018 - Partie 2 - Chapitre 18 : 1941, Si vis pacem para bellum





ATTENTION

Ce chapitre comprend des scènes destinées à un public adulte.
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Acton, le 4 juillet 1941


Il était plus de quinze heures quand Ambre aperçut enfin les collines de San Gabriel. Elle n'était pas revenue depuis le mois de janvier et elle se languissait d'y arriver. Qui plus est, elle bouillait d'impatience de revoir Tate Sullivan, qu'elle n'avait pas revu depuis près d'un an. Il avait repris le poste de contremaitre du ranch quand Michael avait pris sa retraite.
Il était en vacances quand elle était revenue pour Thanksgiving, comme pour les fêtes de fin d'année. Comme elle le lui avait promis, elle lui avait écrit n'osant jamais plus que lui demander des nouvelles de ses chevaux et plus particulièrement d'Onyx. Tate ne lui avait répondu que deux fois. Des lettres laconiques où il se contentait d'expliquer les progrès du poulain, sans jamais un mot de plus pour elle.

Quand Albert gara la voiture devant la maison, elle vit sa mère sortir et se précipiter à leur rencontre. Son père la suivit de peu et salua chaleureusement Albert pendant que la mère et la fille s'étreignaient en riant de bonheur.
  • Comme tu m'as manqué, ma chérie, dit Candy à sa fille. Tu as changé, tu sais ! Tu es superbe !
  • En bien, merci de ce joli compliment ! dit-elle en riant.
  • Effectivement, dit son père en s'approchant d'elle. Tu es beaucoup trop ravissante au point que je me demande si on ne devrait pas t'envoyer dans un couvent !
  • Papa ! gronda-t-elle avant de se jeter dans ses bras. Tu es impossible mais je t'aime quand même.
  • Moi aussi, ma princesse, murmura-t-il à son oreille. Mais tu grandis beaucoup trop vite quand même.
  • Et vous n'avez pas organisé de fête aujourd'hui ? demanda-t-elle d'un ton un peu déçu.
  • Bien sûr que si ! répondit sa mère. Les invités arrivent à dix-huit heures. Cette année, j'ai voulu attendre ton arrivée. Et puis cette formule nous fait moins de travail et tout le monde a l'air de trouver ça beaucoup mieux ainsi ! Ce qui nous laisse le temps de prendre un thé tous ensemble pendant que tu nous racontes tes dernières aventures.

Ils entrèrent tous dans la maison, Terry avait un bras autour des épaules de sa fille et Albert faisait de même avec Candy. Ils s'installèrent sur la terrasse à l'arrière de la maison et Ambre se décida à leur parler de son dernier semestre à l'université et de ses projets. Elle avait réussi ses examens de fin de première année haut la main mais n'était pas sûre de ce que penseraient ses parents quand elle leur annoncerait ce qu'elle envisageait désormais pour son avenir.
  • Papa, maman... il faut que je vous parle, commença-t-elle en prenant une profonde inspiration. J'ai terminé ma première année à l'université mais je ne souhaite pas y retourner. Et avant de dire quoi que ce soit, laissez-moi vous dire pourquoi.
    Depuis que nous habitons ici, je monte à cheval tous les jours. Pour moi c'était une habitude vraiment ancrée, presque une hygiène de vie et... ça m'a énormément manqué. Au point que j'ai longuement réfléchi à ce que je souhaite faire et... J'ai contacté plusieurs vétérinaires de la région et je sais désormais quel projet je voudrais développer.
    J'aimerais créer un centre de rééducation et d'entrainement pour les chevaux. Mon idée c'est de traiter avant tout les chevaux qui sont considérés comme étant "à problèmes" ou traumatisés mais pour rentabiliser l'affaire, j'ai aussi imaginé associer cela à une sorte de centre de remise en forme et d'entrainement pour les cracks en tous genres.
    Voilà... en fait j'ai déjà préparé tout un dossier avec des chiffres à l'appui mais je ne suis pas sûre que ce soit le bon moment pour ça... et....

Elle se tut finalement et scruta les visages de ses parents qui semblaient encore digérer ce qu'elle venait de leur dire. Seul, Albert lui adressait un sourire rassurant et confiant.
  • On commence quand ? demanda finalement son père avec un sourire.
  • Papa, je... qu'est-ce que tu dis ? demanda-t-elle abasourdie.
  • Ton père voulait savoir quand on commençait à mettre en place ton projet, répondit sa mère en lui souriant à son tour.
  • Vous voulez dire que vous êtes d'accord ? Sans discussion ? demanda-t-elle encore interdite.
  • Sans discussion, répondit Terry. D'abord tu m'as l'air d'avoir particulièrement bien étudié et préparé ton histoire... Ensuite, ta mère et moi avons toujours soutenu tes frères dans leurs projets. Aveuglément parfois... Il n'y a aucune raison que l'on ne fasse pas la même chose avec toi.
    Et puis j'ai toujours su que ta vie était avec les chevaux et pas à l'université, il nous suffisait juste d'attendre que tu le découvres à ton tour. J'ai l'impression que c'est chose faite.

Ambre sentit les larmes couler de ses yeux et elle se précipita vers son père pour le serrer dans ses bras en pleurant. Elle tendit une main à sa mère qui l'attrapa et s'approcha d'eux à son tour.
  • Merci à tous les deux, sanglota-t-elle. Je vous adore.
  • Il y a autre chose que ton père ne t'a pas dit, ajouta sa mère avec un sourire ému. Ton travail ici, notamment avec Calea, a permis de rapporter des fonds plus que substantiels à l'élevage. Ton père et moi avons toujours pensé que cela devait te revenir d'une manière ou d'une autre et je crois que ton projet est le contexte idéal pour débloquer cette somme et financer tout ça.
  • Maman ! Je ne sais plus quoi dire... je... c'est merveilleux ! C'est comme si vous aviez toujours su que je vous parlerai de ça un jour...
  • Maintenant, ne dis plus rien, ma chérie ! Nous reparlerons de tout ça demain. Va te rafraichir le visage et après détends-toi un peu, il sera vite l'heure de te préparer pour ce soir.
  • D'accord mais... j'aimerais aller voir Calea et Onyx avant...
  • Alors dépêche-toi ! lui dit son père en riant. Mais je t'assure qu'ils vont bien.
  • Je sais qu'ils vont bien, dit-elle en se retournant sur le pas de la porte avec un immense sourire. J'ai juste besoin de les voir et de leur dire bonjour.

Elle ferma la porte et partit en courant en direction des écuries. Elle retrouva d'abord Calea, la douce jument grise qui était dans son box. Elle hennit doucement en retrouvant celle qui avait été sa cavalière durant de longues années. Ambre entra dans le box et la jument vint doucement poser sa tête contre elle.


Ambre entendit alors des pas dans l'écurie. Ils s'approchèrent du box et s'arrêtèrent mais elle ne se retourna pas. Elle savait que c'était lui, elle sentait sa présence dans son dos et un grand sourire illumina son visage.
  • Je crois que tu lui as manqué, dit une voix masculine qu'elle aurait reconnu entre toutes.
  • A moi aussi, elle m'a manqué, répondit Ambre en se séparant de la jument qui recommença à manger le foin à sa disposition.

Le cœur battant la chamade, Ambre se tourna finalement vers Tate et sortit du box qu'elle referma avant de se planter devant le jeune homme pour le regarder attentivement.
Il n'avait pas changé, ses cheveux noirs étaient peut-être plus longs mais elle retrouvait avec bonheur le regard gris acier qui déclenchait toujours en elle des sensations incontrôlables.
Ils se regardèrent en silence un instant avant qu'elle ne se décide à parler.
  • Et si tu me présentais Onyx, maintenant ? dit-elle doucement.
  • Il est un peu plus loin, répondit Tate en se dirigeant vers le fond de l'écurie.

Elle le suivit devant un box où elle découvrit un jeune cheval à la robe foncée et au regard mordoré qui la dévisagea avec curiosité. Tate ouvrit la porte du box et y entra au son d'un hennissement de bienvenue.
Il tendit la main à Ambre, l'invitant à le rejoindre près du poulain.
  • Il est magnifique, Tate, murmura-t-elle en prenant la main du jeune homme.
  • Il est au moins aussi têtu que toi mais il a du cœur et puis... tu avais raison... c'est un cheval exceptionnel et on n'a pas fini de s'en rendre compte, si tu veux mon avis.

Le jeune cheval s'approcha de la poche de Tate sur laquelle il souffla bruyamment.
  • Et j'arrive à l'avoir par la gourmandise, dit Tate en riant avant de sortir une carotte de sa poche.

Il flatta l'encolure du jeune cheval et il entraina la jeune femme hors du box avant d'en refermer la porte. Ambre s'accouda à la porte et le regarda un instant en silence. Il avait des lignes parfaites et il commençait à gagner en muscles, ce serait un cheval idéal pour la haute école.
Ambre se tourna finalement vers Tate qui la regardait avec intensité.
  • Tu as fait du très bon travail avec lui, dit-elle avec un doux sourire. Il est calme, il se développe harmonieusement. Je te félicite et surtout, je te remercie de ce que tu as fait pour lui.
  • Mais ? demanda-t-il.
  • Il n'y a pas de mais. Et toi aussi, tu m'as manqué, dit-elle finalement en plantant son regard dans le sien, guettant ses réactions.

Il ne répondit pas mais elle jugea le regard qu'il lui lança suffisamment éloquent. Elle sourit plus franchement et partit en direction de la sortie.
  • On se voit tout-à-l'heure à la fête ? dit-elle en se retournant au bout de quelques pas.
  • J'y serai, oui, lui répondit-il d'une voix sourde.
  • Alors je te réserve une danse, répondit-elle avant de repartir sans même attendre sa réponse.

Il la regarda s'éloigner en silence. Une année s'était écoulée depuis qu'il l'avait embrassée pour la toute première fois. Et presque une année qu'il ne l'avait pas vue. Il avait réussi à chaque fois à prendre ses congés alors qu'elle venait, il ne voulait pas réveiller des sensations qu'il avait un mal fou à combattre.

Mais elle était revenue et elle avait changé. La jeune fille était devenue une jeune femme plus séduisante que jamais et il sut à cet instant qu'il était perdu. Elle n'avait rien oublié non plus et il savait qu'il aurait désormais un mal fou à lui résister. Son désir pour elle s'était réveillé avec une violence inouïe. Il enfonça les poings dans ses poches et prit la direction de son bureau en essayant de penser à autre chose.

*****

Candy et Albert étaient toujours sur la terrasse à l'arrière de la maison. Albert semblait pensif et n'avait pas dit un mot depuis qu'ils s'étaient installés.
  • Tu veux bien me dire ce qui ne va pas, Albert, dit doucement Candy en posant une main sur le bras de son frère.

Il la regarda avec un sourire triste.
  • Je ne peux rien te cacher à toi, n'est-ce pas ?
  • Tu sais bien que si, Albert mais... tu es préoccupé et tu n'avais pas particulièrement l'air de chercher à le cacher.
  • Non, tu as raison, Candy. En fait j'ai découvert quelque chose qui m'empoisonne à double titre et je ne sais ni quoi faire, ni quoi penser. A propos de Cristina et Cassandra.
  • Et c'est grave ? demanda Candy inquiète.
  • Oui et non, répondit Albert. Elles vont bien mais... c'est un problème de cœur, Candy. De cœur, de trahison et... de toute façon, ça va mal se terminer. Quoi qu'il se passe.
  • Albert, commença Candy. Ou bien tu me racontes tout ou bien tu ne me dis rien mais là... je n'arrive pas à suivre. Et puis tu commences à m'inquiéter.
  • Candy... je suis sûr que si je te le demande, tu me diras que tu n'as jamais été déçue par tes enfants. Je m'en veux d'éprouver cela, Candy.
  • Tu parles de qui, là ?

Il soupira profondément et s'adossa à son fauteuil en regardant fixement sa sœur.
  • Que penses-tu sincèrement de Cassie ? Dis-moi la vérité, Candy... s'il te plaît...
  • Ce que je pense de Cassie ? Et bien... elle est très mal dans sa peau, Albert. Pour des raisons que je ne m'explique pas, elle fait un complexe d'infériorité par rapport à Cristina et... ça ne s'est pas arrangé avec les années.
  • On a forcément fait quelque chose de mal Alexandra et moi pour que ça en arrive là, mais quoi...
  • Je ne sais pas Albert mais... c'est une situation qui aurait pu exister entre Kyle et Ryan. Mais Kyle est un solitaire, il n'a pas l'esprit de compétition et c'est un charmeur. Du coup, il réussissait toujours à désamorcer les agressions de son frère pour, au final, s'en faire un allié.
    Cristina est différente, Albert. Cristina est généreuse mais elle a aussi une langue acérée et quand elle pense que quelque chose n'est pas... disons "bien", elle le fait savoir sans prendre de gants. Et comme elle est intelligente et qu'elle a souvent raison... ça peut agacer. Cassie notamment. Elle a grandi dans l'ombre d'une sœur qui attirait l'attention et elle doit être un peu jalouse.
  • Ce qui m'énerve le plus dans tout ça, c'est que Cassie a sa propre personnalité et tout un éventail de possibilités au moins aussi riches que sa sœur. Elles sont différentes, c'est tout. Mais au lieu d'explorer son potentiel, elle est envieuse et sournoise. Et elle est maligne. Assez maligne pour que je n'aie toujours pas réussi à la confondre.
  • Et pourquoi voudrais-tu la confondre, Albert ?
  • Parce que je veux provoquer chez elle une prise de conscience. Qu'elle se rende compte qu'elle a des atouts, elle aussi mais que ce n'est pas en se comportant ainsi qu'elle deviendra quelqu'un. Ça me déchire le cœur de le dire mais Cassie est mauvaise. Et je voudrais que ça change.
  • Albert, ne dis pas ça ! Cassie est une âme perdue, c'est tout. Il faut l'aider et...
  • Et voilà, sainte Candy entre en action ! Non, attends... Je sais tout cela. Le problème c'est qu'elle devient de plus en plus méchante avec Cris tout en ayant une attitude de petite sainte devant nous. Candy, il y a trois jours, je l'ai surprise en compagnie de Lawrence... ils s'embrassaient et... elle s'est mise à parler de sa sœur avec tant de dédain, de hargne. Et ce jeune imbécile qui riait...
  • Attends, Albert... Lawrence est bien le fiancé de Cris, non ?
  • Plus pour très longtemps même si je ne sais pas comment faire. Et après... même si je sais que Cassie n'a fait cela que dans l'intention de blesser Cris, elle est capable d'être tombée amoureuse de ce petit con !
  • Et bien, je comprends mieux ton air préoccupé, murmura Candy. Tu sais ce que tu vas faire ? Et qu'ont-ils dit quand tu les as surpris ?
  • Ils ne m'ont pas vu. Ça m'a tellement retourné que je n'ai même pas osé me montrer à eux. Tout ce que je sais, c'est que Cris doit l'apprendre. Et il faut qu'elle le découvre par elle-même car elle n'acceptera jamais que nous prenions cette décision à sa place. Mais comment faire ? Et comment faire en sorte qu'elle n'en souffre pas trop ? Ça, c'est une toute autre histoire...
  • Pauvre Cris... Tu sais que c'est le moment où elle doit choisir sa spécialité ? Ça va être dur pour elle.
  • Elle m'a dit qu'elle voulait se spécialiser en chirurgie traumatologique, murmura Albert.
  • Ça ne m'étonne pas d'elle... elle est très bien notée. Je sais de source sûre qu'elle est respectée par ses collègues masculins et... c'est énorme ! Elle a une excellente mémoire et du coup, tous les étudiants l'appellent Miss Encyclopédie.
  • Non ! Et elle, elle le sait ?
  • Je le lui ai dit, ça l'a fait rire. Cris deviendra un grand médecin, Albert.
  • J'en suis persuadé. Mais ça ne va pas m'aider à résoudre mon problème...
  • Tu as raison, je crois qu'elle a le droit de savoir, Albert mais comment lui faire prendre conscience de la situation sans la blesser ?
  • Ah ! soupira Albert. J'en sais foutre rien ! J'aurais tant aimé qu'elle ne souffre pas.
  • Tout l'amour du monde ne l'empêchera pas de souffrir, Albert. Et puis toi... c'est toi qui m'as aidée à affronter la vie et ses difficultés quand j'étais plus jeune. Tu sauras quoi lui dire, Albert. Il te suffira de penser à moi...
  • Je t'adore, petite sœur, mais... je ne serais pas contre un coup de main dans cette histoire. Dès qu'il s'agit de mes filles, j'ai l'impression d'être idiot ou stupide. Avec toi, les choses semblaient plus évidentes et plus simples à gérer... alors si tu peux aider Cris, ce serait super.
  • Si je peux l'aider, je n'hésiterai pas Albert. J'aime Cris comme si elle était ma fille, tu le sais...

*****

Quand Tate revit Ambre un peu plus tard dans la soirée, il fut subjugué par la vision qu'elle lui offrit. Elle portait une robe de mousseline d'un beige mordoré qui faisait ressortir l'éclat ambré de ses yeux. Ses longues boucles brunes avaient été coiffées avec élégance. Il resta ébloui par le contraste entre la jeune femme fougueuse qui portait des jeans un peu plus tôt dans l'après-midi et la ravissante créature qui lui était apparue ce soir.

Par chance, il fut bientôt rejoint par ses collègues de travail, Patrick Johnson était venu accompagné de sa femme et de sa belle-sœur qui poursuivait Tate de ses assiduités depuis plusieurs mois, sans beaucoup de succès toutefois. D'autre part, il commençait à être connu dans la région et nombre de jeunes filles du village voisin vinrent le saluer sous le regard furibond d'Ambre. De fait, elle l'évita royalement, marquant ainsi sa différence.
Ambre n'avait jamais été très populaire, elle était d'une beauté dérangeante et son arrogance naturelle maintenait à distance toutes les personnes qui auraient pu vouloir l'approcher. Il s'aperçut toutefois qu'elle avait un certain succès et qu'elle dansait beaucoup ce soir-là. Il fut submergé de jalousie en découvrant qu'Andy Watson, l'un des jeunes cowboys, récemment arrivé au ranch, la faisait danser plus souvent qu'à son tour. Il résista cependant à la tentation d'approcher Ambre, sachant pertinemment qu'il risquait de perdre son sang-froid auprès d'elle.

Il finit par quitter discrètement la grange et se rendit dans le salon de la sellerie. Il s'assit sur le canapé sans allumer la lumière et ferma les yeux pour essayer de reprendre le contrôle de ses pensées.
En entendant la porte s'ouvrir, il comprit qu'il avait été suivi. Il se releva aussitôt dans l'espoir de voir Ambre mais c'est Ann Crawford, la belle-sœur de Patrick qui lui fit face.
  • Tu ne devrais pas être ici, Ann, lui dit-il un peu sèchement.
  • Tate, reviens... minauda-t-elle. La soirée n'est pas terminée et j'ai encore très envie de danser et puis tu es un trop bon cavalier pour que l'on se passe de toi.

Tout en parlant, elle s'était approché de lui et avait posé les mains sur sa poitrine. Il retira ses mains et lui lança un regard sévère.
  • Je crois qu'il faut que je sois clair avec toi, Ann. Je ne cherche pas et n'ai pas l'intention d'essayer de te séduire ou de me laisser séduire. Tu es une jeune femme ravissante mais je ne suis pas intéressé.
  • C'est à cause d'elle, jeta-t-elle avec de la colère dans la voix. J'ai vu comment tu la regardais ! Je me doutais qu'il y avait une fille pour que tu m'ignores ainsi et ce soir j'ai compris. C'est elle que tu veux séduire ! Mais tu dois savoir que cette pimbêche hautaine, arrogante et prétentieuse ne s'intéressera jamais à toi. A moins que ce ne soit elle qui cherche à te séduire, mais tu n'es et ne sera jamais rien d'autre qu'un pauvre petit jouet à ses yeux !
    Je te rappelle qu'elle est la fille des propriétaires et que son père est un aristocrate anglais doublé d'une célébrité dans le milieu du cinéma. Il ne te laissera jamais poser tes sales pattes sur elle, Tate ! Je te croyais suffisamment intelligent pour l'avoir compris !
  • Ann, fous le camp d'ici. Je ne te permets pas d'être grossière avec qui que ce soit, ni avec elle que tu ne connais pas, ni avec les Grandchester qui te reçoivent ce soir, ni avec moi. J'ose croire que c'est le dépit qui te fait t'exprimer ainsi et je te prie d'aller déverser ta bile ailleurs !
  • Comme tu veux mais tu verras que j'ai raison ! Quand elle n'aura plus besoin de toi pour ses précieux chevaux, elle te jettera comme une vieille serpillère, si tant est qu'elle s'intéresse à toi un jour mais j'en doute sérieusement.

Elle sortit en claquant la porte et Tate se rassit dans le sofa en soupirant. Il avait eu sa dose pour la soirée et il finit par sortir pour se diriger vers son bungalow. Il eut un mal fou à s'endormir ce soir-là et se réveilla plusieurs fois dans la nuit. Son sommeil était envahi par une beauté brune au regard doré.

*****

Ambre, de son côté, s'était endormie le cœur plus léger qu'en début de soirée. Elle avait suivi Tate et avait surpris son entrevue Ann. Si elle avait tout d'abord été gagnée par la jalousie, elle se sentit rassurée en écoutant leur conversation. Elle avait préféré ne pas venir le voir ensuite, et le laisser seul sachant que la patience viendrait à bout de toutes ses résistances et de toutes les barrières qu'il érigeait entre eux.

*****

Ni Ambre, ni Tate, qui étaient finalement partis se coucher chacun de leur côté n'assistèrent au drame familial qui se joua entre les deux filles d'Albert.
En vérité, peu de personnes s'en aperçurent, si ce n'est les concernés et quelques membres de leur famille. Cassie arborait ce soir-là une robe rouge quelque peu provocante mais il fut bientôt évident pour tous que le seul homme qu'elle cherchait à séduire était le fiancé de Cristina.

Cristina avait longuement discuté avec Candy de son travail, de ses envies et elle avait elle-même poussé son fiancé à faire danser sa sœur, sans s'apercevoir une seule seconde du petit jeu de Cassie.
Au bout d'un moment, elle chercha Lawrence du regard mais ne put le trouver. Terry vint les rejoindre et lui dit qu'il l'avait vu dehors en train de prendre l'air du côté des écuries. Cristina partit aussitôt à sa recherche et Terry regarda intensément Candy.
  • Candy, murmura-t-il quand Cristina fut assez loin, il n'était pas tout seul. Suis-la et veille sur elle.
  • Il faut prévenir Albert, murmura Candy, la gorge serrée.
  • C'était prévu, j'y allais, répondit Terry en lui serrant la main.

Candy se leva et partit à la suite de Cristina. Terry attendait qu'Albert finisse sa danse avec Serena. Dès que la valse fut terminée, il lui fit un signe discret et les deux hommes sortirent discrètement de la grange.


En arrivant près des écuries, Candy fut percutée par Cristina qui s'enfuyait en courant et elles tombèrent toutes les deux sur le sol.
  • Tante Candy, s'écria Cristina en se relevant, excuse-moi, tu vas bien ?
  • J'aurai un ou deux bleus demain mais ça va, dit-elle en se relevant. En revanche, j'ai bien peur que ma robe n'aille plus du tout, ajouta Candy en souriant. Ni la tienne, non plus.

