'avais demandé, non ? susurra-t-elle en se tournant vers lui avant de passer ses bras autour de son cou.
  • Ils ont un pouvoir étonnamment érotique sur moi, dit-il en entortillant une de ses mèches autour de ses doigts. Mais dis-moi, il est très joli ce soutien-gorge, ajouta-t-il en laissant glisser ses doigts sur l'échancrure du tissu.

Il l'observait avec attention, elle ferma les yeux sous ses caresses et il sentit sa respiration s'accélérer légèrement. Il retira ses chaussures et déboutonna son pantalon qui rejoint sa robe sur le sol. Elle avait rouvert les yeux et il la souleva dans ses bras pour la déposer sur le lit. Il termina de se déshabiller et elle lui lança un regard gourmand en voyant l'expression vivante du désir qu'il avait pour elle.
  • Tu es incroyablement provocante, ce soir, chuchota-t-il en glissant au-dessus d'elle.
  • Figure-toi que j'ai acheté ça pour ton retour, dit-elle doucement en l'entourant de ses bras.
  • C'était une ravissante initiative mais je vais te les enlever quand même, ma chérie, répondit-il en plongeant la tête dans son cou pour l'embrasser délicatement.

Il glissa les mains dans son dos pour dégrafer son soutien-gorge et elle se cambra pour l'aider à le retirer. Ce qu'il fit très doucement, prenant le temps de caresser sa peau, ses seins, s'attardant sur chaque pointe qu'il caressa, mordilla, arrachant à sa femme ses premiers gémissements.
  • Tu sais que tu es toujours aussi belle que le soir de notre mariage, dit-il doucement.
  • Tu es un affreux menteur, Terry ! répondit-elle en souriant.
  • Tu te trompes... tu es toujours aussi svelte et même musclée, dit-il en laissant ses doigts glisser sur son ventre plat. Peut-être que tes hanches sont un peu plus rondes et tes seins un peu plus lourds mais cela ne gâche rien à ta silhouette, bien au contraire. Tu es une femme infiniment désirable et je le sais d'autant mieux que je vois trop souvent les regards concupiscents que posent les hommes sur toi quand nous sortons tous les deux. Aurais-tu oublié à quel point ton mari peut être jaloux ?
  • Je croyais que dans ces moments-là, tu étais fier que je sois à ton bras...
  • Je suis effectivement très fier que ma femme suscite l'envie et le désir mais je suis aussi jaloux des images qui passent par la tête des hommes qui te regardent, murmura-t-il sans cesser ses douces caresses sur son corps. Et forcément, je ne pense qu'à me montrer extrêmement possessif avec toi mais j'avoue que l'un de mes plus grands plaisirs, c'est quand tu entres dans mon jeu et que tu te comportes en femme désespérément amoureuse de son mari.
  • Mais je suis désespérément amoureuse de mon mari, dit-elle en lui tendant les bras. Et je dois bien t'avouer que j'éprouve un certain plaisir à répondre à tes attentes puisque cela me permet à moi aussi de montrer à toutes les femmes qui t'observent que tu es à moi.

Il avait plongé dans ses bras et avait écouté sa déclaration en souriant. Quand elle termina, il éclata de rire et se laissa aller sur le dos sans cesser de rire.

Elle se redressa sur un coude et fronça les sourcils en le regardant avant de se mettre à rire à son tour et de s'allonger sur lui. Il prit son visage dans ses mains et la regarda tendrement.
  • Je t'adore ma chérie, dit-il en souriant. Tu m'épouserais encore aujourd'hui ?
  • Oui, mille fois oui, répondit-elle avant de l'embrasser.

Il approfondit leur baiser et il roula sur le lit pour se replacer au-dessus d'elle. Quand elle rouvrit les yeux, elle sentit une puissante vague de désir la submerger.
  • Fais-moi l'amour, maintenant, chuchota-t-elle d'une voix essoufflée.

Elle gémit longuement quand il glissa en elle et elle enroula ses jambes autour de lui pour mieux le sentir en elle. Le plaisir la gagna rapidement et elle accéléra leurs mouvements avant de crier son prénom tout en se serrant contre lui. Il poussa un cri de plaisir à son tour, le corps traversé de spasmes et elle lui murmura de tendres mots d'amour à l'oreille.
Il la garda longtemps serrée contre lui, et ils finirent par se glisser sous les draps. Il lui fit l'amour une nouvelle fois et ils s'endormirent l'un contre l'autre, épuisés et heureux.

