024 - Partie 2 - Chapitre 24 : Histoires de clans



ATTENTION

Ce chapitre comprend des scènes destinées à un public adulte.
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Los Angeles le 13 septembre 1945
Une grande partie de la famille André s'était réunie dans le ranch d'Albert et d'Alexandra et tout le monde ou presque se préparait pour se rendre au ranch des Collines où ils étaient attendus pour le dîner.
Alistair et Flanny étaient venus avec leur deux enfants, Abigaïl et Duncan. Annie et Archie étaient également présents avec leurs enfants, Adrian, Claire et Pauline.
Georges, qui les avaient accompagnés, était toujours enfermé dans le bureau avec Albert et Archie.

  • Je n'arrive toujours pas à croire ce que je suis en train de lire, répétait Albert en secouant la tête, relisant encore et encore les documents apportés par Archie. Quand je pense qu'elle savait la vérité, et que malgré cela, elle s'est encore obstinée à se taire... Non, mais vous vous rendez compte ! La tante Elroy était vraiment...
  • Non, ne le dis pas, dit paisiblement Archie. Nous savons qu'elle était aigrie et la situation d'Elisa et de Neil n'a pas du contribuer à améliorer les choses. Sans compter qu'elle a toujours tenu Candy pour responsable des décès d'Anthony et d'Alistair.
  • Georges, demanda Albert, sans relever la tête, est-ce que... vous pensez que Sarah était au courant de toute cette histoire ?
  • Si l'on se fie à la confession de votre tante, j'ai bien peur qu'elle ait participé à la mise à l'écart de cette demoiselle Helene MacFarlane.
  • Elle savait, elle aussi... depuis le début... Non mais vous vous rendez compte de ce que cela implique pour Candy ? Elle savait... Quand ils l'ont envoyée chercher à la maison Pony, ce n'était pas pour l'adopter mais pour en faire une demoiselle de compagnie pour Elisa. Sarah savait parfaitement qui elle était et ça ne l'a pas empêchée de... Grands Dieux ! Mais qu'elles pourrissent en enfer, toutes les deux !
  • Allons, Albert, calmez-vous ! tempéra Georges de sa voix apaisante. Cela ne sert plus à rien.
  • Georges a raison, reprit Archie. Elles sont toutes les deux décédées maintenant. En revanche, nous devons décider de ce que nous allons dire à Candy, ou de ce que nous ne lui dirons pas.
  • Je ne veux pas lui mentir, Archie, répondit Albert dans un souffle. Et je ne veux rien lui cacher non plus... je le lui ai promis... Je le lui dirai ce soir, même si cette histoire doit la blesser autant qu'elle me blesse... Nous avons tous les deux été des victimes dans cette histoire. Parce qu'on a voulu me priver de ma sœur et parce qu'on l'a privée de sa mère. Je... Je ne sais même pas quoi dire... Elroy et Sarah ont eu une conduite monstrueusement égoïste.
  • Dites-vous que le destin leur a joué un drôle de tour. Sans le savoir, vous avez réparé les torts qu'elles avaient commis, Albert. Rappelez-vous comme elles n'ont pas émis beaucoup d'objections quand vous avez pris la décision d'adopter Candy. Cela nous avait beaucoup intrigués à l'époque, vous avez maintenant l'explication de cet étrange comportement.
  • C'est sûr, renchérit Archibald ! Non seulement, cela éclaire beaucoup de choses sur leurs comportements respectifs passés mais surtout... je ris rétrospectivement rien que d'imaginer la tête qu'elles ont du faire en apprenant que Candy serait désormais une André ! Sans le savoir, tu t'es bien vengé, Albert !
  • Peut-être, murmura pensivement Albert. Quoiqu'il advienne, je parlerai à Candy ce soir et je l'annoncerai au reste de la famille ensuite, alors... pas un mot. En attendant, il va falloir qu'on se prépare et qu'on y aille si on ne veut pas prendre le risque d'arriver en retard.
  • Alors, allons-y, lança Archie avant d'entraîner tout le monde vers la porte.

*****

Acton, le 13 septembre 1945
Il arrivèrent au ranch en fin d'après-midi et les deux familles réunies se lancèrent dans la préparation du barbecue devant lequel ils comptaient festoyer.
Si les membres de la famille se sentaient à leur aise dans cette fourmillière grouillante de monde, Miska, István, Juliette et Jo eurent la sensation d'être engloutis par un tourbillon dont ils ne savaient pas s'ils en sortiraient entiers !

Quant à Albert, il eu un mal fou à réussir à s'isoler en compagnie de Terry et Candy mais il tenait absolument à leur parler avant le début de la fête. Ils s'installèrent finalement dans le bureau de Terry, qui observait Albert avec un brin de circonspection et d'inquiétude.

  • Albert, commença Terry. La dernière fois que je t'ai vu faire une tête pareille, c'était juste avant que tu ne m'annonces que Candy s'était engagée pour partir travailler sur le front en France. Alors, s'il te plaît, ne nous fais pas languir plus longtemps et dis-nous quel est le problème.
  • Ne t'inquiète pas, Terry, répondit Albert en soupirant, ce n'est pas vraiment un problème. Ce que j'ai à vous dire n'a même aucune espèce d'importance sur le fond et je ne pense pas que cela changera quoi que ce soit à nos vies mais... c'est tout de même quelque chose d'important et de grave.
    Pour tout te dire, Terry, je ne m'attendais vraiment pas à ça et je ne suis pas certain d'avoir moi-même digéré une nouvelle aussi grave, si tu veux tout savoir...
  • Dis-nous ce qu'il se passe, dit Candy avec un ton plein de sollicitude. Albert, s'il te plaît, tu m'inquiètes beaucoup...
  • Oh, Candy, si tu savais... dit-il en se prenant la tête dans les mains. Mais par où commencer, je ne le sais même pas... Quand Archie et Georges sont arrivés, ils ne m'en ont pas parlé tout de suite mais dès que nous avons pu nous isoler dans mon bureau, ils m'ont appris une bien drôle de nouvelle.
    Figure-toi qu'un banquier de Charleston a pris contact avec Georges il y a quelques jours pour savoir ce qu'il devait faire d'un coffre que la tante Elroy avait ouvert dans leur établissement. Le contrat arrivait à échéance et il voulait savoir s'il devait le renouveler ou pas.
  • Mais... elle est morte depuis...
  • Je sais, Candy, mais... personne ne savait pour le coffre. Habituellement, Elroy utilisait les services de la banque André mais il faut croire qu'elle ne voulait vraiment pas que l'on trouve ces papiers avant sa mort. Ce qui me rend d'autant plus furieux car il aurait suffi qu'elle détruise ces pages pour que personne n'en sache jamais rien mais en agissant ainsi, elle devait se douter que nous trouverions un jour ces documents. Je suis même persuadé qu'elle voulait que nous les trouvions.
  • Que contiennent ces documents, Albert ? Je ne t'ai jamais vu aussi bouleversé alors parle-moi, dit doucement Candy. Tu te souviens de ce que nous nous étions promis ? Plus jamais de secrets...
  • Oui, je me souviens, Candy. Mais c'est juste difficile... Il y avait plusieurs documents en vérité. Pour commencer, il y avait le dernier testament de mon père. Elroy l'a dérobé et dissimulé peu de temps avant le règlement de sa succession. La différence avec le testament précédent était infime mais elle avait son importance.
    Il y avait également une lettre d'Elroy pour moi. Une lettre qui m'a rendu furieux car elle se contente de m'expliquer pourquoi elle a agi ainsi mais sans jamais s'excuser de ses actes.
  • Parce que tu as déjà vu ta tante Elroy s'excuser de quoi que ce soit, toi ? demanda Terry, d'un ton ironique. S'est-elle jamais excusée de quoi que ce soit vis à vis de Candy ? Non, jamais ! Et pourtant elle ne pouvait pas ignorer que ses actes étaient profondément injustes, pour parler poliment.
  • Tu as raison, Terry, répondit Albert. Et tu n'imagines même pas à quel point tu as raison. Ce qui me met le plus en colère, c'est de n'avoir plus aucune possibilité de lui dire ce que je pense de tout ça.
  • Elle devait bien s'en douter pour agir ainsi, répondit Terry. Mais, ce testament subtilisé... cela aurait changé tant de choses que ça ?
  • Pas pour la famille André, non. Pour le clan, ça n'a rien changé. Mais mon père avait ajouté quelque chose à son dernier testament. Il expliquait qu'après la mort de ma mère, il est resté longtemps mélancolique et prostré. Deux ans avant sa mort et avant d'apprendre qu'il était malade, il a rencontré une jeune femme dont il est tombé très amoureux. Il a eu une liaison avec cette jeune personne et quelques semaines avant sa mort, elle lui a appris qu'elle était enceinte. Il voulait l'épouser mais elle a refusé de peur qu'on l'accuse de se marier par intérêt. Quant à mon père, sa maladie l'a rattrapé avant qu'il n'ait eu le temps de mettre à l'abri la mère et l'enfant.
    Mon père souhaitait lèguer une part de son héritage à son enfant à naître et une rente devait être allouée à sa mère. Qui plus est, il souhaitait qu'elle vienne habiter au manoir et que son enfant soit élevé avec moi, avec l'aide et sous la responsabilité de Rosemary.
  • Tu penses que Rosemary était au courant de tout ça ? demanda doucement Candy.
  • Non. Elle n'en savait rien. Sa santé était déjà fragile, à cette époque et tout le monde lui épargnait la moindre contrariété. Elle ne savait pas et Elroy me l'a d'ailleurs confirmé dans sa lettre.
  • Et donc personne n'a pu l'empêcher de se débarrasser de la mère et de l'enfant, après le décès de ton père. C'est bien ce qu'il faut comprendre ? demanda Terry d'un ton un peu sec.
  • Après le décès de mon père, Elroy s'est occupée de tout. Avec l'aide et la complicité de sa fille, Sarah, elles ont subtilisé le dernier testament de mon père. Le précédent étant toujours chez le notaire, personne n'a jamais rien deviné pour le testament disparu.
    Quant à la jeune femme dont mon père était amoureux, personne ne l'aurait crue ni écoutée si elle s'était manifestée. Elle s'est retrouvée brutalement sans emploi, sans ressources et sans domicile. Elle était couturière mais, par un étrange hasard auquel Elroy n'est sûrement pas étrangère, plus personne dans la région n'a voulu lui confier le moindre travail. L'enfant est né quelques mois plus tard mais compte tenu de leurs conditions de vie, la maman a contracté la tuberculose. Elle est morte dans le dénuement le plus absolu quelques mois plus tard.
    Mais quelques temps avant de mourir et, de peur de contaminer son enfant, elle a préféré l'abandonner dans un orphelinat avant de disparaître.
  • Mon Dieu, c'est horrible ! Il faut que l'on retrouve cet enfant, murmura Candy d'une voix blanche. Elroy savait qui il était et où le trouver, n'est-ce-pas ?
  • Oui, souffla Albert d'une voix rauque. Cette pauvre femme s'appelait Hélène, Hélène MacFarlane. Et c'était ta maman, Candy.

La voix d'Albert s'enroua et il regarda Candy en laissant couler ses premières larmes.

  • Je suis désolé... je ne pourrai jamais leur pardonner ça, ajouta-t-il. Jamais. Je suis tellement désolé, Candy... tellement désolé, si tu savais...

Candy ne disait plus un mot, elle ne paraissait même plus respirer. Son regard se perdait dans le vague et un flot de larmes silencieuses commença à rouler sur ses joues.
Terry s'était immédiatement rapproché d'elle après les aveux d'Albert. Il la serrait contre lui sans un mot.

Un silence de plomb s'était abattu sur eux et ils restèrent silencieux de longues minutes avant que Candy ne se décide à bouger. Elle prit la main de son mari dans la sienne et la serra de toutes ses forces avant de lever les yeux vers Albert.