Cristina regardait fixement Candy et elle éclata en sanglots avant de se jeter dans les bras de sa tante.
  • Oh Candy, pardon... si tu savais, sanglota-t-elle bruyamment.
  • Viens, murmura Candy, nous allons aller nous changer et tu vas me raconter tout ça, tu veux bien ?
  • Oui je te suis, bafouilla Cristina.

Candy aperçut Albert et Terry qui se dirigeaient vers elles et leur fit discrètement signe de disparaître avant d'entraîner la jeune femme vers la maison.
Elles étaient tendrement enlacées et Terry serra affectueusement l'épaule d'Albert.
  • Fais confiance à Candy, dit doucement Terry. Elle saura quoi faire...
  • Maintenant, elle sait et elle souffre... murmura Albert. Il faut que les deux autres le sachent aussi, gronda finalement le chef de la famille André.
  • Alors allons les surprendre, dit doucement Terry. Tu joueras le rôle du père outragé et moi celui de l'oncle furieux. J'ai la colère suffisamment froide et acerbe pour leur donner une bonne leçon, surtout s'ils font ça chez moi.
  • Tu crois que c'est mieux, Terry ?
  • Pour Cassie, oui, c'est mieux. Pour tes rapports avec elle, il vaut mieux que ce soit moi qui joue le rôle du méchant, crois-moi.
  • Alors allons-y.

En arrivant à la maison, Candy se dirigea vers l'une des plus jolies chambres d'amis. Elle avait une salle de bains privée et avait été récemment remise à neuf et redécorée.
  • Suis-moi, dit Candy en refermant la porte derrière elles.
  • Je n'ai pas envie de retourner à la soirée, sanglota Cristina en entrant dans la chambre.
  • Alors tu n'y retournes pas, dit simplement Candy.

Elle l'entraina vers la salle de bains et fit couler un bain.
  • Ma chérie, ce soir tu restes ici, dit doucement Candy en lui souriant. Et ce bain il est pour toi. Tu vas voir, ça va te faire du bien. Maintenant, raconte-moi ce qui ne va pas, c'est Lawrence, bien sûr ?

Cristina hocha la tête et les larmes recommencèrent à couler silencieusement.
  • Ils étaient au fond des écuries... là où est rangée la paille, murmura-t-elle. J'ai entendu des rires alors je me suis approchée et je les ai vus. Tous les deux. Il était avec Cassie !

Elle s'effondra en sanglotant bruyamment dans les bras de Candy qui serra la jeune fille dans ses bras.
  • Pleure, ma chérie, dit Candy en caressant ses cheveux. Pleure autant que tu veux. Je reste avec toi. Je sais que tu as très mal, alors pleure...

Au bout de quelques instants, ses sanglots se calmèrent et Candy arrêta les robinets du bain. L'eau était à la température idéale et une mousse généreuse affleurait la surface.
  • Tu sais ce qu'on va faire, ma chérie ? reprit Candy. Je vais aller prévenir ton père que tu es là et que tu dors ici, ce soir. Pendant ce temps-là, tu te déshabilles et tu prends ton bain. Ensuite je reviens, je nous prépare un chocolat chaud et on discute toutes les deux. Pour le reste, on avisera demain, d'accord ?
  • D'accord, murmura Cristina les larmes aux yeux. Merci, Candy.
  • Entre dans le bain et essaie de te détendre, maintenant. Je reviens.

Candy se trouva nez à nez avec Terry en sortant de la maison. Il se tenait le poing gauche en grimaçant.
  • Je peux savoir ce qui s'est passé ? demanda Candy en l'auscultant des pieds à la tête.
  • Rien ! grommela Terry. Albert est avec Cassie dans la sellerie et ça risque de prendre du temps. Quant à l'autre abruti de Lawrence, je l'ai chassé de ma propriété !
  • Chassé de TA propriété ? A coups de poings ? Non mais, tu te prends pour un cow-boy, Terry !
  • Ouais, m'dame ! répondit-il ironiquement. D'autant que quand je vois l'état peu reluisant de ta robe maculée de boue, c'est à se demander si tu n'as pas fait pareil !
  • C'est malin ! Je suis entrée en collision avec Cristina, c'est tout.
  • Elle est où et comment va-t-elle ? demanda Terry sur un ton sérieux en fronçant les sourcils.
  • Dans la nouvelle chambre et elle va mal ! répondit Candy. Elle prend un bain. Je préviens Albert qu'elle reste ici ce soir et je reviens m'occuper d'elle.
  • Et moi ? J'aurais droit à ce que tu t'occupes de moi, aussi ?
  • Toi, dépêche-toi d'aller mettre de la glace sur ta main, espèce de crétin d'amour de ma vie !

Elle l'embrassa doucement et partit vers la sellerie. Il éprouva une sourde bouffée de tendresse pour elle et la regarda s'éloigner avant d'aller s'occuper de son poing douloureux. Quelques instants plus tard, il était assis sur le sofa avec un bandage de glace autour de la main lorsque Cristina sortit de sa chambre.
  • Terry ! s'exclama-t-elle, mais tu es blessé ! Que s'est-il passé ? Montre-moi ça !

Elle se précipita vers lui et lui prit délicatement la main pour l'ausculter. Terry n'avait rien répondu et la regardait fixement tandis qu'elle tâtait sa main douloureuse.
  • Elle n'est pas cassée mais elle va enfler et tu auras mal quelques jours... Le mieux que tu puisses faire, c'est de la maintenir dans la glace pour les prochaines heures.
  • C'est ce que m'a dit Candy, murmura Terry.
  • C'était bien la peine que je t'ausculte, alors ! répondit-elle en souriant. Candy est la meilleure des infirmières que je connaisse.
  • C'est toujours bien d'avoir deux avis, répondit Terry. Et puis ça t'a changé les idées quelques instants non ? Et si tu veux mon avis, c'est toujours ça de gagné. Je ne vais pas te demander comment ça va Cristina mais si tu as besoin de parler ou... ou quoi que ce soit, je suis là, moi aussi.

Elle fondit en larmes et il la serra tendrement contre lui avant d'embrasser ses cheveux.
  • Lawrence est une ordure, Cristina. Le problème, avec ce genre de types, c'est que ce n'est pas marqué dessus et quand, en plus, c'est un garçon séduisant... Tu ne pouvais pas deviner...
    Tu sais, ma puce, ça ne changera strictement rien à ta peine mais... ça m'a fait un bien fou de lui casser la gueule avant de le chasser des Collines. Il n'est pas près de revenir.

Elle releva les yeux vers lui avec étonnement.
  • Tu veux dire que... tu les as surpris ? C'est pour ça ta main ?
  • Oui, Cris. J'étais avec ton père et voir Cassie avec Lawrence... ça l'a blessé. J'ai foutu ton ex-fiancé à la porte et ton père parle avec Cassie, en ce moment mais...
  • Pauvre Cassie, murmura Cris... Elle ne se rend pas compte, elle est trop jeune et...
  • Arrête de lui chercher des excuses, dit doucement Terry. Elle t'a toujours enviée et ces derniers temps, c'est pire que tout. C'est de la bêtise de sa part et il faut qu'elle apprenne, un jour ou l'autre.
  • Oh mais rassure-toi, je lui en veux énormément mais... la punition est cruelle parce qu'au fond elle s'est faite avoir, elle aussi.
  • Dans cette histoire, ils étaient deux, Cris...
  • Mais c'est à moi que j'en veux le plus. Comment ai-je pu être assez stupide pour ne pas voir clair dans son jeu ?
  • Tu sais, Cris. Il est facile de charmer une jeune fille quand on est séduisant. Aimer est plus difficile... Ce type était un coureur de dot, c'est tout.
  • Et comment fait-on pour savoir quand un homme est sincère ? Tu sais, Terry... Lawrence jouait parfaitement bien la comédie avec moi...
  • J'imagine, oui... murmura Terry. Je ne sais pas comment on peut reconnaître la sincérité ma puce. Il y aura toujours des êtres retors et fourbes sur cette planète.

Ils restèrent silencieux quelques instants avant d'entendre la porte d'entrée s'ouvrir et se refermer. Candy les regarda en souriant.
  • Bon, dit-elle gaiement. Ton père est au courant que tu restes ici, ce soir. Il voulait venir te voir et je lui ai recommandé d'attendre une petite demi-heure. Quant à moi, je nous prépare du chocolat chaud. Ne bougez pas d'ici tous les deux ! Je m'occupe de nous préparer tout ça.
  • Tu as besoin d'aide ? demanda Cristina.
  • Sûrement pas ! répondit Candy depuis la cuisine. Veille plutôt sur la main de mon mari. Ah tiens, dans la salle de bains, il y a un baume à l'arnica, si tu penses que ça peut aider...
  • Je vais le chercher ! dit Cristina en se levant.

Elle revint rapidement et entrepris de passer l'onguent sur la main de Terry avant de remettre de la glace autour de sa main.
  • La glace réduit l'inflammation, Terry, expliqua-t-elle doucement. C'est pour ça que tu dois la garder même avec la pommade.
  • Bien, chef ! répondit Terry en souriant. Je veux bien mon chocolat chaud maintenant, docteur !

Cristina se mit à rire et lui tendit une tasse avant de se servir et de s'installer près de Candy qui entoura ses épaules d'un bras maternel.
  • Candy... murmura Cristina les yeux baissés. Aujourd'hui on m'a proposé de faire mon internat avec le meilleur chirurgien traumato de tous les États-Unis, le docteur Rawlins.
  • C'est formidable, Cristina ! Tu as donné ta réponse ?
  • J'ai jusqu'à demain soir pour donner ma réponse.
  • Quel est le problème Cristina ? demanda doucement Candy.
  • Le problème c'est que pour travailler avec lui, je dois aller travailler à Londres. J'ai failli refuser et j'ai demandé un temps de réflexion mais compte tenu des derniers événements, je ne suis plus aussi sûre qu'aller à Londres soit un problème. En plus, Kyle est là-bas et il pourra m'aider au début, non ?
  • Tu sais bien que Kyle t'adore, Cristina, répondit Terry en souriant. Et puis il va être ravi, il a toujours pensé que Lawrence profitait de toi et qu'il ne te méritait pas.
  • Oui, mais il pense ça de tous les garçons qui m'approchent ! dit Cristina en souriant. En vérité, plus j'y réfléchis et plus je pense que c'est une bonne idée. Ça me permettra de me changer les idées, je changerai d'air et je ferai ma spécialisation auprès du meilleur chirurgien !
  • Et j'imagine que ce fabuleux programme demande que tu quittes Los Angeles, dit la voix d'Albert derrière eux.
  • Papa ! s'exclama Cristina, les larmes aux yeux.
  • Je ne pouvais plus attendre pour venir t'embrasser, dit-il comme une excuse.

Elle se leva et se jeta dans ses bras.
  • Je suis désolé pour ta peine, ma chérie, murmura-t-il avec émotion. Mais il valait mieux que nous le découvrions maintenant.
  • Avant qu'il ne soit trop tard... c'est ça ? murmura tristement Cristina.
  • Oui, c'est ça. Mais dis-moi, quand je suis entré, tu parlais de quoi ?
  • Asseyez-vous, dit Candy, tu veux un chocolat, Albert ? Il en reste.
  • Oui, merci.
  • Papa... commença Cristina. Ce matin, on m'a proposé de faire mon internat avec le meilleur chirurgien trauma mais... je n'étais pas sûre d'accepter.
  • Pourquoi, Cris ? C'est ce que tu veux faire, non ? Qu'est-ce qui t'en empêche ?
  • Plus personne justement. A part que je serai loin de toi et maman et que ce sera difficile. Mais Terry et Candy m'ont assuré que Kyle prendrait soin de moi.
  • Kyle ! balbutia Albert. Tu veux dire que tu dois aller à Londres pour finir tes études ?
  • Tu comprends, maintenant, pourquoi j'hésitais ?

Il baissa la tête, les larmes aux yeux.
  • L'histoire se répète, on dirait ! dit-il en souriant à Candy à travers ses larmes.
  • Papa... murmura Cristina avec émotion.
  • Je sais, ma chérie, murmura Albert. Je ne t'empêcherai pas de partir mais je ne te cacherai pas que ce sera très difficile pour ta mère et moi. Moi, surtout...
  • Pour moi aussi, papa, répondit-elle les larmes aux yeux. Mais ce sera une bonne chose à plusieurs titres. D'abord pour moi, professionnellement, parce que je ne pouvais rêver mieux. Ensuite pour moi à titre personnel, parce que ce sera plus facile d'oublier ce qui vient de se passer si je ne reste pas ici. Ensuite, ce sera bien pour Cassie. Si je ne suis pas là, il faudra bien qu'elle apprenne à vivre pour elle et non plus en compétition contre moi.
  • J'ai bien peur qu'elle ait raison, dit Candy en s'asseyant près d'Albert, en caressant ses cheveux. Et puis, elle ne sera pas toute seule là-bas, il y a Kyle, Ryan et István, un ami de Kyle qui habite au manoir et qui est aussi photographe. Sans oublier les frères et sœurs de Terry ! C'est différent de l'époque où je suis partie, Albert. Même les circonstances sont différentes.


Le frère et la sœur se regardèrent avec émotion et ils se sourirent avant qu'Albert ne se tourne vers sa fille.
  • Tu sais déjà que ta mère va très mal le prendre ? lui dit-il avec émotion.
  • Tu seras là pour elle, papa, répondit Cristina en souriant. Tout comme elle sera là pour toi. Sans oublier Candy et Terry.
  • Tu dois donner ta réponse demain alors... et tu partirais quand ?
  • Pratiquement aussitôt. Un avion nous emmènera à New-York et de là, nous gagnons Southampton.
  • C'est brutal ! dit Albert en accusant le coup tristement.

*****

Le lendemain, Tate reprit son travail comme à l'accoutumée, distribuant leurs tâches aux différentes équipes. Il s'occupa ensuite des anglo-arabes, entrainant chaque cheval dont il avait la charge. Il retrouva ses hommes au réfectoire et ils déjeunèrent gaiement. Depuis que Michael avait pris sa retraite, il avait repris son travail et avait la responsabilité des hommes du ranch, dispatchant leur travail et leurs activités, prenant soin des différents troupeaux de chevaux.

Comme à son habitude, il passa la première partie de son après-midi à régler les tâches administratives. La fin de l'après-midi était toujours consacrée aux jeunes chevaux. A quinze heures, quand il arriva dans l'écurie d'Onyx, il trouva Ambre, assise devant son box en train de lire un dossier. Elle releva la tête en l'entendant entrer et lui adressa un sourire très amical.
  • Bonjour ! lança-t-elle gaiement. Je t'attendais, j'avais envie de te voir travailler avec Onyx, si ça ne te dérange pas, bien sûr.
  • C'est ton cheval, Ambre, tu fais ce que tu veux. Je pensais travailler la maniabilité aujourd'hui et ensuite j'avais prévu de l'emmener en ballade avec Sally, elle est suffisamment calme pour l'aider à se canaliser. Si tu veux nous accompagner, ça pourrait aider à condition de venir avec un cheval très calme. Jarra n'est pas sorti aujourd'hui, ça serait bien pour lui.
  • C'est parfait pour moi, répondit-elle doucement alors qu'il entrait dans le box avec un licol très léger et une longe.

Elle le regarda passer le licol autour de l'encolure d'Onyx qui se laissa faire sans mouvement brusque. Il ne lui passa même pas la longe mais le poulain le suivit comme si un lien invisible le reliait à Tate. Elle resta en retrait de peur d'interférer dans leur relation si particulière mais il se retourna et s'arrêta.
  • Viens, dit-il simplement, c'est une bonne chose qu'il s'habitue à une autre personne que moi.

Elle s'avança à sa hauteur et il reprirent le chemin du petit corral rond où ils avaient l'habitude de travailler les jeunes chevaux. Elle les regarda travailler avec grande attention et, au bout d'une demi-heure, Tate lui demanda de le rejoindre dans le corral. Il déposa la longe entre ses mains et se plaça derrière elle.
  • A toi, maintenant, dit-il doucement. Je reste là.

Elle travailla un bon quart d'heure avec le jeune poulain qui semblait jouer plus qu'il ne travaillait avec eux. Elle sentait la présence de Tate dans son dos, bougeant en même temps qu'elle, attentif aux exercices et aux réactions d'Onyx. Il la guidait de la voix et son souffle électrisait la jeune femme.
  • Je pars préparer Sally et Jarra, dit-il finalement. Continue encore un peu avec lui, je te rejoins avec les chevaux.
  • A tout de suite, répondit-elle avec un sourire.

Elle regarda Onyx un instant, il semblait regarder Tate partir. Puis il tourna ses grands yeux vers elle et encensa doucement de la tête. Elle tendit légèrement la main vers la gauche et le poulain se mit à trotter avec une élégance tout à fait caractéristique des purs-sangs hispaniques. Pendant un temps, il lui sembla qu'il l'observait tandis qu'il évoluait gracieusement autour d'elle.

Elle le vit se rassembler naturellement et son trot gagna en élégance et en hauteur. Il se mit doucement au galop et elle le regarda faire en souriant. Il dansait autour d'elle, pirouettant pour reprendre sa course dans l'autre sens. Elle éclata de rire en voyant la joie et la perfection du poulain qui évoluait autour d'elle.
Il finit par s'arrêter et lui fit face avec un petit hennissement avant de s'approcher d'elle pour réclamer une récompense. Ayant prévu le cas, elle sortit une carotte de l'une des poches de son gilet et la lui tendit. Elle aperçut Tate qui les regardait avec un immense sourire, appuyé à la barrière du corral. Il secoua la tête avec un petit rire.
  • Si c'était pas un petit numéro de séduction, ce qu'il vient de te faire, alors je ne sais plus comment je m'appelle.
  • Tu crois ? demanda-t-elle avec un sourire intrigué. Il peut faire ça ?
  • Il vient de le faire, Ambre. Et ça a parfaitement bien marché puisqu'il a eu sa récompense. Mais si tu veux tout savoir, je crois que tu lui plais vraiment. Même avec moi, il n'a jamais été aussi démonstratif et... joyeux, je dirais.

Elle sourit et s'approcha de lui avant d'enjamber la barrière du corral. Avisant Sally et Jarra qui patientaient tranquillement, elle se tourna vers Tate.
  • On y va ? demanda-t-elle avec un regard pour Onyx dont les oreilles pointaient vers eux avec une grande curiosité.

Il détacha Jarra et mit ses mains en coupe pour l'aider à enfourcher le cheval avant de monter Sally. Il ouvrit la porte du corral pour laisser sortir Onyx qui les suivit aussitôt.
  • Il te suit toujours comme ça ? demanda-t-elle à Tate.
  • Jusqu'à présent oui, mais vu qu'il cherche à t'impressionner, je me demande bien ce que ça va donner aujourd'hui.
  • Mais non, il va être très obéissant, au contraire, dit-elle en mettant son cheval au trot, aussitôt suivie par Tate et Onyx.

En arrivant dans la prairie, Tate mit Sally au galop et fut suivi par Onyx qui caracolait joyeusement à côté de Jarra. Ambre le regardait avec attention et souriait en voyant qu'il les suivait avec un plaisir évident.
Tate ne ralentit l'allure qu'en arrivant près de la rivière. Quelques instants plus tard, ils s'arrêtèrent près du lac alimenté par la rivière. Ils firent boire les chevaux et les laissèrent brouter tranquillement.

Ambre n'avait pas dit un mot, se contentant de sourire et d'apprécier le paysage qui lui avait tant manqué à New-York. Elle ferma les yeux et inspira profondément avant de se mettre à rire gaiement. Tate l'observait en souriant, elle semblait détendue et heureuse et il était rare de pouvoir observer une telle plénitude sur son visage.
  • Si tu savais comme tout ça m'a manqué, dit-elle finalement. Je ne m'étais jamais aperçue à quel point toutes ces couleurs, cette lumière, ces parfums sont magiques et fantastiques...
  • C'est pourtant à New-York que tu as grandi, dit-il finalement.
  • J'y suis née et j'y ai passé mes premières années, c'est vrai mais ici, c'est... j'ai tout de suite adoré cet endroit et ces collines, dit-elle doucement. Je ne sais pas trouver les mots pour l'expliquer, je sais seulement ce que je ressens et c'est une sensation de plénitude absolue, une sorte de paix intérieure qui me remplit de bonheur... Ici, je me sens chez moi, en accord avec la vie.
  • Pour quelqu'un qui ne sait pas l'expliquer, je trouve au contraire que les mots que tu utilises sont parfaits, répondit-il le regard perdu sur l'étendue d'eau qui leur faisait face.
  • Je suis contente que tu m'aies amenée ici, je n'y étais pas venue depuis longtemps. Ce matin je suis allée de l'autre côté de la propriété.
  • Je t'ai vue partir, Calea avait l'air bien et détendue comme jamais. Pablo ne la sort pas souvent en ballade mais il m'arrive de l'emmener le week-end.
  • Merci pour elle, c'est une jument un peu difficile et...
  • Et il suffit d'être doux avec elle, elle ne tolère pas la brutalité. Et il faut aussi supporter ses caprices.

Ambre le regarda avec attention et éclata d'un grand rire cristallin.
  • Tu as tout compris, j'ai l'impression, ajouta-t-elle en s'asseyant au bord de l'eau. Je suis jalouse qu'elle se soit laissée faire aussi facilement par quelqu'un d'autre que moi.
  • Pourquoi es-tu jalouse de moi et pas de Pablo ? demanda-t-il en s'asseyant à côté d'elle.
  • Parce qu'à lui, elle lui mène la vie dure ! dit-elle en souriant avec malice.
  • Alors qu'en ce qui me concerne, c'est toi qui me mène la vie dure ! dit-il en regardant au loin avec un petit sourire.

Elle l'observa en silence un instant avant de reporter son regard sur les chevaux qui broutaient tranquillement un peu plus loin.
  • Tu étais chez tes parents pour Thanksgiving ? finit-elle par lui demander.
  • Mes parents sont morts il y a huit ans, Ambre, répondit-il doucement. J'étais chez mon frère et sa femme dans le Montana. A Noël aussi. Je n'y étais pas retourné depuis près de trois ans et ça m'a fait du bien de retrouver un semblant de famille.
  • Je suis désolée pour tes parents, dit Ambre à voix basse, je ne savais pas. Pardonne-moi si j'ai réveillé des mauvais souvenirs.
  • Ne t'excuse pas, c'est du passé maintenant. C'était il y a longtemps. Mon frère a repris le ranch de nos parents et il s'en sort plutôt bien. Sa femme lui a donné trois enfants qui sont adorables et elle est enceinte du quatrième.
  • Ce sont tous des garçons ? demanda-t-elle avec un sourire tendre.
  • L'aîné s'appelle Daniel, la seconde s'appelle Helen et le troisième s'appelle Nicholas.
  • Quel âge ont-ils ?
  • Cinq, quatre et deux ans, ce sont encore de tous jeunes enfants. Je suis le parrain du petit Danny.
  • Pourquoi n'y étais-tu pas retourné depuis si longtemps ? demanda-t-elle.
  • Avant de travailler ici, j'étais au Texas et c'était vraiment trop loin pour quelques jours de congé, mais parlons plutôt de toi. Alors, dis-moi, c'était comment l'université ?
  • Intéressant, répondit-elle simplement, mais pas pour moi.
  • Comment ça pas pour toi ? Je te rappelle que tu as encore un peu de temps à y passer si tu veux obtenir ton diplôme, dit-il en la scrutant attentivement.
  • Je n'aurai pas de diplôme, répondit-elle avec un sourire. J'ai d'autres projets, figure-toi. Mais je suis contente que l'on évoque le sujet, il fallait que je t'en parle.
  • De quoi s'agit-il ? demanda-t-il en fronçant les sourcils.
  • J'ai l'intention de monter un centre un peu particulier pour les chevaux malades, traumatisés ou les chevaux que l'on dit "à problèmes". Et pour financer tout ça, j'aimerais que ce soit aussi une sorte de centre de remise en forme pour chevaux de luxe.