*****

Le lendemain matin, il se réveilla avant elle et la regarda dormir avec une immense tendresse. Elle allait avoir trente-sept ans et il la trouvait plus belle que jamais, il caressa des yeux son petit nez retroussé qui avait conservé ses tâches de rousseur, sa bouche si douce qui savait si bien lui sourire.
Elle ouvrit les yeux et se tourna vers lui doucement. Il lui sourit et se pencha vers elle pour l'embrasser.
  • Bonjour, ma chérie, murmura-t-il.
  • Bonjour toi... tu es réveillé depuis longtemps ? demanda-t-elle en se blottissant contre lui avec un doux ronronnement.
  • Quelques minutes seulement, répondit-il en la serrant contre lui. Tu as bien dormi, mon ange ?
  • Je dors toujours merveilleusement bien quand tu es là, murmura-t-elle. Et toi ?
  • Moi aussi, Candy... A ton avis, il nous reste combien de temps avant d'être sollicités par nos chers petits anges ?
  • Nos chers petits monstres, tu veux dire, marmonna-t-elle dans son cou en l'embrassant tendrement. Je ne sais pas Terry, je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est et... ça m'est bien égal, d'ailleurs. Ils sont bien assez grands pour se débrouiller tous seuls.

Elle se colla à lui, caressa doucement son torse, embrassant son cou, son épaule, humant l'odeur de sa peau et elle sentit le désir de son mari se réveiller avec vigueur. Elle renversa sa tête en arrière pour le regarder avec un sourire engageant.
  • Tu as eu ce que tu voulais ? lui dit-il d'une voix rauque.
  • Tais-toi et fais-moi l'amour, susurra-t-elle en prenant une pose provocante.

Il ne se fit pas prier très longtemps et ils n'émergèrent de leur chambre qu'une fois la matinée bien avancée.

*****

Candy était encore à la salle de bains quand il finit par descendre. Il sifflotait en entrant dans la salle à manger où il trouva Kyle qui sirotait un café en lisant le journal.
  • Salut, mon grand, dit Terry en se servant un café. Tu as bien dormi ?

Kyle regarda son père attentivement, il avait le visage détendu et il lui sourit en s'asseyant à table.
  • Toi, tu as l'air d'avoir bien dormi, répondit son fils en souriant avec connivence à son père.
  • Je ne sais pas si c'est le genre de conversation que je peux avoir avec toi, répondit Terry sans perdre son sourire. En tout cas, je...
  • Tu n'as rien à dire mais je ne suis pas aveugle... quand tu descends en sifflant, maman arbore généralement un sourire béat la majeure partie de la journée et... c'est agréable de la voir de bonne humeur, voilà tout.

Terry se mit à rire en entendant la remarque de son fils.
  • Je suis heureux avec ta mère, et j'ose croire qu'elle l'est aussi. Mais toi, dis-moi, pas d'histoire de cœur à l'horizon ?
  • Il vous arrive de partager vos informations, maman et toi ? Elle m'a posé la même question, hier... Alors je vais te faire la même réponse qu'à elle... Depuis mon enfance, j'ai sous les yeux l'exemple d'un couple qui s'aime profondément et... je ne veux pas de demi-mesure. Je veux sentir mon cœur battre follement pour la fille que je choisirai et... aucune de celles que j'ai pu rencontrer jusqu'à présent ne m'a jamais fait éprouver cela ni donné envie d'aller plus loin ou de...
  • Bonjour, mes amours ! dit Candy joyeusement en les rejoignant.

Terry la regarda attentivement, elle était radieuse, arborant effectivement un grand sourire. Il jeta un regard complice à son fils et lui sourit.

Candy passa les bras autour des épaules de son fils et l'embrassa sur la joue. En passant près de Terry, elle posa la main sur son épaule qu'elle serra fugitivement.
  • C'est parce que j'arrive que vous vous arrêtez de parler ? dit-elle en souriant toujours.
  • Non, maman, figure-toi que papa me posait la même question que toi hier, au sujet de me histoires de cœur inexistantes.

