025 - Epilogue


New-York le 20 novembre 1946
Candy retint son souffle quand le taxi s'engagea dans l'avenue de l'Indépendance. La main de Terry se posa sur la sienne qu'il serra doucement. La chaleur de ce simple contact la réconforta et elle se tourna vers lui avec une certaine émotion dans le regard. Ils n'étaient pas revenus dans cette maison depuis près de huit ans, lors du départ de Kyle pour l'Espagne.
Terry posait sur elle un regard tendre et il lui sourit avec chaleur. Elle entrelaça ses doigts aux siens et répondit à son sourire avant de reporter son regard dehors.
Quelques instants plus tard, Terry l'aidait à descendre de voiture. Kyle et Juliette avaient rendez-vous chez le médecin et Candy avait tenu à retrouver Riverdale en la seule compagnie de Terry. Le taxi s'éloignait déjà quand Terry se tourna vers elle avec une lueur d'inquiétude dans le regard.
Elle était debout, immobile face à la maison et il se plaça derrière elle pour l'entourer de ses bras. Elle posa sa tête contre sa poitrine et posa ses mains sur celles de Terry qui l'étreignait doucement.

  • Je me rends bien compte que la nostalgie envahit tes pensées, murmura Terry, mais je me demande simplement quel moment de notre passé pouvait te donner un air si mélancolique...
  • Je repensais à la première fois où j'ai vu cette maison, répondit-elle doucement.
  • Ce moment reste gravé dans ma mémoire, murmura son mari.

Elle se tourna vers lui et lui adressa un fabuleux sourire.

  • Je n'étais pas nostalgique Terry, commença Candy. Enfin si, peut-être un peu... Mais la seule chose qui pourrait me manquer de notre passé ici, c'est toi. Et tu es toujours à mes côtés.

Le regard bleu-vert de son mari était posé sur elle et elle ferma les yeux quand il s'avança pour l'embrasser. Elle savoura longuement la tendresse de son baiser profond. Il la relâcha et un sourire éblouissant éclaira le visage de sa femme.

  • J'espère que tu l'es quand même un peu... nostalgique, dit Terry d'une voix un peu rauque. Cette maison garde beaucoup de secrets et de souvenirs qui me sont très chers.
  • Ce n'est qu'une maison, Terry. Les souvenirs sont en nous et ils ne nous quitteront pas, où que nous allions, où que nous nous trouvions. Et si j'ai connu des heures fabuleuses dans cette maison, c'est parce qu'elles sont toutes liées à toi et au fait que nous soyons ensemble, toi et moi.
  • Il me tarde de partir pour l'Écosse avec toi, mon ange... Ce ne sera pas l'été mais je te promets de belles soirées au coin du feu, mon amour.

Candy sourit doucement à son mari, émue par le désir qu'elle lisait toujours dans ses yeux.

  • Je t'aime, Terry, dit-elle simplement. Après toutes ces années, je n'arrive pas à croire que tu me bouleverses encore autant. Maintenant, entrons... il est temps de faire nos adieux à cette maison, mon amour. Tu sais que désormais, ce sera la maison de Kyle et...
  • Je sais, Candy... et je t'aime, moi aussi.

Moins d'une heure plus tard, Kyle aidait à son tour sa femme à descendre de voiture. Candy sortit sur le perron et les observa avec tendresse.
Kyle avait laissé pousser ses cheveux qu'il maintenait attachés derrière sa tête en catogan. Candy sourit en pensant qu'il aurait moins détonné à Acton qu'à New-York avec cette coiffure très "indienne". Il avait également laissé pousser une barbe qu'il taillait court. Cela faisait ressortir ses yeux et elle eut un sourire de fierté très maternel avant de reporter son attention sur Juliette.

La jeune femme avait considérablement changé depuis son retour à Paris et plus encore depuis le début de sa grossesse. Juliette avait conservé sa silhouette très fluette, mais son corps avait pris des formes généreuses et elle rayonnait de santé. Son visage et son regard, tournés vers Kyle, exprimaient une tendresse et un bonheur non feints.