Il la regarda avec un air abasourdi.
  • Et qu'est-ce que j'ai à voir dans tout ça, moi ? Tu vas faire ça ici ?
  • En fait, j'en ai longuement discuté avec mes parents ce matin, j'ai profité de mon séjour à l'université pour préparer un dossier et... bref, en y regardant de plus près cet après-midi, ils m'ont dit qu'ils voulaient t'en parler demain. Ils pensent que tu peux être de bon conseil pour moi et.. en fait, je me rends compte seulement maintenant qu'ils ne m'ont pas vraiment dit pourquoi mais peu importe... Je sais comment tu travailles, ce n'est pas pour rien que je t'ai confié Onyx et quand je vois les résultats que tu as obtenu, je sais que j'ai eu mille fois raison.
    Alors je ne sais pas vraiment de quoi ils veulent te parler mais je sais que je serai très heureuse de t'avoir à mes côtés pour monter cette entreprise. Tu as un véritable don avec les chevaux et ce serait pour moi une véritable chance de travailler avec toi.

Elle avait les yeux fixés sur l'horizon mais il sentait en elle une force et une détermination qui lui donnaient une maturité nouvelle et qu'il ne lui avait jamais vue. Elle tourna le regard vers lui.
  • Tu ne dis rien ? demanda-t-elle avec curiosité. Tu trouves ce projet inintéressant, c'est ça ?
  • Quand tu parles de chevaux "à problèmes", tu parles de prendre le temps de rééduquer des chevaux si j'ai tout compris ?
  • C'est tout à fait ça. Quand on travaille un poulain, ici, c'est comme si on commençait à dessiner sur une feuille blanche. Il s'agira là de réparer des choses qui ont été mal faites... je veux redonner une chance à ces chevaux de vivre normalement avec des cavaliers dignes de ce nom.
  • Et tu veux faire payer ça à des champions ? dit-il en levant un sourcil.
  • Alors ça, c'est la partie de mon dossier la plus facile, répondit-elle avec un sourire. Les installations que je souhaite mettre en place pour rééduquer les chevaux sont exactement les mêmes que celles utilisées pour l'entrainement, la détente et le plaisir des cracks... Bref, j'ai déjà une liste de clients potentiels et la réputation des Collines m'y a passablement aidée.
  • Wouaouh ! dit-il finalement. Alors c'est ça que tu as fait à New-York au lieu d'étudier ?

Elle lui poussa l'épaule avec un sourire.
  • Je t'interdis de te moquer, dit-elle en se retenant de rire, et pour ta gouverne, sache que j'ai passé tous mes examens avec succès.

Il la regarda avec un sourire tendre.
  • Tu sais que l'an passé, ton père m'a dit que l'université n'était pas faite pour toi, que ta vie était auprès des chevaux. Je crois me rappeler qu'il attendait juste que tu t'en aperçoives.
  • C'est ce qu'il m'a dit hier, répondit-elle en secouant la tête.
  • Tu as des parents formidables, Ambre. Je dois bien avouer qu'ils sont assez étonnants, tous les deux. Mais... j'ai l'impression qu'il se fait tard, on devrait rentrer.

Il l'aida à se relever et elle s'étira avec un sourire de bonheur sur le visage. Ils remontèrent sur leurs chevaux avant de prendre le chemin du retour. Arrivés au ranch, il rentra leurs chevaux pendant qu'elle prenait soin d'Onyx. Quand elle eut terminé, elle partit le retrouver pour l'aider à panser les chevaux et ranger le matériel.
Dans la sellerie, ils croisèrent Michael et Terry qui discutaient en souriant. Ambre salua chaleureusement Michael et s'assit sur le sofa pour se blottir dans les bras de son père. Tate finit de ranger le matériel et les rejoint à son tour. Ambre les écoutait discuter joyeusement des dernières courses organisées au Santa Anita Park et des chevaux qui s'y étaient récemment illustrés.
  • Bon, et bien je crois que je vais vous laisser à vos discussions, dit-elle en se levant avant de se diriger vers la sortie. Bonne fin de soirée à vous tous.
  • Attends, je viens avec toi, ajouta son père. Bonne soirée à vous deux et à demain, Tate ! dit-il aux deux hommes qu'il salua chaleureusement avant de rejoindre Ambre.

Ils s'éloignèrent en direction de la maison et Terry passa un bras autour des épaules de sa fille.
  • Alors, ma princesse, comment se passent tes retrouvailles avec Tate ?
  • Papa ! s'exclama Ambre avec un air outré. D'abord, ça ne te regarde pas vraiment et ça n'est pas parce qu'il m'a embrassée l'année dernière qu'il le fait à chaque fois qu'il me voit. Depuis que je suis rentrée, nous n'avons fait que discuter. De chevaux essentiellement.

Son père se mit à rire et resserra son étreinte autour de ses épaules.
  • Bien ! Le message est reçu, mademoiselle. Mais ça te va bien d'être amoureuse.
  • Papa, arrête maintenant ! dit-elle en rougissant.

Ils atteignirent la maison et elle se précipita à l'intérieur en disant qu'elle allait se changer.

*****

Tate et Michael avaient poursuivi leur discussion dans la sellerie.
  • Mais dis-moi, demanda Tate, comment se fait-il que l'on te voie ici ? Le travail te manque ?
  • Non, pas vraiment, dit-il en riant. Ma femme m'en donne suffisamment comme ça ! Je passais par là et je suis venu dire bonjour, c'est tout.
  • Et comment va ton "petit investissement", monsieur le propriétaire ? demanda Tate avec un sourire.
  • Je ne sais pas si on t'en a déjà parlé mais en travaillant ici, en plus de ton salaire, les Grandchester t'ont ouvert un compte où ils versent ce qu'ils appellent la participation aux bénéfices.
    Quand j'ai découvert le montant dont je disposais à mon départ, j'ai failli faire une attaque mais c'est ce qui m'a permis d'acheter ma maison sans faire de crédit.
  • Ils font ça pour tout le monde ? demanda Tate, surpris.
  • Absolument tout le monde. On a tous la même chose chaque année avec un supplément calculé en fonction de tes responsabilités. Mais, je te rassure... je ne connais aucun autre ranch où c'est pratiqué. Ce sont vraiment les seuls ! Tu comprends pourquoi on reste ici, c'est un boulot en or.
    Bon, c'est pas tout ça, mais il va falloir que je rentre, moi aussi. Et surtout, si tu as besoin de quoi que ce soit, tu n'hésites pas. Si je peux t'aider, je le ferai.
  • Je sais, Michael, et je t'en remercie, répondit Tate en se levant à son tour pour saluer son ami avant de le raccompagner.

*****

Il se demanda une partie de la soirée ce que lui voulaient les parents d'Ambre mais il sombra rapidement dans le sommeil.

*****

Le lendemain matin, après avoir dispatché le travail de la journée aux hommes, il se dirigea vers le salon de la sellerie où Candy l'attendait avec son mari.
  • Bonjour Tate, installez-vous, dit-elle en l'accueillant avec un grand sourire. Vous voulez un café.
  • Volontiers, merci, répondit-il en lui souriant.
  • Bien, dit Terry, je vais aller droit au but, Ambre vous a parlé de son projet ?
  • Dans les grandes lignes, oui, répondit le jeune homme. Avant de me dire que vous vouliez m'en parler vous aussi mais sans me donner plus de précisions.
  • Tenez, dit Candy en lui tendant sa tasse.

Terry attendit qu'elle fut de nouveau assise pour reprendre la parole.
  • Que pensez-vous de son idée ? demanda Terry en scrutant le jeune homme.
  • J'ai l'impression qu'elle a déjà prévu beaucoup de choses, répondit Tate en souriant, et qu'elle est plutôt bien organisée. Mais pour ce qui est de son projet, elle est suffisamment passionnée et déterminée pour réussir. Et cela sans compter sur le fait que je pense que c'est effectivement une bonne idée. C'est un projet ambitieux mais elle a l'air de se donner les moyens pour y arriver.
  • Merci de votre franchise, Tate, répondit Terry. Je veux tout d'abord que vous sachiez que nous n'avons pas dit à Ambre de quoi nous voulions vous parler.
    Pour commencer, je vais vous parler des Collines. Nous avons acheté cette propriété il y a six ans, une grande partie des installations existaient mais dans un mauvais état. Nous avons gardé les membres du personnel déjà présents et débauché Michael pour reprendre en main l'existant. Il restait un troupeau de Quarterhorses mais nous avons amélioré l'élevage grâce à quelques croisements avec des chevaux arabes.
    Le ranch est financièrement autonome uniquement grâce à l'élevage et la vente des Quarters depuis deux à trois ans. Au début, ce sont les arabes, puis les hispaniques qui ont fait de ce ranch un élevage rentable. Maintenant ils apportent un supplément de revenus plus que substantiel et c'est grâce notamment au travail d'Ambre et au vôtre avec les anglo-arabes. Vous avez dû remarquer les changements survenus en une année ?
  • Je dois bien avouer que la demande est bien plus importante que l'offre et que le travail s'accroit.
  • Exact, répondit Terry, la quantité de travail à fournir a augmenté, mais les prix de vente de nos chevaux et les bénéfices également. Avec une mention spéciale pour cette année.
    Et c'est maintenant que je vais en arriver à une première constatation : vous avez un sens de l'organisation redoutablement efficace et on en voit déjà les résultats. On fait généralement un premier bilan tous les semestres avec l'intendant, en l'occurrence vous, et je peux déjà vous dire que ce bilan est tellement bon qu'on prévoit des embauches, d'abord pour étoffer vos équipes et ensuite je veux que vous embauchiez ou choisissiez un assistant pour vous seconder efficacement. J'ai remarqué que la durée de vos journées de travail s'était passablement allongée et... c'est trop.
    Il faut que vous sachiez aussi comment son répartis les bénéfices ici. Au début, un quart était réservé au remboursement de l'investissement initial mais c'est terminé depuis un an, et c'est donc un bénéfice net pour ma famille. Le quart suivant est alloué aux investissements d'amélioration du ranch. Le reste, la moitié, est réparti entre toutes les personnes qui travaillent ici au prorata du temps passé et de leurs responsabilités.
    Cet argent est bloqué sur un compte à la Banque André et rapporte chaque année des bénéfices. Voici ce dont vous disposez au trente-et-un juillet de cette année, ajouta Terry en lui tendant un document dactylographié.

Tate prit la feuille qu'il lui tendait et ouvrit des yeux ronds en découvrant la somme qui y était inscrite.
  • Vous devez vous tromper, bafouilla-t-il ahuri. Je ne suis pas là depuis un an...
  • Je ne vous montrerai pas les comptes des autres employés, ni celui de Michael au moment où il est parti parce que ce sont des documents privés mais je peux vous garantir qu'ils sont au moins aussi conséquents que le vôtre si ce n'est plus car vous n'êtes effectivement pas là depuis longtemps.
    Ne soyez pas surpris, les chevaux arabes et ceux dressés par Pablo et Ambre rapportent une véritable petite fortune. Tout ça pour en venir à Ambre et à son projet, qui est une bonne idée à mon humble avis mais... car il y a un mais.
    Mais le monde du cheval est essentiellement masculin, pour ne pas dire totalement macho, dit-il avec un sourire. Et vous avez du vous en rendre compte, Ambre est une femme et pire encore, elle est jeune et célibataire.
    Même si ses parents ont une réputation d'excentriques, ce qui peut excuser certaines choses, je suis persuadé qu'elle aura beaucoup de mal à se faire respecter dans cet univers.
    Je voudrais donc qu'elle s'associe à quelqu'un, un homme, dont la réputation n'est plus à faire et qui saura faire l'interface et apporter à ce projet le sérieux, le professionnalisme et la respectabilité dont il a besoin. Et c'est là que vous intervenez.
    L'argent dont dispose Ambre pour monter ce projet est à peu près équivalent à la somme que vous avez lue sur le document que je vous ai montré.
    Vous avez peut-être compris où je veux en venir maintenant, ajouta-t-il avec un sourire en coin. J'aimerais que vous deveniez son associé pour monter ce centre. Ce qui ne vous empêchera pas de continuer à travailler ici dans un premier temps. Même si elle a déjà des clients potentiels, il y a toute une infrastructure à mettre en place.
    Quant au lieu où vous pourriez développer ce projet et bien... Candy a récemment fait l'acquisition de la propriété Taylor qui jouxte notre terrain. Comme vous le savez, elle est en assez piteux état mais j'ai déjà commandé des travaux de rénovation. J'avoue que nous n'avions pas forcément envisagé les choses de cette manière au début, mais l'occasion est parfaite et le lieu aussi.
    Nous pourrions donc vous faire une sorte de bail sous forme de location-vente. Ne me regardez pas comme ça, il y a deux jours, je ne savais même pas que ça existait mais mon beau-frère connait bien le sujet. Pour résumer, on évalue le prix du bien, les intérêts de remboursement et tous les mois vous payez un loyer dont les trois-quart servent à payer le bien.
    C'est un peu comme un crédit mais c'est fiscalement beaucoup plus intéressant pour vous comme pour nous d'autant qu'à terme, vous serez propriétaires du lieu. Si vous voulez plus de détail, en revanche, je vais être obligé de vous organiser un rendez-vous avec Albert qui vous expliquera ça bien mieux que moi.
    Bref, tout est faisable, les chiffres sont viables et compte tenu des dernières données, voici une projection que nous avons faite sur la rentabilité potentielle de l'affaire, termina Terry en lui tendant un nouveau document de plusieurs pages.
    Restez ici, étudiez-le, réfléchissez à tout ça et prenez le temps de prendre une décision. Mais je vous le dis, vous ne risquez pas grand chose à essayer. D'autant que vous conserverez votre emploi ici, jusqu'à ce que vous décidiez d'arrêter. Et nous vous laisserons le temps qu'il vous faudra au début pour vous y consacrer, d'où une deuxième bonne raison de vous trouver un assistant efficace. Je veux que vous preniez le temps de faire les choses du mieux possible quitte à délaisser votre travail ici au début mais disons que c'est... un cadeau de la maison. Et en faisant cela, ce n'est pas vous que j'aide, c'est ma fille.
    Maintenant, nous allons vous laisser. Prenez le temps de bien réfléchir à tout ça. A plus tard Tate.

Tate ne trouva même pas la capacité de répondre, il était complètement abasourdi par toutes ces nouvelles, ces informations dont il n'avait pas idée quelques instants plus tôt.
Il regarda les dernières feuilles que lui avait tendu Terry... Les données étaient réalistes et le projet pourrait très vite devenir rentable. Il considéra le montant inscrit sur la première feuille et sourit.
Il se releva et sortit aussitôt à la recherche du couple Grandchester.
Terry et Candy n'avait pas encore atteint la maison quand ils entendirent la voix de Tate qui les appelait en accourant vers eux.
  • Monsieur et madame Grandchester, dit-il finalement, je n'ai pas besoin de réfléchir. Cet argent, je... je ne l'avais pas il y a une heure... enfin... je ne savais pas que je l'avais et je ne comptais pas dessus alors... J'ai bien compris tout ce que vous m'avez dit et... si Ambre est d'accord, je veux bien monter ce projet avec elle.

Terry le regarda un instant en silence avant de sourire.
  • Je ne le lui laisse pas le choix. Elle monte ce projet avec vous ou pas. Je ne veux pas que ce centre devienne le joujou de la fille gâtée par son papa. Et avec vous, ce ne sera pas le cas.
  • Vous savez ce que vous allez faire ? dit Candy. Après le repas, prenez deux chevaux et allez tous les deux voir la propriété Taylor, vous pourrez parler de tout ça tranquillement. Son père lui expliquera comment il voit les choses et on vous l'envoie disons... pour quatorze heures.
  • Je ne suis pas sûre qu'elle apprécie beaucoup qu'on décide de tout ça sans la consulter, dit Tate.
  • Ne vous inquiétez pas, dit Terry, je sais comment elle fonctionne, dit Terry avec un sourire.
  • Je ne sais pas comment vous le dire, mais... merci pour cette opportunité.
  • Et moi je vous remercie pour votre travail ici, dit Terry sérieusement. A plus tard, Tate.
  • A bientôt, monsieur Grandchester, répondit Tate. Madame, ajouta-t-il en saluant Candy d'un mouvement de la tête.

Ils rentrèrent dans la maison et Terry prit la main de Candy pour l'entraîner dans son bureau dont il referma la porte derrière eux.
  • Tu te rends compte de ce que tu viens de me faire faire ? dit-il en attirant sa femme contre lui.
  • Oui, tu viens de lui ouvrir une porte et de lui donner une opportunité de réussir sa vie auprès de la femme qu'il aime et qui se trouve être ta fille. Sans qu'il y perde son honneur ou sa fierté.
  • C'est bien ce que je craignais, tu es parfaitement consciente de ce que tu fais. Il va nous la prendre, tu le sais ça ? dit-il en posant son front contre celui de Candy.
  • Pas tout de suite, Terry... Laisse-leur un peu de temps pour apprendre à mieux se connaître et à s'aimer. Et puis, tu l'as toi-même constaté, Ambre a changé, elle est plus adulte, elle est... décidée, volontaire, et sa résolution est à la hauteur de celle qui t'a fait prendre le bateau pour l'Amérique il y a presque trente ans. Et tu étais plus jeune qu'elle, si je me souviens bien, dit-elle avec un petit sourire. Plus jeune et amoureux, toi aussi...
  • J'ai le droit de dire que je déteste que tu aies raison ? murmura-t-il en souriant.
  • Oui, tu en as le droit... d'autant que je te comprends parfaitement. Mais contrairement à nos fils, Ambre ne partirait pas très loin et elle ne court pas de danger.

Il l'embrassa doucement, tendrement. Candy soupira et il approfondit leur baiser avec un désir croissant. Elle se sépara de lui et lui prit la main.
  • Il est l'heure d'aller manger, maintenant, dit-elle avec un sourire. Et puis je te rappelle que tu as des choses importantes à annoncer à ta fille !
  • Il va falloir que je fasse très attention à la façon dont je formule les choses ! dit-il en souriant.

A sa grande surprise, Ambre parut enchantée de la solution que lui proposait son père, arguant que Tate était plus que doué avec les chevaux et qu'elle ne pourrait avoir de meilleur associé.
  • Je t'assure, papa, lui dit-elle, tu verrais ce qu'il a fait avec Onyx, c'est... ce cheval est joyeux, motivé, détendu et équilibré comme jamais un de mes poulains ne l'a été.
    Et puis, je sais aussi que Tate n'aurait jamais accepté d'être mon employé, ni moi non plus d'ailleurs. Nous sommes partenaires et complémentaires dans le travail et s'il doit participer à ce projet, c'est en tant qu'associé. Mais, tu es vraiment sûr qu'il est d'accord ?
  • Oui, j'en suis sûr. D'ailleurs, vous avez rendez-vous dans dix minutes pour en discuter, dit Terry en regardant sa montre. Il faut que vous alliez voir la propriété Taylor et commenciez à plancher sur tout ça. Il a dit à ta mère qu'il t'attendrait aux écuries à quatorze heures.
  • Alors, il est temps que j'aille me préparer, dit-elle simplement en quittant la pièce.

A peine dix minutes plus tard, elle rejoignait Tate qui apportait sa selle devant le box de Cairn, le hongre gris avec lequel il avait l'habitude de travailler.
  • Salut, partenaire ! dit-elle avec un flamboyant sourire. Alors, on va faire l'inspection des lieux, si j'ai tout compris ?

Il la regarda en silence déposer son propre matériel devant le box de Calea. Il ne s'attendait pas à une telle décontraction chez la jeune fille.
  • Tu es d'accord pour que je m'associe à ton projet ? demanda-t-il finalement, interloqué et surpris.
  • Je serai stupide de refuser une chance pareille, répondit-elle simplement. Dans la région, tu as une réputation irréprochable et cela va grandement aider le centre. Et puis, je te l'ai déjà dit, je ne t'aurai jamais confié Onyx si je n'avais pas une totale confiance dans la qualité de ton travail. A part ça, tu ferais mieux de te préparer sinon tu vas être en retard et je vais être obligée de t'attendre, ajouta-t-elle avec un sourire en coin.

Un peu plus tard, ils galopaient en direction de ce qui serait bientôt l'ancien ranch Taylor. En arrivant au sommet de la colline qui surplombait la propriété, Ambre s'arrêta et embrassa du regard que le paysage qui se déroulait sous ses yeux. Tate la regarda un instant avant d'observer l'endroit qui allait bientôt devenir leur centre, leur projet et qui était leur avenir.
  • Qu'est-ce que tu vois, quand tu regardes tout ça ? demanda-t-elle avec un sourire.
  • Je dois bien t'avouer que c'est encore un peu flou, dit-il rêveusement. Mais le projet me plait beaucoup. J'ai l'impression qu'on m'offre la plus belle des opportunités et c'est à toi que je le dois, ton idée est... c'est une idée brillante.
  • Mais ce n'était qu'une idée. Avec toi pour m'épauler, je sais qu'on va en faire une réalité qui sera bientôt une vraie réussite. On y va ?
  • On y va, dit-il en souriant.

Ils firent le tour de la propriété, détaillant les bâtiments existants, listant tout ce qu'il faudrait qu'ils mettent en place. Le projet semblait se dessiner de plus en plus précisément à chaque minute qu'ils passaient à discuter de chaque détail. Deux heures plus tard, ils savaient exactement comment ils comptaient le mettre en œuvre et s'apprêtaient à quitter les lieux.
  • Bon, dit-il, il ne nous reste plus qu'à trouver un nom pour ton ranch, dit-il doucement. Tu as pensé à quelque chose, déjà ?
  • Pas vraiment, répondit-elle. Au début, j'avais pensé à "Seconde Chance" et puis j'ai trouvé que ça n'allait pas avec notre activité rémunératrice ! En vérité, je ne trouve pas d'idée.
  • On trouvera, dit-il en lui prenant la main pour l'entraîner vers la maison, où ils avaient laissé leurs chevaux, en arrivant.

Le cœur d'Ambre se mit à battre la chamade à ce seul contact. Elle n'osait plus rien dire, craignant de rompre la magie de cet instant de tendresse partagée.
  • Si on organise une fête ici un jour, tu crois que tu pourras inviter à danser ta partenaire puisque tu te refuses à inviter la fille de tes patrons ? demanda-t-elle finalement avec un sourire désarmant.
  • Ah ça y est ! dit-il en souriant mais sans lui lâcher la main. Je me demandais pourquoi tu ne m'en avais pas encore parlé mais tu attendais juste une occasion, c'est bien ça ?