Il observa sa mère, elle s'était servi un café et prit place juste à côté de son père qui lui prit la main et la serra dans un geste d'infinie tendresse.
  • Vous êtes vraiment la démonstration évidente de ce que j'essaye de vous dire, expliqua Kyle avec un sourire. Papa qui siffle gaiement, maman qui arbore un radieux sourire et elle n'est pas entrée dans la pièce depuis cinq minutes que vous avez déjà trouvé le moyen d'échanger des gestes d'amour et de tendresse, l'un et l'autre.0
    Papa, tu as vu la façon dont elle te regarde et même toi... je veux tomber amoureux d'une femme qui me regardera comme ça, je veux la regarder comme tu regardes maman, je...
  • Écoute-moi Kyle, dit Terry avec un doux sourire, si tu crois que tout ça est né au premier instant, tu te trompes... Et... ajouta-t-il avec un sourire malicieux, il m'a fallu de longues années de dur labeur pour arriver à un tel résultat.
  • Terry ! s'exclama Candy en rougissant légèrement.
  • Pour tout te dire, reprit Terry amusé, les premières expressions que j'ai vues dans le regard de ta mère quand je l'ai rencontrée, ont été : la bonté, la compassion et puis la surprise, l'agacement et pour finir la contrariété et la colère... Ce qui ne m'a pas empêché de la trouver excessivement charmante. Et huit mois plus tard, quand je l'ai embrassée pour la première fois, elle m'a giflé !
  • Terry, je te signale que tu me l'as rendue cette gifle !
  • C'est vrai, je me rappelle maintenant ! dit-il avec un sourire provocateur. C'était juste avant que tu ne me colles ton poing dans la figure !

Kyle éclata de rire en voyant que sa mère ne trouvait plus rien à répondre. Elle le regarda et se mit à rire elle aussi, couvée par le regard amoureux de Terry.
  • Elle a vraiment fait ça ? demanda Kyle en riant toujours.
  • Qui, ta mère ? répondit Terry en se tournant vers son fils. Alors ta mère, à quinze ans, était un véritable garçon manqué, elle se battait, grimpait aux arbres, jouait du lasso et faisait le mur du collège ! Et elle rendait coup pour coup !
  • Je n'étais pas un garçon manqué, rétorqua Candy en fronçant les sourcils, j'ai toujours eu du caractère et je ne me laissais pas faire, voilà tout !
  • Ça, c'est sûr, mademoiselle Tarzan Tâches de Son ! répondit Terry en riant et esquivant une tape que sa femme destinait à son épaule.

Kyle riait de plus belle, et Candy ne put s'empêcher de sourire, gagnée par l'hilarité de son fils.
  • Il ne te plaisait pas, maman, pour que tu le gifles comme ça ? demanda-t-il entre deux rires.
  • Oh si, il me plaisait mais... j'étais encore incapable de me l'avouer et puis ton père aurait été trop content. Il avait aussi son caractère, figure-toi et j'avais du mal à le cerner. J'ai eu peur, en vérité mais j'aurais mieux fait d'en profiter parce qu'il m'a fallu attendre cinq ans avant qu'il ne m'embrasse à nouveau.
  • Quoi ? Cinq ans ! s'exclama Kyle. Vous voulez bien me raconter ça ?