  • Nous nous sommes trouvés malgré cela, Albert. Nous nous sommes trouvés et nous nous sommes reconnus, dit simplement Candy. Malgré elles, malgré tout ce qu'elles ont fait.
  • Si tu savais comme je regrette...
  • Non, dit Candy. N'en dis pas plus, Albert. Cela ne sert à rien d'avoir des regrets. Et puis, non seulement tu n'y es absolument pour rien mais il est bien trop tard pour y changer quoi que ce soit. Comme tu l'as dit tout-à-l'heure, cela ne change rien entre nous. Tu es mon frère, Albert. Ce n'est pas une nouveauté, juste une certitude de plus. Dans le fond, tu as raison, cela ne change absolument rien. Sauf que je sais désormais que j'ai eu un père et une mère, et je sais qui ils sont.
  • Ils t'ont aimée, Candy, murmura Albert. Ils t'ont désirée et aimée. Je regrette tellement...

Candy se leva et vint s'asseoir près d'Albert. Le frère et la sœur s'étreignirent en pleurant silencieusement et Terry s'éclipsa pour leur laisser un peu d'intimité. Il se dirigea vers le salon et ouvrit une bouteille de son meilleur whisky dont il avala un verre cul sec.

  • Et bien, papa, dit Jeffrey qui était dans un coin du salon. Tu devrais peut-être y aller doucement, la nuit ne fait que commencer !

Jeffrey perdit son sourire en découvrant l'expression grave du visage de son père.

  • Que se passe-t-il papa ? Tu vas bien ? Tu m'inquiètes, tu sais ?
  • Ca va, Jeff, tout va bien, répondit Terry en s'asseyant lourdement dans le sofa avant de frotter son visage dans ses mains.
  • Heureusement que tu le dis parce qu'on a plutôt l'impression du contraire quand on te regarde ! Sérieusement, papa, je vois bien que quelque chose cloche. Ce n'est pas à propos de Serena, j'espère ?
  • Laisse un peu ta sœur tranquille, Jeff, d'accord ? D'une part, parce que ça ne la concerne pas et d'autre part, parce qu'elle est heureuse. C'est la seule chose dont tu doives te soucier. Les choix qu'elle fait ou qu'elle fera ne te regardent pas.
  • Bien envoyé ! Ecoute, je sais que je suis trop protecteur avec elle mais je fais des efforts... Elle me l'a clairement fait comprendre à Londres et j'ai eu du temps pour y réfléchir. Je n'ai jamais voulu la blesser mais... j'ai toujours eu peur qu'elle rencontre un type comme ce Lawrence. Mais je me rends bien compte que vous aimez tous beaucoup Miska et... pour tout te dire, je l'aime bien moi aussi. Et après avoir pris le temps de discuter avec lui, je le trouve même très sympathique et très intéressant. Si j'ai évoqué Serena c'est que ta tête tout-à-l'heure... ça m'a rappelé l'époque où Cristina est partie pour l'Europe... Mais tout ça ne me dit pas non plus pourquoi tu fais cette tête, ni pourquoi tu engloutis un verre de whisky alors que tu fais plutôt attention d'habitude.

Terry soupira longuement avant de lui répondre.

  • Ecoute Jeff, Albert vient de découvrir quelque chose concernant son passé et il avait besoin de nous en parler à ta mère et à moi. Mais, que ce soit Albert ou que ce soit ta mère, c'est à eux qu'il revient de décider de parler de tout ça avec le reste de la famille. Ou pas, d'ailleurs. Donc je ne te dirai rien mais cependant, sache qu'il n'y a rien de grave, bien au contraire. C'est juste que la nouvelle m'a quelque peu estomaqué, voilà tout.
  • Si tu le dis... je n'insiste pas. Et sinon, vous êtes toujours d'accord pour que Serena et moi vous fassions une petite démo musicale ce soir ?
  • Bien sûr, ça a à voir avec la musique du film ou bien c'est autre chose ?
  • C'est pour le film. Serena a accepté de chanter avec certains morceaux pour lesquels j'avais besoin d'une voix féminine. Mais elle m'a aussi fait écouter ses propres compositions et j'aimerais que tu les entendes également. Elle a écrit des choses magnifiques et... en dehors du fait que je pense qu'elle gâche son talent, son travail mérite vraiment qu'on le prenne en compte. Certaines chansons pourraient vraiment coller au film mais... je ne t'en dis pas plus. Comme ça, tu pourras choisir en fonction de l'émotion que l'on réussira à faire passer ou pas.
  • Il me tarde d'écouter tout ça, alors, répondit Terry avec un sourire. Crois-le ou non mais j'ai confiance en ton jugement et en ton travail.
  • Merci papa, ça me touche beaucoup. Bon allez, je vais aller donner un coup de main dehors avant qu'on ne m'accuse de tirer au flanc. Vous nous rejoignez bientôt ?
  • Je t'accompagne. Candy et Albert nous rejoindront dès qu'ils auront terminé.

*****

Le frère et la sœur étaient toujours enlacés. Dans les bras l'un de l'autre, Candy et Albert pleuraient une même nouvelle qui les avait meurtris différemment.

  • Tu sais ce que m'ont dit Archie et Georges ? murmura finalement Albert.

Candy essuya ses yeux avant de relever la tête pour regarder Albert.

  • Ils m'ont dit que nous devrions être heureux car, en dépit de leurs malversations, nous avons du les faire particulièrement enrager.
  • Tu veux dire... quand tu m'as adoptée ?
  • Exactement. A l'époque, Georges et moi avions été supris de rencontrer si peu d'objections de la part d'Elroy mais, stupidement, j'avais mis ça sur le compte de ses qualités de cœur.
  • Ne dis pas que tu étais stupide, Albert. Tu ne pouvais pas savoir.
  • Mais cela éclaire sous un autre jour bon nombre de nos mésaventures passées. Les tiennes, surtout.
  • Je crois que je commence seulement à en prendre conscience, répondit doucement Candy. Mais si je dois me retourner sur chaque événement de mon passé, je crois que nous n'avons pas fini d'être choqués. Mais... dans sa lettre, Elroy ne te dit pas pourquoi elles ont agi ainsi ?
  • Non, ou si peu. Tout ce malheur a été commis au nom de la bienséance, afin de préserver la réputation de la famille. Quand bien même ce serait une explication, ce ne sera jamais une excuse valable à mes yeux. J'aurais pu grandir auprès d'une petite sœur et tu aurais connu une autre enfance auprès de ta mère. Ni Elroy, ni Sarah, ni personne n'avait le droit d'amputer nos vies de cette façon. Elles n'en avaient pas le droit...

Candy demeura pensive quelques instants avant de reprendre la parole.

  • Albert, tu sais... Quand je me retourne sur mon passé, j'estime que je n'ai rien à regretter. J'ai été élevée dans une maison où l'amour, la tolérance et le respect sont des règles de vie. Ensuite, tu m'as adoptée et ma vie en a été encore transformée. En bien. Et puis, souviens-toi... Il y a des années de ça, tu m'as dit que nous nous étions créé une famille et que c'était la plus belle des familles...
  • La famille du cœur... termina Albert avec, pour la première fois, une ébauche de sourire.
  • Sans tout cela, reprit Candy, le cours de nos vies aurait été différent et nous ne serions peut-être pas là aujourd'hui. Pour toutes ces raisons et bien d'autres encore, je ne voudrai pas avoir vécu autre chose, Albert. J'aime plus que tout la vie et la famille que nous avons. J'aime aussi notre histoire à tous les deux, notre passé ensemble. Je n'y changerai rien pour tout l'or du monde.
  • Ta générosité m'impressionnera toujours, Candy...
  • Ce n'est pas de la générosité, Albert, c'est de l'égoïsme. Si l'histoire avait été différente, tu ne nous aurais peut-être jamais envoyés en Angleterre. Je n'aurais pas fait la connaissance de Terry... Nous ne serions peut-être jamais venus en Californie, toi et moi et si ça se trouve, tu n'aurais jamais rencontré Alexandra... Non, non et non, répondit-elle, ma vie est très bien comme elle est et je suis persuadée que tu penses la même chose.
  • Je ne l'avais pas envisagé sous cette angle, mais tu as raison. Je t'adore, petite Candy, lui répondit Albert en souriant.
  • De toute façon, tout cela appartient à un passé révolu depuis bien trop longtemps, maintenant. Mais, concrètement, cela va-t-il changer quelque chose ? Je ne crois pas... Je t'ai toujours considéré comme mon grand frère, ma seule famille... Aujourd'hui j'apprends que tu es mon grand frère et la seule famille proche qu'il me reste. Rien n'a changé, Albert.
  • En tout cas, j'ai bien l'intention de faire quelque chose au niveau légal. Tu es ma sœur, tu es la fille de feu William André, mon père, et je tiens à ce que cela soit officiel, désormais.
  • En y réfléchissant, répondit Candy avec un petit sourire, je suis une fille illégitime et j'ai épousé un homme qui était également un héritier illégitime. La situation est plutôt drôle, finalement !

Albert regarda Candy avec attention avant de se mettre à rire doucement.

  • Ca ne t'aura pas enlevé ton sens de l'humour, en tout cas ! Bon... on va rejoindre le reste de la famille avant qu'ils ne se mettent à notre recherche ?
  • Allons-y, grand frère adorable et adoré, répondit-elle en se levant d'un bond avec un grand sourire.

*****

Dans l'immense grange du ranch des Collines, Terry et Candy avaient fait installer, plusieurs années auparavant, tout ce qu'il fallait pour y organiser de grandes fêtes et même des projections de cinéma.
C'est là que s'était réunie la joyeuse assemblée et Kyle et Terry discutaient ensemble dans un coin de la pièce quand Albert et Candy les rejoignirent.

Kyle fut ému en observant sa mère et son oncle. Albert avait passé son bras autour des épaules de Candy qui lui enserrait la taille tendrement.

  • On ne m'enlèvera pas de l'esprit qu'ils se ressemblent énormément pour un frère et une sœur d'adoption, dit Kyle à son père avec un petit sourire. Ils sont vraiment beaux tous les deux.

Terry sourit à la remarque de son fils mais il ne répondit pas. Albert était le chef de la famille André et c'est à lui qu'appartenait la décision de révéler qu'il était véritablement le frère de Candy.

  • Bon, et bien puisque nous sommes tous là, on va pouvoir passer à table maintenant, dit Candy en prenant en charge la suite des opérations.

Lorsque tout le monde fut assis, Albert se redressa et réclama l'attention de tous. Il dut attendre quelques instants avant d'obtenir le silence afin de pouvoir prendre la parole.

  • Je suis désolé de vous imposer cela, commença-t-il, mais en tant que chef de la famille André, je me devais d'inaugurer cette belle réunion de famille par un discours. Richard, ajouta-t-il à l'attention du père de Terry, si vous voulez ensuite ajouter quelque chose au nom du clan Grandchester, je ne vous en empêcherai pas.
  • Mais je m'en garderai bien, ajouta le concerné en déclenchant les rires de leur petite assemblée. Les membres du clan Grandchester ici présents ne sont que des rebelles indisciplinés et il finiraient par me traiter d'emmerdeur ! Alors je vous remercie pour votre proposition, Albert, mais je me vois contraint de décliner votre invitation !
  • Alors je serai le seul emmerdeur de la soirée, répondit Albert avec un grand rire qui se communiqua à tous.

Candy se leva et vint prendre place à côté de lui.

  • Tu as le soutien de ta petite sœur, dit-elle en déposant un tendre baiser sur la joue de son frère.
  • Et bien commençons... on aurait pu penser qu'il était inutile de vous rappeler à tous pourquoi nous sommes réunis ici ce soir mais les raisons étant nombreuses, je vais faire un petit rappel pour ceux qui ne sauraient pas déjà toute l'histoire.
    Il y a très exactement vingt-huit ans, mon cher neveu, Alistair Cromwell, se mariait avec Flanny après nous avoir fait croire pendant deux ans qu'il était mort !
  • Parce que tu t'imagines que je l'ai fait exprès ! s'exclama Alistair, avec son humour coutumier. Tu as l'air d'oublier un peu facilement que tu as toi aussi été amnésique !
  • Non, je ne pense pas que tu l'aies fait exprès. Mais, en tant qu'ancien amnésique justement, je regretterai toujours de n'avoir pas eu la possibilité d'expérimenter sur toi ta fameuse invention supposée m'aider à recouvrer la mémoire ! Rappelle-moi les détails, ça ressemblait à un marteau de taille surdimensionnée, c'est bien ça ?