Il s'arrêta pour la regarder avec un sourcil relevé et un air narquois.
  • J'ai posé ma question la première, dit-elle en souriant. Je ne te répondrai qu'après t'avoir entendu.

Il la serra contre lui et la fit valser sur une musique qu'il fredonnait doucement. Elle se laissa entraîner en riant et il lui sourit avec tendresse. Il s'arrêta finalement pour la regarder intensément.
  • C'était suffisant comme réponse ou tu en veux une autre ? dit-il en souriant.

Elle le regarda en souriant à son tour, la tête légèrement penchée sur le côté avec un air amusé.
  • Pour en revenir à ta question, dit-elle finalement. C'est vrai que j'avais envie de t'en parler mais que je n'en avais pas encore trouvé l'occasion. Mais finalement, cette soirée était... bizarre.
  • Là-bas, les choses sont différentes, Ambre. Si je me comporte trop familièrement avec toi, j'ai peur de donner un mauvais exemple et je ne veux pas que qui que ce soit te traite de manière trop... disons trop informelle ou te manque de respect.
  • Pourquoi ? Tu crois que je ne suis pas de taille pour me défendre ou bien est-ce que je suis une chasse réservée ? demanda-t-elle avec un sourire malicieux.

Elle s'était lentement rapprochée de lui et avait posé une main sur son torse, levant vers lui ses yeux mordorés qui lui souriaient. Il passa un bras autour de sa taille pour l'attirer contre lui et lui caressa la joue de sa main libre. Elle pencha la tête vers sa main et ferma les yeux avec un léger sourire. En rouvrant les yeux, elle rencontra le regard de Tate qui avait pris une teinte métallique très intense.

Il pencha la tête vers elle mais s'arrêta à quelques centimètres de sa bouche, dans une demande muette. Elle posa très délicatement sa bouche sur la sienne. Tate prit un temps infini pour redécouvrir le goût de ses lèvres, leur extrême douceur, leur parfum, leur goût. Elle entrouvrit la bouche et il approfondit son baiser, caressant sa langue, mêlant leurs souffles. Quand il la relâcha, elle découvrit un sourire d'une tendresse infinie sur son visage.
  • Tu ne le savais pas encore que tu étais une chasse gardée ? murmura-t-il doucement. Andy Stanton l'a découvert le cinq juillet, d'ailleurs ! ajouta-t-il en riant.
  • Quoi ? Ne me dis pas que tu as abusé de ton pouvoir pour faire payer à un jeune garçon le fait que lui a osé m'inviter à danser ? s'exclama-t-elle en fronçant les sourcils.
  • Bien sûr que si, mais ne t'inquiète pas pour lui, il était juste un peu plus fatigué que d'habitude, je ne lui ai rien fait de mal ! ajouta-t-il avec un petit sourire en coin.
  • Et tu ne culpabilises même pas ? dit-elle en se retenant de rire. Ce n'est vraiment pas honnête, Tate. D'autant qu'il me semble que tu ne t'es pas ennuyé non plus ce soir-là, tu as dansé toi aussi, non ? Et si je décrétais moi aussi que tu es une chasse gardée ?
  • Mais je le suis. Et depuis un moment déjà, souffla-t-il en reprenant sa bouche dans un baiser possessif qui la laissa dévastée et haletante.

Elle le regarda, interdite et essoufflée avant de le frapper sur l'épaule.
  • Alors pourquoi tu laisses cette fille te suivre jusque dans la sellerie ?

Il éclata de rire et la serra contre lui avant de lui embrasser la tempe.
  • Si tu étais restée, mademoiselle Grandchester, tu aurais découvert que je l'ai aussi mise à la porte quelques secondes après qu'elle soit entrée, chuchota-t-il à son oreille. D'autant que j'ai été très déçu en découvrant que ce n'était pas toi qui m'avait suivi. Mais je suis très ému de découvrir que c'était finalement le cas et que tu peux aussi être jalouse. Très flatté aussi. Il est juste dommage que tu ne sois pas restée.

Il embrassa sa joue et descendit dans son cou, goûtant la douceur de sa peau et le délice de sentir les frissons qui la traversaient et elle s'accrocha à lui en soupirant de plaisir sous ses caresses.
  • Tate, je...
  • Non, ne dis rien, la coupa-t-il. Laisse-nous le temps... prenons le temps... juste toi et moi. D'abord, il y a ce projet que nous allons monter ensemble... et puis le reste se fera naturellement.
    J'aime passer du temps avec toi, j'aime te regarder vivre avec tes chevaux parce que je sais que, dans ces moments-là, tu es vraiment toi-même, tu ne triches pas.
    Et quand on prend le temps de te regarder avec eux, on découvre une jeune femme généreuse, aimante, qui sait être douce, gaie et bouleversante, ajouta-t-il en caressant sa joue. Sans compter sur l'incroyable séduction de ces yeux dorés et de ces boucles brunes que j'adore voir flotter librement.

Il avait joint le geste à la parole et libéré ses cheveux qu'il caressa délicatement. Elle lui adressa un franc sourire et entoura son cou de ses bras.
  • Il était temps que tu me dises tout ça, murmura-t-elle. J'avais vraiment besoin et envie d'entendre des choses comme ça. J'éprouve des sentiments pour toi qui sont à la fois forts, bouleversants et perturbants, je dois bien l'avouer. Je n'ai pas cessé de me battre contre mon cœur, Tate, mais c'était inutile parce qu'il bat pour toi, tout simplement.
  • Tout simplement ? dit-il avant de l'embrasser à nouveau.
  • Et si on allait visiter la maison ? chuchota-t-elle quand il la relâcha.
  • Certainement pas ! dit-il en l'entrainant par la main jusqu'à leurs montures. C'est beaucoup trop dangereux pour mon self-control, ajouta-t-il avec un sourire plein de charme.

Il l'aida à remonter en selle avant de reprendre son cheval.
  • Qu'y a-t-il ? demanda-t-il en voyant qu'elle le regardait fixement.
  • Que va-t-il se passer maintenant ? Je veux dire... au ranch.
  • Rien, Ambre. Je ne veux pas que les gens sachent pour nous... Pas encore. Je veux que l'on démarre ce projet et... dès que ça marchera, je pense que nous... Oh, et puis zut ! maugréa-t-il.
    En fait, je n'en sais rien, Ambre. Je ne suis pas sûr de réussir à te résister aussi longtemps, finit-il par dire en riant. Disons que pour commencer, nous allons rentrer au ranch comme si de rien n'était et demain, je veux te voir dans mon bureau à dix heures, nous avons des choses à planifier pour lancer ton projet.
  • Notre projet, Tate. Mon idée mais notre projet et j'insiste là-dessus. Pour le reste, je veux bien continuer à me cacher pour t'embrasser mais je refuse que tu danses avec une autre que moi.

Elle éclata de rire en voyant son visage interloqué et mit son cheval au galop en direction du ranch.

*****

Londres, le 15 juillet 1941
En arrivant au manoir Grandchester, Kyle trouva une lettre en provenance d'Amérique dont il ne reconnut pas l'écriture. István était sorti avec l'une de ses conquêtes du moment.

Après avoir dîné avec son oncle, il se retira dans sa chambre et ouvrit son courrier.
Il eut la surprise de constater que cette lettre avait été écrite par monsieur et madame Klein, les personnes qui se trouvaient avec Juliette. Son cœur se mit à battre la chamade en souhaitant qu'ils lui annoncent une bonne nouvelle.


"New-York, le 25 juin 1941

Cher monsieur Grandchester,

Ma femme et moi-même avons pris la décision de vous écrire car nous savons que vous devez espérer des nouvelles de mademoiselle Juliette Simon. Elle a été notre ange-gardien durant tout notre périple à travers la France pour atteindre la Suisse d'abord et retourner à Marseille ensuite.
Elle nous a aussi beaucoup parlé de vous, de votre travail remarquable et de tout ce que vous avez fait pour elle. Nous connaissions ses parents et je me permets de vous remercier en leur nom.
Elle a fini par nous confier que vous aviez demandé sa main et qu'elle avait répondu favorablement à votre demande même si la guerre vous a rattrapés bien trop vite. J'espère que nous aurons l'occasion de vous revoir tous deux à New-York et le plus vite sera le mieux.
Après quelques péripéties, nous avons pu rejoindre Marseille en mai dernier, nous devions prendre le bateau en juin. Juliette avait fini par accepter de nous accompagner mais, au dernier moment, elle a préféré laisser sa place à une jeune femme qui lui ressemblait beaucoup et dont la situation était plus que précaire. Encore une fois, elle a fait preuve d'une immense générosité sans penser à elle.
Elle nous a fait la promesse de reprendre contact avec une amie, institutrice à Lyon. Elle sera en sécurité là-bas et, d'après les informations que nous avons eues durant nos deux voyages, c'est de Lyon qu'elle trouvera le plus sûr moyen de vous retrouver à Londres. Surtout si l'on considère que Lyon est en zone libre. Louise Bellegarde est une personne de confiance et vous le constaterez par vous-même si vous avez l'opportunité de la rencontrer. Je vous joins son adresse, juste au cas où.
Nous tenions à ce que vous ayez un maximum d'informations concernant Juliette N'hésitez pas à l'éloigner des nazis si vous en avez la possibilité. Prenez soin d'elle et venez nous voir à New-York, s'il vous plait.
Avec toute notre amitié,


Élie et Hanna Klein"


Kyle ferma les yeux de déception. Cela faisait longtemps maintenant qu'il n'avait plus de nouvelles de Juliette. 


Kosta et lui avaient intégré le SOE et souhaité suivre les formations destinées aux agents de terrain.
Ils avaient appris à devenir des agents capables de sauter en parachute, d'utiliser une radio. Ils avaient appris à se battre et à tuer, au moyen d'une arme ou à mains nues. Pourtant jusqu'à présent, seul István avait eu à se rendre en France. Il s'agissait essentiellement d'une mission de courte durée destinée à faire le point avec Miska et à mettre en place un réseau de communication qui leur permettrait de se transmettre leurs informations. Miska envoyait désormais régulièrement des pellicules, transportées à Londres par avion ou par sous-marin et il prenait des risques considérables pour leur transmettre des photos qui avaient souvent permis aux Alliés de préparer et monter certaines opérations stratégiques.


Kyle travaillait en relation constante avec Nicholas Bodington. Plusieurs missions d'infiltration importantes étaient prévues pour le mois d'août, celles de Virginia Hall et du major Jacques Vaillant de Guélis et il avait beaucoup de travail pour les jours à venir. Il n'avait cependant pas perdu l'espoir de retrouver la trace de Juliette et avait même lancé Miska sur sa piste, sans succès jusqu'à présent.

Il ne réussissait pas à se détendre et redescendit au salon pour se servir un scotch. Quelques instants plus tard, le carillon de l'entrée retentit et le surprit dans ses rêveries. Il fut surpris par cette visite tardive mais supposa que Kosta avait oublié ses clés.
En ouvrant la porte, il resta abasourdi par les démonstrations affectives de la tornade blonde qui lui sauta au cou en déversant un flot de paroles ininterrompu.
  • Kyle, enfin ! Espèce de sale monstre, diable d'imbécile ! Rester si longtemps en Europe sans te donner la peine de revenir me voir ou même de m'écrire, je trouve ça lamentable, tu m'entends ? Moi qui croyais que nous partagions un lien d'affection sincère, je dois bien t'avouer que je suis tombée de haut ! De très haut ! Tu es !... Je te déteste, termina-t-elle en le bourrant de coups.
  • Cristina, arrête ! s'écria-t-il en éclatant de rire et en la serrant contre lui. Décidément tu ne changes pas, c'est incroyable ! Moi qui pensais que tu aurais mûri.
  • Et en plus tu m'insultes au lieu de m'embrasser, dit-elle avec une joyeuse colère dans la voix.

Il la serra contre lui avec vigueur et enfouit son nez dans ses cheveux avant de l'embrasser sur la joue, sur le lobe de l'oreille et de descendre dans son cou, arrachant un petit rire à sa cousine qui le repoussa violemment avant de se jeter à nouveau dans ses bras en riant. Il caressa l'ovale doux de son visage, la fille d'Albert était une ravissante blonde au regard bleu marine qui ressemblait trait pour trait à son père. Elle avait hérité de son caractère épris de liberté et était aussi enjouée et exubérante que sa tante Candy au même âge, d'après les dires de la famille.
Kyle et Cristina se connaissaient depuis l'enfance et avaient gardé l'un pour l'autre une affection profonde et sincère. Durant leur adolescence, Kyle s'était cru amoureux d'elle et ils avaient flirté l'un avec l'autre pendant quelques semaines, se contentant d'échanger leurs tous premiers baisers. L'expérience avait vite tourné court, supplantée par l'amitié qu'ils se vouaient et ils avaient rompu en riant mais l'affection qu'ils gardaient l'un pour l'autre était restée intacte.
  • Je te croyais en train de finir tes études de médecine au Northwestern de Chicago, dit-il en caressant sa joue avec un sourire affectueux sur le visage.
  • Et bien, j'ai pratiquement terminé figure-toi, mais tu es resté absent si longtemps que tu ne peux pas le savoir, dit-elle avec ironie.
  • Ça ne me dit toujours pas ce que tu fais ici, à Londres, après l'heure du couvre-feu, d'ailleurs, demanda-t-il en relevant un sourcil. Attends, ne bouge pas, je vais rentrer tes affaires.

Il sortit sur le palier pour prendre sa valise qu'il déposa dans l'entrée et referma rapidement la lourde porte.
  • A moi, dit-elle, on m'a dit que les avions de la Luftwaffe semblaient s'être repliés sur le front de l'Est et que le Blitz était terminé, pourtant...
  • La guerre n'est pas finie, Cris, bien au contraire, dit-il en la reprenant dans ses bras.
  • Et si tu cessais d'être désagréable, Kyle ?
  • D'accord. Mais tu vas me dire pourquoi tu es ici, et j'espère pour toi que ce n'est pas un voyage de tourisme supposé pimenter ton été.
  • Tu sens le scotch, Kyle. Le bon scotch écossais en plus, répondit-elle en effleurant sa bouche d'un tendre baiser. Alors je ne te répondrai que lorsque tu te seras décidé à te comporter en hôte digne de ce nom et à m'en offrir un. Ton oncle John n'est pas avec toi ?
  • La Chambre des Communes a été bombardée il y a quelques semaines. Son planning a été quelque peu bouleversé et sa femme a exigé qu'il vienne la rejoindre dans leur maison de campagne, dit-il en se dirigeant vers le salon, le bras autour des épaules de la jeune femme.

La porte d'entrée s'ouvrit à nouveau et fit se retourner les deux cousins. István entra et referma rapidement la porte derrière lui. Il ne découvrit les jeunes gens qu'après avoir retiré son manteau.
Il ne connaissait pas la jeune femme qui se trouvait dans les bras de son ami mais il fut estomaqué par la beauté diaphane et angélique de son visage.
  • Si vous continuez à ne rien dire, je vais finir par croire que je ne suis plus le bienvenu dans cette maison ! dit-il de sa voix de basse en approchant du jeune couple avec un sourire séducteur.
  • Cris, dit Kyle, je te présente un ami très cher, István Kosztolányi, photographe lui aussi, avec qui je travaille et qui habite au manoir avec moi. Kosta, j'ai le grand honneur de te présenter ma cousine préférée, Cristina André.
  • Je suis complètement ébloui et ravi de vous rencontrer, belle Cristina, dit le jeune hongrois en s'inclinant pour baiser la main de la jeune femme qu'il serra plus longtemps que nécessaire.
  • Moi de même, cher István, dit la jeune femme en lui adressant un regard et un sourire des plus provocants. Je comprends mieux maintenant pourquoi mon cousin n'éprouve plus le besoin de donner des nouvelles à son ancienne meilleure amie. En fait, vous avez pris ma place !
  • Alors c'est un crétin, répondit István en lui jetant son regard de velours. Et je vous présente mes excuses pour lui. Mais vous pouvez aussi m'appeler Kosta, comme le font mes amis. Cher István, ça fait un peu trop cérémonieux.
  • Vous avez fini votre joyeux marivaudage ! s'exclama Kyle en fronçant les sourcils. Je te préviens Cris, j'aime ce type comme un frère mais c'est aussi un infatigable et un incorrigible séducteur alors si tu joues à ce petit jeu avec lui, c'est à tes risques et périls !
  • Si j'ai besoin d'un chaperon, je te promets de faire appel à toi, rétorqua Cristina d'un ton courroucé, il me semblait que tu étais sur le point de m'offrir un scotch ou j'ai rêvé ?
  • Très bonne idée ! dit István en les précédant vers le salon.

Kyle attendit qu'ils soient tous installés devant un verre de scotch pour interroger sa cousine.
  • Bien, maintenant, à toi de remplir ta part du marché... je veux savoir ce que l'héritière de la famille André fait à Londres en pleine guerre au lieu de finir ses études à Chicago ?
  • C'est Antoine, l'héritier de la famille André, répondit-elle du tac au tac, pas moi. Et si je suis ici, c'est parce qu'on m'a proposé de faire mon internat de spécialisation à Londres. Quand on veut faire de la médecine d'urgence et notamment en temps de guerre, il n'y a pas d'endroit plus approprié et plus formateur en ce moment. Tout du moins pas encore. Alors voilà, j'ai fait comme ta mère il y a quelques années, je travaille pour la Croix-Rouge avec le meilleur des chirurgiens.
  • Tu es arrivée ce soir ? demanda Kyle.
  • Il y a deux jours mais je suis venue dès que j'ai pu ! Au début, j'étais logée à l'hôpital avec les infirmières mais celles et ceux qui en ont la possibilité logent ailleurs et nos pères respectifs ont comploté pour m'obliger à venir habiter au manoir.
  • Donc Albert sait que tu es ici ! Et il est d'accord ?
  • Il le sait, il n'était pas vraiment d'accord au début mais il le sait. Et il apprend à faire avec, ta mère m'a beaucoup aidée dans cette affaire. De toute façon, je ne lui ai pas vraiment laissé le choix. Je te rappelle quand même que j'ai vingt-quatre ans et que je suis majeure et vaccinée ! Et je pense qu'une femme est tout-à-fait capable de vivre ou se défendre sans un homme à ses côtés.
  • Je ne me risquerai pas à essayer de te contredire de toute façon, dit Kyle en souriant à sa cousine.
  • Moi si ! renchérit István en fixant attentivement Cristina. Je ne remets pas en question vos capacités à vous débrouiller seule mais en revanche, il y a un certain nombre d'hommes auxquels il vaut mieux ne pas se frotter le soir dans des ruelles sombres. Et même dans les rues de Londres notamment en période de couvre-feu.

Cristina se radossa à son fauteuil en croisant les bras sans cesser de dévisager István. Son regard étincelait et Kyle s'attendait à une répartie cinglante de la part de sa cousine mais elle se contenta d'un léger sourire moqueur avant de lui répondre.
  • Vous êtes le genre d'hommes qu'il est dangereux de croiser, István. De jour comme de nuit. Sachez toutefois que je ne suis pas complètement stupide et que j'évite les risques inutiles.
  • Bien, dit Kyle en se levant. On va éviter un premier conflit et tu vas venir voir ta chambre, Cristina. Quant à toi, Kosta, n'oublie jamais qu'elle est ma cousine et que je tiens énormément à elle.
  • Je ne suis pas près de l'oublier, Kyle.
  • Au lieu de jouer les maquignons, tous les deux, viens me montrer ma chambre, dit sèchement Cristina en ouvrant la porte du salon.

Kyle monta sa valise et l'installa dans une des chambres du manoir. Il lui rappela les consignes de sécurité par rapport à la lumière avant de la regarder plus attentivement.
  • Dis-moi, Cris. Comment cet abruti de Lawrence a-t-il pu te laisser partir ?

Elle se détourna et entreprit de défaire sa valise.
  • Tu ne l'as jamais aimé, dit-elle doucement, sur le ton de la constatation. Et tu avais raison.
  • Qu'est-ce que ce salopard t'a fait ? gronda violemment Kyle qui sentit la colère l'envahir.

Il s'approcha d'elle et l'obligea doucement à se tourner vers lui. Quand elle releva la tête, il s'aperçut qu'elle avait les larmes aux yeux.
  • J'ai été stupide Kyle, c'est tout, murmura-t-elle. Je l'ai cru, je lui ai fait confiance... je suis tombée amoureuse de lui et Cassandra aussi.
  • Comment ça, Cassandra aussi ?
  • Et bien... il a... il avait une aventure avec Cassie.

Il resserra son étreinte autour d'elle et posa sa joue sur sa tête.
  • Je savais que Cassie et toi n'aviez pas de bons rapports mais je ne l'aurais pas crue capable de ça, dit doucement Kyle. Je suis désolé, Cris. Tu as raison, je n'ai jamais aimé ce type et ce que tu viens de m'apprendre ne fait que me conforter dans mon opinion première mais peu importe... Tu as bien fait de venir ici, ça te changera d'air et puis je m'occuperai bien de toi. Kosta aussi, c'est un type bien, tu sais... un indécrottable séducteur mais un type bien.
  • Je ne sais pas si c'est un type bien mais il est effectivement très séduisant.
  • Méfie-toi, Cris ! J'aime Kosta, c'est plus qu'un ami mais... c'est un vrai séducteur. Il est dangereux pour les cœurs sensibles même s'il se comporte toujours de manière honorable. Il a au moins le mérite d'être honnête, contrairement à Lawrence.
  • Quand on m'a proposé de venir ici, dit-elle, j'ai failli refuser à cause de lui et... finalement je suis très heureuse qu'on m'ait fait cette offre. C'est une grande opportunité professionnelle parce que je vais travailler avec le meilleur et puis... comme tu peux l'imaginer, ici j'espère pouvoir oublier toute cette sordide histoire plus vite.
  • Alors n'en parlons plus, Cris. A moins que tu n'en éprouves le besoin. Pour ce qui me concerne, il n'existe plus. Il n'existait pas avant, d'ailleurs.
  • Ça me va très bien, répondit Cristina en souriant, le visage levé vers lui.
  • Alors, il ne me reste plus qu'à te laisser tranquille. N'hésite pas à me demander ce que tu veux si tu as besoin de quoi que ce soit.
  • Merci, Kyle, dit-elle en l'embrassant doucement sur la joue. Je vais sûrement aller me coucher, je suis vraiment fatiguée.
  • Repose-toi et à demain, répondit-il avant de s'éloigner.

Arrivé à la porte, il se retourna et lui souhaita une bonne nuit en souriant. Il redescendit au salon où il retrouva István qui sirotait pensivement son whisky. Il leva les yeux quand Kyle se réinstalla face à lui.
  • Comment se fait-il que tu sois rentré si tôt ? demanda Kyle doucement.

István lui sourit en le regardant droit dans les yeux.
  • Sarah est une fille intelligente, plus encore que je ne l'avais imaginé, dit-il en replongeant les yeux dans son verre. Elle m'a quitté avant même que j'ai eu le temps de lui parler moi-même.