Il vit ses parents échanger un long regard et son père se tourna vers lui en souriant.
  • C'est une longue histoire, Kyle, je ne sais pas si...
  • J'ai très envie de l'entendre, moi, répondit sérieusement Kyle.
  • Alors, d'accord, répondit son père, après tout.. c'est un peu ton histoire aussi. J'étais déjà fou amoureux de ta mère quand j'ai quitté le Collège Saint Paul ce triste automne 1912 mais je partais pour l'Amérique, espérant suivre ma voie et devenir acteur. Quant à Candy, je pensais lui épargner des problèmes avec sa famille et qu'elle poursuivrait ses études à Londres. Et puis, je savais qu'elle était américaine et qu'un jour ou l'autre, elle finirait par rentrer aux États-Unis et qui sait... nous pourrions peut-être nous retrouver.
    Sauf que cette vilaine demoiselle n'a pas fait ça du tout, elle a aussi quitté le Collège pour rentrer aux États-Unis et elle te racontera peut-être un jour ses aventures rocambolesques qui comprennent entre autres une tentative de traversée en tant que passagère clandestine ! dit-il avec un sourire.
    Quand je suis arrivé à New-York, j'ai d'abord voulu voir l'endroit où elle avait grandi et je suis allé à la maison Pony à LaPorte, je pensais beaucoup à elle et je voulais voir sa colline. A quelques minutes près, ce jour-là, je l'aurais revue mais je ne l'ai su que des années plus tard. J'étais sûr, quant à moi, qu'elle était toujours à Londres !
    Et je suis devenu acteur... je jouais dans Le Roi Lear et les tensions ont commencé en Europe et j'avoue avoir eu très peur pour elle, souhaitant qu'elle soit à l'abri. Un soir où je jouais à Chicago, j'ai croisé Archie, Annie et Alistair qui m'ont dit que ta chère mère était en fait élève infirmière à l'hôpital de Chicago. Et... pour simplifier, pendant que je l'attendais devant l'hôpital, elle m'attendait devant mon hôtel, résultat : je n'ai pu que l'apercevoir courant le long de la voie de chemin de fer et me faisant signe alors que mon train quittait Chicago. Ceci dit, elle était toujours aussi belle... et toujours aussi charmante... dit-il en regardant tendrement sa femme.
    Ce jour-là, j'ai acquis la certitude que les sentiments que j'avais pour elle étaient partagés et profonds, qu'ils avaient survécu et grandi malgré notre séparation. Je lui ai écrit une lettre mais hormis lui parler d'un ami à moi qui était son patient, je n'ai pu que trouver à lui dire que j'avais très envie de la revoir. Et puis, un peu avant l'été, j'ai annoncé à Candy que je préparais une audition pour Roméo et Juliette et que si j'avais le rôle je l'inviterai pour voir la pièce, je m'étais même enhardi à lui envoyer mes baisers, je crois, ajouta-t-il en souriant. En fait, j'ai flirté avec elle par lettre interposée à cette époque.
    J'avais formé le vœu de lui envoyer une invitation et un aller-simple pour New-York, souhaitant de tout cœur que cela lui donne envie de rester à mes côtés.
  • C'était quand tout ça ? demanda Kyle.
  • En décembre 1914, répondit son père. Malheureusement, ma partenaire, Suzanne Marlowe que tu connais puisqu'elle est devenue Suzanne Montgomery, a eu un accident qui lui a coûté sa jambe en me sauvant la vie.
    Quelques temps plus tôt, elle m'avait avoué son amour mais je lui avais dit que j'en aimais une autre... Je me sentais coupable et responsable de son état. Et, pour ne rien gâcher, on m'a fait comprendre qu'elle s'était sacrifiée pour moi et que je me devais à elle. Comprends bien que j'aimais beaucoup Suzanne, comme une sœur... et la voir ainsi, c'était terrible. On m'avait inculqué des notions d'honneur et de devoir et elles m'ont taraudées comme jamais... je n'étais pas vraiment armé pour affronter tout ça.
    Ensuite ta mère est arrivée à New-York... Je mourrais d'envie de la revoir mais mon esprit avait été contaminé par tout ça... j'aurais tant voulu la prendre dans mes bras mais je n'ai pas osé. Tout comme je n'ai pas osé lui parler de Suzanne et, l'espace d'un instant, auprès d'elle, j'ai été à nouveau heureux. Mais elle a fini par tout découvrir, et de sa propre initiative, elle est allée voir Suzanne, l'a empêchée de mettre fin à ses jours et... et l'enfer s'est ouvert sous mes pieds.
    Elle m'a annoncé qu'elle repartait pour Chicago et qu'il fallait que je sois heureux et bon avec Suzanne qui m'aimait énormément. Elle m'a épargné le pire des choix : ma conscience ou mon cœur et j'ai fait ce que... nous avons fait ce qui nous paraissait le plus juste.