Candy, Archie et Annie furent les seuls à éclater de rire mais le silence et les sourcils froncés d'Alistair déclenchèrent l'hilarité de tout leur petit groupe.

  • Tu n'étais pas censé parler de mon anniversaire de mariage au départ ? demanda finalement Alistair.
  • Si, tu as raison, répondit Albert en riant. Ce soir, Flanny et toi ainsi que Candy et Terry fêterez vos vingt-huit ans de mariage... Pour toi c'était le 13 juste avant minuit et pour Candy le 14 juste après minuit, si ma mémoire est bonne... Et Eléonore était la seule de nous tous à avoir eu la possibilité d'assister à ces deux mariages. Mais l'époque était mouvementée et nous étions au beau milieu d'un conflit mondial donc... vous aviez des circonstances atténuantes !
    Comme nous n'étions pas tous réunis pour fêter vos vingt-cinq ans de mariage, nous nous rattrapons donc ce soir.

Terry observait Candy depuis qu'Albert avait commencé son discours. Elle s'était assise près de son frère et il avait machinalement posé la main sur son épaule à plusieurs reprises. Leurs mains se serraient et s'entrelaçaient parfois au gré des paroles d'Albert. Terry eut un petit sourire en pensant que, des années plus tôt, cette complicité entre Albert et Candy l'aurait rendu fou de jalousie.
Ces gestes d'affection très discrets lui paraissaient soudainement évidents. Il était certain que personne ne les avait vraiment remarqués mais les nouvelles de l'après-midi éclairaient d'un jour nouveau le lien qui unissait le frère et la sœur. Candy ressemblait énormément à sa sœur aînée, plus encore aujourd'hui qu'autrefois et pourtant, personne n'avait jamais vraiment fait le rapprochement. Pas même lui, alors qu'il connaissait le portrait de Rosemary, accroché dans la propriété de Lakewood.
Quant au lien qui l'unissait à Albert, il était déjà très fort quand il avait fait leur connaissance. Les années qu'ils avaient passé ensemble à Chicago puis à Los Angeles avaient considérablement renforcé ce lien, Albert et Candy se connaissaient, se comprenaient et ils se ressemblaient. Aussi bien physiquement que moralement. Terry pensa que bien des frères et sœurs ne partageaient pas de liens aussi forts.
Les yeux de Candy se posèrent sur lui et elle lui sourit. Terry riva son regard à celui de sa femme, souhaitant lui communiquer silencieusement tout l'amour qu'il éprouvait pour elle, même après 28 années de mariage.
Il sourit à son tour en la voyant rougir légèrement et baisser les yeux.

  • Mais ce n'est pas la seule raison qui nous réunisse, reprit Albert. Demain, nous fêterons également les 21 ans et la majorité de notre chère Ambre. Et, s'il te plaît, ma chérie, maintenant que Tate est rentré de la guerre, j'espère que tu ne perdras plus ce merveilleux sourire que tu ne dispensais qu'avec bien trop de parcimonie ces derniers temps !
  • C'est malin ! répondit la jeune femme. Je vais encore passer pour une mégère ! Merci, Albert !

Elle ne retint cependant pas un grand sourire et se tourna vers son mari qui l'embrassa tendrement.

  • Et comme ce n'est pas tout, continua Albert, après-demain nous célébrerons trois mariages et les familles André et Grandchester compteront quatre membres supplémentaires. Pour ceux qui ne les connaitraient pas encore très bien, laissez-moi faire les présentations.
    Il y a presque huit ans de cela, mon cher neveu, Kyle Grandchester, s'est découvert le même goût pour l'aventure que bien des membres de cette famille. Et il est parti tenter sa chance comme photographe. En Europe, notamment. Avec un certain succès d'ailleurs, puisque sa carrière a rapidement décollé.
    Mais Kyle n'était pas seul. En Espagne, il a travaillé avec deux autres photographes et ces trois garçons sont devenus de grands amis. Ils ont tous trois passé ces cinq dernières années en Europe, comme vous pouvez vous en douter. Chacun à leur manière, ils ont défendu des valeurs et une notion de liberté auxquelles je suis infiniment attaché. Et je ferai juste une petite parenthèse pour souligner le fait que Ryan et Sophie ne sont pas non plus restés les bras croisés. Pour avoir eu vent de leurs activités à tous, je pense que vous pouvez tous les considérer comme des héros et être vraiment fiers d'eux.
    Mais reprenons, Kyle a également fait la connaissance à Paris d'une jeune journaliste avec qui il a travaillé et si vous suivez son travail, vous aurez lu le reportage incroyable qu'ils ont tous deux publié avant que ne commence cet effroyable conflit.
    Cette incroyable et frêle jeune femme a œuvré pendant la guerre afin de mettre à l'abri des enfants juifs que les nazis auraient exterminés. Elle en a payé le prix fort mais elle a survécu. Tout comme a survécu l'un de ces enfants qu'elle a sauvés. Joszef, tu veux bien me rejoindre, s'il te plaît ?

Le jeune garçon devint écarlate mais il se leva et vint se placer timidement aux côtés d'Albert qui posa son bras autour de ses épaules en un geste protecteur.

  • Je vous présente Joszef, un jeune garçon qui m'impressionne beaucoup. C'est Kyle qui a souhaité le prendre sous son aile à la fin de la guerre. Mais c'est Candy qui l'a finalement ramené avec elle.
    Et comme ce jeune garçon a un don incroyable avec les chevaux, c'est Ambre qui a fini par se l'accaparer ! Mais, ce soir, Joszef, je m'adresse à toi en tant que porte-parole de la famille. Nous savons tous que tu es déjà un jeune adulte et que tu n'as pas vraiment besoin de nous.
    Cependant, Candy et Terry ont émis le désir de t'adopter afin que tu fasses partie intégrante de la famille, mais seulement si tu le souhaites. Et nous serions très heureux de te compter parmi nous.

Candy s'était levée et elle posa sa main sur le bras du jeune garçon abasourdi.

  • Tu n'es pas obligé de répondre maintenant, Jo. Et puis, sache qu'il n'est pas question pour nous que tu oublies tes parents mais... En fait, nous souhaitons que quoi que tu fasses dans la vie, tu saches qu'il y aura toujours un endroit quelque part qui sera ton refuge. Ici, tu seras toujours accueilli avec amour et tu auras toujours ta place. Quoi que tu décides, tu ne seras plus jamais seul, Jo.
  • Je... Je ne sais pas quoi dire, murmura-t-il d'une voix émue.

Terry s'était levé pour s'approcher d'eux et il serra l'épaule de Jo.

  • Ne dis rien maintenant, lui dit-il. Viens, allons nous asseoir, Albert va continuer son petit discours et tu vas oublier tout ça pour ce soir. Aujourd'hui est un jour de fête. Tu penseras à tout ça plus tard.
  • Alors, je continue, dit Albert. Si Jo a survécu à cette horreur de guerre, c'est en partie grâce à Juliette, qui deviendra madame Kyle Grandchester d'ici 48 heures. Quant aux deux amis de Kyle, ils vont également faire partie de la famille puisque Cristina a jeté son dévolu sur István tandis que Serena s'évertuait à séduire Miska ! Pardonnez-moi les garçons mais vous vous êtes choisis des épouses dotées d'un caractère rebelle et comment dirais-je... très volontaire !
  • Papa ! s'exclama Cristina en riant. Je veux bien reconnaître une petite part de vérité dans ce que tu viens de dire mais sache que ni István, ni Miska ne se sont laissés faire aussi facilement ! Et ne t'inquiète pas autant pour eux, question caractère, la nature les a plutôt bien dotés, eux aussi.

Kyle avait été gagné par le fou rire et même Juliette eut un petit rire en écoutant la répartie de Cristina.

  • Je ne sais pas si je dois m'en faire pour eux, répondit son père avec un petit sourire en coin, mais je sais déjà qu'il est inutile que je me fasse du souci pour toi. Mais je cesse mes plaisanteries pour vous souhaiter à tous la bienvenue dans la famille et pour souhaiter aux futurs mariés tout le bonheur qu'ils souhaitent. Mais je n'ai pas encore terminé !
    De toute façon la viande n'est pas encore cuite, j'ai encore un peu de temps ! ajouta-t-il avec un petit rire. Ce qui me permettra de vous rappeler que Sophie, la jeune épouse de Ryan, nous a annoncé la semaine passée qu'elle était enceinte et que nous les félicitons tous les deux.
    La dernière chose que je souhaitais évoquer concerne l'histoire de notre famille. Mais si je devais faire un tour d'horizon des histoires de chacun, on y serait encore demain. Entre Candy et Terry, qui nous ont joué une version moderne de Roméo et Juliette pendant cinq ans, Kyle et Juliette qui ont également fait durer le suspense pendant cinq années, j'avoue que nous sommes servis !
    Je ne vous parlerai pas non plus de toutes les frasques commises par les rebelles de la famille, car ils sont trop nombreux ! Aussi bien les frasques que les rebelles, d'ailleurs.
    Non, ce que je voulais évoquer avec vous ce soir est d'une toute autre nature. Comme vous le savez, il y a déjà longtemps de cela, j'ai pris la décision de faire adopter Candy par la famille André. Après avoir été son tuteur pendant plusieurs années, nous avons décidé d'officialiser notre relation de frère et sœur. Et... suite à de rocambolesques et sordides histoires de succession, nous avons récemment découvert l'identité des véritables parents de Candy.

Annie resta abasourdie et roula des yeux effarés en regardant tour à tour Candy et Albert, qui restaient quant à eux, très sereins.

  • La maman de Candy, atteinte de tuberculose est décédée quelques semaines après avoir confié sa fille à la maison Pony. Quant à son père, il est malheureusement mort quelques mois avant sa naissance et il n'a jamais eu le bonheur de connaître sa fille.
    Il avait également pris des dispositions pour assurer son bonheur et son avenir mais des malversations familiales ont laissé dans l'ombre et le dénuement aussi bien la mère que la fille.
    Cet homme, dont je vous parle, se trouvait être feu William C. André. Mon père. Ce qui fait de Candy ma sœur par le sang aussi bien que par la loi et par le cœur.
    En dépit du gâchis qui fut commis par le passé, nous avons été tous les deux très heureux d'apprendre la nouvelle et je compte l'officialiser très prochainement. Voilà ! Maintenant, vous savez tout et il est inutile d'en discuter plus longtemps. Candy me fait signe que tout est prêt et j'en ai fini de mon discours. Alors je vous souhaite à tous un bon appétit !
  • Et on y met un peu plus d'entrain, s'il vous plaît ! s'exclama Candy avec un joyeux sourire. Je vous signale que rien n'a changé depuis ce matin. Albert est toujours mon frère et la viande est cuite !

La petite assemblée éclata de rire et les conversations remplirent bientôt la grange d'un brouhaha constant.

*****

A la fin du repas, Jeffrey et Serena se rendirent sur l'estrade pour préparer le piano, les micros et le coûteux système de diffusion qu'avait fait installer Terry quelques années auparavant. De temps en temps, la grange se transormait en cinéma et le projecteur et les installations permettaient de diffuser aussi bien des images que de la musique. Terry avait ainsi pu organiser plusieurs projections privées avant de montrer ses montages définitifs aux studios pour lesquels il travaillait. Parfois des soirées de projection étaient organisées au ranch pour le seul plaisir des employés et de leurs familles.

  • Vous nous faites un récital ? demanda Eléonore de sa voix mélodieuse.
  • En quelque sorte ! lui cria Jeffrey qui était accroupi derrière la scène. Tu te souviens du premier livre de papa ? demanda-t-il avant de se redresser.
  • Tu cherches à tester mes capacités intellectuelles ou mon grand âge ? demanda Eléonore avec un sourcil levé.

Jeff rougit intensément tandis que Serena éclatait de rire.