Son sourire s'agrandit encore quand elle aperçut Candy et Terry qui les attendaient sur le perron. Ils se saluèrent avec émotion et s'installèrent dans la bibliothèque où Candy avait fait servir du thé.

  • Dis-moi, Kyle, commença Terry avec un sourire narquois, ton nouveau look, c'est...
  • Un choix personnel, répondit Kyle du tac au tac.
  • Ça lui va très bien, au demeurant, renchérit sa mère avec un sourire pour Terry.
  • Et voilà, papa, il va falloir que tu trouves un autre sujet pour essayer de me faire sortir de mes gonds ! s'exclama Kyle en riant.
  • D'accord ! répondit Terry en riant à son tour. De toute façon, hormis la barbe, Tate et toi arborez pratiquement le même look !
  • Comment va Jeff ? Pas de mariage à l'horizon ? demanda Terry.
  • Il a rencontré une harpiste, répondit son père avec un petit sourire. Et pour l'instant, elle le tient en bride comme aucune autre n'avait réussi à le faire, donc... seul le futur nous dira si cette relation est amenée à se concrétiser ou pas. Et sinon, vous deux, que vous a dit le médecin ?
  • Tout va bien, dit Juliette de sa voix la plus rassurante. Le bébé se prépare à arriver et il pourrait se décider d'un jour à l'autre mais le docteur pense que cela n'aura pas lieu avant la semaine prochaine. C'est ce qu'il nous a dit, tout du moins.
  • Et toi Juliette, tu n'es pas trop fatiguée ? demanda Candy avec beaucoup de douceur.

Terry se leva et fit discrètement signe à Kyle avant de l'entrainer dehors prétextant son envie d'aller marcher jusqu'à l'Hudson pendant que les femmes discuteraient entre elles de maternité.
Candy prit place près de Juliette qui gardait le regard timidement baissé sur ses mains jointes. Cela n'échappa pas à sa belle-mère qui serra ses mains dans les siennes.

  • Tu es inquiète ? demanda doucement Candy.
  • Non, répondit doucement la jeune femme. Je le sens au fond de moi, tout se passe bien, cet enfant est bien plus calme que...

Juliette avait de nouveau baissé la tête et s'était brusquement tue mais Candy ne l'avait pas lâchée.