Terry s'interrompit, le souvenir de cette période de leur vie était toujours aussi pénible, la douleur aussi vivace qu'autrefois. Il s'aperçut que Candy avait les larmes aux yeux et il lui prit la main pour l'embrasser.
  • Et... tu l'as laissée partir, tu as laissé maman partir ? demanda son fils, surpris par ces révélations qu'il entendait pour la première fois.
  • Je n'ai rien compris, Kyle. Avec le recul, je crois que ça faisait pas mal de jours que je ne comprenais plus rien. J'étais dévoré de culpabilité, j''étais seul, sans personne à qui me confier véritablement et j'avais 17 ans... Je me suis laissé faire, de manière stupide et j'ai même eu la prétention de croire que les choses seraient bien comme ça, que je pourrai rendre Suzanne heureuse alors que mon cœur n'avait jamais cessé d'appartenir à Candy.
    Cependant, je voulais voir ta mère avant qu'elle ne quitte l'hôpital de Suzanne et qu'elle ne quitte New-York en fait, ou plutôt qu'elle ne s'enfuie de New-York...
    Mais elle a refusé que je la raccompagne à la gare, et quand j'ai vu les larmes et la souffrance qu'elle voulait me cacher, elle s'est enfuie en courant dans les escaliers après m'avoir murmuré un vague au revoir, doublé d'un pâle sourire. Je l'ai poursuivie, je l'ai rattrapée et je l'ai serrée contre moi en pleurant. Je perdais l'amour de ma vie mais je voulais la tenir contre moi une dernière fois.
    Ce souvenir d'elle, dans mes bras, tout contre moi, est...

Terry s'interrompit à nouveau, visiblement remué par ses souvenirs. Il but une gorgée de café, s'éclaircit la gorge et reprit son récit.
  • C'est ce souvenir qui m'a permis de tenir pendant les années qui ont suivi. Bref, ensuite j'ai déconné, j'ai beaucoup bu et j'ai fini par m'en sortir mais... je n'ai jamais été aussi malheureux de toute ma vie. Et puis Suzanne est entrée à l'hôpital, elle a rencontré Allan qui lui a réappris à marcher. Ils sont tombés amoureux et elle m'a rendu ma liberté. C'était à l'automne 1916.
    Je partais alors pour une longue tournée et je n'ai pas osé reprendre tout de suite contact avec ta mère, pas sans avoir du temps à lui consacrer en tout cas. Je ne savais même pas si elle avait refait sa vie, si elle aimait quelqu'un d'autre ni si elle accepterait de me revoir après que je l'aie autant fait souffrir. J'avais revu Albert quelques temps auparavant et... il m'a dit qu'elle allait à peu près bien mais qu'elle avait du mal à m'oublier. Il m'a fait comprendre que nous soufrions beaucoup, tous les deux... seulement depuis... les choses avaient pu changer.
    Bref, je suis venu jouer à Chicago, pratiquement à la fin de ma tournée. J'ai espéré que j'allais pouvoir la revoir, sans savoir qu'elle vivait à Los Angeles avec Albert. Mais j'ai vu Archie et Annie et ils m'ont vivement recommandé de lui écrire. Cela m'a pris un peu de temps mais j'ai fini par le faire en lui demandant l'autorisation de lui rendre visite en Californie. Je lui disais qu'en rentrant de ma tournée à New-York, j'espérais bien trouver sa réponse.
    Mais c'est ma mère que j'ai trouvé, accompagnée de Georges, et ils m'ont tous les deux traîné à Chicago sans me dire ce qu'il en était. Et là, Albert m'a tendu une lettre que ta mère lui avait écrite avant de partir s'engager comme infirmière de guerre.
    Pour résumer, elle partait travailler en Europe car elle voulait oublier son chagrin et m'oublier, moi. Parce que j'étais célibataire, que je n'avais pas repris contact avec elle et que je ne devais plus l'aimer, que j'avais du l'oublier puisque je ne lui avais pas écrit... Le fait de lire sa peine m'a vraiment blessé et j'ai pleuré en lisant cette lettre. J'ai pris la décision de faire taire mon sale orgueil, de lui écrire et de lui dire que je l'aimais, de lui demander pardon.
  • Et ça, c'était quand ? demanda Kyle.
  • En mai 1917, répondit son père.
  • Et vous vous êtes mariés en septembre et à Paris, en plus... comment avez-vous réussi cela ? demanda-t-il curieux.
  • Grâce à ta grand-mère qui a eu l'heureuse idée d'organiser une tournée sur le front pour que nous ayons la possibilité de nous revoir.
    J'ai écrit à ta mère et je lui ai fait des déclarations enflammées pendant plusieurs mois, sans lui annoncer ma venue. Je voulais lui en faire la surprise. Et le 12 septembre dans l'après-midi, je l'ai retrouvée devant son hôpital et j'ai eu droit à mon deuxième baiser. Nous nous sommes mariés le lendemain soir, un peu après minuit. Dix jours après je quittais Paris mais elle a eu une permission en mai 1918 et nous avons passé quelques jours à Londres, elle et moi. Elle est rentrée à New-York fin novembre 1918, peu de temps après l'armistice et tu es né deux mois plus tard. La suite de l'histoire, tu la connais à peu près.
  • Waouh ! dit Kyle, je crois que je comprends mieux ce que tu voulais me dire hier, maman. C'était ça tes quelques épreuves, n'est-ce pas ?
  • Kyle, si je te raconte tout ça, reprit son père, c'est pour que tu saches que si... si je suis follement tombé amoureux de ta mère dès le tout premier instant, je ne m'en suis pas aperçu tout de suite. Avant tout, parce que j'éprouvais ça pour la première fois et puis je m'étais habitué à être seul. Mais tu vois, j'ai fini par l'épouser et je suis l'homme le plus heureux de la terre à ses côtés. Quant à cette complicité qui nous unit, elle s'est aussi construite avec les années, cela fait maintenant vingt-trois ans que je la connais, que je l'aime.
  • Je peux vous demander quelque chose d'autre ? demanda leur fils.
  • Vas-y, demande ce que tu veux, lui répondit sa mère. Un jour, Ellie m'a dit que ce n'était pas les questions qui étaient indiscrètes mais les réponses, ajouta-t-elle en souriant.
  • J'ai un souvenir, quand j'étais petit... vous vous étiez disputés et je me souviens avoir eu peur que vous ne vous sépariez. Bon, j'ai bien vu que je m'étais trompé par la suite, mais quand même...
  • C'est encore moi qui ai agi stupidement ! s'exclama son père avec un sourire. Je suis parti bien trop longtemps en tournée. De fausses rumeurs ont circulé dans la presse à scandales sur une prétendue liaison que j'avais avec une actrice de la troupe.
    Ensuite, ils se sont attaqués à ta mère, prétendant qu'elle sortait avec Pat Cummings, que tu as déjà croisé ici, je pense. Bref... en rentrant, je lui ai fait une ignoble crise de jalousie, elle m'a répondu sur le même ton. On s'est disputés et... j'ai voulu la punir et je suis reparti.
    Résultat, c'est moi que j'ai puni. Ma tournée s'est terminée deux semaines plus tard, je vous ai rejoint à Los Angeles et je l'ai suppliée de me pardonner, ce qu'elle a fait et je n'ai plus jamais commis la même erreur.
  • Rappelle-moi de venir te demander des conseils quand j'aurai des problèmes de couple, dit son fils en riant, j'ai l'impression que tu as appris beaucoup de choses en vingt-trois ans.
  • J'ai surtout appris qu'il fallait que je prenne grand soin d'elle, que je fasse attention à elle, tous les jours... c'est ça le plus important, lui répondit son père. Tous les jours.