  • Tu sais bien que non, Ellie, répondit finalement Jeffrey. Mais comme papa vient de finir son adaptation au cinéma... il m'a demandé de lui faire une proposition pour la musique. Ce soir, j'ai donc l'intention de vous faire écouter une première orchestration du thème du film ainsi que quelques chansons qui pourraient faire partie du film ou du générique, je ne sais pas encore. C'est papa qui prendra la décision finale, de toute façon.
  • Oh là ! C'est sérieux alors ? demanda Eléonore avec un sourire.
  • Oui et... papa ? appela Jeffrey en réclamant l'attention de son père qui la lui accorda aussitôt. J'ai aussi demandé à Serena de nous chanter ses dernières compositions... il faut vraiment que tu les entendes aussi !
  • Tu me l'as dit tout-à-l'heure mais... on commence par quoi ? demanda son père.
  • Par le thème du film, répondit Jeff.

Serena partit mettre en route l'appareil et une douce mélopée au sonorités celtes s'éleva dans l'air. La flûte fut bientôt accompagnée par des violons avant qu'une lointaine cornemuse ne vienne souligner le romantisme de la mélodie principale, jouée au piano par Jeff.
Si l'on entendait principalement le piano et l'orchestre symphonique, les instruments celtes avaient su insuffler un douloureux romantisme à la musique. Les origines écossaises des membres de l'assemblée avaient été remuées par ces sonorités familières et ils furent tous conquis par le travail de Jeffrey.

Pendant le morceau, Serena avait pris un micro tout en se plaçant près de son frère. Dès la fin du morceau musical, Jeff annonça que le morceau suivant était une chanson tirée d'un poème du film et Serena commença à chanter aux premières notes de piano jouées par son frère.
Si Miska l'avait écoutée chanter à Berlin, elle n'avait jamais été aussi impressionnante que ce soir-là. Il comprenait enfin pourquoi Jeffrey estimait qu'elle gâchait son talent. Serena, avait de toute évidence, hérité des dons artistiques familiaux.
Ils enchainèrent des chansons en solo et en duo devant une assemblée muette. Terry reconnut des poèmes qu'il avait écrit à Candy et ceux qu'elle lui avait envoyés. Certains d'entre eux faisaient partie du livre, mais ils n'étaient pas dans le film. Terry fut particulièrement ému de les retrouver en chanson.
Jeffrey poussait Serena à donner le meilleur de sa voix et beaucoup restèrent subjugués par la puissance vocale de cette frêle jeune fille. Puis, tandis que Jeff venait s'asseoir entre son père et Miska, Serena s'installa devant le piano et attendit que son frère s'installe.
Terry accueillit son fils avec une accolade très chaleureuse, il était visiblement convaincu et ému par ce qu'il venait d'entendre.

  • Si je te dis que je trouve ça parfait, ça te suffit, dit-il avec un trop-plein d'émotion dans la voix.
  • Ecoute les chansons de Serena, murmura Jeff. Même si je sais qu'elle en a écrite une pour Cristina et que je me doute que les autres l'ont été pour Miska , elles pourraient aussi s'appliquer à ton... enfin, au film. Celle qu'elle avait écrite pour Cris, tu la connais... c'est "Puisque tu t'en vas". Les autres... dit-il en se tournant vers son futur beau-frère. Je devrais vous en vouloir Miska, de lui avoir fait écrire ça mais... oh et puis zut, ces chansons sont magnifiques et Serena respire le bonheur, alors je ne peux pas vous en vouloir vraiment.
  • Vous aviez raison, murmura Miska à Jeff tandis que Serena commençait à jouer les premières notes d'une chanson, elle a un talent extraordinaire.
  • Mais elle s'en fiche... répondit Jeffrey. Serena a toujours considéré ses dons pour la musique comme étant des activités annexes et accessoires. De toute façon, elle est douée pour tout.

Miska sourit à Jeffrey d'un air entendu. Les notes de piano s'élevaient dans la grange et Serena chanta quatre chansons. Sa voix était claire et chaude et elle donna toute sa puissance vocale dans des paroles qui racontaient la souffrance, la séparation et l'amour fou.

Les paroles qu'elle avait écrites achevèrent de ruiner la barrière que Miska avait érigée devant ses émotions. La peine que sa disparition avait causée à Serena retentissait en lui avec toute l'intensité de cette voix si puissante. L'amour qu'elle lui portait transparaissait dans ses paroles, dans sa musique. Cela le bouleversa plus encore et il ne put retenir ses larmes.
C'est la main de Kyle, posée sur son épaule, qui l'empêcha de se lever et de quitter les lieux.

  • Ne lui fais pas ça, murmura-t-il à la seule intention de son ami. Ne bouge pas. Ne fuis pas pour masquer tes émotions, elle croirait que c'est elle que tu fuis.

Connaissant Miska, Kyle empêcha quiconque de l'approcher jusqu'à la fin du récital de Serena. Quand les applaudissements retentirent, Miska se leva immédiatement et se dirigea lentement vers le côté de la scène. Serena remercia rapidement la petite assemblée et elle invita Jeffrey à la remplacer avant de se diriger rapidement vers son fiancé.
Elle se jeta dans les bras de Miska qui la serra aussitôt contre lui. Il enfouit son visage dans les longues boucles blondes qu'elle portait détachées, ce soir-là.
Serena sentit que ses larmes coulaient encore et elle en resta bouleversée.

  • Miska, dans deux jours, plus rien ne pourra nous séparer, murmura-t-elle pour lui seul. Sauf si l'un de nous le décide. Je t'aime Miska et je n'ai pas envie de te perdre.
  • Tu ne me perdras plus, souffla-t-il. Mais je n'arrive pas à me pardonner de t'avoir autant fait souffrir.
  • Quand tu verras l'exploitation que fera Jeff de ces chansons, tu n'auras plus aucun scrupule, crois-moi ! Il m'a fait promettre de l'autoriser à les utiliser sur le film de papa...

Miska redressa la tête pour la regarder dans les yeux. Elle lui souriait et paraissait en paix, contrairement à lui qui se rongeait de culpabilité.

  • Comment peux-tu ne pas m'en vouloir ? murmura-t-il en caressant doucement son visage.

Elle prit sa main dans la sienne et la posa délicatement sur son ventre.

  • Comment pourrais-je t'en vouloir de m'avoir fait un tel cadeau. Et je ne te parle pas du reste, car ce n'est ni le lieu, ni le moment, ajouta-t-elle avec un petit sourire en coin.

Il ne résista pas à la bonne humeur de Serena et se mit à rire à son tour.

*****

La grande tablée avait commencé à se vider après le concert de Jeff et Serena. Tous se dirigèrent vers le grand coin-salon qui avait été aménagé à l'angle de la grange.
István avait réussi à s'approcher d'Albert, il souhaitait avoir une discussion avec son futur beau-père.

  • Je vous remercie de nous accueillir aussi généreusement dans votre famille, dit-il à Albert. C'est très intimidant pour nous, vous savez... Je crois que ni Juliette, ni Jo, ni Miska, ni moi n'avons jamais eu l'occasion de participer à une telle réunion de famille. Vous semblez tous si proches, c'est... très émouvant d'être accueilli ainsi parmi vous tous.
  • Ca n'a pas toujours été ainsi, István, dit simplement Albert. Les personnes qui sont ici ce soir ne sont pas tous les membres de la famille, loin de là. Et tous ne sont pas aussi amicaux.
  • Cristina a un peu évoqué le sujet mais... même s'il n'y a ici que les personnes sympathiques de votre famille, c'est déjà beaucoup !

Albert se mit à rire à la remarque d'Istvan. Il est vrai qu'il y avait ce soir presque trente personnes et les amis de la famille n'étaient même pas là !

  • Tu as raison István. Mais si je suis parfaitement honnête, l'unité de cette famille, rassemblée aujourd'hui, c'est à Candy que nous la devons. Elle est le centre vital de tout cela.
  • Peut-être... mais vous aussi. Je l'ai constaté ce soir. Vous êtes tous deux les anges bienveillants de cette famille. Pour la première fois ce soir, j'ai compris ce que Cristina a tenté de m'expliquer si souvent. Je veux dire, j'en ai compris le sens profond... Et je n'ai jamais autant eu envie de faire partie d'une famille que ce soir. Ce que m'offre Cristina, c'est bien plus et bien mieux que tout ce que j'aurais pu rêver. Je me sentais déjà béni par le simple fait qu'elle daigner m'aimer mais là...
  • Ne la trahis pas, et tu seras toujours heureux auprès d'elle.
  • Je sais... Elle m'a déjà donné de bien cruelles leçons, même si je les méritais. Gagner son cœur a été le plus gros challenge de ma vie. Jusqu'à ce que je découvre que ce n'était rien à côté des efforts qu'il allait falloir déployer chaque jour pour conserver son amour. Mais... maintenant que la guerre est terminée, les choses seront plus faciles. Avant Cristina, je croyais avoir été amoureux mais ce que j'ai souffert en croyant la perdre, par deux fois... maintenant, je sais que cet amour-là, je veux le garder ma vie entière. Je l'aime à un point que vous n'imaginez pas. Ne lui dites surtout pas que je vous ai dit ça mais... elle pourrait me demander n'importe quoi, je la suivrai au bout du monde, s'il le fallait.
  • Mieux vaut pour vous qu'elle ne sache jamais cela, effectivement ! dit Albert en riant. Mais estimez-vous heureux, Cris n'a pas la tyrannie des filles Grandchester. Et ça vous pouvez le répéter, c'est de notoriété publique ! Kyle est peut-être le seul gentil de la fratrie de ce point de vue-là !

Ils se mirent à rire ensemble de bon cœur.

  • Vous savez István, quand elle était enfant, Cris était considérée comme une terreur. Tout le monde l'a comparée à Candy tellement elle était extravertie et d'un naturel joyeux. En vérité, elle avait la même curiosité du monde qui l'entoure, des gens... les mêmes qualités de cœur aussi.
    Il y a des années de cela, j'ai vu Candy s'éteindre. Quand elle a perdu Terry. La seule cicatrice que cette période a laissée sur eux c'est la force de l'amour qu'ils se portent.
    Pour Cris c'est différent. Elle, je l'ai vue s'éteindre quand Lawrence l'a trahie. Et ce qui m'a fait le plus peur c'est qu'il n'y avait aucune issue heureuse pour elle. Lawrence n'était pas Terry, loin de là bien au contraire, et j'ai eu peur de ne jamais complètement retrouver ma fille.
    Candy m'avait demandé d'avoir confiance. D'après elle, Kyle et toi, que je ne connaissais pas encore, auriez tôt fait de lui faire retrouver sa joie de vivre. Je me demande parfois si, au fond, elle ne savait pas déjà qu'entre vous deux...
  • Honnêtement, je ne crois pas répondit István. Je n'avais croisé les parents de Kyle que quelques jours. Et puis... vous savez, Albert, rencontrer Cris a été comme un électrochoc pour moi. Je ne m'attendais pas à réagir ainsi en faisant sa connaissance, cela a été étrange et... instantané. Et elle non plus ne s'attendait pas à ça. En revanche, si je me suis laissé envahir par les sentiments qu'elle faisait naître en moi, Cris a, au contraire de moi, lutté ardemment contre ça. Et elle m'en a fait voir de toutes les couleurs. Parce que ses blessures étaient encore fraîches.
    Mais au fond, je crois surtout qu'elle ne pouvait pas imaginer éprouver quoi que ce soit après ce qu'elle avait vécu avec cet ignoble personnage dont je ne prononcerai pas le nom. Ce type avait commis bien trop de dégâts. J'ose croire qu'elle a oublié cette époque, d'une certaine façon.
  • Oublier, dit doucement Albert, je ne sais pas... Ce que Cris n'oubliera pas, c'est de ne plus laisser personne la traiter ainsi. Elle est rancunière, tu as du le remarquer. Cependant, je pense qu'elle a désormais relégué ce type, comme tu dis, au rang de cafard insignifiant. Ce qu'il est. Et je me doute bien que tout ça, c'est toi qui le lui as fait comprendre. Plus vite qu'elle ne l'aurait fait si tu n'avais pas été amoureux d'elle. Et je t'en remercie, István.
  • Elle est intelligente, Albert. Elle aurait fini par s'en apercevoir toute seule mais il avait suffisamment blessé sa confiance en elle pour que ça prenne du temps. Ceci dit, je garde le compliment quand même et c'est moi qui vous en remercie.