Il leva son verre à l'attention de son ami et but une gorgée du breuvage ambré avant de rire doucement.
  • Le plus important, c'est qu'elle me garde son amitié et son affection et puis... Sans elle, je n'aurai pas fait la connaissance de ta cousine. A ce propos, quand tu évoques ton adolescence, c'est...
  • Pas de commentaire désobligeant, Kosta ! Et oui, mon premier baiser d'adolescent, c'était elle... Je tiens énormément à Cris, elle est importante pour moi. Et je n'aime pas la voir souffrir même si je n'ai pas mon mot à dire sur les choix qu'elle fait.
  • C'est un message pour moi, ça, répondit István en souriant. Pas touche !
  • Tu lui plais, Kosta, je ne suis pas aveugle, répondit Kyle. Je te connais aussi et ça me déplairait de la voir malheureuse à cause de mon meilleur ami mais... dans le fond, ça ne me regarde pas. Vous êtes tous les deux adultes, majeurs et maîtres de vos destinées alors...
  • Je vais être honnête avec toi, Kyle, Cristina est indubitablement belle et attirante... Mais elle est aussi très dangereuse. D'abord parce qu'elle est ta cousine, ensuite parce qu'elle est a priori très intelligente et... que c'est le genre de femme dont on tombe amoureux, Kyle.
  • Parce qu'il t'est arrivé d'être vraiment amoureux, toi ? demanda Kyle avec ironie.
  • Désolé de te décevoir, répondit le jeune hongrois en souriant, mais oui, ça m'est arrivé. Deux fois.
  • Tu n'en avais jamais parlé, dit Kyle intrigué.
  • C'est jamais très glorieux d'avouer qu'on s'est fait larguer lamentablement. Cela m'a fait mal à chaque fois. La première s'appelait Adriána, j'avais quatorze ans, elle en avait seize, j'étais totalement fou d'elle et elle m'a fait verser toutes les larmes de mon corps. La seconde, c'était Sophie, j'avais à peine dix-huit ans et je venais d'arriver à Paris, c'était en 1934. En fait, j'ai mis un certain temps à m'apercevoir qu'elle m'utilisait pour rendre jaloux son ancien amant. Elle a réussi à le récupérer et moi j'ai joyeusement dégusté...
    C'est pour ça que je suis toujours très honnête avec les femmes. Je ne fais jamais aucune promesse que je ne puisse tenir. Elles savent toujours à quoi s'en tenir avec moi et tu ne m'as jamais vu manquer de respect envers l'une d'entre elles. Aucune d'entre elles.
  • Je te le concède, répondit Kyle avec un sourire. Et quand on voit que tu gardes des liens amicaux avec la plupart, j'imagine que c'est parce qu'elles n'ont pas de plainte à formuler.
  • Exactement !

István sourit à son ami qui se leva et s'étira longuement.
  • Bon, c'est pas tout ça mais je vais aller me coucher. La journée a été longue pour moi et celle de demain ne s'annonce pas plus courte.
  • A demain, Kyle, répondit István avant de replonger dans ses pensées.

*****

Une heure plus tard, István monta à l'étage pour aller se coucher à son tour. La porte de l'une des chambres s'ouvrit et il se figea en voyant Cristina en sortir. Elle portait un peignoir de soie bleu marine qui soulignait ses courbes gracieuses, ses longs cheveux blonds tombaient sur ses épaules et dans son dos comme une multitude de fils de soie. Elle se retourna et sursauta en le découvrant face à elle.


Elle le dévisagea en souriant, István était un homme qui dégageait un charisme impressionnant. Il était très grand, mince avec des cheveux noirs emmêlés, un peu trop longs et ce regard aussi noir que le charbon. Elle aimait son visage aux traits acérés, sa bouche généreuse, les fossettes sur ses joues et celle de son menton volontaire. Il était de ce genre d'hommes qui ne passe pas inaperçu et ne laisse pas indifférent.
  • La marchandise est intéressante ? demanda-t-il finalement avec un sourire cynique.
  • Pas mal du tout, dit-elle avec un air gourmand très provocateur.

Elle s'approcha doucement de lui alors qu'il prenait négligemment appui sur le mur, croisant les bras et les jambes avec nonchalance.
  • Le spectacle est très... un peu trop bien. Peut-être même un peu au-dessus de mes moyens, ajouta-t-elle avec un sourire charmeur.
  • C'est vous qui êtes au-dessus de mes moyens, belle Cristina, dit-il en jouant avec l'une des mèches qui encadraient son visage. Vous êtes une sublime et riche héritière américaine alors que je ne suis qu'un misérable magyar apatride. Vous êtes un bel ange blond aux yeux couleur de ciel et...
  • Cela suffit, dit-elle en effleurant ses lèvres du bout du doigt. Vous et moi valons mieux que ça. Je vaux mieux que ces tentatives de séduction un peu trop évidentes, réservez-les plutôt aux jeunes et jolies donzelles que vous fréquentez habituellement.

Il jouait toujours avec ses cheveux tout en la dévorant des yeux.
  • Vous êtes dure, Cristina, directe aussi... Mais je n'ai fait qu'énoncer des faits, à part peut-être pour l'ange blond, je ne suis plus si sûr que vous soyez un ange finalement, dit-il en souriant.
  • On avance, István. Vous avez raison, je ne suis pas un ange et vous êtes séduisant mais cela fait de vous un homme beaucoup, beaucoup trop dangereux pour que je vous laisse continuer.
  • Cela fait deux fois ce soir que vous me traitez d'homme dangereux, souffla-t-il en se rapprochant d'elle et en enlaçant sa taille. Habituellement on me trouve plutôt gentil et serviable.

Elle ne chercha pas à se dégager et rit doucement en posant ses mains sur sa poitrine.
  • Ne faites pas semblant de ne pas comprendre, je vous ai dit que je vous trouvais séduisant et c'est très dangereux pour moi et pour mon cœur blessé. Si je vous laisse faire, si je me laisse aller entre vos bras, vous me briserez le cœur. Je le sais et je n'en ai pas la force.
  • Je ne suis pas un monstre, en dépit du portrait que l'on fait de moi. Je vous promets de prendre soin de votre cœur si vous me le donnez, murmura-t-il. D'ailleurs, le mien ne m'appartient déjà plus.
  • Si c'est vraiment le cas... un jour, vous gagnerez, répondit-elle en souriant. Un jour, je vous céderai... Mais pas ce soir... pas encore. Je ne suis pas prête... et pas sûre de vous.
  • Vous êtes vraiment unique, Cristina ! dit-il sans pouvoir retenir un rire. Je ne sais pas si je suis un homme dangereux mais vous n'êtes pas n'importe qui non plus. Je ne m'attendais pas à une telle rencontre, ce soir. Il y aura un avant et un après vous.
  • Vil flatteur, murmura-t-elle en souriant.

Il se pencha vers elle et embrassa délicatement sa bouche, prenant le temps de goûter ses lèvres mais elle finit par s'écarter doucement, sans lui laisser le temps d'approfondir son étreinte.
  • Il est temps que nous cessions ce jeu dangereux, murmura-t-elle. Bonne nuit, István.

Elle le lâcha brusquement et descendit rapidement les escaliers. Il la regarda disparaître dans le couloir qui menait à la cuisine et regagna sa chambre en souriant. Pour la première fois depuis bien longtemps, il avait l'impression de retomber amoureux. Il tourna longtemps dans son lit avant de sombrer dans un sommeil agité.

*****

Londres, le 15 août 1941
István rentrait épuisé mais joyeux. Pour la première fois depuis longtemps, la perspective d'un peu d'inaction l'enchantait d'autant que Cristina résidait toujours au manoir Grandchester. Il était resté absent près de deux semaines et il lui tardait de rentrer.
Après son débriefing, il avait croisé Kyle et ils avaient discuté un instant. Il rentrerait tard ce soir en raison d'une réunion impromptue avec l'état-major. Et Cristina serait là-bas. Kyle avait de nouveau mis en garde son ami qui lui avait renvoyé un sourire entendu.
  • Après tout, fais ce que tu veux ! soupira Kyle. C'est une grande fille, elle saura se défendre.
  • Et comme de toute façon, tu m'achèveras si je la fais souffrir... tu n'as pas d'inquiétude à avoir.
  • Fous le camp, Kosta, j'ai du boulot ! avait répondu Kyle en souriant à son ami.
  • A tes ordres, mon lieutenant !
  • Dehors, Kosta ! s'exclama Kyle en retenant un éclat de rire.

István avait aussitôt filé et il ouvrit la porte du manoir, le sourire aux lèvres. Il était seize heures et Cristina ne rentrerait sans doute pas de l'hôpital avant au moins deux heures. Il grimpa à l'étage en sifflotant et passa dans sa chambre pour y déposer ses affaires avant de prendre un bain.
Lorsque Cristina rentra, elle se dirigea aussitôt vers le salon à la recherche de son cousin.
  • Kyle, tu es rentré ? appela-t-elle en entrant dans la pièce.
  • Il partait en réunion quand je l'ai vu tout-à-l'heure, répondit István, la voix un peu rauque. Il ne rentrera pas avant onze heures selon ses propres prévisions.

Cristina s'était figée en reconnaissant la silhouette du jeune hongrois. Il était rentré. Et les battements de son cœur révélaient le plaisir qu'elle avait à le retrouver.
  • István... tu es revenu ? dit-elle d'une voix peu assurée.
  • J'espérais quand même un peu plus d'enthousiasme, dit-il avec un léger sourire en s'approchant d'elle. Ça me fait plaisir de te revoir, tu m'as manqué, Cris.

Il s'était arrêté à quelques centimètres d'elle. Il aurait suffi qu'elle lève la main pour le toucher mais elle n'esquissa pas un mouvement. Elle mourrait d'envie qu'il l'embrasse et elle se détestait pour ces envies incontrôlables qu'il éveillait en elle.
István jubilait intérieurement de la surprise qu'il lui avait faite. Cristina, qui détestait perdre le contrôle, avait le souffle court et... elle attendait qu'il l'embrasse. Il se pencha vers elle et déposa un baiser qui était plus qu'une caresse sur sa joue et près de son oreille.
Elle avait pris une douche mais une très légère odeur de désinfectant trahissait son métier.
  • Comment s'est passée ta journée ? demanda-t-il avec sollicitude en caressant une mèche de cheveux entre ses doigts.
  • Comme tous les jours, répondit-elle en le repoussant un peu plus brusquement qu'elle ne l'aurait voulu. Mais toi... tu peux me dire ce que tu fichais ces dernières semaines ? Et n'essaye pas de me faire croire que c'était des photos de régiments à l'entraînement, s'il te plait !

Elle s'était approchée du bar et se servit un soda avant de se tourner vers lui avec une moue boudeuse.
  • C'est Kyle qui t'as dit que je photographiais des régiments ? Parce que ça m'arrive effectivement, dit il en s'approchant lentement d'elle. Mais pas cette fois, non.
  • Tu cherches encore à éluder la question ou tu vas te décider à me dire ce que tu faisais ?
  • J'étais en mission pour former des types de la RAF à la prise de vue aérienne si tu veux tout savoir.

Elle avait posé son verre et croisé les bras alors qu'il s'approchait d'elle. Elle gardait un air renfrogné et fixait le bout de ses chaussures.
  • Cris, s'il te plait, tu veux bien cesser de bouder maintenant et me serrer dans tes bras pour me souhaiter la bienvenue ou il va falloir que je te déride de force ?

Elle se redressa, prête à lui répondre vertement mais elle n'eut pas le temps de dire un seul mot. Il l'avait prise dans ses bras et avait plaqué sa bouche sur la sienne dans un baiser passionné qui lui retira toute velléité de combat. Passée la surprise, elle se colla à lui et passa les bras autour de son cou pour mieux répondre à sa bouche impérieuse. Cristina se laissa complètement aller entre ses bras.
Quand il lâcha sa bouche pour plonger dans son cou, elle trouva la force de le repousser. Il s'éloigna d'elle avec regrets mais ne relâcha pas son étreinte.
  • Arrête, István, murmura-t-elle. Je t'en supplie, arrête.
  • Pourquoi, Cris ? chuchota-t-il en la regardant intensément. Pourquoi ? Nous en avons envie tous les deux et...
  • Parce que je ne veux plus, István, répondit-elle les yeux baissés. Parce que je ne peux plus... Nous nous contentons d'assouvir une envie, de répondre à un besoin et... je ne me sens pas capable d'avoir ce genre de relation avec qui que ce soit, ni d'avoir une relation tout court, d'ailleurs.

Il ressentit ses paroles comme une gifle et il la relâcha aussitôt pour venir se placer devant la fenêtre.
  • Tu te trompes sur toute la ligne, dit-il froidement. S'il s'agissait d'une simple envie, d'un besoin physique, il y a longtemps que j'aurai réussi à te mettre dans mon lit, Cristina. Pour la bonne et simple raison que malgré tout le contrôle que tu cherches à exercer sur ta vie, tes sens te trahissent. Tu te trompes si tu crois que...
  • C'est toi qui te trompes ! cria-t-elle soudain. Je ne suis pas un jouet et je peux tout à fait me maîtriser et tu ne m'aurais pas mise dans ton lit comme ça !

Elle s'interrompit brusquement. István avait un regard dur et il se dirigeait vers elle avec une détermination qui la fit reculer jusqu'à ce qu'elle se retrouve adossée au mur. Elle leva les mains vers lui mais il les plaqua contre le mur avant de l'embrasser avec ardeur. Cristina fut secouée par une vague de plaisir irrépressible et gémit langoureusement tout en répondant aux lèvres exigeantes d'István.
Il relâcha ses poignets et elle l'entoura de ses bras tandis qu'il déboutonnait son chemisier avec dextérité. Il glissa ses doigts sur sa gorge avant de descendre sur sa poitrine et de s'attarder sur ses seins. Cristina avait perdu toute lucidité. Vaincue par son désir et le plaisir qu'il lui donnait, elle n'était plus que sensations, gémissements et soupirs.
Il s'éloigna subitement d'elle et la regarda intensément, le souffle coupé.
  • Cris, qu'est-ce que tu me fais faire... comment peux-tu dire... comment peux-tu croire que ce que nous éprouvons tous les deux n'est rien que... Merde ! Je viens de te prouver le contraire.

Cristina ravala rageusement ses larmes et reboutonna son chemisier sans un mot.
  • Cris, s'il te plaît, murmura István. Ne me regarde pas comme ça ! J'essaye seulement de te dire que tu es importante à mes yeux. Bien plus importante que toutes les femmes que j'ai pu rencontrer à ce jour et... tu me rends fou, Cristina. Je ne peux pas le nier, je pense à toi sans arrêt ces derniers temps et je te désire comme un fou.
    Et quand tu me traites avec une telle froideur... quand... quand tu me compares à l'immonde salopard qui t'as brisé le cœur, j'ai l'impression de perdre la raison. Je ne veux pas te blesser, princesse, je... je veux juste essayer de te rendre heureuse.
  • Je ne peux pas, sanglota Cristina. Je n'ai pas la force, je...

Elle fondit en larmes et il la serra contre lui avec tendresse.
  • Ne pleure pas, princesse, je suis désolé. Je ne te ferai aucun mal. Il te faut du temps pour réapprendre à avoir confiance, c'est tout. N'aie pas peur de moi, Cris, on fera comme tu veux.

Elle se serra contre lui et il la consola longuement avant de prendre de nouvelles résolutions pour elle.

*****

Acton, le 25 août 1941
Ambre était sur le chantier du ranch Taylor depuis les premières heures de la matinée quand elle vit une voiture s'arrêter devant la maison de la propriété.
Elle s'approcha du visiteur et reconnut Albert qui descendait de voiture.

  • Oncle Albert, s'écria-t-elle en lui sautant au cou. Ça me fait tellement plaisir que tu sois passé !
  • Mon Ambre adorée, dit-il en la serrant sur son cœur avant de déposer un doux baiser sur son front. Tu m'avais fait promettre de venir alors, me voilà !
  • Tu veux que je te fasse visiter ?
  • Avec grand plaisir, répondit-il en souriant. Encore que la maison m'a l'air en très mauvais état.
  • Nous n'avons pas touché à la maison, pas encore. Ce n'est pas de première importance même s'il faudra quand même s'en occuper à un moment ou un autre. Mais suis-moi !

Elle lui fit découvrir les installations qui étaient pratiquement terminées pour la plupart. Il fut abasourdi en découvrant la grande fosse circulaire en forme de fer à cheval qui venait d'être bétonnée sous une grange.
  • Qu'est-ce que c'est que ce machin ? demanda Albert, surpris.
  • Étonnant, n'est-ce pas ? Il nous reste à positionner les passerelles qui permettront de passer d'une berge à l'autre.
  • Ça ne me dit pas ce que c'est.
  • Une piscine pour chevaux ! dit-elle avec un sourire flamboyant. Ils y accèdent par l'une ou l'autre des deux rampes et le soigneur le fait tourner dans la piscine en longeant les berges. Cela permet de détendre les chevaux et de les muscler doucement, sans forcer. Ici pas d'angle abrupt, ils ne peuvent pas se blesser. La mise en eau est prévue pour demain et Onyx, mon poulain, sera le premier à l'inaugurer.
  • Et bien, vous avez abattu un travail considérable ! Je suis impressionné ! Positivement impressionné, dit Albert avec un sourire en entourant ses épaules de son bras. Et toi ? Comment te sens-tu par rapport à tout ça ?
  • Pour reprendre tes propres termes, je dirai que je suis heureuse, positivement heureuse ! Tout s'est passé au mieux et nous pourrons ouvrir bientôt. Tate est parfait dans son rôle d'associé et il fait de son mieux pour supporter mon sale caractère et...

Elle s'interrompit, rougissante ce qui fit éclater de rire son oncle.
  • Ça te va bien d'être amoureuse, jeune fille, dit-il finalement. Heureuse et amoureuse, tu as le même air joyeux qu'arborait ta mère autrefois quand elle allait retrouver Terry.

Ambre sourit pensivement et se tourna vers lui.
  • Tu as des nouvelles de Cristina ? demanda-t-elle doucement.
  • Habile moyen de changer de sujet, hein... Cris va bien et elle se plait à Londres, je crois. En vérité, la savoir avec Kyle me rassure même si je meurs d'envie d'aller la chercher pour la ramener ici avec nous. Elle me manque beaucoup.
  • Tu ne crains pas qu'ils reprennent une relation disons... plus qu'amicale ?
  • Non, Ambre. D'abord parce que Kyle est amoureux d'une jolie journaliste française et... je crois savoir qu'il a présenté l'un de ses amis à Cris et qu'elle n'est pas indifférente à ce jeune homme. Et puis, même s'ils étaient amoureux... ils ne sont cousins qu'au regard de la loi et de leur nom de famille mais en vérité, ils n'ont pas d'ancêtres communs.
  • C'est pour ça que ni toi, ni maman n'avez rien dit quand ils étaient ensemble ?
  • Oui, c'est pour cette raison... parmi d'autres. Ils étaient jeunes et très attachés l'un à l'autre mais... nous nous doutions que ça ne durerait pas. Et si nous nous étions opposés à leur relation, ils l'auraient poursuivie ne serait-ce que pour le plaisir de nous contredire.
  • De toute façon, dans cette famille, il y a toujours quelqu'un qui tire les ficelles, même si on ne sait jamais qui... Une vraie bande de marionnettistes, voilà ce que vous êtes. Et le pire, c'est qu'on est toujours aussi dupes ! Oh, pas longtemps, mais tout de même. Si tu crois que je n'ai pas compris ce qu'ont fait maman et papa, au sujet de ce projet et de Tate et moi. Remarque, je ne m'en plains absolument pas, bien au contraire, mais je ne suis pas stupide au point de ne pas m'apercevoir de toutes leurs manigances ! Plus maintenant, en tout cas.

Albert éclata de rire et ils partirent tous les deux pour le ranch des Collines où ils étaient attendus pour déjeuner. Albert reprit sa voiture et Ambre enfourcha Jarra avant de partir au galop à travers la prairie.

En arrivant aux écuries, elle chercha Tate du regard et éprouva une pointe de déception en ne le voyant pas. Il devait déjeuner avec ses hommes au réfectoire du ranch. Elle ramena son matériel à la sellerie mais ce n'est qu'au moment d'en partir qu'elle découvrit Tate qui l'observait attentivement depuis le salon.
Un immense sourire éclaira son visage et en quelques pas, elle se trouva dans ses bras, l'embrassant à perdre haleine. Il la gardait serrée contre lui, savourant ce baiser, certain qu'ils ne seraient pas dérangés. Il la relâcha finalement et caressa son visage.
  • Bonjour, ravissante associée, murmura-t-il. J'avais très envie de voir ton joli minois et tes longues jambes, ce matin.
  • Moi aussi, répondit-elle en souriant. En fait, il y a quelques minutes, j'étais très déçue de ne pas t'avoir encore aperçu. Je déteste être seule à gérer ce chantier, en vérité.
  • Plus que quelques jours, belle impatiente. Je passerai ce soir pour voir l'avancement des choses. J'ai vu ta mère ce matin, elle m'a dit que les ouvriers pour la maison commenceraient demain. Ils devraient avoir terminé d'ici une semaine. Tout sera prêt pour ouvrir à la date prévue.
  • Tu passes en fin de journée, pas avant ?
  • J'ai du travail ici, Ambre. Caldwell doit faire le tour de tout le travail à accomplir ici avant que nous ne commencions notre projet. Si je ne peux pas compter sur lui, les deux ranches en pâtiront et ce n'est pas ce que nous souhaitons, n'est-ce pas ?

Elle poussa un long soupir et posa la tête sur sa poitrine. Il resserra son étreinte autour d'elle et lui embrassa les cheveux.
  • J'en ai assez des convenances, murmura-t-elle. J'en ai assez de me cacher pour t'aimer, Tate.
  • Comment est-il possible que tu fasses preuve de tant de patience avec les chevaux alors que le reste du temps tu es infernale ? chuchota-t-il avant d'éclater de rire.
  • Moi, infernale ? s'exclama-t-elle, faussement outrée.
  • Oui, toi ! Infernale ! Mais, tu devrais y aller, ma belle, j'ai vu ton oncle arriver tout-à-l'heure, ils vont t'attendre pour manger ! dit-il en soulevant son menton pour la regarder.
  • Embrasse-moi encore ! dit-elle d'une voix suppliante avec un sourire charmeur.
  • Infernale ! renchérit Tate avant de l'embrasser à nouveau.

*****

Londres, le 1er septembre 1941
En arrivant au manoir Grandchester ce soir-là, Kyle avait le visage défait. Il se rendit directement au salon où il trouva Cristina et István en plein cœur d'une discussion animée.
Sans un mot, il se dirigea vers le bar et se servit un grand verre de vodka dont il avala les trois-quarts d'un trait avant de remplir son verre à nouveau.
Il s'assit dans l'un des sofas du salon et s'avisa alors que la conversation houleuse de Cris et István s'était interrompues et que son ami ne le quittait pas des yeux.
  • Si je me fie à ton expression, dit István, il ne s'agit pas de Juliette, ni de Miska mais c'était quand même une mauvaise nouvelle.
  • Ils ont fusillé d'Estienne d'Orves le 29 août à six heures et demi du matin. Avec Jan Doornick et Maurice Barlier. Le lendemain, la nouvelle était placardée sur tous les murs de Paris. Je ne l'ai appris que ce soir quand on m'a dit que Radio-Londres avait transmis qu'il avait été exécuté par des miliciens français alors que ce sont les nazis qui ont agi. On vient d'apprendre qu'ils ont été fusillés debout, sans bandeau ni lien et qu'ils ont "fait preuve d'honneur jusqu'au bout."
  • Merde, dit István en portant son regard au loin.