Les deux hommes se sourirent et Terry se tourna vers sa femme, qui l'embrassa avec une infinie tendresse en lui adressant un merveilleux sourire.
  • Et sinon, il arrive à quelle heure ton journaliste ? demanda Kyle à son père.
  • Dermott Finnegan est censé venir à quinze heures trente. Il s'occupait du service culturel du journal et il part en tant que correspondant à l'étranger. Quand j'ai commencé comme jeune acteur dans Le Roi Lear, il a fait son premier article sur moi. Il doit faire un dernier portrait pour l'édition dominicale et il m'a demandé que je sois aussi son dernier article pour ce service.
  • Et c'est un journaliste que tu aimes bien ? demanda Kyle intrigué. Je ne pensais même pas que c'était possible ! dit-il en souriant.
  • Il est intègre et honnête et... je n'en connais pas beaucoup dans ce secteur qui aient de telles qualités.
  • Papa, merci pour tout, dit Kyle... Tu viens de m'ouvrir de nouvelles perspectives et c'est... Merci.
  • Ne me remercie pas ! En fait je cherche à vous trouver des occupations pour emmener votre mère en voyage de noces !
  • Vingt-trois ans après ? Finalement, je ne suis pas sûr de te demander des conseils un jour !

Ils éclatèrent de rire tous les trois et Candy s'éclipsa pour aller voir Jane qui préparait le repas de midi.

***** A SUIVRE *****

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