  • Tu penses à Andrzej, dit Candy très doucement. Tu sais, Juliette, je n'ai jamais, jamais ressenti la même chose. Pour aucune de mes grossesses. Et rien n'a jamais laissé présagé non plus du caractère de ces enfants. C'était la surprise à chaque fois. Tu l'as constaté toi-même, de toute façon, les enfants sont tous différents. Ils le sont toujours.
  • J'ai peur, Candy... peur de ne pas réussir à... peur d'être une mauvaise mère, encore.
  • Je peux le comprendre, Juliette... Mais tu n'as jamais été une mauvaise mère, ne dis plus jamais ça. Mais je peux comprendre ta peur ; moi aussi, il m'est arrivé de douter.
  • Toi ? Mais... mais de quoi ?
  • De moi, de mes capacités à donner de l'amour... j'ai été aimée par mes amis, mes éducatrices mais je n'ai jamais connu ma mère et... je n'ai découvert le véritable sens de cette relation qu'avec Éléonore, notamment pour la naissance de Kyle. Comment allais-je pouvoir être une mère alors que je n'avais jamais su comment c'était... Cette question me torturait... celle-là et puis... Quand j'ai été enceinte de Ryan, j'ai eu peur de ne pas l'aimer autant que Kyle et ainsi de suite...
  • Alors ça ne s'arrête jamais ? demanda Juliette, pleurant et riant à la fois.
  • Non ! dit Candy en riant à son tour, les larmes aux yeux. Tout comme l'hypersensibilité, d'ailleurs. Mais non, la peur ne s'arrête pas... elle naît avec ton premier enfant et... Même si je freine mes pulsions maternelles, j'ai toujours peur pour eux. Mais rassure-toi Juliette, c'est un sentiment qui va et qui vient, il n'est pas omniprésent, loin de là.
    Quant à tes capacités à être une bonne mère... comment dire... Le simple fait que tu te poses la question montre que c'est effectivement le cas.
  • Tu veux bien rester, Candy ? Je veux dire... jusqu'à la naissance du bébé au moins. Je me sentirais plus rassurée et je... je ne sais pas à qui demander ça...
  • Terry et moi avions prévu de partir deux semaines après la naissance du bébé, dit doucement Candy. Sauf si Kyle et toi éprouvez le besoin d'être seuls plus tôt, bien entendu.
  • Non ! Justement, ce serait parfait... Merci, Candy, ça me touche beaucoup que vous soyez venus, Terry et toi. Sans compter que Kyle est presque trop prévenant, tant il est angoissé.
  • Quand j'ai accouché de Kyle, Éléonore était là. Pour Ryan aussi... Je lui ai demandé d'être là, j'en avais besoin... Si je ne le faisais pas pour toi, je m'en voudrais beaucoup. Quant à Kyle, son père va trouver comment l'occuper, ajouta Candy avec un sourire mystérieux.
  • Comment cela ?
  • C'est très simple, vous n'avez pas fait une seule modification dans cette maison, on dirait un mausolée qui n'a pas bougé depuis quinze ans au moins.
  • Cette maison me plait ainsi, dit doucement Juliette.
  • D'accord, dit Candy en riant à demi, mais crois-moi la décoration mériterait un vrai petit coup de jeune. Sans compter qu'il faudrait moderniser quelques petites choses. Et puis, j'aimerais que Kyle et toi occupiez la chambre principale.
  • Candy, nous habitons votre maison à Terry et toi et cette chambre est la vôtre.
  • Non, Juliette. Terry et moi habitons le ranch des Collines et nous y sommes heureux. C'est là-bas qu'est notre maison. Quant à cette maison-ci, elle est désormais la vôtre. C'est toi et Kyle qui y habitez, d'accord ? J'ai été vraiment très heureuse ici mais c'est du passé. Je veux que cette maison porte votre empreinte à tous les deux, que vous l'habillez de vos photos, de vos couleurs...
  • Et tu veux faire ça maintenant ?
  • Pas tout-à-fait mais nous allons commencer, quant à toi, tout ce que tu auras à faire sera de donner ton avis, ça te paraît possible ?
  • Pourquoi Terry et toi faites cela ? Tous vos enfants sont attachés à cette maison et...
  • Et ils n'y viennent jamais. Kyle et toi y vivez... Écoute-moi Juliette... Ryan et Sophie déménagent sans arrêt mais j'ai la très nette impression qu'ils ont envie d'avoir un pied-à-terre dans le Sud de la France et puis... c'est lui qui passe le plus clair de son temps dans notre résidence en Écosse, tu comprends ?
  • Et bien, je...
  • Ambre a déposé ses valises au Biloba et elle y est heureuse. Quant à Serena, il semblerait que ni elle ni Miska n'ait envie de quitter Malibu... Jeffrey revient régulièrement aux Collines mais nous lui avons offert un appartement à Los Angeles, qu'il adore et... Tout ça pour vous dire que nous ne lésons personne, Juliette. Cette maison n'a jamais eu vocation à devenir un mausolée, elle mérite de nouveaux souvenirs, une nouvelle famille, des rires d'enfants et... tout ce qui va avec.
  • Je ne sais pas si...
  • Ne dis rien, Juliette, mais laisse-moi t'aider à faire de cette maison la vôtre, d'accord ?
  • D'accord, Candy.
  • Ah, autre chose... Miska devait venir faire des photos à New-York et vous le verrez plus tôt que prévu, finalement.
  • C'est vrai ? Ça me fait tellement plaisir ! s'exclama Juliette. Serena viendra avec lui ?
  • Non, dit Candy en souriant, ses cours ne sont pas terminés mais elle compte bien vous rejoindre le plus tôt possible avec Léna.
  • On dirait que les choses se passent bien pour eux. Ça me fait tellement plaisir pour Miska, il a l'air... apaisé, oui c'est comme ça que je le définirai. Il méritait de trouver le bonheur et... je... je suis vraiment ravie pour eux deux.
  • Il a changé, c'est vrai. Encore plus depuis la naissance de Lena. Tu l'aurais vu pendant l'accouchement, Juliette, il a été vraiment incroyable.
  • Il a assisté à l'accouchement de Serena ? demanda Juliette, presque choquée en imaginant la scène.
  • Oui, dit Candy en souriant à Serena de manière rassurante. Mais tu sais, c'est uniquement pour Serena qu'il était là. Il a refusé de la lâcher et il l'a soutenue, il l'a aidée à respirer... il lui épongeait le front, lui donnait à boire... Il s'est même laissé copieusement insulter durant les contractions les plus douloureuses, sans broncher !