Après s'être planté un instant devant la fenêtre, István se dirigea vers le bar et attrapa la bouteille de vodka avant de s'asseoir à côté de Kyle. Il but de longues gorgées de vodka à même la bouteille avant de la tendre à Kyle qui fit de même.

Cristina n'avait pas bougé depuis l'arrivée de Kyle, elle avait été bouleversée par son air préoccupé et la consternation qu'elle lisait dans son regard.
Elle regarda les deux hommes assis côte à côte sur le sofa. Il y avait une grande tristesse dans leurs yeux, une forme de communication silencieuse semblait s'être établie entre eux. Kyle fut le premier à relever la tête pour la regarder.
  • Je peux savoir pourquoi vous vous disputiez comme des chiffonniers tout-à-l'heure ? demanda-t-il à Cristina avec un petit sourire.
  • Compte tenu de ce que tu viens d'annoncer, je ne crois pas que cela ait la moindre importance. István est juste jaloux de mes fréquentations à l'hôpital. Il fait un complexe d'infériorité inutile.
  • Connaissant ta bonne foi coutumière, je suis prêt à parier que tu es en train de travestir la vérité dans la seule intention de provoquer Kosta mais... je n'en dirai pas plus.

Cristina baissa les yeux à la remarque de Kyle mais ne dit pas un mot de plus.
  • Écoutez tous les deux, je suis épuisé et ma journée a été éprouvante... alors je vais profiter des effets de la vodka pour essayer d'oublier que j'en ai ras le bol et aller me coucher.
  • Kyle, je... commença István.
  • Ne dis rien Kosta, c'est inutile. Je suis content que vous soyez là. Tous les deux. C'est important et réconfortant pour moi, avant tout et surtout parce que c'est vous deux. Mais... il faut que je dorme, j'en ai vraiment besoin, je suis épuisé. Alors, pour moi ce soir, c'est rideau ! Et faites-moi plaisir, essayez de ne pas vous chamailler. Faites la paix !

Cristina se précipita vers lui et le serra dans ses bras en lui souhaitant bonne nuit. Il l'embrassa sur le front, adressa un petit signe à István et sortit de la pièce.
Le jeune hongrois reprit la bouteille dont il ingurgita de longues gorgées. Cristina s'assit près de lui, à la place qu'occupait précédemment Kyle.
  • Je suis désolée István, c'était un de vos amis ?
  • Kyle a travaillé avec lui à plusieurs reprises et j'ai eu l'occasion de le croiser à Paris, un peu avant... avant qu'il ne se fasse arrêter, pour sûr... Et même si nous n'étions pas toujours d'accord sur tout, c'est... c'était un homme d'honneur et de convictions.
  • C'est triste, vraiment triste et tellement inutile ! Kyle a semblé très remué par la nouvelle, très touché... Je suis inquiète pour lui. Il est... malheureux et éteint, ça me fait de la peine de le voir dans cet état. Et quand il est comme ça, personne ne peut l'atteindre à part sa mère. Je ne sais pas quoi faire, István. Je voudrais pouvoir faire plus. Autrefois, il se réfugiait dans ses livres et ici, c'est dans le travail... Je voudrais qu'il se sente mieux et j'ai besoin de ton aide, s'il te plait.

István la regarda attentivement avant de s'installer plus confortablement sur le canapé.
  • Même si je voulais t'aider, ça ne servirait à rien, Cristina. Il nous l'a dit ce soir. On est là, il le sait et ça lui fait du bien. S'il a besoin de s'épancher, de nous parler, il le fera. Tu ne peux rien faire de plus ou de mieux, ni moi non plus d'ailleurs. Juliette lui manque énormément et ça le ronge. Il apprend à vivre avec son absence et c'est dur. On pourrait penser que le temps arrange tout, mais pas pour lui. Pour lui, c'est l'inverse.
  • Autrefois, il lui arrivait de se confier à moi. Enfin, il m'en donnait l'impression même s'il a toujours été très solitaire et secret. Seulement là, j'ai peur qu'il se renferme sur lui-même.
  • Ne t'inquiète pas, on reste avec lui et on est disponible pour lui. Il est pour moi plus qu'un ami, il est mon frère et je ne le laisserai pas tomber, sois-en sûre. Quant à toi, tu es extrêmement importante pour lui et tu fais partie de sa famille, alors tu vas rester pour veiller sur lui avec moi, ajouta-t-il avec un sourire pour Cristina. C'est ce qu'il espère et attend de nous.

Elle soupira et attrapa la bouteille de vodka pour en avaler une lampée avant de la rendre au jeune hongrois qui la termina. Il se releva et se dirigea vers le bar avec la bouteille vide et le verre qu'il y déposa.
  • Je vais me coucher Cristina, dit-il finalement, entre les nouvelles et la vodka, je ne suis plus en état de jouer au chat et à la souris avec toi. Dors bien, princesse.

Elle se leva et le rattrapa au moment où il atteignait la porte. Elle lui prit le bras et referma la porte pour l'empêcher de sortir. Il se tourna vers elle et la scruta avec attention.
  • István, attends je... je suis désolée pour tout-à-l'heure. Kyle avait raison, j'ai cherché à te provoquer et je le regrette... Depuis le premier jour, nos rapports sont... pour le moins étranges. J'ai conscience d'avoir largement participé à ce jeu.. de séduction entre nous tout en ayant pris soin de verrouiller toutes les portes.
  • Bien résumé, Cris...
  • Attends, je n'ai pas été très honnête avec toi, je... je sors d'une relation qui m'a profondément blessée et j'avais besoin d'être rassurée, appréciée... séduite peut-être même et je t'ai fait jouer ce rôle bien malgré toi.
    Je me suis rassurée en me disant que tu savais que tout cela n'était qu'un jeu, que nous n'étions pas sérieux... c'était plus facile pour moi. Une sorte "d'amour courtois" mais... de notre siècle.
    Et puis, depuis deux semaines tu es très tendre et attentionné avec moi et... Ces derniers jours, je me suis rendue compte que tu étais plus tendu, plus... irritable mais j'imaginais que c'était du à ton travail. Tu paraissais t'éloigner de moi, ou me fuir... et je dois bien avouer que ça m'a fait peur. J'aimais ces moments passés avec toi et j'ai commencé à avoir peur de te perdre.
    Quand tu es passé me prendre à l'hôpital, ça m'a surprise, ça m'a fait plaisir et... je n'ai pas résisté à l'envie d'essayer de te faire réagir, de te rendre jaloux, de te tester. Je voulais savoir jusqu'à quel point tu tenais à moi... Arthur n'est qu'un collègue et ça s'arrête là. Je sais qu'il t'a parlé sur un ton très condescendant mais... c'est toi qui devrais être condescendant avec lui en vérité... tu vaux bien mieux que lui. Et j'aurais du réagir différemment. Je suis désolée.

Il la regarda un instant avant de se décider à lui répondre.
  • Cris, je... Je ne veux plus avoir de relation conflictuelle avec toi. Ça ne m'intéresse pas. Tu m'as plu dès la première seconde, c'est vrai. J'ai tout fait pour essayer de te séduire, je veux bien l'avouer aussi. Mais j'ai la sensation confuse de me battre contre toi et je ne le veux pas. Je ne comprends même pas pourquoi tu cherches à me rendre jaloux alors que...

Il s'interrompit et poussa un profond soupir avant de reprendre.
  • Cris, je... Avec toi, je n'y arrive pas et... j'ai l'habitude de choses plus simples. Je ne sais pas comment t'amener à essayer de me faire confiance. Je... ne veux pas te blesser mais je ne sais pas comment te le faire comprendre...
  • Je sais que j'ai été insupportable avec toi, coupa-t-elle en détournant la tête. Je me suis comportée comme une imbécile, pardonne-moi.

Il ne répondit pas tout de suite, surpris par cette humilité soudaine dans sa voix.
  • Excuses acceptées, pardon accordé, dit-il à voix basse sans la quitter des yeux.

Elle releva les yeux vers lui et ils se regardèrent longuement en silence.
  • Il faut m'aider, István, murmura-t-elle. Habituellement, je suis beaucoup plus sûre de moi enfin... je réussis habituellement à donner le change mais face à toi, j'ai la sensation d'être stupide et ridicule... je... J'éprouve une attirance presque douloureuse pour toi. Depuis le premier soir. Ce qui est totalement absurde puisque j'étais supposée profiter de mon séjour ici pour oublier un chagrin d'amour, pas pour faire une rencontre... pas dès le premier soir, en tout cas.
    Bref. Je suis peut-être la seule à avoir ressenti tout ça mais... cela m'angoisse totalement parce que je ne maîtrise rien et parce que j'ai peur de... de beaucoup de choses. Et plus le temps passe, plus j'apprends à te connaitre et pire c'est. Je crève de trouille, je meurs d'envie de me laisser aller mais je crève de trouille... Et je n'arrive même pas à te regarder sans penser à...

Cristina se tut brusquement et baissa les yeux. Elle ne vit pas l'ébauche de sourire sur le visage d'István.
  • Sans penser à quoi ? chuchota-t-il.

Il vit ses mains trembler et il les prit dans les siennes pour essayer de la calmer, elle gardait les yeux baissés.
  • Cris... sans penser à quoi ? répéta-t-il.
  • Je me rends István, alors pourquoi me torturer ainsi ? dit-elle d'une voix tremblante.
  • Parce que je veux l'entendre, murmura-t-il. Pour la première fois, tu m'avoues ce que tu ressens et pour la première fois, j'ai l'impression que tu m'entrouvres une porte. Tu as chamboulé tous mes repères, Cris. Je te veux dans ma vie.
    Pardonne-moi si je suis trop cru mais je ne sais pas comment te le dire autrement. Je suis tombé amoureux de toi Cristina et j'ai besoin de t'entendre me dire que tu ressens au plus profond de toi. Alors, s'il te plaît, dis-moi... tu n'arrives pas à me regarder sans penser à quoi ?
  • Je n'arrive pas à te regarder sans penser à l'effet que provoquent tes mains sur moi, dit-elle d'une voix pleine d'émotion contenue. Tes mains et tout le reste. Tu es vraiment amoureux de moi ?

Elle ne releva la tête qu'un très court instant et il la prit dans ses bras, soulevant son menton pour l'obliger à le regarder vraiment.
  • Cristina, murmura-t-il, tu ne cesseras donc jamais de me surprendre. Un jour directe et affranchie, le lendemain forte et généreuse, le surlendemain timide et fragile... Tu es un être aux multiples facettes et plus j'apprends à te connaître, plus j'aime ce que je découvre et moins j'arrive à suivre ou à comprendre. Et maintenant que mes mains sont sur toi, qu'éprouves-tu ?
  • István, je... bafouilla-t-elle, les larmes aux yeux.
  • Ne pleure pas, mon cœur, murmura-t-il en souriant. Je comprends tes angoisses et tes peurs, je voudrais tant pouvoir te rassurer... je suis amoureux de toi... j'aime ton rire si communicatif, ta façon de pencher la tête en plissant les yeux quand tu t'agaces et tant d'autres choses encore.
    J'aime le sérieux et le sang-froid dont tu fais preuve quand tu exerces ton métier et, par dessus tout, j'adore te voir perdre tout contrôle quand je te serre dans mes bras. Ça me flatte, ça me rassure et ça m'encourage à poursuivre mes tentatives de séduction...

Elle leva des yeux étonnés vers lui mais son regard d'ébène restait chaleureux, rassurant. Malgré ses peurs, elle sentait qu'il serait tendre et attentionné.
István ne ressemblait en rien à Lawrence et ne se comportait en rien comme lui non plus. Elle savait qu'avec lui, de nouveaux horizons s'ouvriraient à elle, de nouvelles perspectives. Même l'amour semblait avoir une saveur toute différente.
  • Guide-moi, István, je me sens perdue...
  • Je suis avec toi, Cris et tout ce que tu as à faire, c'est de profiter de tout l'amour et de tout le plaisir que je rêve de te donner. Mais avant que nous ne poursuivions dans cette direction, il faut que tu saches que je veux tout de toi. Je veux que tu me donnes tout, ton âme, ton cœur, ton corps et je suis prêt à attendre le temps qu'il faudra pour ça. Je ne te brusquerai pas et je ne te demanderai rien non plus mais je prendrai tout ce que tu me donneras.
    Je veux tout prendre et tout dévaster pour que tu ne puisses jamais m'oublier. Que tu n'oublies jamais que tu as fait chavirer ma raison et mon cœur. Moi aussi, je suis perdu face à ce que j'éprouve pour toi mais je te l'ai dit le premier soir : mon cœur ne m'appartient déjà plus, tu le tiens entre tes mains. Et pour toi, je me sens prêt à toutes les folies, toutes les promesses, même celles dont je me croyais devenu incapable jusqu'à aujourd'hui.

Il caressait doucement son visage tout en resserrant son étreinte autour d'elle. Elle lui sourit doucement en signe d'acceptation muette. Elle l'entoura de ses bras et se serra contre lui avec tendresse.
  • Cris, je ne te manquerai jamais de respect, reprit-il, et je ne te prendrai jamais rien que tu n'aies voulu me donner. La seule promesse que je puisse t'offrir est celle de mon cœur qui bat totalement pour toi. Il ne sait même plus se tenir, ni moi non plus, d'ailleurs. Pourquoi est-ce que tu me donnes l'impression d'avoir quinze ans à nouveau, je ne le sais pas mais... c'est une lumière éblouissante au milieu du sombre enfer qu'est devenu ce monde.
  • István, je crève de trouille, chuchota-t-elle. J'ai peur de tout, j'ai peur de t'aimer et de souffrir et j'ai peur de passer à côté du bonheur avec toi. J'ai peur de tout mais je veux essayer parce que de toute façon il est trop tard, je suis déjà amoureuse de toi.
  • Viens avec moi, dit-il en prenant sa main pour l'entraîner vers sa chambre. Et essaye de me faire confiance même si c'est difficile. Essaye au moins ce soir.

Elle le suivit sans un mot, il ne lâchait pas sa main qu'il serrait doucement dans la sienne. Arrivé devant sa porte, il l'ouvrit et s'écarta pour la laisser entrer. Il referma la porte et se tourna vers Cristina, qui semblait nerveuse et qui croisa ses bras sur sa poitrine, comme pour se protéger.
Il s'approcha d'elle et souleva son menton pour qu'elle le regarde. Elle sourit timidement et il se pencha vers elle effleurant ses lèvres d'un léger baiser avant de la serrer contre lui.
  • Où est passée l'effrontée provocante du premier soir ? murmura-t-il en butinant ses lèvres avec une extrême douceur.

Elle passa les bras autour de son cou et répondit délicatement à son baiser.
  • C'était une façade, de l'esbroufe totale, dit-elle avec un petit rire nerveux. Enfin, pas ce que je t'ai dit mais mon comportement. Aujourd'hui, et pour le cas où tu ne l'aurais pas encore compris, mon cœur s'en est mêlé et tout est changé. Je me sens totalement dépassée...

Il l'embrassa à nouveau, déposant une multitudes de baisers sur ses lèvres entrouvertes. Elle répondait à chacune de ses sollicitations. Ils mêlaient leurs souffles, leurs langues dans une intime étreinte. Elle laissa glisser ses mains sur son torse et entreprit de déboutonner sa chemise. Il était désormais incapable de masquer le violent désir qu'il avait d'elle d'autant plus que le corps de la jeune femme répondait au sien avec langueur. Un dernier éclair de lucidité le poussa à s'écarter d'elle.
  • Cris, murmura-t-il le souffle court, j'ai très envie de toi mais je... je ne voudrais pas... Je veux être certain que tu ne vas rien regretter.

Elle lui sourit et lui caressa le visage avec une infinie douceur avant de se dresser sur la pointe des pieds pour l'embrasser avec provocation.
  • J'aurai des regrets si tu t'arrêtes maintenant, répondit-elle. Tu voulais tout... alors prends tout !
  • Est-ce que... ce n'est pas la première fois pour toi, n'est-ce pas ?
  • Si ce n'était pas la première fois, chuchota-t-elle, si tu n'étais pas le premier... Me regarderais-tu autrement ? Me condamnerais-tu ?
  • Je me fous d'être le premier, il m'importe bien plus d'être le seul désormais, dit-il en l'embrassant avec une avidité gourmande.

Elle avait le tournis quand il relâcha sa bouche et son cœur menaçait de sortir de sa poitrine.
  • Est-ce qu'il t'a fait mal ? chuchota-t-il à son oreille en embrassant son cou délicat.
  • Non, souffla-t-elle de manière presque inaudible. Mais il m'avait dit que... a priori, je ne suis vraiment pas douée et... ce n'était pas toujours forcément plaisant.
  • Laisse-moi te prouver que tout ce qu'il a pu te dire est complètement faux, chuchota-t-il.

Il déboutonnait sa robe et la sensation de ses lèvres sur ses épaules nues déclencha un violent frisson qui la secoua des pieds à la tête. Il releva la tête et plongea dans son regard un long moment avant de laisser sa robe glisser sur le sol.

Ses yeux sur elle étaient une caresse tendre et elle frémit à nouveau en sentant la chaleur de ses mains sur sa taille nue. Elle fit glisser ses doigts sur la douce toison de son torse et remonta vers ses épaules pour lui retirer sa chemise. Il ferma les yeux un instant sous la caresse ce qui déclencha en elle une vague de désir violent. Elle se colla à lui et leva son visage vers lui dans une demande muette.
  • Embrasse-moi, souffla-t-elle d'une voix rauque.

Il se pencha vers elle et l'embrassa très lentement, faisant preuve d'une infinie délicatesse pour goûter ses lèvres, sa langue. Il laissait ses mains glisser doucement le long de son dos, sur ses hanches avant de reprendre leur lent ballet sur son corps. Elle l'entoura de ses bras et se sentit basculer dans une semi-inconscience où l'exaltation et le désir se disputaient ses sens.
Il la souleva dans ses bras pour la déposer très délicatement sur son lit. Ils roulèrent l'un contre l'autre échangeant un torrent de caresses, de baisers longtemps contenus. Il la débarrassa de son soutien-gorge et découvrit avec délice la peau délicate, l'arrondi harmonieux de ses seins. Il embrassa les pointes dressées, les mordilla délicatement et Cristina se mit à gémir sous la caresse.
Elle reprit conscience une seconde et prit la décision de lui rendre à son tour ses caresses. Elle tourna sur lui et commença à embrasser sa peau, son corps avant de descendre vers son sexe qu'elle prit longuement dans sa bouche. Avant qu'il n'ait eu le temps de réagir, elle le chevaucha avant de l'embrasser à nouveau. István hoqueta et la retourna sur le lit avant de se retirer d'elle en tentant de reprendre son souffle.
  • Pas comme ça, Cristina, murmura-t-il d'une voix rauque. Arrête... pas comme ça.
  • Je suis vraiment si maladroite... balbutia-t-elle en se redressant vivement. Il avait raison...
  • Non, Cris, attends ! dit-il en la prenant dans ses bras. Attends, mon amour... laisse-moi reprendre mon souffle...

Il la serra dans ses bras et la berça très doucement tandis qu'elle se blottissait contre sa poitrine. Cristina se sentait interdite, qu'avait-elle fait de mal alors que c'était ce que Lawrence attendait toujours d'elle..
  • Je maudis ce type et ce qu'il t'a fait, murmura finalement István. On va tout reprendre du début, ma princesse et cette fois tu vas me laisser faire, d'accord ?
  • Qu'est-ce que j'ai fait de mal, István ? J'ai besoin de comprendre ce qui ne va pas chez moi...

István se redressa sur un coude et la regarda avec intensité.
  • Rien. Tu n'as rien fait de mal, mon amour. C'était au contraire infiniment agréable et infiniment bon.
  • Je ne comprends pas, István...
  • Cristina, tu m'as donné du plaisir, beaucoup de plaisir et j'ai failli craquer et me laisser aller mais... Mais il est hors de question que je sois le seul à éprouver du plaisir. Nous allons faire l'amour, toi ET moi et je peux te garantir que nous allons partager un moment incroyable. Ensemble. Alors on va tout reprendre et tu vas me laisser faire cette fois, d'accord ?

Elle hocha la tête timidement et il recommença à l'embrasser très délicatement. Cristina sentit son désir se réveiller violemment et elle plongea avec délices dans les bras de son amant.
Les mains d'István glissaient sur sa peau, découvrant par de tendres caresses les zones qui la faisaient réagir. Il laissa sa bouche errer sur ses seins, son ventre avant de rencontrer la soie de sa toison. Il laissa ses doigts remonter de sa cuisse à son entrejambe et il la caressa doucement. La respiration de la jeune femme s'accéléra dangereusement et il s'arrêta pour glisser face à elle, sous le regard embrumé de désir de Cristina. Il s'approcha d'elle et entreprit d'embrasser l'intérieur de ses cuisses.
Elle jouit une première fois sous ses caresses avant qu'il ne la possède vraiment. Cristina découvrait de nouvelles sensations dont elle n'avait jamais soupçonné l'existence. István était tendre et passionné, elle se sentait en accord parfait avec lui. Elle ne lui laissa aucun répit, imprimant ses désirs à leurs étreintes avant de s'abandonner à nouveau au bon vouloir de son amant. Elle s'enroulait autour de lui, se pliant à chacun de ses caprices, avant de le faire céder à son tour.
Elle reprit conscience dans ses bras. Elle ouvrit les yeux et rencontra le regard souriant d'István. Elle se blottit contre lui en soupirant de bonheur.
  • Je me sens merveilleusement bien, István, murmura-t-elle contre lui.
  • Moi aussi, princesse. Je dois cependant t'annoncer que je suis encore plus amoureux de toi, maintenant. Je suis irrémédiablement fou de toi, Cristina, dit-il joyeusement.

Elle releva la tête vers lui et des larmes remplirent ses yeux avant de couler silencieusement sur ses joues.
  • Pourquoi ces larmes, princesse ? Pourquoi alors que tu viens de me dire que tu te sentais bien ? Si j'ai dit quelque chose qui t'a blessée, je veux que tu m'en parles...
  • Ce n'est pas toi, István. Tu n'as rien dit... c'est... c'est parce que... Ce qui vient de se passer entre nous était tellement... tellement différent de...
  • Non, ne le dis pas, Cris. Ne prononce même pas son prénom... Je crois que je pourrais tuer ce type pour ce qu'il t'a fait, pour ce qu'il t'a fait croire et... pour tout le reste.

István se redressa sur un coude et la regarda très attentivement tout en caressant son visage.
  • Cristina, je t'adore, je tiens énormément à toi. Et plus encore après ce qui vient de se passer entre nous deux. Je ne te laisserai pas t'éloigner de moi aussi facilement maintenant. Sois-en sûre.
    Ce que tu as vécu avant et bien... c'était avant et c'est un passé que je veux que tu rayes définitivement de ta mémoire. La seule chose dont tu doives te rappeler c'est que nous avons fait l'amour comme deux personnes qui s'aiment et qui se respectent. C'était bien plus qu'un simple acte sexuel, Cris, c'était un moment d'amour et de communion... Un merveilleux moment durant lequel les sentiments que nous partageons l'un pour l'autre sont devenus essentiels. Essentiels parce que je n'ai pensé qu'à toi, à nous, au bonheur que j'éprouvais, au plaisir que je lisais dans tes yeux. Parce que rien d'autre que nous n'existait, rien d'autre que toi... le monde aurait pu s'écrouler, Cris, je ne m'en serais pas rendu compte.
    Et si ce moment était si magique, c'est aussi parce que ce qui nous lie est... spécial, unique. Tu es spéciale et unique et je n'avais... je n'avais jamais ressenti quelque chose d'aussi fort. Même pour moi, il est difficile de mettre des mots sur les sentiments que j'éprouve mais ils sont bien là et il va falloir que j'apprenne à vivre avec. Ceci dit, apprendre à vivre avec ce bonheur et cet amour que tu as fait naître en moi ne devrait pas être trop difficile.
  • Encore István, souffla-t-elle dans son cou tout en déposant de doux baisers sur son torse.
  • Encore quoi ? murmura-t-il d'une voix rauque, sentant son désir se réveiller avec violence.
  • Encore toi. Fais-moi l'amour encore, dit-elle d'une voix suppliante.