Ils rirent tous deux et Albert posa une main sur l'épaule d'István sous le regard ému de Cristina qui les rejoint rapidement.

  • Dis-moi, jeune fille, lui demanda Albert. Tu accepterais de danser avec ton vieux père ?
  • Avec grand plaisir, répondit-elle avec un lumineux sourire.

István les regarda s'éloigner et ne s'aperçut qu'au dernier moment de la présence d'Alexandra à ses côtés.

  • Madame André... s'exclama István, en sursautant légèrement avant de se tourner vers elle. Pardonnez-moi, mais je ne vous avais pas vue.
  • Alexandra. Je m'appelle Alexandra, István, je croyais te l'avoir déjà dit. Mais si c'est le seul fait de contempler ma fille qui te laisse dans cet état de béatitude, je ne peux pas t'en vouloir.
  • Vous savez, j'ai beaucoup de mal à être trop familier avec vous, Alexandra.
  • J'imagine... dit-elle avec un petit rire. J'imagine très bien toutes les horreurs que vous avez pu entendre à mon sujet. Je suis un peu trop rigide, un peu trop attachée à des valeurs dépassées et j'en passe. Ma fille a juste oublié de vous dire que je l'adorais et que j'avais moi aussi eu son âge.
  • Je ne crois pas que Cris ait jamais...
  • Non ! Surtout, István, ne démens rien ! ajouta-t-elle en riant de plus belle. Cris et moi nous sommes beaucoup opposées quand elle était adolescente et j'avoue avoir eu beaucoup de mal à me faire à ses désirs d'indépendance. Donc... elle a forcément été marquée par cette période et elle garde, encore aujourd'hui, une certaine réserve par rapport à moi. Mais je ne peux pas lui en vouloir.
  • Elle vous aime énormément et vous respecte, vous savez...
  • Je le sais, oui. Mais elle ne sait pas forcément à quel point moi, je l'aime, ni à quel point je suis fière de son parcours et de ce qu'elle a fait de sa vie. Cris a hérité de l'âme de son père, c'est absolument charmant mais pour une mère, c'est surtout terrorrisant ! J'ai eu tort de lutter contre ça quand elle était plus jeune. Je connais son père, j'aurais du me douter qu'elle était comme lui, libre J'aurais du agir autrement à l'époque mais elle était mon premier enfant et je n'ai pas forcément été très douée avec elle. Mais je l'aime et je suis vraiment très fière d'elle.
  • Alors dites-le lui, Alexandra. Je n'en suis pas certain mais je me doute que cela la toucherait énormément. Dites-lui exactement ce que vous venez de me dire.
  • Je le lui ai déjà écrit, c'est vrai. Il y a quelques temps de cela. Mais je ne le lui ai pas dit et votre mariage m'en laissera l'occasion. J'ai l'impression d'avoir perdu ma petite fille quand elle est devenue adolescente et j'avoue que notre complicité de l'époque me manque encore. Et... pour la première fois depuis longtemps, j'ai l'impression qu'elle me permettra de l'approcher à nouveau. Parce qu'elle a grandi, mûri et considérablement changé. En bien.
    Je crois qu'elle est tout simplement heureuse et je vous remercie pour ça, tout comme j'espère que vous m'offrirez la possibilité de devenir grand-mère très bientôt.

Elle avait terminé sa phrase avec un clin d'oeil pour István et elle s'éloigna pour rejoindre Candy et l'aider à servir le café et les digestifs.
István sourit distraitement en se faisant la réflexion que Cristina ne connaissait peut-être pas aussi bien sa mère qu'elle ne l'imaginait.

*****

Juliette était sortie dehors prendre l'air quelques instants, elle fut immédiatement rejointe par Sophie.

  • Juliette, ça t'ennuie si je t'accompagne ? demanda timidement la jeune femme.
  • Bien sûr que non, répondit Juliette avec un petit sourire.
  • Pour être honnête, je me sens perdue au milieu de cette grande famille et... je voulais m'excuser auprès de toi pour ce qu'a dit Albert tout-à-l'heure.
  • T'excuser ? Mais pourquoi donc ?
  • C'est... au sujet de ma grossesse. J'aurai souhaité qu'on n'en parle pas de façon aussi évidente. J'avais peur de vous faire de la peine à Kyle et toi et...
  • Sophie... Je... je comprends mais je ne veux pas de tes excuses. Tu vis un moment merveilleux et je serai très triste s'il était gâché par mes tristes souvenirs. Tu es tellement adorable, Sophie, mais s'il te plaît, profite de ton bonheur sans le moindre scrupule. Attendre un enfant, c'est toute une aventure... et je trouverai dommage que tu te prives de tout ça par ma faute.

Sophie se détourna mais Juliette aperçut des larmes briller dans ses yeux.

  • Pardonne-moi, Juliette, dit-elle simplement. Je dois être trop sensible en ce moment et j'ai été tellement bouleversée par ce qui t'est arrivé. Nous l'aimions tous tant... je ne sais pas comment tu fais et je t'admire tant...

Juliette avait tendu la main vers elle avant d'hésiter à l'approcher. Elle se sentait encore trop fragile pour remuer le passé sans la présence réconfortante de Kyle à ses côtés.

  • C'est moi qui te demande pardon, Sophie. Je... je ne me sens pas capable de...
  • Hé ! Qu'est-ce qu'il se passe les filles, vous allez bien ?

Juliette sursauta violemment au son de la voix de Ryan. Elle ne l'avait pas entendu arriver et la peur qu'il déclencha en elle raviva de vieux réflexes. Elle recula vivement et se protégea la tête et le visage de ses bras comme si elle s'attendait à recevoir des coups.
Ryan s'était figé aussitôt, comprenant son erreur. Kyle qui l'avait accompagné se dirigea doucement vers Juliette et lui parla d'une voix presque inaudible pour lui et Sophie.

  • Juliette, c'est Kyle. Je suis là, Juliette, regarde-moi... Je suis là, avec toi...

La jeune femme se redressa doucement et se précipita dans les bras de son fiancé. Kyle la serra contre lui avec douceur et il fit un discret signe de tête à son frère pour lui indiquer que tout allait bien.
Juliette reprenait son souffle et il savait qu'elle avait lutté pour ne pas céder à la panique. Plus les jours passaient et plus elle réussissait à maîtriser ses émotions encore trop vives. Elle était toujours à fleur de peau mais il savait que le temps était son allié.

  • Pardonne-moi, Juliette, dit doucement Ryan. Je t'ai fait peur et c'était stupide de ma part. J'aurais du me douter qu'avec ce bruit, vous ne nous auriez pas entendus arriver.
  • Ce n'est rien, Ryan, répondit Juliette avec un pauvre sourire. Je réagis encore beaucoup trop vivement à certaines émotions mais je fais des progrès...
  • Tout va bien, Juliette, la coupa Sophie avant de s'approcher d'elle pour l'embrasser sur la joue. Prends tout le temps qu'il te faudra pour aller mieux. Si tu savais comme j'admire ta force et ton courage, tu es une des plus belles personnes que j'ai rencontré durant cette guerre affreuse.
  • Et si tu m'accordais enfin une danse, madame Grandchester ? demanda Ryan à Sophie avant de l'entraîner vers la grange.

Juliette les regarda s'éloigner avant de se blottir à nouveau dans les bras de Kyle.

  • Elle a raison, lui murmura Kyle. Tu es une très belle personne, Juliette. Ellie, ma grand-mère, dirait que tu as une très belle âme.

Juliette redressa le visage pour le regarder. Elle entoura son cou de ses bras pour lui réclamer un baiser. Le baiser que Juliette lui donna était exigeant, empreint de rage et de désir contenus. Il s'éloigna d'elle pour l'observer attentivement et la lueur de son regard lui ôta tous ses doutes.

  • Kyle, murmura-t-elle d'une voix rauque. Allons quelque part, je... ce soir, j'ai besoin de me sentir vivante, j'ai besoin de toi comme jamais, je...

Kyle lui sourit doucement et, sans un mot, il l'entraîna en direction de la maison principale. Leurs mains jointes étaient la seule communication dont ils semblaient avoir besoin et ils s'éloignèrent sans prononcer une parole supplémentaire.

*****

Candy aperçut Jo, seul dans un coin de la grange. Il paraissait songeur et elle s'approcha de lui en souriant.

  • Tout va bien, Jo ? demanda-t-elle simplement en s'asseyant à côté de lui.
  • Oui, bien sûr, je... je...
  • Avant que tu ne dises quoi que ce soit, Jo, je voudrais que tu saches quelques petites choses. Tout d'abord, je ne veux pas que tu acceptes notre proposition parce que tu te sens redevable envers Kyle ou envers nous. Tu sais dans cette famille, il y a plein d'orphelins. Georges, Annie, István, moi... Mais il y a aussi plein de gens qui ont été blessés dans leur cœur et qui ont connu une profonde solitude. Dans le fond, toi, tu es un peu comme Albert. Il était très jeune quand il a perdu ses parents et sa sœur, Rosemary. Il s'est retrouvé seul et livré à lui-même bien trop tôt ; et il a fini de grandir sans beaucoup d'affection autour de lui. Bien sûr, vos histoires sont différentes et je ne sais même pas si je peux me permettre de les comparer mais... la privation d'amour, c'est la même. Ce sentiment de perte irréversible, c'est le même... Et cette solitude... Cette terrible solitude... elle a toujours la même amertume.
  • Tu t'es sentie seule, toi ?
  • Parfois, cela m'est arrivé. Mais j'ai eu beaucoup, beaucoup de chance, malgré tout. Et des personnes formidables ont croisé mon chemin.
  • Un peu comme moi quand j'ai rencontré Juliette. Et puis après tout ça, quand j'ai rencontré Kyle, Miska et István. J'ai reconnu Kyle parce que Juliette m'avait montré une photo de lui mais surtout parce qu'il avait vraiment les mêmes yeux qu'Andrzej. Quand on était à la ferme, Juliette me laissait le garder et c'était un très gentil bébé. Très sage.
  • J'en suis sûre, répondit Candy alors qu'il s'était tu, le regard perdu au loin.
  • Dans ta maison, j'ai vu une photo où tu étais avec Terry et Kyle, quand il était bébé. Je ne sais pas si Juliette l'a vue mais Kyle et Andrzej se ressemblaient vraiment beaucoup.
  • Et toi, on t'a raconté comment tu étais quand tu étais bébé ? demanda doucement Candy.
  • Maman disait que j'avais été un bébé adorable et que j'avais été très sage jusqu'à ce que j'ai eu dix ans. Il fallait que je fasse attention et que je sois plus sérieux si je ne voulais pas devenir un vilain garnement, comme elle disait.
  • Elle doit être très fière de toi, alors, car tu es tout sauf un vilain garnement.
  • Je ne sais pas, dit-il tristement en baissant la tête. Là-bas, au camp, j'ai...
  • Tu as fait ce que tu as pu pour survivre, le coupa aussitôt Candy. Ce qui s'est passé au camp est la seule responsabilité des nazis. Les personnes qui sont mortes là-bas sont mortes uniquement à cause de ce que les nazis ont fait. Si les nazis n'avaient pas enfermé, affamé, épuisé ou tué tous ces gens, tu n'aurais pas eu à vivre tout ça. Rien de tout ça.
    Tu n'es responsable de rien, Jo et surtout, tu n'es coupable de rien. De rien. Je suis très fière du garçon que tu es et je suis certaine que tu deviendras un jeune homme formidable. Tout comme je suis certaine que tes parents, où qu'ils soient, sont très fiers du garçon que tu es devenu.
  • Tu crois qu'ils m'en voudraient de devenir votre fils adoptif à toi et Terry ?
  • Tu ne les oublieras jamais, Jo. Jamais. Alors pourquoi voudrais-tu qu'ils t'en veuillent ? Ils font partie de toi, de ton histoire, de tes racines. Et ça ne changera pas.
  • Et je serai obligé de changer de nom ?
  • Non. Tu peux garder le tien, ou utiliser les deux en même temps. C'est toi qui choisis.
  • Candy, je... je... je veux bien devenir votre fils adoptif.
  • C'est un grand honneur que tu nous fais, Jo. Et un très joli cadeau d'anniversaire. Je sais que Terry sera vraiment très très heureux. Il s'est beaucoup attaché à toi et moi aussi.