Juliette sourit doucement à l'évocation de la scène.

  • Et puis... reprit Candy, quand Léna est enfin apparue, il s'est métamorphosé. Pour lui, je pense que ça a été un moment magique et c'est même lui qui a coupé le cordon. Et depuis lors, il est en adoration devant sa femme et sa fille. Elles pourraient lui demander la lune qu'il chercherait un moyen de la leur décrocher !
  • C'est Serena qui lui a redonné l'envie de continuer à vivre, murmura pensivement Juliette. Je ne m'en suis pas aperçue tout de suite mais... quand il m'a emmenée voir Andrzej... Je n'ai pas su le deviner mais je ne n'étais plus capable de grand chose à cette époque. C'est bien après, quand j'ai repensé à tout ça, à lui, à ce qu'il m'avait dit... Il était brisé en-dedans. Ce qu'il faisait en Allemagne était en train de l'achever, de le vider de sa substance. Serena a changé tout ça. Alors que nous, ses amis, n'avons même pas su l'aider. Pourtant, lui ne nous a jamais fait défaut, il nous a tous portés, à un moment ou un autre.
  • Vous ne pouviez pas l'aider, Serena. Ni Kyle, ni toi, ni István. Serena est arrivée avec sa candeur, sa fraîcheur et surtout sans toutes ces douleurs et tous ces souvenirs d'une guerre qui a duré bien trop longtemps pour vous tous. Ne te fais pas de reproches, Juliette, Miska ne vous en fait aucun et tu le sais. Et puis Miska est très secret, il se protège, se cache... Il sait se rendre sympathique et être un ami distrayant mais son âme lui appartient. Terry est un peu comme ça et il l'était déjà lorsque j'ai fait sa connaissance. Il m'a fallu longtemps avant de le comprendre et de réussir à l'apprivoiser. Mais Serena... Serena a toujours su comment s'y prendre avec son père, il lui suffisait d'user des mêmes artifices avec Miska, ajouta Candy avec un petit rire.
  • C'est vrai que Kyle m'avait dit, autrefois, que Miska lui rappelait parfois son père ! Pas étonnant que Serena ait réussi à apprivoiser Miska, ajouta Juliette avant de rire à son tour.

*****

Dehors, Terry et Kyle avaient atteint la colline et Terry s'adossa au grand chêne avec un sourire au coin des lèvres.