István l'embrassa avec ardeur avant de l'entrainer pour un nouveau voyage vers les cimes du plaisir. Le petit matin les trouva endormis, dans les bras l'un de l'autre, au milieu des draps froissés. Il ne se réveilla que lorsqu'il sentit qu'elle lui échappait. Elle était assise au bord du lit quand il l'attrapa à bras le corps pour l'allonger contre lui.
Il se coucha sur elle et l'embrassa langoureusement. Elle s'accrocha à lui, enroulant ses bras autour du cou de son amant, caressant ses cheveux et son dos en un lent ballet qui résonnait à son esprit comme une invitation à poursuivre. Il relâcha sa bouche pour la regarder dans les yeux.
  • Primo : bonjour ! dit-il avant de l'embrasser à nouveau, ravi qu'elle mette tant d'ardeur à répondre à son baiser. Deuxio, ajouta-t-il essoufflé, il est absolument et formellement interdit de quitter mon lit sans m'en avoir informé d'abord.

Il la regarda avec attention, bouleversé par la beauté de la jeune femme entre ses bras, encore ému et remué par la nuit qu'ils venaient de partager. Elle lui souriait avec confiance et il sentit son cœur bondir dans sa poitrine.
  • István, je dois aller travailler aujourd'hui et si je me fie à l'heure qu'indique ton réveil, je dois être à l'hôpital dans moins de deux heures, dit-elle d'une voix douce en caressant les mèches sombres qui tombaient sur le front du jeune homme.
  • Jusqu'à quelle heure ? grogna-t-il en la regardant avec insistance.
  • Jusqu'à demain à midi. Je suis de garde les prochaines vingt-quatre heures, dit-elle avec regret. Mais ensuite je suis de repos pour deux jours.
  • Ton foutu docteur sera avec toi ? grommela-t-il en fronçant les sourcils.
  • J'adore quand tu es jaloux ! s'exclama-t-elle en lui sautant au cou avec une spontanéité qui le désarçonna complètement.

Il attrapa son visage entre ses mains et recommença à l'embrasser et à la caresser jusqu'à l'entendre gémir entre ses bras. Ils n'entendirent pas les coups brefs frappés à la porte, mais sursautèrent violemment en entendant la voix de Kyle qui venait de pénétrer dans la pièce.
  • Kosta, je suis inquiet, sais-tu si... Bon sang de bonsoir ! s'exclama-t-il.

Il s'arrêta aussitôt et sortit très vite de la chambre en claquant presque la porte derrière lui.
  • Il faut que j'aille le voir, dit rapidement Cristina.
  • Non ! dit István en arrêtant son geste. Laisse-moi faire ça, s'il est en colère je préfère qu'il s'en prenne à moi directement. Prépare-toi pour ton travail et rejoins-nous pour le petit déjeuner. Et... une dernière chose, Cristina. J'ai passé une nuit merveilleuse avec toi.

Il l'embrassa avec une tendresse infinie avant de se lever et de s'habiller rapidement. Il sortit de la chambre pieds nus, boutonnant la chemise qu'il avait enfilée par-dessus son pantalon. Quand il arriva à la cuisine, Kyle était perdu dans ses pensées, face à la cafetière.
  • Kyle, il faut qu'on en parle, dit doucement István en entrant dans la grande pièce carrelée.
  • Je n'aurais pas du entrer comme ça dans ta chambre, Kosta, je suis désolé ! répondit Kyle. J'étais inquiet pour Cristina car je ne la trouvais pas et son lit n'était pas défait.
    Je suis stupide. J'aurais du m'en douter mais je n'ai rien vu. Ça dure depuis longtemps ?
  • Depuis hier soir, Kyle, et... il n'y avait rien à voir avant. Hormis le fait qu'elle m'a fait chavirer le cœur et l'esprit, que je n'arrête pas de penser à elle, jour et nuit.
    Une tornade aurait fait moins de dégâts dans ma vie mais je ne regrette rien. Rien. Surtout pas après cette nuit... Kyle, je... je crois que... non, en vérité je suis tombé amoureux. J'ai été frappé en plein cœur. Je suis fou d'elle.

Kyle regarda attentivement son ami avant qu'un sourire ne commence à étirer son visage. Il finit par se mettre à rire devant le visage surpris de son ami.
  • Si je n'étais pas en train de le voir en ce moment précis, je crois que je n'y aurais pas cru, dit-il entre deux éclats de rire. István, le prince magyar, tombeur de ces dames, est amoureux !
  • Ton cynisme ne me fait pas rire, Kyle ! gronda István en se mordant la langue pour ne pas sourire.
  • Oh que si, c'est drôle ! Je ne t'ai jamais vu aussi... disons... remué par une femme. Et étant donné qu'il s'agit de ma cousine, j'en suis plutôt content. Pour elle surtout. Et ne lui brise pas le cœur, parce que sinon je te tue. Surtout après ce qu'elle a enduré.
  • Tu veux bien m'en parler, Kyle ? demanda sérieusement István. J'ai eu l'occasion de m'apercevoir que ce type avait effectivement fait beaucoup de dégâts alors j'aimerais comprendre...
  • Si je te disais que l'espèce de niais qu'elle s'était choisi comme fiancé s'est aussi offert sa sœur ?
  • Tu plaisantes, là ? dit István en pâlissant.
  • Non. Mon père lui a cassé la gueule, si ça peut te rassurer. Et c'est pour ça que je suis heureux que tu te sentes amoureux parce que... je n'ai pas envie qu'elle souffre encore. Pas à cause de toi.
  • Je tiens vraiment à elle, Kyle, dit István d'une voix blanche. Vraiment. Et je vais te répéter ce que je lui déjà dit à hier soir : ne me compare plus jamais à ce salopard !
  • Je ne te compare pas à lui, Kosta... Tu lui as vraiment dit ça ?
  • Je suis très amoureux, Kyle. Ça te suffit comme explication ?

Les deux amis se regardèrent avec une certaine émotion et se donnèrent une franche accolade.
  • Allez, assieds-toi, homme de peu de foi, dit Kyle en souriant. Je te sers un café.

Kyle remplit deux tasses qu'il posa sur la table avant de prendre place face à István qui gardait le silence et arborait un air songeur depuis quelques instants.
  • J'avais oublié comment c'était, murmura István.
  • Profites-en, répondit Kyle. L'amour exalte le quotidien, il rend la vie plus belle, alors suis ton cœur, n'écoute que lui et profites de chaque instant avec elle, sans arrière-pensée. Par les temps qui courent, il faut savoir vivre l'instant présent. Et savoure chaque moment de ce bonheur que la vie vous offre à tous deux.
  • Pourquoi tu ne m'en veux pas, Kyle ?

Kyle eut un sourire devant le visage tendu de son ami.
  • Parce que cette fois, c'est différent. Parce que je t'aime, parce que je l'aime. Parce qu'il est possible que tu sois effectivement l'homme qu'il lui faut. Et parce que vous savoir heureux, et qui plus est, heureux ensemble, me fait très plaisir.
  • Si j'avais été à ta place, Kyle, je me serais donné une correction, dit doucement István le nez dans sa tasse de café.
  • Oui mais ça, ça vient de ton tempérament slave, impulsif et colérique, dit Kyle en riant. Tu es bien plus rigide que moi, reconnais-le. Tu m'aurais jugé et condamné avant même de m'entendre.
  • C'est possible mais je refuse de reconnaître quoi que ce soit, dit István en souriant.

Il avala une gorgée de café avant de reprendre leur conversation.
  • C'est totalement déplacé en ces instants où le monde s'embrase mais j'éprouve la sensation de n'avoir jamais été aussi heureux, dit István. Je me sens prêt à abattre des montagnes.
  • Tu lui as dit ce que tu faisais de tes journées ? demanda Kyle.
  • Pas plus que toi.
  • Si elle apprend la vérité, elle va nous tuer. Moi surtout, quand elle saura que je participe à l'organisation de tes séjours en France. D'ailleurs, si tu veux arrêter...
  • Elle n'a pas besoin de le savoir et non, je n'arrêterai pas, Kyle. Je fais des reportages au sein des régiments alliés, je participe à l'élaboration de tracts et journaux clandestins et je forme des aviateurs à la photo aérienne. C'est tout ce qu'elle a besoin de savoir.
  • Comme tu voudras, Kosta, mais je te le redis... elle va nous tuer quand elle saura.
  • Elle le saura quand tout sera terminé et elle n'aura plus de raisons de se mettre en colère. Maintenant, il ne faudrait pas que la guerre dure encore trop longtemps.
  • Je le souhaite, dit pensivement Kyle, je le souhaite vraiment.

Ils entendirent ses talons claquer sur le marbre du corridor et elle entra dans la cuisine quelques instants plus tard, vêtue de son uniforme de la Croix-Rouge. Kyle, qui s'était levé pour l'accueillir, la serra avec vigueur dans ses bras.
  • Bonjour Cris, dit-il en l'embrassant affectueusement sur le front. Maintenant, dis-moi que ce cochon de hongrois te rend heureuse ou bien je le tue !

Elle le regarda en souriant avant de répondre.
  • Parce que je n'ai pas l'air radieuse, là ? dit-elle finalement. Cela ne te regarde absolument pas mais la réponse est oui, il me rend heureuse.

Elle le laissa planté là pour se diriger vers István qui était resté assis. Elle se pencha vers lui, attrapant son visage entre ses mains, et lui donna un baiser appuyé avant de s'asseoir près de lui.
  • Tu veux bien me servir un café, Kyle, s'il te plait ? demanda-t-elle avant de sourire à István qui ne la quittait pas des yeux, abasourdi par l'assurance dont faisait preuve Cristina.

Du bout des doigts, elle écarta une mèche du front d'István qui lui tombait devant les yeux tandis que son cousin posait une tasse devant elle.
  • Et bien, étant donné que je ne me sens absolument pas de trop, dit Kyle, je vais vous laisser et me préparer pour aller au boulot, moi aussi.

István attendit sans un mot que son ami ait quitté la pièce pour attirer la jeune femme contre lui et l'embrasser longuement.
  • Tu vas me manquer, d'ici demain midi, chuchota le jeune homme. Je me languis déjà de toi.
  • Ça va vite passer, dit-elle en se blottissant dans ses bras. Et après je serai toute à toi pour deux jours et deux nuits, alors débrouille-toi pour être disponible, toi aussi. Tu as jusqu'à demain midi pour t'organiser.
  • Compte sur moi, docteur. Je suivrai tes recommandations, surtout si tu promets que je serai ton seul patient pendant les deux jours qui suivront ! répondit-il avec un sourire.
  • Surtout pas ! murmura-t-elle en butinant sa bouche d'une multitude de baisers. Je ne te veux pas comme patient, je te veux comme amant. Et ça m'est égal si je ruine l'un de tes fantasmes.
  • Mon seul fantasme pour l'instant, c'est de t'avoir pour moi seul deux jours d'affilée.
  • C'est envisageable, ça ! Ah et pendant que j'y pense, j'exige une relation exclusive et honnête.
  • Tu l'as déjà, susurra-t-il tendrement.
  • Tu vas me manquer, István.

Il la serra fort contre lui et l'embrassa tendrement.
  • Reviens-moi vite, dit-il simplement.
  • J'en ai bien l'intention. Maintenant que tu m'as ouvert les portes du paradis, je ne vais plus te lâcher d'une semelle, mon amour.
  • Du paradis ? dit-il en soulevant un sourcil.

Elle baissa la tête en rougissant et il éclata de rire en resserrant son étreinte.
  • Le paradis t'attendra, princesse. Et continue de m'appeler ton amour, j'adore ça.
  • Alors, à demain, mon amour ! dit-elle en se relevant après l'avoir embrassé tendrement.

*****

Acton, le 10 octobre 1941
Tate enfila une veste noire et se regarda une dernière fois dans le miroir, il se sentait un peu trop apprêté mais l'inauguration du "Biloba" avait lieu ce soir. Il se sentait nerveux à l'idée de devenir officiellement "propriétaire" d'un ranch mais il n'avait eu à supporter aucune remarque. Il avait investi dans un ranch avec une associée et personne ne semblait y trouver à redire.


Il jeta un dernier coup d'œil autour de lui... il quitterait bientôt son bungalow pour s'installer dans la maison du Biloba. Ambre, quant à elle, continuerait à dormir aux Collines. Ils avaient organisé la grande maison de façon à ce qu'elle puisse recevoir les clients, y compris pour des courts séjours, Tate occuperait une des chambres de la maison. L'étage inférieur était divisé en deux parties, l'une contenait trois bureaux, l'autre les pièces de vie, un grand salon, une salle à manger conséquente sans compter l'immense club-house installé près des écuries.

Ambre n'avait pas lésiné sur son temps et son énergie et il avait découvert son étonnant acharnement au travail, elle ne lâchait rien avant d'avoir obtenu le résultat qu'elle voulait. C'était une perfectionniste mais il devait bien avouer que le résultat était bien plus prometteur et luxueux que ce qu'il avait imaginé au départ. Le bouche-à-oreille avait bien fonctionné et la saison des courses aidant, ils avaient déjà eu plusieurs réservations avant même l'ouverture. Tate était toujours surpris de constater les fortunes qu'étaient prêts à payer les propriétaires de crack, leur personnel étant souvent moins bien loti.
Quant aux chevaux "à problèmes", Ambre commençait à être connue dans la région et les vétérinaires faisaient appel à elle pour des cas désespérés.

Il sortit de son bungalow avec l'impression d'être déguisé pour donner un spectacle et il soupira en prenant la direction de sa voiture. En se garant derrière un hangar du Biloba, il sentit sa nervosité grimper. Des cohortes de serveurs, cuisiniers courraient en tous sens dans un ballet qui lui sembla totalement incohérent. Il se rendit directement vers la maison où devait se trouver Ambre. La porte de son bureau était ouverte et il la trouva assise, concentrée sur des calculs et des comptes qu'elle semblait vérifier et revérifier nerveusement. Sans signaler sa présence, il prit le temps de la contempler un instant.


Elle venait d'avoir dix-sept ans mais paraissait bien plus mature. Il savait que cette impression venait du fait qu'Ambre était déterminée et qu'elle savait exactement ce qu'elle souhaitait et ce qu'elle faisait. Rien ne semblait vouloir ou pouvoir s'opposer à une volonté aussi farouche.


Ce soir, elle avait choisi de porter une robe avec un bustier noir, pour le peu qu'il en voyait. Son visage était dégagé et ses cheveux retombaient dans son dos en lourdes anglaises. Quand elle leva la tête vers lui, il s'aperçut qu'elle avait souligné ses yeux de noir ce qui donnait un éclat magnétique à ses yeux aux teintes ambrées. Elle sourit et après l'avoir détaillé des pieds à la tête, elle rougit timidement.
  • Et bien ! dit-il en verrouillant la porte derrière lui. J'ai eu l'impression que ton regard était un compliment, je me suis trompé ?

Il s'était approché d'elle et s'était penché vers son visage, une main posée sur le bureau, l'autre sur le dossier de sa chaise.
  • Parce que tu cherches les compliments maintenant ? répondit-elle avec un sourire, les yeux levés vers lui.
  • Disons que je suis suffisamment nerveux et coincé dans ce costume pour avoir vraiment besoin des encouragements de mon associée, répondit-il avec une moue qui la fit rire.

Elle passa une main fraiche sur son visage et le regarda avec émotion.
  • Moi aussi, je suis nerveuse et je te trouve magnifique, monsieur Sullivan.

Il glissa une main sous sa nuque et savoura longuement ses lèvres. Ambre enlaça son cou et se leva pour se coller à lui. Il la serra contre lui avant de la relâcher et la faire reculer pour admirer sa tenue. Elle portait une robe fourreau à la coupe parfaite et d'une élégante simplicité.
  • Tu es belle à couper le souffle, murmura-t-il en lui lançant un regard appuyé.

Avant qu'elle n'ait eu le temps de lui répondre, il s'agenouilla devant elle et il prit sa main gauche entre les siennes.
  • Ambre, cela fait un certain nombre de jours maintenant que j'attends la bonne occasion et... je ne pense pas qu'un bureau soit le meilleur endroit pour ça mais, tant pis.
    Je voudrais pouvoir trouver les mots justes pour te dire tout ce que j'aime en toi mais je ne suis pas certain d'être aussi doué que toi pour ça. J'ai toujours beaucoup bougé dans ma vie, Ambre et aujourd'hui, avec le Biloba, je me suis engagé avec toi pour construire un projet qui est pratiquement un projet de vie. Mais ça ne me suffit pas.
    Ce soir, je voulais te dire que j'ai envie de faire un autre voyage avec toi. Le voyage de toute une vie. Pour moi, c'est un voyage vers l'inconnu que je veux faire avec toi à mes côtés. Je veux te voir vivre, te voir changer, évoluer... je veux être à tes côtés à chaque moment, les bons comme les mauvais... Ambre, accepterais-tu de m'épouser ?

Ambre lui retira vivement ses mains qu'elle se mit à agiter frénétiquement devant ses yeux en remuant avec agitation sous le regard ahuri de Tate.
  • Il ne faut pas que je pleure ! Il ne faut pas que je pleure ! répétait-elle sans fin.

Tate se releva et la ceintura de ses bras, l'obligeant à rester immobile et à le regarder.
  • Si je pleure, mon maquillage va couler et il faudra que je retourne à la maison et du coup, je...

Il la fit taire en l'embrassant langoureusement. Ambre répondit aussitôt à son baiser qu'il fit durer jusqu'à ce qu'il la sente se détendre.
  • Ambre, je t'aime, murmura-t-il en relâchant sa bouche.
  • Oui, je veux t'épouser, répondit-elle alors dans un souffle.

Il lui sourit tendrement, prit sa main dans la sienne et lui glissa un magnifique diamant au doigt.
  • Tate, c'est une folie, balbutia-t-elle en fixant les éclats lumineux de la gemme.
  • Ce qui serait une folie, c'est de ne pas te demander ta main, répondit-il doucement.
  • Je t'aime, lui répondit-elle simplement avec un sourire.

Plus tard dans la soirée, Candy sourit en les voyant évoluer parmi leurs invités. Ambre semblait radieuse, Tate ne la quittait pas d'une semelle, il était galant avec elle, prévenant et attentionné. En arrivant, Candy avait vite remarqué la bague qui ornait l'annulaire gauche de sa fille et elle s'en était secrètement réjouie.


Terry s'approcha d'elle et lui enlaça tendrement la taille.
  • Est-ce que je suis trop vieux jeu, murmura-t-il, ou est-ce que toi aussi, tu trouves qu'il aurait pu nous demander avant de lui offrir une bague de fiançailles.
  • Tu es trop vieux jeu, répondit Candy avec un sourire sibyllin.
  • Et bien, comme ça, c'est dit ! répondit-il avec un air faussement outragé avant de lui adresser un clin d'œil qu'elle ne connaissait que trop bien. Et tu crois qu'on peut s'en aller maintenant, ou bien on n'est pas encore restés assez longtemps ?
  • A condition que tu dises au revoir à ta fille, en lui expliquant que tu l'aimeras toujours, alors oui, à ce moment-là, nous pourrons y aller.

Il la regarda avec une infinie tendresse et lui embrassa la tempe en l'entrainant avec lui.

*****

Acton, le 12 décembre 1941
Serena frappa à la porte de sa sœur et passa la tête par l'entrebâillement.
  • Je peux entrer ?
  • Bien sûr ! Viens ! dit Ambre en souriant.

Elle était assise devant sa coiffeuse et se brossait les cheveux. Serena s'avança derrière elle et lui prit la brosse des mains pour continuer à lui démêler les cheveux.
  • J'adore la couleur de tes cheveux, dit Serena en souriant. Ils ont tellement de reflets différents et avec cette lumière, ils sont magnifiques.
  • Merci, ma puce, répondit Ambre en lui souriant dans la glace. Mais tu n'as rien à m'envier, jolie Boucles d'Or. Ça va bien, toi ?
  • Oui, ça va... Jeff m'agace un peu en ce moment mais sinon ça va... C'est juste que ça va être dur sans toi à Noël... Ça fait déjà plusieurs années que Kyle n'est pas là, et puis ça a été au tour de Ryan et maintenant toi ! Je sais bien que c'est dans l'ordre des choses mais je dois bien avouer que je commence à trouver ça dur de vous voir tous partir !
  • Viens, dit Ambre en l'entrainant vers le lit. Installe-toi avec moi, on va discuter un peu toutes les deux, ça me fera plaisir.

Les deux filles s'installèrent confortablement sur le grand lit. Ambre regarda sa sœur en souriant.
  • Toi aussi, tu vas me manquer et... ce que tu ressens, je le ressens aussi.
  • Oui mais tu seras avec Tate et il t'adore ! rétorqua Serena, boudeuse.
  • Ça ne changera rien au fait que ma famille me manquera, répondit Ambre en lui souriant.
  • Tu es heureuse avec lui ? au Biloba, tout ça... ça ne t'effraie pas ?
  • Alors... oui, oui, oui et non ! répondit Ambre. Je me sens en paix, Serena, c'est comme si tout s'était mis en place le plus naturellement du monde... C'est devenu une évidence pour moi. C'est pour ça que je n'ai rien dit malgré les manigances de papa et maman !

Serena éclate d'un rire cristallin qui gagna très vite Ambre.
  • Et pour Tate, tu crois qu'ils ont... tu crois qu'ils se doutaient que vous tomberiez amoureux ? demanda Serena. J'ai du mal à imaginer que papa puisse cautionner cela.
  • J'en avais parlé à maman, répondit Ambre en souriant. Et je crois que... elle l'aime bien, d'abord, et elle aime tous les trucs romantiques ensuite, et puis... elle sait toujours comment il faut présenter les choses à papa pour qu'il ne s'énerve pas.
  • Ça, c'est sûr ! De toute façon, papa serait prêt à faire tout et n'importe quoi s'il prenait à maman de le lui demander !
  • Tu veux dormir avec moi, ce soir ? demanda Ambre en souriant.
  • Comme quand j'étais petite ? Pourquoi pas ! répondit Serena en riant.
  • Alors va te préparer et viens me rejoindre.
  • A tout de suite ! s'exclama Serena en quittant la pièce.

*****

Dans le salon, Terry préparait un feu dans la cheminée et Candy s'était installée sur l'un des canapés confortables qui meublaient la pièce.