Elle posa sa main délicatement sur ses épaules et dans son dos et il se jeta subitement dans ses bras. Elle sentit qu'il commençait à pleurer et elle le garda contre lui un long moment, le berçant comme l'enfant qu'il n'avait pas eu le temps d'être assez longtemps.
Terry les rejoint discrètement et il posa une main sur l'épaule du jeune garçon. Jo se redressa et essuya rapidement ses larmes avant d'adresser un timide sourire à Terry.

  • Pleure si tu en éprouves le besoin, dit simplement Terry en s'asseyant près de lui, c'est un excellent moyen d'évacuer des émotions douloureuses. La dernière fois que j'ai pleuré dans les bras de ma mère, je devais être encore plus vieux que toi... et crois-moi, j'ai sangloté comme un bébé.
  • C'est vrai ? demanda Jo avec un air ahuri.
  • Bien sûr que c'est vrai. Tu pourras même lui demander de te le confirmer mais je préférerai que tu restes discret, si ça ne t'ennuie pas. Surtout devant mon père ! Devant les autres aussi, d'ailleurs !

Jo éclata de rire à la remarque de Terry.

  • Je ne te crois pas, Terry ! répondit-il.
  • Et pourtant... Cette année-là, j'ai cru avoir perdu pour toujours la personne que j'aime le plus au monde et ça m'a presque achevé.
  • C'était Candy ? demanda Jo d'un air interrogateur.
  • Oui. C'était Candy, quelqu'un de stupide a voulu me faire croire qu'elle s'était mariée à quelqu'un d'autre. Il a fait paraître un article dans le journal et je l'ai cru.
  • Mais ce n'était pas vrai ?
  • Non, mais je ne l'ai su que bien après. Remarque, il aurait bien aimé épouser Candy, répondit Terry, mais elle n'aime que moi, qu'est-ce que tu veux ! Il n'avait aucune chance !
  • Terry, tu es d'une arrogance incroyable ! s'exclama Candy avec un petit rire. Fais-moi plaisir, Jo, ne deviens jamais comme ça !

Jo éclata de rire et il les embrassa tour à tour sur la joue.

  • Je suis vraiment content de faire partie de votre famille, dit-il avant de se lever.
  • J'ai bien entendu ? répondit Terry avec un petit sourire et un sourcil levé.
  • Oui, monsieur Grandchester ! répondit Candy en se levant à son tour. Maintenant, Jo, tu viens avec moi. Il est temps que quelqu'un t'aprenne à danser !
  • Oh non ! Aujourd'hui vraiment ? s'exclama Jo en suivant Candy qui le trainait sur la piste de danse.

Terry sourit en les regardant s'élancer gauchement sur la piste.

  • Alors j'ai un nouveau petit-fils ? demanda son père qui s'était approché.
  • J'en ai bien l'impression, répondit Terry sans perdre son sourire. Mais je ne suis pas certain que ce soit encore officiel.
  • Alors, ça attendra demain, répondit-il en souriant à son tour. Il est temps pour moi de me retirer, la fatigue se fait sentir. Je crois que pour ta mère aussi mais elle a un peu plus de mal à l'admettre.
  • Bonne nuit, papa, dit Terry en embrassant affectueusement son père. Je suis vraiment content que maman et toi soyez présents.
  • Moi aussi. Bonne nuit, Terry. A demain, dit-il en s'éloignant.
  • A demain, papa.

*****

A peine une heure plus tard, ne restaient plus dans la grange qu'Istvan et Cristina ainsi que Miska et Serena. Jo était présent également et Eléonore avait prétexté de jouer le chaperon pour pouvoir rester un peu plus longtemps avec eux. Les autres étaient tous partis se coucher et les membres de la famille André étaient repartis pour le ranch d'Albert et d'Alexandra. Seule, Cristina était restée.

  • Alors, Jo, demanda doucement Ellie, la journée n'a pas été trop effrayante ? Trente personnes d'un coup, j'imagine que ça doit te paraître beaucoup pour la même famille.
  • C'est vrai que c'est une drôle de famille, dit-il avec un charmant sourire, mais je suis drôlement content d'être là, quand même.
  • Albert ne t'as pas trop effrayé en te parlant d'adoption devant tout le monde ?
  • C'était un peu embarrassant mais Candy et Terry sont vraiment très gentils avec moi et même à ce moment-là, Candy m'a encore aidé...

Eléonore eut un petit sourire que le jeune garçon trouva charmant. Cette dame, qui allait devenir sa grand-mère d'adoption, était la plus jolie et la plus distinguée grand-mère qu'il ait jamais rencontré.

  • Candy est adorable, dit Eléonore. Elle l'a toujours été, même quand elle était encore plus jeune que toi, d'ailleurs.
  • Vous la connaissiez avant qu'elle se marie avec Terry ?
  • Bien sûr. Je vais te raconter un secret de la famille, dit-elle à voix basse. Quand j'ai rencontré le papa de Terry, je savais qu'il n'aurait pas le droit de se marier avec moi.
  • Pourquoi ?
  • Parce qu'il était duc et que j'étais une actrice et qu'à cette époque, il n'avait pas le droit de m'épouser.
  • Mais il l'a fait quand même ?
  • Pas tout-à-fait. Quand je me suis mariée avec le papa de Terry, Ambre était déjà née.

Jo écarquilla ses yeux et cela fit sourire Eléonore.

  • Oui, tu as bien entendu, ajouta-t-elle. Terry était déjà marié quand j'ai épousé son père. Ce qu'il s'est passé, Jo, c'est que j'étais très amoureuse de Richard. Quand je me suis rendue compte que j'attendais un bébé, j'ai su que les choses deviendraient compliquées. A l'époque, le père de Richard lui a demandé de rentrer en Angleterre car il voulait que son fils prenne ses responsabilités.
    Il allait devenir duc et il devait épouser une femme de la noblesse anglaise. Richard n'a pas eu le choix et il a obéi à son père. Cependant, lui et moi avons décidé de faire ce qui nous semblait le mieux pour Terry. Je savais que si Terry vivait avec son père, il bénéficierait d'un environnement et d'une éducation d'une qualité bien meilleure que tout ce que j'aurai pu lui offrir.
    Seulement... pour que Terry puisse être accepté par la famille Grandchester, il fallait que personne n'apprenne jamais que j'étais sa mère. Alors, pour la bonne société londonienne, nous avons inventé une histoire et nous avons fait croire que la mère de Terry était morte. Ainsi l'honneur était sauf, et Terry aurait droit à tous les égards accordés au fils d'un pair d'Angleterre.
    Je vois, à ton regard, que tu es surpris, n'est-ce-pas ? Pour tout te dire, c'est aussi le plus grand regret de ma vie. Perdre Terry et son père, en même temps, a été la pire chose qui pouvait m'arriver et par la suite, je n'ai fait que me consacrer à ma carrière.
    Les années ont passé mais Terry savait qui était sa mère, même s'il n'avait pas le droit d'en parler. Quand il a eu quinze ans, il a vendu un des chevaux de course qui lui appartenaient afin de payer son voyage aux Etats-Unis. Et quand je l'ai vu, j'ai pris peur... J'ai eu peur pour lui, peur que quelqu'un découvre qu'il était mon fils. Alors que je craignais pour son avenir au sein de la famille Grandchester, lui a cru que j'avais peur pour ma réputation d'actrice et il est rentré en Angleterre sans me laisser le temps de m'expliquer.
    Je crois que c'est pendant son voyage de retour qu'il a rencontré Candy pour la toute première fois. Il avait quinze ans et elle en avait quatorze. Quant à moi, dès que j'en ai eu la possibilité, je me suis rendue en Angleterre pour tenter de le voir et de lui parler. Comme il était pensionnaire, j'ai du attendre les vacances d'été. Terry devait les passer en Ecosse et je me suis donc rendue là-bas.
    Et s'il a accepté de me parler, si nous nous sommes retrouvés et réconciliés cet été-là, c'est uniquement grâce à Candy. Et... si j'ai retrouvé Richard, bien des années plus tard, c'est aussi grâce à Candy... Alors tu vois, non seulement je la connais depuis longtemps mais en plus, j'ai toujours su que c'était la personne la plus adorable du monde.
  • C'est une histoire qui finit bien. J'aime bien ça, quand ça finit bien, répondit Jo avec un sourire. C'est vrai que la dernière fois que vous avez consolé Terry, il était plus vieux que moi ? C'est lui qui m'a dit ça tout-à-l'heure mais j'ai du mal à y croire. Du coup, il m'a dit que je pouvais vous poser la question mais discrètement.

Eléonore releva un sourcil et Jo s'aperçut que Terry, Kyle, Ryan et Andrzej avaient tous hérité de son magnifique regard. Elle se mit à rire doucement avant de lui répondre.

  • Oui, c'est vrai, répondit-elle finalement. Il avait dix-huit ans et il a cru qu'un homme qu'il détestait plus que tout allait se marier avec Candy. C'était faux, bien sûr mais il ne l'a découvert que plus d'un an après. Je crois que je ne l'avais jamais vu aussi malheureux. Oh, à cette époque-là, on peut dire qu'il n'était vraiment pas heureux. Il avait perdu Candy et l'avenir lui paraissait sombre et sans réel intérêt, c'était une époque terrible, pour lui.
    Mais deux ans plus tard, la chance a fini par se pencher sur Candy et Terry et ils ont fini par se retrouver et par se marier.
  • Et si ils m'adoptent, ça veut dire que vous deviendrez ma grand-mère ?
  • Oui, si tu décides de faire partie de leur famille, je ferai automatiquement partie de la tienne !
  • J'ai décidé d'accepter, dit-il en baissant timidement la tête.
  • C'est Terry qui doit être heureux, répondit-elle doucement en lui caressant les cheveux. J'ai cru remarquer qu'il t'aimait beaucoup, Jo. Mais promets-moi quelque chose, alors... Quand ils étaient petits, mes petits-enfants avaient le droit de m'appeler "Mamie". Mais... je leur ai toujours interdit de m'appeler "grand-mère" et quands ils sont devenus adolescents, je leur ai demandé de m'appeler Ellie et j'aimerais que tu fasses pareil. Je veux que tu m'appelles Ellie et j'aimerais beaucoup que tu me tutoies... Tu comprends, ça m'aide à me sentir moins vielle, termina-t-elle en riant.

Jo la regarda, un peu abasourdi.

  • Je sais pas si je vais oser. Mais en tout cas, ce que je peux dire, c'est que je n'ai jamais rencontré une dame aussi belle que v... que toi.
  • Merci, Jo. Ce que tu me dis me touche beaucoup, ajouta-t-elle en serrant sa main.

*****

Terry attendit que Candy finisse sa toilette et vienne se coucher pour lui parler. Elle se glissa dans le lit et vint poser sa tête sur l'épaule de Terry, se blottissant contre lui.