  • Juliette a l'air d'aller beaucoup mieux, je me trompe ? demanda-t-il à Kyle dont le regard se perdait sur les flots de l'Hudson.
  • Elle change, répondit simplement Kyle. Toujours est-il qu'elle a l'air plus détendue. Il y a quelques mois, elle a fait plusieurs séries de photos dans les rues de New-York et... c'était de l'excellent travail mais elle ne s'en occupe pas. J'ai envie de montrer ses photos mais je ne sais pas si elle est prête à "s'exposer" en quelque sorte. Et... ce qui m'ennuie, en vérité, c'est qu'elle ne parle pas ou très peu de ce qu'elle a traversé. Ceci dit, elle écrit beaucoup mais... en fait je ne sais pas trop.
  • Ne la laisse pas s'éloigner de toi, Kyle.
  • Je ne crois pas qu'elle s'éloigne, j'ai plus l'impression qu'elle n'est pas prête à s'épancher... En revanche, entre elle et moi, c'est le bonheur. Quand nous sommes tous les deux, elle est détendue et radieuse. Sa grossesse semble l'aider à s'épanouir. Mais je me rends également compte qu'elle a parfois l'air triste. Elle se perd dans ses pensées et je sais que c'est Andrzej qui occupe son esprit. Nous en parlons parfois mais il lui est difficile de formuler ses craintes ou ses peurs.
  • L'écriture est un exutoire, tu sais... Cela peut suffire à l'apaiser. En revanche, si elle souhaite un jour publier quelque chose, elle pourrait m'en parler alors n'oublie pas de le lui dire, le moment venu...
  • Merci pour elle, papa.
  • Au fait, Miska a des photos à faire à New-York, il m'a dit de te prévenir qu'il débarquerait d'ici deux ou trois jours.
  • Génial ! Je suis content de le voir ! Serena vient avec lui ?
  • Non ! Ses cours de droit se termineront dans deux semaines... donc ou bien elle vous rejoindra ou bien Miska fera un aller-retour, je ne sais pas.
  • Lui, il a considérablement changé ! dit Kyle avec un sourire. Il était si solitaire, si mélancolique et... quand je l'ai revu en France, j'ai eu peur pour sa santé mentale... mais j'étais tellement obnubilé par Juliette que je n'ai jamais pris le temps de faire plus attention à lui.
    Et encore une fois, c'est lui qui a pris soin de nous. Au mépris de son propre ressenti. Jusqu'à ce qu'il craque et reparte pour Budapest... Même là, on est arrivés après la bagarre, il allait déjà mieux.
    En vérité, on a été de très mauvais amis pour lui mais je suis heureux que Serena ait réussi là où nous avons tous lamentablement échoué.
  • Il est en train de devenir le photographe à la mode à Hollywood, les studios se l'arrachent pour photographier leurs stars et ta sœur enrage !
  • J'imagine, oui ! répondit Kyle en riant aux éclats. Mais avec ce que maman a du supporter, entre tes partenaires et tes admiratrices, j'imagine qu'elle doit l'aider à se calmer !
  • Quoi ! s'exclama Terry. Hormis une seule et malheureuse fois, et encore, toutes les rumeurs étaient fausses... Mais ta mère n'a jamais eu de doutes ou d'inquiétudes à mon sujet et j'ai toujours fait en sorte que...
  • Je le sais bien, papa ! Ne sois pas autant sur la défensive, on va finir par croire que tu as quelque chose à te reprocher !
  • Kyle ! gronda son père.
  • C'est bon, j'arrête ! s'exclama Kyle en riant. Allez viens, rentrons !

*****

New-York, le 27 novembre 1946
Une semaine plus tard, en fin de soirée, Miska et Kyle buvaient une vodka dans la cuisine. Ils étaient couverts de poussière de peinture et semblaient épuisés.