Quand le feu crépita joyeusement, Terry vint s'installer près de Candy et la prit dans ses bras. Ils restaient silencieux tous les deux, blottis l'un contre l'autre, les yeux perdus dans le feu, profitant simplement d'un moment de paix et de sérénité ensemble.
  • J'ai le souvenir d'un jeune garçon qui rêvait de vivre une scène similaire il y a des années de cela, murmura-t-il à l'oreille de Candy.
  • Raconte-moi... répondit-elle sur le même ton.
  • Tu connais cette histoire, tu étais là, toi aussi... Je repensais à cet après-midi d'orage que nous avions passé tous les deux en Écosse Pendant un instant, alors que nous nous réchauffions devant le feu, j'ai pensé que j'adorerais vivre une scène similaire avec toi, quand nous serions plus vieux.
  • Et alors... ton bilan, Terry ? Est-ce que ta vie présente est à la hauteur de ce dont tu avais rêvé à l'époque ? demanda-t-elle avec un sourire chaleureux.

Il prit le temps de la regarder attentivement avec un sourire en coin.
  • A ton avis ? dit-il doucement.
  • Je pense que tu aimes notre vie, répondit-elle doucement, quant à savoir si cette vie correspond aux rêves que tu as pu faire autrefois, je ne sais pas...
  • Si tu cherches au fond de mes yeux, tu trouveras, mon ange, dit-il avec une voix légèrement rauque. Je crois qu'à l'époque, je ne m'étais pas projeté autant que ça... Je m'imaginais acteur, c'est sûr, mais à Broadway ou à Londres, je n'y avais même pas réfléchi. Quant à toi et moi, je m'étais contenté d'imaginer une vie de couple toute simple... juste toi et moi et l'amour qui s'exprime en toute liberté, sans les barrières de l'âge ou de notre innocence à l'époque...
    Maintenant pour ce qui est de notre vie, de ce qu'elle est devenue, je suis effectivement comblé, mon ange, ajouta-t-il en l'embrassant délicatement. Comblé par toi, par mon travail, par tout... Même par mes enfants têtus et bornés qui n'en font qu'à leur tête !
  • Comme leur papa ! répondit-elle avec un rire tendre.
  • Et pas leur maman, peut-être ? demanda-t-il en levant un sourcil avec un sourire narquois.
  • Bon d'accord, leur maman aussi ! répondit-elle en fronçant le nez avec une moue boudeuse.

Terry éclata de rire en voyant son expression et l'embrassa très tendrement.
  • Avec des parents comme nous, on pouvait difficilement s'attendre à avoir des enfants placides, calmes et...
  • Et inintéressants ! coupa Terry. Au lieu de ça, on a des enfants pénibles mais absolument géniaux. Et malgré le fait qu'ils me manquent beaucoup, je suis fier de ce que sont et ce que font Kyle et Ryan. Quant à Ambre, j'avoue à avoir un mal fou à accepter le fait qu'elle soit fiancée, je la trouve si jeune pour ça ! Mais ne dis rien ! Je sais exactement ce que tu vas me dire... Et oui ! Oui, si j'avais pu, je t'aurais épousée alors que tu avais son âge, je sais !... J'ai juste du mal à accepter qu'ils aient grandi aussi vite et qu'ils s'en aillent...
    Même si... Même si, d'un autre côté, j'apprécie d'avoir de plus en plus de temps avec toi encore que tu travailles beaucoup trop. Mais c'est aussi parce que je suis jaloux du temps que tu passes à L.A. avec la Croix-Rouge et puis avec le ranch...
  • Je ne fais plus grand chose au ranch, Terry. Tate et Caldwell gèrent tout très bien et je me contente de faire le point avec eux et de signer les chèques.
  • Tate gère encore beaucoup de choses pour les Collines ?
  • Non, plus vraiment... il se contente de superviser et il donne des coups de main mais je crois qu'il vient de moins en moins. Il vérifie tout avant de me présenter les chiffres en fin de semaine mais j'ai l'impression qu'il fait vraiment confiance à Caldwell et qu'ils s'entendent bien.
  • Bon... je l'aime bien Caldwell, dit Terry, d'autant qu'il a quarante ans, qu'il est déjà marié et que Serena ne traine pas autour des écuries !
  • De toute façon, pour Serena, les chevaux sont un hobby, quant aux garçons... Je crois que Jeff joue déjà suffisamment le garde-chiourme avec elle sans que tu t'y mettes.
  • Ça va faire drôle de n'avoir que les jumeaux à Noël... murmura Terry.
  • D'un autre côté, la seule absente sera Ambre, lui répondit Candy avec un sourire.
  • Je sais... Est-ce qu'on a raison de la laisser partir avec Tate ?
  • Oh, Terry... on en a déjà discuté des milliers de fois... Ils sont fiancés et c'est une opportunité pour elle de rencontrer la seule famille de Tate. Tu sais bien que son frère ne peut pas se déplacer à cause de son exploitation alors c'est bien qu'elle y aille avec lui.
  • Je suis encore une fois insupportable, c'est ça, dit-il avec un regard en coin.

Candy se mit à rire doucement, elle lui caressa le visage et l'embrassa tendrement.
  • Ceci dit, reprit Terry, on n'a pas réglé le fait que tu travailles trop en ce moment...
  • Tu dis ça parce que tu es en phase de création, mon amour, lui chuchota-t-elle... Dès que tu seras reparti sur un tournage, c'est moi qui tournerais en rond toute seule ici...
  • Les studios m'ont envoyé plusieurs scénarios... lui dit-il alors.
  • Et ?
  • Et... il y en a un qui m'intéresse vraiment, ça demande peut-être un travail de réécriture, notamment pour le réaliser comme je veux mais ça me paraît envisageable en tout cas. L'ennui c'est qu'il m'ont suggéré Laurence Olivier et je le trouve encore trop théâtral... j'ai envie de faire appel à Clark mais je ne suis pas sûr qu'ils acceptent, dit-il en soupirant.
  • Vous vous entendez bien tous les deux, d'après ce que j'ai pu remarquer ?
  • On n'a pas du tout les mêmes idées politiques, dit Terry en souriant. Mais alors, pas du tout ! Mais il a épousé une femme qui a des idées à l'opposé des siennes... Bref, c'est un type tolérant et... c'est un asocial, un peu ours, alors forcément... je l'aime bien. Il est très amoureux de sa femme et je pense qu'elle te plairait beaucoup. Pour être honnête, même si je ne la connais pas beaucoup, elle me fait penser à toi.
  • Je dois m'inquiéter ? demanda Candy en se redressant subitement, les sourcils froncés.
  • Absolument pas ! s'exclama Terry en lui dévorant les lèvres.

Candy se laissa aller dans les bras de son mari, lui rendant son baiser avec ardeur.

*****

Lewistown, Montana, 23 décembre 1941
Le train arriverait en gare de Lewistown dans environ une heure, Ambre sentait la nervosité la gagner et laissa son regard errer sur le paysage et grandiose qui s'étendait sous ses yeux.


Tate ne la quittait pas des yeux, il voyait la tension la gagner, ses gestes devenaient plus vifs et sa respiration semblait plus courte. Il se pencha vers elle et prit ses mains dans les siennes avant de les porter à ses lèvres en un geste très tendre.


Ils étaient seuls dans leur compartiment depuis la dernière gare et Tate prit la liberté de venir s'asseoir près d'elle et de l'attirer contre lui. Ambre laissa aller sa tête sur son épaule en soupirant de plaisir.
  • Ils vont t'adorer, murmura-t-il à son oreille.
  • Je te trouve bien sûr de toi, Tate.
  • C'est mon frère, Ambre. Je le connais un petit peu, si tu veux tout savoir, ajouta-t-il avec un petit sourire. Et puis... il ne peut qu'aimer la femme qui me rend heureux et qui se trouve être mon associée, qui plus est. Ce sont des gens simples, tu sais...
  • Contrairement à moi et à ma famille, c'est ça ?
  • Ne sois pas si agressive. Non, ce n'est pas ça, Ambre. Mais tes parents sont des êtres cultivés, ils ont beaucoup voyagé et ils sont très ouverts sur beaucoup de choses. Mon frère n'a jamais connu que le Montana, le plus grand voyage qu'il ait fait l'a amené à Buffalo, dans le Wyoming et... qui plus est, il ne connait que l'élevage et n'a jamais vu un film de cinéma de toute sa vie alors...
  • Tate, je... je n'ai jamais jugé les gens sur ce qu'ils faisaient ou sur leur apparence ou... je ne sais quoi encore. Ce qui m'intéresse, ce sont les qualités humaines des gens et...

Il la fit taire par un baiser passionné auquel elle répondit avec ferveur.
  • Ambre, dit-il tout contre ses lèvres, je t'aime désespérément, follement... Je sais qui tu es et je t'aime pour tout ce que tu es. Je voulais juste te préparer au fait qu'il risque de venir nous chercher en chariot ou... ou bien encore en camionnette et...
  • Si j'ai froid, tu n'auras qu'à me serrer dans tes bras... A moins que ton frère ne soit trop "collet monté" à ce sujet.

Tate se mit à rire et l'embrassa à nouveau avant de se radosser à son fauteuil, Ambre serrée contre lui. Ils regardaient le paysage et Tate lui indiqua les monts Snowy et Judith, il lui parla des réserves indiennes dans la région, de Crystal Lake où ils allaient en vacances quand il était enfant.
  • Tu as été heureux, ici, n'est-ce pas ? lui demanda-t-elle doucement.
  • Oui, jusqu'à la mort de mes parents en tout cas. Après, les choses sont devenues plus difficiles jusqu'à ce que... jusqu'à ce que je devienne cow-boy itinérant.
  • Pourquoi c'était plus difficile ?
  • Nous ne le savions pas mais mon père avait des dettes et... ça a demandé beaucoup de travail et de sacrifices pour garder le ranch et... c'est mon frère qui a le plus trimé. Ethan a du se séparer de la quasi-totalité du troupeau et tout recommencer... J'étais un coût plus qu'une aide pour lui alors je suis parti travailler ailleurs. Il a tout redressé et je suis fier de ce qu'il a fait.
  • Et sa femme ?
  • Elle s'appelle Sharon. C'est la fille d'un des plus gros ranchmen de la région, Russell McGovern. Il est fou d'elle et je crois qu'il a essayé d'aider mon frère mais... On a la fierté exacerbée dans la famille...
  • Ah bon ? demanda-t-elle avec un petit sourire en coin.
  • Très drôle ! lui répondit-il avec un air désabusé avant de lui sourire... En tout cas, il a attendu que le ranch tourne mieux pour lui proposer le mariage. C'était... il y a un peu plus de six ans.
  • Et maintenant, ils ont quatre enfants, c'est ça ? Danny, ton filleul, Helen et Nicholas et le dernier, tu ne m'a jamais dit son nom.
  • Tu as bonne mémoire, à ce que je vois ? demanda-t-il, ému qu'elle s'en souvienne.
  • Tout ce qui te concerne m'intéresse, Tate, répondit-elle d'un ton très doux.
  • La petite dernière s'appelle Fiona et elle a 6 mois, Nicholas 2 ans et demi, Helen a 4 ans et demi et Danny a eu 6 ans fin août.


Quand le train s'arrêta, Tate s'occupa de leurs bagages et descendit sur le quai. Il se retourna ensuite vers elle pour l'aider à descendre. Il se tourna vers la gare et aperçut son frère et son filleul. Danny se mit à courir vers lui dès qu'il l'aperçut et se jeta dans ses bras.


Ambre se sentit émue en découvrant une autre facette de Tate, auquel le petit garçon semblait très attaché. Elle vit un homme presque aussi grand que Tate qui s'avançait vers eux en souriant. Ils avaient la même couleur de cheveux mais Rick Sullivan avait des yeux bleus, il avait une silhouette plus lourde mais les fossettes de leurs sourires étaient les mêmes.
C'est le moment que choisit le petit Danny pour s'adresser à elle.
  • Bonjour ! dit-il avec un sourire timide. C'est toi, Ambre ?
  • Oui, c'est moi, et toi tu dois être Danny, dit-elle avec un doux sourire.
  • Tu as l'air gentille, dit-il doucement, mais tu as les yeux d'un loup.
  • Ce n'est pas bien ? demanda Ambre, intriguée.
  • Je sais pas, répondit-il. Fais voir de près.

Tate passa un bras autour de la taille de la jeune femme et l'attira contre lui. Danny la regardait attentivement et il posa ses deux petites mains sur les joues de la jeune femme pour mieux la regarder.
  • Alors, ton verdict ? demanda Tate à son neveu. Tu ne la trouves pas magnifique ? Parce que, moi si.
  • Moi aussi, dit le petit garçon en déposant un bisou sur la joue d'Ambre avant d'entourer son cou pour se serrer contre elle.

La jeune femme resserra ses bras autour du petit garçon et le serra contre elle en fermant les yeux sous le coup de l'émotion. Tate déposa un baiser sur la tempe de la jeune femme avant de lui reprendre Danny qu'il reposa sur le sol.
  • Étant donné que tu es maintenant très grand et très costaud, j'ai de plus en plus de mal à te porter, dit Tate en lui souriant. Alors imagine pour la pauvre Ambre, tu as du lui user les reins.
  • Pardon ! dit aussitôt le petit garçon en regardant Ambre.
  • Tout va bien ! Tu es adorable, Danny, dit-elle en se penchant vers lui pour déposer un baiser sur ses cheveux.
  • Salut Rick ! dit alors Tate en donnant une longue accolade à son frère. Tu as l'air en pleine forme !
  • Toi aussi, on dirait ! répondit Rick en riant. Tu me présentes ?
  • Oui ! dit Tate en se tournant vers Ambre qu'il enlaça par la taille en l'attirant vers lui. Je te présente Ambre Grandchester, mon associée, ma fiancée, ma vie... Ambre, voici mon frère, Rick !
  • Tate m'a beaucoup parlé de vous et de votre famille, dit Ambre en lui tendant solennellement sa main. Il me tardait de vous rencontrer.

Elle avait ce sourire chaleureux que Tate adorait et il sentit tout de suite que son charme agissait sur son frère qui restait très réservé, contrairement à son habitude.
  • Vous allez épouser mon frère, alors je vous embrasse, dit rapidement Rick en déposant deux bises sonores sur les joues de la jeune femme. Et... maintenant que je vous vois, je comprends qu'il n'envisage pas une seconde de revenir dans le Montana.
  • Merci pour votre chaleureux accueil, dit-elle en souriant toujours.

Rick avait fait l'acquisition d'une grande camionnette Ford dans laquelle ils furent confortablement installés pour faire la route qui les menait au ranch Sullivan.
Ambre découvrit le ranch où Tate avait grandi avec un regard subjugué, ils étaient cernés par la neige mais le spectacle était époustouflant. La beauté des montagnes, les plateaux étendus qui devaient ruisseler de verdure au printemps, elle resta sans voix en découvrant les deux maisons de bois près d'une petite rivière qui cascadait vers un étang et des vaches, des centaines de vaches.

L'accueil fut très chaleureux, Helen et Nicholas étaient eux aussi deux enfants charmants, quant à Sharon elle avait été très amicale et prévenante. Ambre lui trouva un air fatigué sûrement du à tout le travail que demandait une famille nombreuse dans un ranch isolé.
Elle se promit de l'aider et passa sa soirée à la surveiller, se préoccupant de lui faciliter le plus possible la tâche.
A la fin du repas, Sharon partit coucher les enfants tandis qu'Ambre entreprit de faire la vaisselle. Tate l'avait observée toute la soirée et la rejoint à la cuisine pour essuyer ce qu'elle lavait.
  • Si tu me casses une assiette, Tate Sullivan, je t'étrangle ! s'exclama Sharon en entrant dans la cuisine. Et vous, Ambre, vous n'avez pas cessé de vous lever toute la soirée et maintenant vous faites la vaisselle, laissez ça, je vous en prie, vous êtes notre invitée.
  • Je suis peut-être votre invitée mais je ne suis pas manchote et j'ai terminé, répondit Ambre avec un sourire. Ce qui devrait nous laisser le temps de discuter tranquillement au coin du feu en sirotant un café, un thé, une tisane, ce que vous voulez...
  • Ça me touche beaucoup, Ambre, merci. Je n'ai pas l'habitude, je crois... je... c'est agréable d'avoir une présence féminine ici, vous savez. Et puis, vous n'êtes pas du tout comme je l'imaginais et je suis ravie de m'être trompée.
  • Comment tu l'imaginais ? demanda Tate avec un sourire ironique.
  • Tate, tu n'es pas gentil, coupa aussitôt Ambre. C'est de ta faute si elle avait des à priori sur moi, je suis sûre que tu m'as décrite comme une petite fille riche, gâtée et que sais-je encore mais... ma mère a grandi dans un orphelinat, elle a été dame de compagnie, servante... elle a connu une vie difficile et cela lui a donné un certain sens des valeurs qu'elle nous a transmis. Alors oui, Sharon, oui mes parents sont riches mais ce sont des gens simples et honnêtes, j'ai très certainement été gâtée aussi, très gâtée. Peut-être même trop. Mais j'ai un sens des valeurs qui j'en suis sûre est très proche des vôtres et... je me sens bien ici.
    Vous m'avez accueillie très chaleureusement et je vous en remercie mais je ne veux pas que vous me traitiez comme une princesse ou comme une invitée. Sharon, j'aime Tate de tout mon cœur et quand nous serons mariés, vous deviendrez ma sœur alors laissez-moi vous aider, s'il vous plait. Vous devez prendre en charge une famille de six personnes et si je rajoute Tate et moi, ça fait huit, et pour couronner le tout, vous avez deux enfants en bas âge dont un tout petit bébé et c'est beaucoup de travail, je le sais. Laissez-moi vous aider, Sharon.
  • Ambre, je... Merci. Ça me touche beaucoup mais, ne vous inquiétez pas trop... Demain, le clan McGovern va débarquer et ma mère et mes sœurs prendront tout en main. Vous verrez, dit-elle en riant, ni vous ni moi n'auront plus l'autorisation de rien faire !

Elle se tourna alors vers Tate avec un petit sourire.
  • Tu as de la chance, sale gosse ! Elle est parfaite. Mais tu ne dis rien ?
  • Tu as raison, elle est parfaite ! renchérit Tate en fixant Ambre. Et elle accepte de m'épouser malgré tous mes défauts et le reste... Alors oui, je suis bêtement heureux et je ne dis rien...
  • Bon... et bien, je vais profiter de cette soirée de calme pour aller me coucher tôt, si vous le voulez bien. Parce que là, je suis fatiguée !
  • Bonne nuit, Sharon ! dit-il en se penchant pour l'embrasser sur la joue. Merci pour ton accueil.
  • Merci à toi d'être venu, répondit-elle. Tu fais plaisir à Danny et c'est bien...

Elle s'approcha d'Ambre et l'embrassa en lui souhaitant une bonne nuit avant de se retirer. Rick qui entrait dans la cuisine fit de même en indiquant à Tate qu'il avait rempli la chaudière.
  • Tu veux quelque chose, du café, du thé ? demanda Tate à Ambre qui restait silencieuse.

Ambre secoua négativement la tête. La cuisine lui paraissait soudain très petite et la présence de Tate était pour elle de plus en plus déroutante. Il s'approcha d'elle et la serra dans ses bras tendrement.
  • Détends-toi, Ambre, tout va bien, murmura-t-il. Tu es parfaite, merveilleuse, attentionnée... Rick et moi avons bien vu ce que tu faisais pour Sharon et... tu me surprends alors même que je ne devrais pas être surpris. Tu es adorable et je t'aime.
  • Moi aussi, Tate, je t'aime et c'est... c'est beaucoup d'émotion pour moi d'être ici... j'essaye de t'imaginer enfant, ici... j'ai l'impression que tu me livres une partie de toi très secrète et...
  • Viens, dit-il en l'entrainant derrière lui.

Il vérifia que la porte d'entrée était fermée, éteint toutes les lumières et l'entraina avec lui à l'étage. Il la fit entrer dans une chambre au décor très sobre. Il y avait des photos en noir et blanc sur un mur et des dessins au pastel sur les autres. Le petit bureau semblait crouler sous une montagne de livres traitant d'hippologie, de médecine vétérinaire et puis, dans un coin, un petit coffre qui regorgeait d'une multitude de petits chevaux de bois magnifiquement sculptés et peints. Ambre se pencha sur la boite et examina quelques unes des figurines.
  • Elles sont magnifiques, Tate, c'est un travail d'une finesse remarquable. C'est toi qui fait ça ?
  • Non. Mon père les faisait pour moi et mon frère. Nous jouions avec quand nous étions petits et Danny adore venir ici pour jouer avec.
  • C'est ta chambre ça, alors. Ton antre ?
  • C'est la chambre où j'ai rêvé étant enfant, où ma mère venait m'embrasser pour me souhaiter une bonne nuit et... c'est là que j'ai vainement tenté de ne pas penser à toi, l'an passé.
  • Bien fait ! J'avais été tellement déçue de découvrir que tu n'étais pas là, ajouta-t-elle en s'approchant de la fenêtre pour observer la vue. C'est magnifique, ici, Tate. Le Montana ne te manque pas ?

Il s'était glissé derrière elle et la serrait dans ses bras.
  • Non. J'ai appris à aimer la chaleur au Texas mais la Californie a un climat encore plus agréable. Et puis c'est là-bas que se trouve notre ranch, Ambre et... et toi. Et non, non ça ne manque pas. J'aime ce que nous faisons au Biloba et... ma vie est presque parfaite, Ambre.
  • Presque ?
  • Après notre mariage, c'est un mot que tu pourras supprimer, murmura-t-il.

Elle se tourna vers lui avec un sourire très tendre.
  • Il me tarde d'être au mois de juillet, lui dit-elle, les yeux levés vers lui.
  • Moi aussi, dit-il en se penchant pour l'embrasser.

Il la relâcha en soupirant.
  • Je vais te raccompagner dans ta chambre, ma belle, lui chuchota-t-il.

En arrivant devant sa chambre, elle ouvrit la porte et lui prit la main.
  • Viens avec moi, Tate, chuchota-t-elle.
  • Ambre... je ne peux pas.
  • Si, tu peux, répondit-elle en se collant à lui avec langueur.

Le prenant par surprise, elle le tira d'un coup sec par la main et referma la porte derrière eux. L'intensité métallique du regard de Tate la bouleversa.
Avec beaucoup de délicatesse cette fois, elle l'entraina par la main vers son lit.
  • Ambre, non... murmura-t-il en se laissant faire. Si nous faisons cela... Ambre, écoute-moi, s'il te plait, si tu tombais enceinte...
  • Je ne tomberai pas enceinte, dit-elle, pas aujourd'hui.

Elle s'était arrêtée et le regardait fixement, la tête légèrement penchée sur le côté.
  • Ambre, si je commence à te toucher, je ne pourrai plus m'arrêter, lui dit-il alors. Je t'aime, Ambre. Je pense à toi sans arrêt mais je ne veux pas te toucher ce soir. Nous patienterons jusqu'à notre mariage, Ambre. Et je te promets des moments inoubliables. Mais pas ce soir, mon amour, pas ce soir... Tu me bouleverses, je t'aime mais je vais sortir d'ici et retourner dans ma chambre, d'accord ? Et n'oublie pas que je t'aime, Ambre, je t'aime à la folie.

Sur ce, il tourna les talons et quitta la chambre aussi vite que possible. Ambre eut du mal à s'endormir mais elle était heureuse et elle aimait Tate plus que jamais.

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