  • Comment te sens-tu, mon ange ? demanda-t-il en la serrant contre lui. La nouvelle de ce matin m'a un peu retourné mais j'ai l'impression d'avoir plus de mal à l'accepter que toi.
  • C'est bizarre d'apprendre ça après toutes ces années, c'est vrai mais... Terry, je sais ce que tu éprouves, je sais que ton cœur est furieux parce que ces gens ont été abjects avec moi par le passé.
  • Ce n'est pas seulement ça, Candy... ils t'ont privé de ta maman, tu te rends compte.
  • Ne remuons pas un passé auquel on ne peut plus rien changer, Terry, ça ne sert à rien. Et puis écoute-moi bien, je vais te dire ce que j'ai dit à Albert mais à toi, je vais le dire autrement.
    Sans cette malheureuse affaire, je n'aurais pas connu la maison Pony, plein de choses se seraient produites différemment et je n'aurais peut-être jamais été envoyée en Angleterre.
    C'est trop tard, Terry, je ne veux rien changer à ma vie. Je l'aime comme elle est, avec toi, avec nos enfants... mais surtout, avec toi, Terry. Je n'échangerai pas ma vie pour une autre, même pas pour tout l'or du monde. Voilà pourquoi je n'ai pas autant de regrets que toi.
    En revanche, je suis heureuse de savoir qui étaient mes parents, ils m'ont aimée tant qu'ils ont pu et quand ma mère a du me confier à quelqu'un, c'est la maison Pony qu'elle a choisi. C'était le meilleur endroit du monde et je ne la remercierai jamais assez pour cela.
  • Tu vois, mon ange, trente-trois ans après notre première rencontre, tu réussis encore à me surprendre et à m'émouvoir. Je t'aime toujours comme un fou, ma Candy et je ne peux que te donner raison. Imaginer la vie sans toi m'est insupportable... ceci dit, tu n'aurais pas pu épouser Anthony non plus puisque tu aurais été sa tante !
  • Et ça, ça te réjouis, hein ! dit-elle en se redressant avec un petit sourire pour lui.

Terry avait été tellement jaloux d'Anthony autrefois. Elle ne lui en voulait pas de sa remarque parce qu'elle savait quels sentiments traversaient Terry en ce moment.

  • Terry, tu viens de le dire, murmura-t-elle simplement. Cela fait plus de trente ans que je t'aime et ces années balayent tout le reste sans l'ombre d'une hésitation. Tu es ma vie, Terry.

Il ne résista pas à sa déclaration et l'embrassa fougueusement avant que le désir ne les emporte.

*****

Lorsque Kyle rejoignit la grange, Miska, Serena, István et Cristina dansaient sur la piste tandis que Jo semblait plongé dans une grande discussion avec sa grand-mère.

  • Ca va bien, tous les deux ? demanda Kyle en s'installant auprès d'Ellie dans le coin-salon.
  • Ca va même très bien, répondit Eléonore avec un grand sourire. Un peu comme toi, j'ai l'impression. Mais, dis-moi, qu'as-tu fait de Juliette ?
  • Elle dormait quand je l'ai laissée. D'ailleurs, Jo, je voulais savoir comment tu la trouves ces jours-ci ?
  • Ben... Elle va mieux, ça c'est sûr, répondit Jo. Mais découvrir la vie d'ici, c'est quand même quelque chose de pas banal, alors... C'est difficile pour elle, mais si tu es là, ça va.
    Elle est bizarre quand même, au début elle ne voulait plus te voir et maintenant, j'ai l'impression que c'est tout le contraire et que si t'es pas là, ben... tout devient très compliqué pour elle. De toute façon, je comprends rien aux filles, ça c'est sûr !
  • Je te rassure, moi non plus ! déclara István en les rejoignant dans le salon, accompagné de Cristina.
  • Pas mieux ! renchérit Kyle. Et si Ellie et maman ne m'avaient pas donné quelques clés, je ne serai pas plus avancé que Jo !

Eléonore attrapa la main de Kyle dans la sienne et la serra tendrement.

  • Et moi, ma seule certitude, rajouta Miska qui venait de les rejoindre, c'est qu'il ne faut surtout pas chercher à comprendre.

Kyle éclata de rire devant le regard courroucé de Cristina.

  • Non mais, c'est pas bientôt fini ces petits commentaires désobligeants ! s'exclama Cris. Serena, tu devrais peut-être expliquer deux ou trois petites choses à ton fiancé. Et toi Ellie, tu ne dis rien ?
  • Si je suis tout-à-fait honnête, Cris, répondit Serena en riant, je te dirai que Miska n'a pas complètement tort. Cela fait des siècles que les femmes ne comprennent pas les hommes et vice-versa. J'ai donc décrété, pour ce qui me concerne, que nous n'avions pas la même façon de réagir et de penser mais que nous pouvions nous compléter utilement à défaut de nous comprendre.
  • Et nous allons clore là le débat, ajouta Eléonore avec un petit sourire. Tu as plutôt bien résumé l'affaire, Serena. Mais puisque je vous tiens tous là... et que je n'ai suivi vos histoires que de loin, vous allez peut-être pouvoir me raconter vos histoires d'amour respectives. Ne serait-ce que pour satisfaire ma curiosité féminine... Et donc, je commencerai par... István et Miska ! Vous allez me raconter l'histoire de Kyle et Juliette.
  • Pourquoi nous ? demanda István. Alors que vous avez l'interressé sous la main ?
  • C'est vrai, dit-elle en serrant la main de Kyle, mais je me doute de ce qu'il va me dire et deux points de vue extérieurs me semblent tout aussi intéressants !
  • Tout-à-fait d'accord ! acquiesca Cristina, avec l'assentiment de Serena et Jo.

István regarda Miska d'un air interloqué mais celui-ci secoua doucement la tête avec un sourire en l'invitant à commencer.

  • Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Il nous l'a présentée le 14 juillet 1939, j'avais organisé une fête dans mon appartement, acheté depuis peu... et il est arrivé avec elle. Elle était différente, à l'époque. Même si elle était réservée la plupart du temps, elle était capable d'être bien plus extravertie quand elle se sentait en confiance. Et là, on a découvert qu'elle était non seulement très jolie mais qu'elle était aussi très cultivée. Son regard sur l'actualité était précis, incisif...
    Bref, cette fille n'était pas n'importe qui, de toute évidence. Mais bien que nous l'ayons tous trouvée charmante, au premier regard Kyle nous a fait comprendre qu'elle nous était interdite !
  • Quoi ! s'exclama Kyle. T'exagèrerais pas un peu, par hasard ?
  • Non, il n'exagère pas, intervint Miska, tu nous avais clairement dit un truc du genre "bas les pattes", je m'en souviens très bien ! Donc, pour répondre à votre question, Eléonore, quand il nous l'a présentée, je pense qu'il était déjà amoureux d'elle. J'imagine qu'il va nier mais la vérité, c'est qu'une fois qu'elle a croisé son chemin, Kyle est subitement devenu un moine ! Je ne sais même pas s'il s'est rendu compte qu'il y avait d'autres femmes sur la planète, à cette époque. Dans ses yeux, il n'y avait que Juliette...
  • Oui, mais alors, reprit István, c'est pas le pire ! Môssieu Kyle Grandchester, en bon aristocrate anglais sûr de lui, attendait que la demoiselle fasse le premier pas.
  • István, si tu continues comme ça, coupa Kyle, ça va très mal se terminer !
  • T'inquiète ! J'imagine bien que c'est pas à moi que l'on va demander de raconter ma rencontre avec Cris, t'auras l'occasion de te venger, mon frère !

Jo était hilare et Serena se retenait d'éclater de rire sous l'oeil amusé d'Eléonore et de Cristina.

  • La vérité, reprit Miska, c'est qu'il ne voulait tellement pas la brusquer qu'il a attendu la veille de leur départ de Paris pour lui dire qu'il aimait. Il a travaillé avec elle tous les jours pendant un an mais il a fallu qu'il attende le dernier moment, ce grand malin. Résultat, les allemands sont arrivés, bien plus vite que prévu et Juliette s'est retrouvée bloquée en France et elle a décidé de s'occuper d'enfants juifs avec la suite que l'on connait. Ils se sont retrouvés par hasard en 42, j'étais présent et je crois que je ne les avais jamais vus aussi heureux. Ce fut quelques journées magiques au milieu de tout ce chaos. Et puis... 3 ans plus tard, ils ont fini par se retrouver.
  • J'apprécie ta pudeur, Miska, murmura Kyle d'une voix émue.
  • Moi aussi, ajouta Eléonore. Et maintenant, Miska, puisque personne n'a véritablement assisté à la naissance de votre histoire avec Serena, racontez-moi tout.
  • Attendez, s'exclama István. On était présents quand il l'a rencontrée pour la première fois ! Je me souviens très bien de sa tête quand Terry est arrivé avec Serena. A sa décharge, j'avais déjà rencontré Terry à Londres et je savais déjà à quel point ils se ressemblaient. En revanche, je ne connaissait pas Serena et j'avoue avoir moi aussi été bluffé par sa ressemblance avec Candy.
    Mais pour en revenir à Miska, je sais qu'il a toujours été sensible au charme de Candy. Tout comme moi jusqu'à ce que je tombe aux pieds de Cristina. La rencontre avec Serena a donc été particulière à bien des égards. Elle lui plaisait forcément et qui plus est, il allait devoir lui servir de chaperon à Berlin, vous imaginez le dilemme.
    Quand on l'a revu à Londres, je me suis bien rendu compte qu'il luttait pour ne pas l'approcher mais je n'en sais pas plus, si ce n'est qu'il a bien fini par craquer puisqu'il l'épouse.
  • Et votre version des faits, Miska, demanda Eléonore avec un léger sourire.
  • Et bien... István n'a pas complètement tort. J'ai été subjugué par sa beauté, c'est vrai mais à ça, je pouvais résister. En revanche je n'étais pas du tout préparé à rencontrer une telle personnalité dans un petit bout de jeune femme de 17 ans. Et si j'ai lutté pour ne pas l'aimer, c'était en vain.
    J'ai toujours l'impression d'être trop vieux pour elle, ou bien qu'il est trop tôt pour elle pour vivre tout ça mais je ne peux même plus envisager de me passer d'elle.

Serena se blottit amoureusement contre lui et Eléonore lui sourit affectueusement tandis que Miska entourait ses épaules de son bras.

  • Et j'imagine que c'est toi Kyle, qui va me raconter l'histoire de Cris et d'István, reprit Eléonore en se tournant vers son petit-fils.
  • Oui, et je ne vais pas bouder mon plaisir, dit Kyle en riant.
  • Fais bien attention à ce que tu vas dire ! le menaça Cristina. N'oublie pas que je suis là, moi aussi.
  • Oh, mais sois tranquille, répondit Kyle, tu vas aussi en prendre pour ton grade. Vous vous êtes comportés comme des idiots tous les deux, et plus d'une fois !
  • Sale traitre ! répondit Cristina, ce qui déclencha à nouveau l'hilarité de Jo.

Le jeune garçon avait encore du mal à croire à tout ce qui lui arrivait. Il avait toujours peur que le rêve s'évanouisse mais il durait toujours et il était heureux. Il se sentait bien dans cette famille qui l'accueillait comme s'il en avait toujours fait partie. Il se remémora un dicton que citait souvent sa mère et pour la première fois, il le trouva juste : après la pluie, vient toujours le beau temps.

  • Bref, durant la guerre, István m'a rejoint à Londres tandis que Miska agissait en sous-marin à Paris. Et un soir, sans prévenir, j'ai vu débarquer ma cousine préférée, Cristina, ici présente. Et comme un heureux hasard n'arrive jamais seul, István est rentré beaucoup plus tôt que prévu et est arrivé quelques minutes plus tard. Et... il aurait fallu que vous soyiez tous là pour le voir. En l'espace d'une seconde, l'atmosphère s'est chargée d'électricité et j'ai eu l'impression d'être de trop.
    Ils se sont tournés autour, testant chacun leurs griffes et ça a duré des semaines... Et je ne sais pas lequel des deux a fini par arriver à ses fins mais je n'ai rien vu venir.
    Et alors ensuite, ça a été le cirque ! Ils se sont disputés, Cris est partie en Afrique du Nord et notre idiot national a décidé de suivre l'armée de Patton pour la rejoindre. Résultat il l'a retrouvée mais depuis un lit d'hôpital et, entre moult rebondissements et autres quiproquos ils se sont fâchés et ne se sont retrouvés qu'à Paris, au moment de la libération de la ville.
    Depuis, j'ai l'impression qu'ils ont compris la leçon et qu'ils communiquent un peu plus intelligemment et au final, ils font bien puisque tout se passe merveilleusement bien entre eux depuis. Et voilà toute l'histoire, Ellie.
  • Décidément, cette famille regorge de belles histoires d'amour, répondit sa grand-mère. Mais je vais quand même vous tirer ma révérence, il commence à se faire tard pour moi.
  • Bonne nuit Ellie ! répondit Kyle en l'embrassant sur la joue.