  • Merci pour ton aide, Miska. Je ne pensais pas qu'on pourrait avoir fini aussi vite.
  • Ta mère est une tornade mais elle dirige les choses d'une main très efficace ! N'empêche que demain, on sera normalement plus tranquilles. A part un peu de nettoyage, on devrait pouvoir y arriver.
  • On aura peut-être même fini avant la naissance du bébé, dit Kyle en souriant.
  • Tu crois ? demanda Miska, dubitatif.
  • Bon, peut-être pas, mais pratiquement, il reste quoi ? De l'aménagement et de la déco ?
  • D'ailleurs, ta mère m'a commandé des tirages.
  • Oui, je sais... de toute façon, tous les négatifs qu'elle veut sont dans l'annexe de la chambre noire. Juliette les a tous classés, étiquetés... elle a fait un super boulot, tu devrais t'y retrouver facilement.
  • J'ai vu, oui... Est-ce qu'elle t'a parlé, Kyle ?
  • Pas vraiment, elle raconte des anecdotes parfois mais c'est tout. Je sais qu'elle écrit beaucoup mais elle n'est pas prête à en dire plus pour l'instant. Pas à moi, toujours.
  • A moi non plus, Kyle. Elle m'a dit qu'elle écrivait pour elle, pour l'instant, et qu'elle ne savait pas ce qu'elle en ferait mais... apparemment, cela lui fait du bien.
  • Elle m'a avoué qu'elle ne pouvait pas raconter ce qu'elle écrivait, le dire est trop difficile pour elle.
  • L'essentiel est qu'elle se sente libre de parler si elle le souhaite et elle te parle, Kyle. Quand je la regarde, j'ai presque l'impression d'avoir retrouvé la Juliette que tu nous as présenté un jour.
  • Elle est plus grave qu'autrefois. Encore maintenant.
  • Nous aussi, Kyle.

Kyle eut un sourire désabusé pour son ami.

  • Et toi, Miska ? Tu as l'air... disons..., hésita Kyle.
  • J'ai l'air quoi ? Détendu, heureux ? Oui, je pense que c'est le cas. C'est même mieux que ça, Kyle. Ta sœur est la réponse à toutes mes questions, à tout... Et puis, il y a Léna, elle est si... si merveilleuse et elle change tellement vite. Beaucoup trop vite. En vérité, elles me manquent déjà... et, pour tout te dire, j'adore notre vie là-bas !
  • Mes parents ne sont pas trop envahissants ?
  • Tu plaisantes !... Non, franchement non. Et puis... il faut que je t'avoue que je m'entends très bien avec ton père. Quant à ta mère, elle est présente quand il faut, et elle est adorable. Tu as des parents formidables... je ne sais pas si tous les parents normaux sont comme ça mais pour moi, c'est une nouveauté.
  • Ça ne m'étonne pas que tu t'entendes bien avec mon père, vous êtes aussi secrets l'un que l'autre et vous avez des sensibilités similaires, notamment pour ce qui est de la prise de vue et du travail de la lumière... Tu es passé sur son dernier tournage ?
  • Oui et je lui ai fait quelques photos. J'avoue surtout avoir été impressionné par le travail du directeur de la photographie, c'est... c'est un boulot passionnant. Combiné au travail de l'opérateur, j'avoue que... bref, ça m'intéresse beaucoup, voilà.
  • Et ton boulot à L.A. te plait vraiment ?
  • Tu en auras mis du temps avant de me la poser, cette question. István n'a rien osé demandé, lui...
  • Tu l'as vu ?
  • Non, mais je l'ai appelé et on s'est longuement parlé. Mais il n'a pas osé me demander si j'aimais perdre mon temps à photographier des jolies filles un peu bêtes.
  • Il faut dire que tu nous entretiens. C'est toi qui rentre le plus d'argent et qui permet à l'agence de dégager des bénéfices, alors comment veux-tu qu'on s'en plaigne ?
  • Écoute, Kyle, on a tous les trois défini les règles de fonctionnement de l'agence. Au début c'était toi qui rapportait le plus d'argent. Maintenant, je travaille pour des gens qui ont les moyens de payer la somme que je leur réclame et c'est bénéfique pour nous tous.
  • Mais toi, Miska... Tes ambitions premières ne...
  • Tout a changé, Kyle. J'ai changé. Sans compter que mon séjour à Budapest m'a permis de voir beaucoup de choses différemment. J'aspire désormais à la tranquillité, au calme. J'ai envie de prendre du temps pour Serena, pour Léna et ce boulot me le permet.
    Sans compter qu'il me laisse le temps de faire d'autres choses, plus personnelles. Pour moi d'abord et pour Serena, quand elle me le demande. Et puis, qui sait, j'exposerai peut-être un jour... Comme ça, tu constateras de visu, que je n'ai pas forcément perdu mon temps.
  • Tu ne perds jamais ton temps, Miska... Alors comme ça, Serena t'entraine dans ses combats ? demanda Kyle en riant.
  • La lutte pour les droits civiques, et pour les droits de l'homme en général, lui tient à cœur, Kyle. Quant à moi, c'est elle qui me tient à cœur. Au-delà de toutes les causes. De toute façon, elle a assez d'énergie pour deux et... la voir étudier et travailler, se battre, c'est assez exaltant, j'avoue.
    Tu sais, je culpabilise toujours de lui avoir imposé un mariage et un enfant alors qu'elle était si jeune alors je veux qu'elle ait toutes les opportunités de faire ce qu'elle souhaite, ça te va ?
  • Si tu y trouves ton compte toi aussi, alors personne n'a rien à y redire...
  • C'est le cas. A part ça, István et Cristina viennent toujours passer le mois de décembre ici ?
  • Ils arrivent en fin de semaine prochaine. Ça me fait plaisir de vous avoir tous ici, tu sais.

*****

Paris, le 30 novembre 1946
Cristina se sentait fatiguée, elle avait cumulé les gardes à l'hôpital pour pouvoir prendre des congés plus longs et István était à Genève depuis une dizaine de jours pour un reportage. Il devait rentrer le lendemain et elle en profitait pour préparer leurs valises. Dans trois jours, ils partaient pour New-York et elle était impatiente de revoir ses amis.

Elle entendit la porte claquer familièrement et sortit dans le couloir pour apercevoir István qui se débarrassait de ses bagages et de son manteau dans l'entrée.
Quand il se retourna, il l'aperçut et se dirigea vers elle en souriant. Elle portait un pyjama de soie noire et avait relevé ses cheveux, ce qui lui donnait l'air d'une toute jeune fille.
Son visage s'éclaira d'un grand sourire et elle se jeta contre lui. Il la souleva dans ses bras et elle croisa ses jambes autour de ses hanches. Ils s'embrassaient à perdre haleine et il l'emmena dans leur chambre. Il la déposa sur le lit et recommença à l'embrasser avec ardeur.

  • István, attends... réussit-elle à dire quand il la relâcha.
  • Non, grogna-t-il simplement avant de recommencer à l'embrasser dans le cou.
  • István, gémit-elle, je croyais... que tu rentrais demain... je n'ai... je n'ai rien préparé.
  • De quoi tu parles ? dit-il en relevant la tête pour la regarder.
  • De manger, je te parle de manger, tu n'as pas faim ?

Il éclata de rire et l'embrassa très délicatement.

  • J'ai seulement faim de toi, princesse. Tu m'as manqué, horriblement manqué.
  • Ah oui, bel étranger ? chuchota-t-elle en déboutonnant sa chemise.

Elle le dévorait des yeux, il était pâle, fatigué mais son regard de velours exprimait un intense désir. Elle caressa du bout des doigts ses lèvres bien dessinées, exigeantes, impérieuses. Il embrassa ses doigts sans la quitter du regard. Elle lui sourit et l'aida à retirer sa chemise avant de le caresser avec gourmandise.

  • Tu m'as manqué aussi, István, murmura-t-elle simplement. Espèce de satané hongrois.

Ils firent longuement l'amour et se retrouvèrent tendrement enlacés alors que la nuit était déjà bien avancée. Cristina soupira de plaisir, blottie au creux de l'épaule d'István. Ses doigts erraient sur la poitrine de son mari, caressant les boucles noires de la douce toison qui descendait en ligne droite vers son ventre plat aux abdominaux parfaitement dessinés. On ne voyait presque plus la cicatrice de sa blessure.