Acton, le 15 septembre 1945
Miska frappa doucement à la porte de Juliette qui lui répondit d'entrer. Elle était assise devant sa coiffeuse, complètement prête, les yeux perdus dans le vague.
Elle se tourna doucement quand il entra et il devina sa tristesse malgré son sourire avenant.
Elle portait une robe à la coupe très simple mais une superposition de voiles de dentelles lui donnait un chic incroyable. Sous le maquillage, la jeune femme était cependant très pâle.

  • Et bien, murmura Miska, je suis surpris de te voir déjà prête, tu es magnifique, Juliette ! Kyle sera époustouflé en t'apercevant tout-à-l'heure.
  • Tu crois ? demanda-t-elle avec un pauvre sourire.
  • Comment peux-tu en douter, Juliette ? Il est dans ses petits souliers depuis ce matin et je crois qu'il attend avec impatience le moment où il pourra t'enlever.
  • Moi aussi, je suis impatiente que tout cela soit terminé, murmura-t-elle en baissant les yeux. J'ai l'impression, par moments, de participer à une imposture. Kyle et moi avons... nous avons eu un enfant, Miska... Je ne suis pas sûre que mes parents soient très fiers de moi, en vérité.
  • Je ne peux pas te laisser parler ainsi, Juliette, répondit-il simplement. Il est presque sûr que tes parents avaient espéré un autre avenir pour toi, sans guerre, sans nazis, sans tout ça. Mais en revanche, je suis certain qu'ils seraient très fiers de toi, de ce que tu as accompli, que tu aies survécu. S'il y a vraiment un paradis quelque part, alors Andrzej est avec eux et... en ce jour, ils doivent tous se réjouir que les choses rentrent dans l'ordre. Enfin. Et je sais qu'ils te souhaitent tout le bonheur du monde.

Juliette se tamponna vite les yeux pour ne pas laisser ses larmes gâcher son maquillage. Elle sourit faiblement à Miska et il la prit dans ses bras pour la serrer contre lui.

  • Merci d'être auprès de moi, Miska, dit-elle finalement.

De petits coups légers frappés à la porte les interrompirent et ils virent Ryan les rejoindre en souriant.

  • Vous êtes magnifiques tous les deux, dit Ryan en souriant aux jeunes gens. Ne sois pas surprise par ma présence, Juliette mais j'avais une requête à te formuler.
  • Je t'écoute.
  • Voilà, Kyle est mon frère aîné et... je l'adore et j'ai beaucoup d'admiration pour vous deux. Pour ces raisons, et plein d'autres encore, j'aimerais que tu me fasses l'honneur de me laisser t'accompagner jusqu'à l'autel. J'imagine très bien que tu aurais préféré...
  • J'en serai très honorée, le coupa-t-elle aussitôt avec émotion. Merci infiniment, Ryan... c'est.
  • C'est une excellente initiative, renchérit Miska. Merci, Ryan. Bon allez... je vais aller voir où en sont les garçons, à plus tard !

*****

Lorsque Miska arriva à la porte de Kyle, il y fut rejoint par Terry. Ils entrèrent ensemble et trouvèrent Kyle et István tranquillement assis en train de boire une flûte de champagne.

  • Et bien ! dit Terry. On m'aura précédé à moins que vous n'ayez pris l'initiative de boire seuls !
  • C'est bon, papa ! répondit Kyle en riant. Maman ne nous a autorisé qu'une flûte !
  • Mais elle a laissé la bouteille, répondit Miska en se servant à son tour. Vous en prendrez, Terry ?
  • Volontiers, merci.
  • Mais dis-moi, papa, tu n'es pas censé être auprès de Serena ? demanda Kyle avec un sourire.
  • Si je te dis qu'elle n'est pas prête, ça te surprend ? Cris non plus, ceci dit. Candy était partie chercher Juliette et... sachant qu'elles en ont encore pour une demi-heure, j'en ai profité pour m'éclipser, ça te va comme explication ?
  • A propos, Miska, demanda Kyle, tu as vu Juliette ?
  • Oui. Et je l'ai laissée avec Ryan, elle n'est pas seule. Et elle va plutôt bien, si c'est le sens de ta question. Compte tenu du contexte, elle est nerveuse et l'image qu'elle a d'elle-même ne l'aide pas beaucoup à se détendre mais elle ne reculera pas. Et... ça va István ?
  • Oui, grommela ce dernier, ça va. C'est juste que cette attente m'exaspère prodigieusement ! J'ai autant envie de voir arriver la fin de cette journée que d'en savourer chaque instant. A part là, maintenant, tout de suite...
  • C'est pas mon meilleur souvenir non plus, renchérit Terry. Mais si ça peut vous rassurer, là-haut, ça n'est pas non plus la détente. Serena est ailleurs et n'écoute pas ce qu'on lui dit, quant à Cris, elle jette des regards noirs à tout le monde et je ne recommande à personne d'essayer de la contredire. Quant à leurs mères, elles se régalent et Ambre se réjouit de toute cette agitation.
  • Je comprends pourquoi tu es ici, répondit Kyle en souriant. Mais sinon, tu ne nous as pas dit comment tu te sentais, Miska. Moi, je piétine et István enrage, mais toi...

Miska s'assit et sourit mystérieusement à ses amis.

  • Je n'ai jamais été aussi sûr de moi qu'aujourd'hui. Donc, oui, je vais plutôt bien et je crois que l'émotion... je me la réserve pour tout-à-l'heure, quand Serena me rejoindra. Les questions, les doutes, j'en ai fait le tour quand j'étais à Budapest. Aujourd'hui, je sais où je vais et... l'avenir a pris des couleurs ces derniers temps, c'est tout !

Kyle sourit en observant le visage détendu de son ami, il ne se rappelait pas avoir jamais vu Miska ainsi. Par moments, quelques années plus tôt, il pouvait donner l'illusion de se détendre un peu mais c'était la toute première fois qu'il avait ce regard détendu et presque souriant.
Des coups légers furent frappés à la porte et Candy entra.

  • Les filles sont prêtes, dit-elle simplement. Terry, il faut que tu ailles rejoindre Serena.
  • J'y vais, dit-il en s'approchant d'elle.

Il lui donna un long et langoureux baiser qui la fit rougir avant de quitter la pièce avec un sourire au coin des lèvres. Kyle se mit à rire en constatant l'embarras de sa mère, et il lui passa un bras autour des épaules.
C'est le moment que choisit Alexandra pour les rejoindre et ils prirent tous la direction du jardin où un autel avait été dressé pour l'occasion. Candy était entourée par Miska et Kyle, tandis qu'Alexandra était au bras d'István. Les invités étaient déjà tous installés, Ambre ayant pris la direction des opérations et les garçons se rendirent à l'autel pour attendre leurs épouses respectives.
Juliette entra au bras de Ryan et l'assemblée retint son souffle. Elle fut suivie par Cristina et Albert puis par Serena et Terry.
Quand les futures mariées eurent rejoint leurs fiancés, la cérémonie commença.

*****

Acton, le 17 septembre 1945
Allongée sur leur lit, Candy était paresseusement étendue sur le ventre, tandis que Terry passait lentement sa main sur son corps nu, errant de la nuque au bas de ses reins.

  • Je crois que ce soir, on peut dire qu'on est enfin seuls, murmura Terry en poursuivant ses caresses sur l'arrière des cuisses de son épouse.

Il entendait les soupirs de Candy et savait parfaitement que les frissons qui la traversaient n'étaient que les prémices d'un désir qu'il comptait bien faire croître au fil des minutes qui s'écoulaient.

  • C'est vrai qu'on va pouvoir se comporter comme des jeunes mariés maintenant que tous nos enfants sont grands et autonomes, dit la jeune femme. Cela me rappelle notre voyage à Hawaï il y a quelques années.
  • C'est là-bas que voulait aller Serena en voyage de noces... Je lui ai promis que ce serait possible mais, plus tard.

Candy sourit doucement avant de regarder son mari.

  • Elle est heureuse, tu sais... Elle aime tellement Miska que ça m'impressionne.
  • Autant que tu m'aimes ?

Candy redressa la tête pour le regarder avec un air sérieux. Il l'observait avec un sourcil levé.

  • Terry, je... Qu'essayes-tu de me faire dire, au juste ? Tu sais mieux que personne à quel point je t'aime.

Il lui caressa délicatement la joue avant de s'étendre à ses côtés.

  • Je ne sais pas... Je crois que l'ambiance de ces jours derniers m'a fait replonger dans le passé et puis il y a toutes ces questions à propos de toi et moi...
  • De quelles questions parles-tu ? demanda Candy en observant son profil rêveur.
  • Des questions sur le secret de notre couple, comment a-t-on fait pour être aussi unis... Pourquoi c'est toujours à moi qu'on demande ça ? Pourquoi pas Albert ou Archie... Est-ce que c'est parce qu'il est improbable qu'on puisse m'aimer alors que je suis tellement insupportable ?

Candy se mit à rire et vint se blottir contre lui, entrelaçant ses doigts à ceux de Terry.

  • Ce n'est pas toi, Terry et puis tu n'es pas insupportable, tu es juste insolent, irrévérencieux, arrogant, secret, perfectionniste et...

Elle ne put terminer sa phrase. Terry s'était redressé et l'avait baillonnée de ses mains, le sourire aux lèvres.

  • C'est bon, j'ai compris... c'est ma fête, aujourd'hui, c'est ça !?! Tu mériterais des représailles, mon ange, ajouta-t-il en levant un sourcil. Mais tout ça ne me dit pas pourquoi tu m'aimes encore alors que tu connais par cœur le moindre de mes défauts.

Il l'avait relâchée et elle caressa son visage du bout des doigts. Les années avaient laissé leurs traces sur son visage mais elle en aimait chaque détail.

  • Même si je m'en suis bien cachée au début, ton insolence m'a toujours fait rire. Il faut croire que j'ai toujours bien aimé les rebelles, que veux-tu... Et puis j'ai toujours su à quel point tu es généreux. Tu l'es jusque dans ta façon de t'impliquer dans ton travail, dans ta vie de famille. Cette générosité et cette implication font peut-être de toi un perfectionniste, mais c'est une belle qualité, Terry. Tu te donnes les moyens de réussir dans ton travail tout en réservant à notre famille des moments d'une grande qualité alors...
  • Je n'ai pas toujours été là, Candy. Tu l'as peut-être oublié mais je...
  • Non, Terry. Je n'ai pas oublié. Mais il y a longtemps que je considère cette histoire comme une anecdote. Nous étions jeunes, encore et tu travaillais pour assurer notre quotidien, Terry. Il fallait simplement que l'on ajuste notre mode de fonctionnement.
  • C'est possible mais il n'empêche que je t'ai bien trop négligée à cette époque et je ne me pardonne pas de ne pas m'en être aperçu tout seul.

Candy se redressa pour le faire taire d'un chaste baiser.

  • Tu es trop dur avec toi-même, mon amour, ajouta-t-elle avec un petit sourire. Et c'est quelque chose qui ne change pas chez toi. Mais heureusement pour toi, je suis beaucoup plus indulgente !

Terry se mit à rire avant de la regarder intensément.

  • Mon adorable petite Tâches de Son, comme la vie aurait eu un goût amer sans toi !

Il plongea le visage dans son cou et la serra contre lui. Candy avait passé ses bras autour de son cou et elle se pencha vers son oreille.

  • N'essaye même pas d'envisager une chose pareille, c'est trop tard désormais. Tu es mon mari et je n'ai pas l'intention de te laisser filer.
  • Moi, non plus, Candice Grandchester ! répondit-il avant de l'embrasser à pleine bouche.

Candy s'accrocha à lui et se laissa emporter vers les cimes du plaisir.

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