  • Tu es beau comme un dieu grec, monsieur mon mari, murmura-t-elle doucement.
  • Hongrois, ma princesse, je veux bien être un dieu mais hongrois, répondit-il en riant à demi. En tout cas, merci du compliment mais je pourrais te le retourner...
  • Et bien, profites-en, parce que ça ne va pas durer.
  • Qu'est-ce qui ne va pas durer ? Ne me dis pas que tu as peur de vieillir ou quelque chose dans ce goût-là ? Cris, pas toi ?
  • Tu me crois vraiment aussi stupide, István ? demanda-t-elle en se redressant brusquement.

Il se redressa également, tendit les bras et l'attira contre lui pour la serrer dans ses bras.

  • Tu es tout sauf stupide, ma princesse, mais je ne comprends pas de quoi tu veux me parler... qu'est-ce qui ne va pas durer ?
  • Je vais devenir énorme, István. Enorme ! Capricieuse et énorme et... on va avoir un bébé.
  • Tu... quoi ?
  • Je sais que je t'avais dit que je voulais attendre mais... je voulais te faire la surprise pour Noël mais je ne pensais pas tomber si vite enceinte... et voilà.
  • Tu le sais depuis quand, Cris ?
  • J'en suis sûre depuis plusieurs jours et... j'attendais ton retour.

István resta sans voix. Il sentait la joie et une certaine inquiétude l'envahir.

  • Cris, je... j'ai peur de ne pas réussir à être un bon père et... je... je...
  • István, regarde-moi.

Il releva la tête et croisa son regard marine et son sourire apaisant.

  • Tu avais déjà été marié avant de m'épouser ? demanda-t-elle doucement.
  • Non, bien sûr que non, mais qu'est-ce que...
  • Pourtant tu n'as pas eu peur de devenir mon mari alors que c'était la première fois ? Et si tu veux tout savoir, ta femme trouve que tu es un mari génial. Devenir père, ce sera pareil et je n'ai aucun doute sur tes capacités à être un père formidable.
  • Cris, je...
  • Tais-toi, István. Ou plutôt si, dis-moi que tu es heureux d'avoir cet enfant avec moi, dis-moi que tu m'aimes toujours et serre-moi dans tes bras.

Il la serra dans ses bras avec force et enfouit son visage dans son cou.

  • Je t'aime Cris. Je t'aime, je suis heureux et bouleversé. Je suis effrayé aussi. Non, pas effrayé, terrorrisé ! Mais je t'aime et je veux cet enfant avec toi.
  • Alors tout est parfait, mon amour. Il devrait naître fin juillet début août.
  • Ça me laisse du temps pour m'habituer à mon futur rôle de père, alors ? demanda-t-il doucement en la serrant dans ses bras. Et puis Miska et Kyle pourront me donner des conseils.
  • Il me tarde de tous les retrouver.
  • Moi aussi, princesse.

***** FIN *****

2 commentaires:

  1. bonjour
    ce dernier chapitre a été écrit d'une main de maitre mais je le trouve bien court hélas
    j'espere que tu nous feras le plaisir de poster une nouvelle fic tres tres rapidement
    a bientot

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  2. Alors là...je suis bluffée!!! Quelle suite!!! Que dis-je? Un roman-fleuve extraordinaire qui m'a fait vivre pendant presqu'une semaine dans un univers parallèle, à la fois bouleversant,extraordinaire et inimaginable...La 1e partie consacrée à Candy et Terry est magique mais contre toute attente la 2e partie a été encore plus palpitante avec tous ces personnages profondément attachants car humains et "vrais", tout cela sur fond de 2nde guerre mondiale que tu as su extrèmement bien retranscrire et là aussi je t'en félicite...du coup quelle frustration ce soir que ce soit la fin!!! Un immense merci et c'est bien peu au regard du travail effectué(et du plaisir je pense, que tu as dû éprouver en rédigeant cette fic et que tu nous communiques)...cela a balayé toutes mes "frustrations" d'enfant et de jeune adolescente quant à la si "douloureuse séparation" de Candy et Terry...UN IMMENSE MERCI! Sandrine

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